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11 avril 2024 4 11 /04 /avril /2024 15:46
Natacha LEVET - Le roman noir, une histoire française

Et si le roman noir était une embarcation ? D’abord sans nom elle aurait cherché la flotte d’où elle venait. Roman naturaliste, prolétarien, western, récit criminel ? La barque avance à la godille et puis un jour est aspirée dans le sillage hardboiled des pulps qui traversent l’Océan, de l’Amérique du Nord vers le vieux Continent. Un vaisseau qui deviendra prestigieux, la « Série noire », va l’adopter et contribue à lui donner le nom de « roman noir ». Mais le roman noir n’a pas de pavillon et progresse toujours à la godille, surfe sur la vague de la pop culture. Le roman noir apprend de ses explorations autant qu’il influence les côtes qu’il approche. Le roman noir se reconstruit, innove et gagne en autonomie. Il devient critique un peu comme un bateau pirate. Le roman noir a eu des équipages prestigieux, d’abord masculins puis féminins. Le roman noir vogue toujours. Il a acquis une riche expérience, il connait les secrets de l’Histoire et se projette dans l’avenir. Il a traversé sans naufrage tellement de tempêtes qu’il n’est pas près de jeter l’encre.

Natacha Levet raconte l’histoire française du roman noir de manière érudite mais son propos reste simple. Consulter la table des matières est une manière efficace de rentrer dans son récit même lorsqu’il devient essai. Ce livre n’est pas seulement destiné à être lu d’une traite, il sert aussi à être consulté et pour s’y référer. L’histoire du roman noir de Natacha Levet deviendra une référence, c’est certain.

Le fil conducteur est chronologique, un récit de quelques siècles jusqu’à nos jours, en mettant l’accent sur le XXème. Cela sous-entend un véritable travail d’historien avec son lot de mises au point, d’éclaircissements, d’analyses et de découvertes. C’est aussi d’innombrables écrivains évoqués, tout le monde y trouvera des auteurs déjà lus et sera tenté par de nouveaux noms. L’auteure cite également des titres qui constituent une bibliographie d’une richesse étonnante, presque patrimoniale, une PAL inépuisable dans laquelle piocher en gardant sous le coude l’histoire française du roman noir, pour s’y référer.

Natacha LEVET – Le roman noir, une histoire française . Parution le 21 février 2024, Presses Universitaires de France. ISBN 978-2-13-084198-2 .

Présentation éditeur

Le roman noir français est généralement considéré comme un héritier du récit hardboiled américain, né dans les années 1920. Pourtant, il est aussi le résultat d’une histoire française, d’influences littéraires diverses et de pratiques éditoriales qui ont « inventé » le roman noir. Après Mai 68, le roman noir français cultive en effet sa singularité et reconvertit le genre en acte critique, idéologiquement investi : parce qu’il se veut une radiographie critique et politique de la société, de ses institutions, voire un instrument d’intervention sociale, il remet résolument en cause le « roman national », donnant voix aux invisibles du temps présent et offrant un tombeau aux victimes muettes du passé.

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28 décembre 2023 4 28 /12 /décembre /2023 13:48
Christos MARKOGIANNAKIS - Scènes de crimes au Louvre

Les représentations de scènes de crime dans l’art ne manquent pas. Christos Markogiannakis a appliqué ses connaissances en criminologie dans l’étude de scènes de crime figurant sur des œuvres d’art exposées au Louvre . La première œuvre étudiée ( une stèle mésopotamienne datée de la période 1792-1750 Av JC ) sert d’avertissement ( aux assassins ! ) car elle représente un des plus anciens codes règlementaires connu. Tout crime sera puni, à l’époque il est appliqué la loi du talion ( lex talionis ) « œil pour œil , dent pour dent ». Il s’en suit une étude de 26 crimes représentés par des sculptures ( 2 ),  des vases ( 4 ) et des peintures sur toile ou autres supports.

La premier intérêt de cet ouvrage qui sort vraiment de l’ordinaire, incite le lecteur à examiner dans le détail les belles photos sur papier glacé et le plus souvent en couleur de ces œuvres. Néophyte, j’ai adoré être guidé par l’érudition de l’auteur mais aussi par ses commentaires simples. Chaque texte explicatif d’une œuvre est court, en général 3, 4 ou 5 pages. Des caractéristiques bien choisies, quelques mots sur le contexte historique, c’est suffisant pour regarder d’un autre œil ces œuvres d’art.

Le second intérêt est bien sûr criminalistique et l’amateur de roman policier, d’enquêtes  et de procédures retrouve ses marques lorsque l’auteur fait parler les indices, ose un mobile, met en évidence des témoins et identifie un coupable parfois en distinguant le meurtrier et le commanditaire. Il est question de vengeance, de préméditation, de crime politique, de crime de masse,  d’infanticide. Il pose une question inattendue : Thésée était-il un tueur en série ?

L’auteur parle bien sûr de « Marat assassiné » ( 1794 – atelier de Jacques-Louis David ) mais le peintre David n’a pas représenté le coupable dont le nom est cependant bien connu. Charlotte Cordet est représentée sur des toiles plus récentes ( Paul Baudry en 1860 ou Edvard Munch en 1907 ).

J’ai éprouvé un intérêt particulier à l’étude du tableau de Paul Delaroche « Les enfants d’Édouard (1931) représentant Édouard V, roi mineur d’Angleterre et Richard duc d’York, son frère puîné. Ces deux enfants ont disparu, peut-être assassiné par Richard III qui va régner à la place de son neveu Édouard V. De nos jours pour aider à progresser dans la résolution de cette énigme historique, des analyses ADN pourraient être conduites sur des ossements mais aucune autorisation n’a été accordée. A qui profite ce régicide ? C’est une autre histoire, très controversée. Shakespeare en a écrit une version. Une autre est l’oeuvre  de Joséphine Tey et a pour titre « La fille du temps » , un formidable polar dont je parle ICI  .

Les récits de Christos Markogiannakis sont passionnants et instructif dans un domaine artistique peu exploré dans la littérature policière. Une approche inédite. 27 œuvres – 27 chapitres qu’il est facile de lire et intéressant de relire, aujourd’hui ou demain ou dans longtemps. De magnifiques photos à voir et revoir et à graver dans sa mémoire.

Scènes de crimes au Louvre – Christos MARKOGIANNAKIS . Éditions Le Passage ( 2017 – réédité en 2022 ). ISBN 9-782847-424928.

Christos Markogiannakis a récidivé en publiant en 2018 « Scène de crime à Orsay »

Christos MARKOGIANNAKIS - Scènes de crimes au Louvre
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16 juin 2023 5 16 /06 /juin /2023 09:20
Ioula IAKOVLEVA  -  Et soudain le chasseur sortit du bois

Ce roman policier historique se déroule en URSS, entre l’été 1929 et mi-1930, principalement à Leningrad et dans une moindre mesure à Moscou. A cette époque, l’URSS a abandonné la Nouvelle Politique Économique, dose d’initiative privée dans l’économie, et s’enfonce de nouveau dans une période de souffrances pour le peuple soviétique qui a faim. Staline commence à imposer son pouvoir qui s’il n’est pas encore absolu, se traduit par le traque d’opposants réels ou non.

C’est dans ce contexte qu’entre en scène le jeune inspecteur en chef Vassili Zaïtsev qui dirige le 2ème brigade de la police criminelle de Léningrad. La police criminelle est distincte de la Guépéou, la police politique, dont l'ombre plane en permanence sur tous les citoyens et fonctionnaires. Elle traque continuellement les traîtres et les ennemis de la classe prolétarienne pour les traduire devant des commissions d’épuration toutes puissantes. Au début du roman, Zaïtsev échappe de justesse à une épuration alors qu'il consacre sa vie exclusivement à la lutte contre le crime ce qui lui vaut une réputation de héros. Mais il sait que les soupçons le concernant demeurent.

Ioulia Iakovleva a pris le parti de consacrer une large part de son roman à l’Histoire, pas la grande Histoire mais au quotidien du peuple soviétique, leur existence misérable et insalubre, les attentes interminables pour quelques vivres tout juste mangeables, l’alcool pour oublier et les vols pour combler. Kirov, le maire de Léningrad est le seul grand personnage historique mis en scène. Normal qu’il soit alerté par une série de meurtres avec de mystérieuses mises en scène. La tentation de la police ( contre l’avis de Zaïtsev ) est grande de classer ces affaires sans suite mais lorsque quatre cadavres sont découverts sur l’île Elaguine où Kirov a le projet de créer un immense parc de la culture et des loisirs des travailleurs, le maire n’hésite pas à sortir Zaïtsev des griffes de la Guépéou. Encore une fois le fin limier Zaïtsev a été sauvé par sa réputation.

Il n’est pas facile d’enquêter en URSS à cette époque. Le groupe d’enquête que dirige Zaïtsev a tout pour être efficace avec un ex-policier du tsar à la solide réputation, un  médecin légiste, un photographe et même As de Trèfle un chien au flair redoutable. Avec l’appui de Kirov, ils ont les moyens de travailler : deux voitures Ford modernes leur sont confiées. Mais tout le monde soupçonne tout le monde d’être un indic de la Guépéou. Zaïtsev est soupçonné par sa propre équipe. Lui-même soupçonne que Nefiodov arrivé en renfort, ne soit en réalité un agent de la Guépéou. Pas étonnant que l’efficacité de la police criminelle soit limitée d’autant plus que pour aller vite il est tentant de désigner un coupable idéal parmi les ennemis du peuple. Cela ne convient pas à Zaîtsev qui enquête seul, il progresse cahin-caha, les mises en scène des crimes semblent constituer un jeu de piste qui le conduit vers le musée de l’Hermitage. Mon intérêt pour l’enquête n’a été que périodiquement aiguisé. Heureusement le quotidien de la vie des soviétiques est très instructif, habilement mis en scène par l’auteure à travers des personnages secondaires bien choisis.

Au final, les voyages en train ou en tramway, la vie dans les appartements communautaires ( dans les anciens immeubles, chaque pièce est affectée à une famille ou un citoyen et la vie s’organise autour d’une cuisine collective ) sont très instructifs et ne manquent pas de surprendre, presque plus que les rebondissements d’une enquête sans cesse entravée dès qu’elle s’approche de dirigeants du Parti. Il y a aussi les musées et spectacles de ballets si nombreux à Léningrad et accessibles à tous, la culture prolétarienne est une obligation pour les citoyens. Des membres du Komsomol veillent à ce que la culture gagne tous les travailleurs. Saint-Pétersbourg devenue Léningrad est un personnage à part entière ( les russes la surnomme Piter, faire table rase du passé n’est pas si simple) . Avenues et place ont été rebaptisées par le pouvoir bolchévik, la prestigieuse perspective Nevski est désormais dite du 25 juillet. Ioulia Iakovleva réussit habilement à partager son amour pour cette ville d’art.

Il faut bien conclure une enquête. La perspicacité et la ténacité de Zaïtsev emmènent le lecteur vers un final bien maîtrisé où se mêlent nostalgie d’un régime disparu et réalité historique avec la dictature stalinienne qui s’impose implacablement au peuple soviétique.

L’éditeur Actes Sud indique que Ioulia Iakovleva « est autrice, critique de ballet et dramaturge russe. Elle vit à Oslo où elle écrit des livres pour enfants qui traitent de l’histoire soviétique ainsi que des romans policiers ancrés dans un contexte socioculturel et politique fort ».

Ioulia IAKOVLEVA – Et soudain le chasseur sortit du bois . Publié en russe en 2017, traduction de Mireille Broudeur-Kogan pour les Éditions Actes Sud, collection Actes noirs, parution en avril 2023. ISBN 978-2-330-16925-1 .

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2 juin 2023 5 02 /06 /juin /2023 15:53
Thomas CANTALOUBE   -   Mai 67

Une grande manifestation sociale a eu lieu le 26 mai 1967 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Elle prolongeait une grève des manœuvres du bâtiment. Leur revendication était simple, augmentation de leurs salaires de misère bien inférieur à ceux en vigueur en métropole alors que sur l’île le coût de la vie est très supérieur. Ces gens réunis sur la place de la Victoire subissent également depuis des siècles racisme et discrimination. Pour le préfet Delbotte tout est dirigé par des agitateurs communistes aux idées anticolonialistes et indépendantistes venues de Cuba. Comme durant la sombre période du préfet Papon à Paris, le calme est rétabli par la violence et la manifestation se termine dans le sang avec des tirs d’armes à feu contre les manifestants. Le GONG un petit parti politique local fait un bouc émissaire idéal.

Luc Blanchard en mai 67 vit en Guadeloupe avec sa compagne Lucille et leur petite fille Célanie. Il est pigiste d’un modeste quotidien local France-Antilles. C’est un peu le hasard, un peu la solidarité et un peu la nécessité de soigner les blessés qui ont emmené Lucille et Luc sur la place de la Victoire le 26 mai. Ce jour-là des coups de feu ont été tirés sur les manifestants, Luc en est sûr. Il y a eu des morts parmi les manifestants. Lucille a été arrêtée par la police. Fin mai 67, Antoine Lucchesi, à la barre d’un ketch appartenant à un riche homme d’affaire,  accoste dans la rade de Pointe-à-Pitre et Sirius Volkstrom, en mission pour la CIA anti-castriste, atterrit à l’aéroport de Pointe-à-Pitre Le Raizet.

Quel plaisir de retrouver les écrits de Thomas Cantaloube qui sait fouiller dans l’Histoire pour y dénicher les évènements cachés par une 5ème République qui n’en finit pas avec la censure et la répression. Et puis l’auteur n’a pas son pareil pour raconter et mettre en scène habilement trois personnages que tout oppose. C’est justement ce grand écart qui permet de créer les situations permettant de visionner toutes les facettes d’un évènements, d’argumenter et ainsi  mieux  dénoncer les scandales de cette époque où les gouvernants ne juraient que par des services parallèles pour contourner la loi et une police violente pour assoir leur pouvoir.

Retour à Paris pour le trio et pour les hauts fonctionnaires qui ont su sauver l’ordre. Retour aux origines de ce qui est le dernier volet d’une trilogie. Luc veut se rapprocher de Lucille qui est emprisonnée dans l’attente interminable d’une comparution devant la Cour de sûreté de l’Etat. Il est peut-être encore temps de l’innocenter mais le pouvoir n’est pas prêt à admettre ce qui s’est réellement passé le 26 mai en Guadeloupe. Sirius a retrouvé la trace de celui dont il veut se venger. Antoine Lucchesi avant de tout abandonner veut honorer une ultime dette d’honneur avec le sympathique Freddie et partager le magot qu’ils ont gagné en Guadeloupe. Le temps passe, nous sommes en mai 1968. Le lecteur croise Jacques Chirac, le député Claude Estier et l’incontournable Jacques Foccart, avant d’être entrainé dans un final maîtrisé à la perfection par Thomas Cantaloube dans un habile mélange de roman noir et de polar historique. Ces deux genres savent si bien associer réalité historique, révélations de politiques cachées et nostalgie naissante de voir trois personnages de fiction se séparer.

Que cette trilogie est bien avec ses belles couvertures très évocatrices !

Autres titres de cette trilogie : « Requiem pour une République » voir ICI  -  « Frakas » voir ICI 

Thomas CANTALOUBE – Mai 67 . Parution le 11 mai 2023 dans la Série Noire des Éditions Gallimard. ISBN 9782072985140.

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28 février 2023 2 28 /02 /février /2023 16:28
Loïc ARTIAGA et Matthieu LETOURNEUX – Aux origines de la pop culture

J’adore découvrir l’Histoire des livres. En 2013 j’avais été enthousiasmé par « Une histoire de l’édition à l’époque contemporaine ( XIXème – XXème siècle ) » d’Elisabeth PARINET ( voir ICI ). Je n’ai pas été déçu par le focus fait par Loïc ARTIAGA et Matthieu LETOURNEUX et dont le titre complet est "Aux origines de la pop culture - Le Fleuve Noir et les Presses de la Cité au coeur du transmédia à la française, 1945 - 1990". Je connaissais l’érudition de Matthieu LETOURNEUX à travers sa page internet consacrée au roman d’aventures ( voir ICI ), Avec Loïc ARTIAGA, il raconte une histoire formidable dans laquelle j’ai retrouvé tout ce qui me fait aimer lire.

Il est bien sûr question de littérature populaire ( ou littérature de genre ) qui a connu un âge d’or dans l’entre-deux-guerres impulsé par les romans noirs américains. La Seconde Guerre mondiale va tout bousculer et sera suivie d’une dynamique nouvelle de l’édition française façonnée par d’efficaces hommes d’affaires. Parmi ceux-ci il y a Sven Nielsen ( 1901 – 1976 ) fondateur des Presses de la Cité en 1944. En 1949 Armand de Caro, Guy Krill et Robert Bonhomme fondent le Fleuve Noir. Leur démarche est simple et efficace, attirer les auteurs francophones ou non, inonder le marché avec des tirages imposants et multiplier les points de vente indépendants des Messageries officielles. Ils attirent le lecteur grâce à des couvertures alléchantes, des collections aux noms évocateurs et des parutions fréquentes et régulières. Le livre devient un objet de consommation courante et n'échappe pas une société des Trente Glorieuses adepte du consumérisme . Ces deux maisons d’édition fusionneront en 1963.

Loïc ARTIAGA et Matthieu LETOURNEUX insistent sur les stratégies commerciales des Presses de la Cité et du Fleuve Noir. Ils développent également les relations entretenues avec les auteurs. Les figures de proue, Frédéric Dard ( Fleuve ) et Georges Simenon ( Presses de la Cité) représentatifs du polar sont progressivement rejointes par des noms qui vont passionner un plus large public. Après le second conflit mondial, cette nouvelle littérature s’inspire de l’actualité dans des nouveaux genres, Guerre froide pour l’espionnage, progrès technologique et conquête de l’espace pour l’anticipation, Tous les publics sont touchés par cette production de masse qui a besoin de tous les publics pour vivre économiquement. Quel plaisir de voir évoquer des auteurs distrayants ( Paul Kenny, Claude Rank, Jean Bruce, G.-J. Arnaud … et il y en a tant d’autres ) et des héros inoubliables ( OSS 117, Coplan, Vic St Val, Mr Suzuki … et il y en a tant d’autres ).

Le livre de Loïc ARTIAGA et Matthieu LETOURNEUX est richement illustré ( photos, copies de correspondances et de documents administratifs, reproductions de couvertures … ) pas seulement pour faire joli, les légendes sont habilement rédigées et constituent des compléments d’informations détaillées et utiles. Je ne résiste pas à l’envi d’évoquer les dessins de Michel Gourdon qui ont largement contribué à attirer l’œil des lecteurs sur les couvertures de multiples romans chez Fleuve.

Les temps changent, la fin du récit de Loïc ARTIAGA et Matthieu LETOURNEUX raconte les nouvelles mutations qui ont modifié au tournant des années 1990 le visage de l’édition. Il reste que l’âge d’or de l’édition populaire de l’après-guerre a profondément influencé non seulement le monde de l'édition mais aussi d’autres médias.

Loïc ARTIAGA et Matthieu LETOURNEUX – "Aux origines de la pop culture. Le Fleuve noir et les Presses de la Cité au cœur du transmédia à la française, 1945 – 1990". Parution le 3 novembre 2022, Éditions La Découverte. ISBN  9782348074738.
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15 février 2023 3 15 /02 /février /2023 17:49
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Carlo Lucarelli est un auteur italien né en 1960. Quelques romans policiers et des polars historiques caractérisent ses publications avec en toile de fond la société italienne du 20ème siècle. J’ai failli lire la trilogie « Colaprico et  Ogbà », histoire alléchante et dépaysante de deux enquêteurs ( un carabinier et son adjoint abyssin ) dans la colonie italienne d’Erythrée à l’aube du 20ème siècle. J’aurai pu suivre les enquêtes de Grazia Negro, une jeune inspectrice qui va collaborer avec le commissaire Montalbano ( roman écrit à quatre main avec Andrea Camilleri ). J’ai finalement choisi une autre époque de l’Histoire italienne, celle qui a vu le fascisme et Mussolini diriger l’Italie, période noire comme les chemises portées par la milice avec laquelle le Duce a imposé son pouvoir absolu.

La série « Commissaire De Luca » a vu le jour au début des années 1990 avec trois titres traduits en français ( Gallimard – 1999 ). Carlo Lucarelli a donné une suite à cette trilogie seulement en 2017, le retour du commissaire De Luca est publié en français par les Éditions Métailié depuis 2021. Une longue absence du commissaire De Luca à l’image de celle qu'a connue Bernie Gunther après la parution de la Trilogie berlinoise.

De Luca a servi dans la police criminelle et dans la police politique lorsque le fascisme dirigea l’Italie ( dictature puis République de Salò ). Carlo Lucarelli met en scène son héros durant cette période mais aussi jusque dans les années 1950, une manière d’étudier les conséquences du fascisme dans la société et les institutions italiennes. La ville de Bologne est le cadre principal des enquêtes du commissaire De Luca.

                    Série commissaire De Luca :

- Carte blanche ( voir ICI )

- L’été trouble ( voir ICI )

- Via delle Oche ( voir ICI )

- Une affaire italienne ( voir ICI )

- Péché mortel ( voir ICI )

- Un titre non traduit paru en Italie ( 2020 )

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1 février 2023 3 01 /02 /février /2023 17:33
Luke McCALLIN - "Les cendres de Berlin"

Début 1947, Berlin, secteur américain. Deux cadavres sont découverts dans un immeuble éventré où vivent chichement quelques familles. Reinhardt est sur la scène de crime. Une importante réforme de la police a eu lieu en octobre 1946 et progressivement des services de police se mettent en place mais dépendent encore beaucoup des forces d’occupation. Leurs moyens sont encore limités mais déjà efficaces par exemple en matière de médecine légale. Reinhardt est inspecteur à la division de Schöneberg. L’identification des cadavres s’annonce difficile, une seule certitude, une des deux victimes est un ancien militaire allemand.

Dans les pays anglo-saxons les titres de la série Gregor Reinhardt ont été salués pour leurs qualités historiques. C’est compréhensible tellement « Les cendres de Berlin » fourmillent d’informations habillement distillées au lecteur. Il y a tout ce qui concerne l’organisation administrative de Berlin dans les secteurs d’occupation, l’influence des américains et des soviétiques qui avancent leurs pions dans l’ébauche de reconstruction d’un Etat allemand.

Berlin est en ruine, la population manque de tout. Des gamins orphelins tentent de survivre en chapardant et parfois en se livrant à des trafics. Les soldats de la Wehrmacht sont peu à peu libérés des camps de prisonniers ( c’est le cas de son fils Friedrich qui a combattu sur le front de l’Est ). Ces retours ne se passent pas sans poser de nombreux problèmes. C’est un des points sur lequel Luke McCallin base son récit. Ces militaires allemands doivent tout d’abord obtenir un certificat de dénazification, les archives de la SS et du Parti nazi détenus par les alliés au Centre de documentation de Berlin renseignaient sur les activités autrefois légales et illégales après-guerre. Le retour à la vie civile des anciens militaires est difficile; même sans passé fasciste, ils se retrouvent rejetés par les civils allemands. Ils se réfugient dans la solidarité, la fraternité et l’entraide entre anciens compagnons d’arme alors que les alliés leur interdisent de se rassembler et de se réunir. Gregor Reinhardt n’échappe pas à ce sentiment de défiance et souffre de ne pas pouvoir être l’homme qu’il voudrait être. Cet aspect psychologique est pertinent et ses conséquences jalonnent l’enquête.

Le contexte historique rythme les investigations de l’inspecteur Rheinhardt, que ce soit les relations entre américains et soviétiques qui deviennent vite rivalités notamment pour s’octroyer la collaboration des savants allemands ou le traumatisme des allemands ayant vécu deux fois les déchirements de deux défaites militaires ( Première et Seconde Guerre mondiale ).

Luke McCallin annonce à la fin de ce roman qu’il ne poursuivra pas le récit de la vie de Gregor Reinhardt au-delà de 1947. Mais son passé de combattant de la Première Guerre mondiale est une source passionnante d’inspiration pour l’auteur. Les lecteurs devraient donc retrouver Gregor Reinhardt prochainement …

Luke McCALLIN – Les cendres de Berlin, titre original « The ashes of Berlin », Angleterre 2016, traduit de l’anglais par Nicolas Zeimet pour les Éditions du Toucan, parution avril 2018. ISBN 978-2-81000-817-9

Premier tome de la série, voir ICI  et le deuxième, voir          

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16 décembre 2022 5 16 /12 /décembre /2022 16:08
Romain SLOCOMBE - "J'étais le collabo Sadorski"

Après deux trilogies auxquelles il peut être ajouté « Monsieur le Commandant » ( première apparition de Sadorski ) et « La Débâcle » ( qui met en scène des protagonistes de la trilogie des collabos ), j’ai envie de dresser une sorte de bilan sur une œuvre que je considère comme incontournable.

Il y a tout d’abord un formidable travail d’historien accompli par Romain Slocombe pour raconter le quotidien des parisiens pendant l’occupation et mettre en valeur les évènements les plus sombres de notre Histoire. Je n’ai pas oublié la Rafle du Vel d’Hiv, cette tragédie valait bien un long récit de la part de l’auteur, pour ne jamais oublier ( voir ICI ). Dans « J’étais le collabo Sadorski » il est temps de régler les comptes. L’horreur est de nouveau au rendez-vous. A Paris des français ont pris les armes, l’occupant allemand se replie vers sa frontière, les collabos sont en fuite vers l’Allemagne nazie ou sont devenus des résistants de la dernière heure. Des français deviennent alors fous, ils accusent à tort, dénoncent, coupent les cheveux, torturent, exécutent. Il y a des collabos partout. J’ai eu aussi l’impression qu’il y avait des communistes partout. Comme pendant l’occupation, l’Etat de droit a disparu. Il fallait bien s’attarder sur l’épuration sauvage. Romain Slocombe nous parle des détentions, des procès et des exécutions arbitraires qui se sont tenus à l’Institut dentaire George-Eastman dans le 13ème arrondissement de Paris près du parc de Choisy, devenu PC Fabien où on a frappé, torturé, violé et fusillé allègrement sous le portrait du petit père des peuples. Il ne faut pas être fier de cet épisode mais il ne faut pas l’oublier et il valait bien que 250 pages lui soit consacré. Rien n’est caché au lecteur, révélations brutales et inattendues avec l’impression que les communistes pouvaient prendre le pouvoir.

Léon Sadorski est clairement identifié comme le collabo Sadorski. Sa blessure durant la libération de Paris en août 1944 ne suffit pas. Il serait prêt à servir les complotistes qui imaginent un complot vichyssois, une cinquième colonne désireuse de priver la France de sa victoire et d’une vraie démocratie. Identifier des traitres, il s’y connait. Mais rien n’y fait, il va connaître le sinistre PC Fabien. Sadorski et la Libération de Paris, voir ICI  .

Léon Sadorski a toujours su saisir sa chance. Après une évasion rocambolesque, entiché d’un ancien milicien sans foi ni loi, il devient le truand Sadorski. Grimé en homme d’église, il dévalise tout en se vengeant de celles et ceux qui ont dénoncé le collabo Sadorski. Lorsqu’il aura amassé une fortune, il pourra fuir, avec son épouse adorée pour l’heure emprisonnée et pourquoi pas retrouver son fils caché.

Sadorski est un antihéros, Romain Slocombe n’a pas choisi la facilité en mettant en scène celui que ses anciens collègues flics appelaient Sado. C’est aussi un personnage encombrant pour le lecteur. C’est un salaud, profiteur, voleur et violeur qui a tué. Mais je me suis surpris à être impatient de le retrouver en flic perspicace ou à être satisfait de le voir se sauver de situations inextricables pour partir vers de nouvelles aventures.

Romain SLOCOMBE – J’étais le collabo Sadorski. Parution le 1er septembre 2022, Éditions Robert Laffont, collection La Bête Noire. ISBN 9782221259740.

Bibliographie de Romain Slocombe : voir  ICI   

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12 novembre 2022 6 12 /11 /novembre /2022 10:19
Jean-Christophe PORTES  -  "L'assassin de septembre"

Jean-Christophe Portes excelle dans l’art de raconter l’Histoire et de raconter des histoires.

Ce sixième récit des enquêtes de Victor Dauterive se passe dans les semaines qui ont suivi la prise des Tuileries le 10 août 1792 ( voir ICI ). La Révolution est une période historique complexe faite d’hésitations, de revirements et de rivalités à l’origine d’instabilité politique et de violences. L’auteur a choisi un récit au jour le jour pour relier entre eux les faits ( certains sont très connus, d'autres non ), pour expliquer et aider à comprendre. Cette manière de raconter l’Histoire est particulièrement efficace. En septembre 1492, c’est la guerre et l’armée austro-prussienne du général duc de Brunswick marche sur Paris. Dans la capitale, la panique et le désordre règnent, tout le monde veut sauver la Révolution et soupçonne tout le monde de vouloir favoriser la royauté. Le récit de la victoire des généraux Dumouriez et Kellermann à Valmy le 20 septembre est un moment fort de ce roman. Une victoire militaire inattendue a sauvé la Révolution, les citoyens envisagent alors la République.

Jean-Christophe Portes est un remarquable conteur des aventures du lieutenant de gendarmerie Victor Dauterive rattaché au Comité de surveillance de l’Assemblée nationale. Victor est dans Verdun assiégé par la coalition royaliste, il est au pied du moulin de Valmy. Il est à Paris où les sans culottes assassinent prêtres et aristocrates, défilent en chantant la Marseillaise et le Ça ira ; des têtes sont plantées au bout de piques, les couvre-chefs sont assortis de cocardes. Victor obéit aux ordres du ministre de la Justice, l’imprévisible Danton. Des aventures épiques et des énigmes historiques l’attendent, c’est ce qui fait le charme de ce roman. Il est confronté au suicide suspect de Beaurepaire le chef de la place assiégée de Verdun, est-ce un meurtre commis par un espion prussien ? Il doit aussi retrouver un trésor inestimable qui pourrait servir à convaincre les coalisés de renoncer à marcher sur Paris. Lorsque Victor et son fidèle et rusé serviteur Joseph sont sur le front de l’Est, se sont ses amis Duperrier et Olympe de Gouges qui enquêtent à Paris, le lecteur ne perd pas un seul instant des évènements qui menacent la Révolution. L’aventure est au rendez-vous : évasion rocambolesque, filatures nocturnes, maisons de passes clandestines, espions, rues sales et puantes du Marais, prisons sordides et toujours l’Histoire comme lors des visites à la pension Belhomme où officie Pinel un aliéniste précurseur.

Plus que tout, j’apprécie les portraits rapidement et efficacement brossés, chaque personnage historique est mis précisément à sa place. Lorsqu’ils entrent en scène, les personnages fictifs récurrents sont brièvement situés dans l’habile scénario imaginé par l’auteur. Le lien avec les ouvrages précédents de la série est ainsi solide et cohérent. Les enquêtes de Victor Dauterive sous la Révolution sont en de bonnes mains et je suis impatient d’en apprendre plus.

Jean-Christophe PORTES – L’Assassin de Septembre. Parution le 30 septembre 2020, City Éditions. ISBN 9782824617718.

Bibliographie de Jean-Christophe Portes ICI   

 

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25 octobre 2022 2 25 /10 /octobre /2022 08:53
Pascal CHABAUD - Les enquêtes de Joseph Dumont

Le prochain roman policier historique de Pascal Chabaud sera en librairie le 28 octobre 2022. Il s'agit de la deuxième enquête de l'inspecteur Joseph Dumont de la sixième Brigade Mobile de Clermont-Ferrand. Le contexte historique choisi par l'auteur se situe pendant la Seconde Guerre mondiale et l'Occupation de la France par la Wehrmacht.

Pascal Chabaud est publié par les Éditions du Signe ( voir ICI ).  Vous trouverez ci-dessous les liens ( en cliquant sur chaque titre ) permettant de consulter mes chroniques de lecture parlant de ces deux enquêtes de Joseph Dumont :

"Mort d'un sénateur" : il s'agit d'une réédition en format poche, Éditions du Signe ( 28 octobre 2022 ) ISBN 978274681727 .

"Tuer Pétain" : première parution le 28 octobre 2022, Éditions du Signe, ISBN 978274684260. Dans sa version papier, ce polar réserve une belle surprise aux lecteurs curieux. En faisant appel à la Réalité Augmentée, il est possible d'en savoir plus sur le contexte historique du roman. C'est très simple, il suffit de télécharger gratuitement sur son smartphone une application ( tout est expliqué sur un rabat de la couverture ) et grâce à des pictogrammes et l'appareil photo de ce même smartphone, le lecteur peut écouter, voir, découvrir et approfondir. 

Ces renvois sont au nombre de cinq, c'est largement suffisant pour agrémenter la lecture et faire quelques découvertes judicieusement choisies. Chaque intervention est instructive et rapidement consultée ( au plus 3 minutes à chaque fois ). La Réalité Augmentée permet ainsi d'écouter des audios, de regarder des vidéos ou de consulter des documents et photos d'époque.

 

Pascal CHABAUD - Les enquêtes de Joseph Dumont
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