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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 05:36
Jean-Christophe GRANGÉ  :  "Les Promises"

Jean-Christophe GRANGÉ  :  Les Promises. Parution le 8 septembre 2021, Éditions Albin Michel. 656 pages. ISBN 978222649437.

Le 1er septembre 1939, l'Allemagne nazie envahit la Pologne. La menace d'une guerre déferlant sur l'Europe devient de plus-en plus pressante, le peuple allemand est partagé, entre l'angoisse pour certains et l'exaltation pour d'autres. Cet état d'esprit du peuple allemand est bien retranscrit par Jean-Christophe Grangé dans ce polar historique particulièrement bien documenté. Histoire et .... polar, normalement sous le 3ème Reich le crime devrait avoir disparu ? Mais c'est sans compter sur ce qui ressemble fort à un tueur en série qui tue après les avoir atrocement mutilés les jeunes épouses de dirigeants et sympathisants au plus haut du régime nazi. Le club mondain où elles se réunissent à l'hôtel Adlon de Berlin, le Club Wilhelm, ressemble désormais à un piège fatal. La Kripo est impuissante, seule la Geheime Staatspolizei, la sinistre Gestapo, peut dans la discrétion arrêter ce qui n'aurait jamais du exister. L'Hauptsturmführer Franz Beewen se voit confier l'enquête.

Avec le passé de Beewen, c'est toute l'Histoire des SA et de la Gestapo qui défile. Il a de brillants états de services nazis mais aucune expérience en enquêtes criminelles, l'efficacité de la Gestapo repose sur la peur qu'elle entretient implacablement. Mais cette fois-ci même son réseau de renseignement de la vie quotidienne de chaque allemand est impuissant face à un tueur invisible. Beewen ne peut compter que sur lui même avant de tomber rapidement en disgrâce. Il va s'attacher les services de deux personnes que tout destinait à un Konzentrationslager, Minna von Hassel et Simon Kraus.

Minna von Hassel issue d'une riche famille aurait pu fuir aux Etats Unis comme ses parents. Elle a choisi de rester dans le Reich pour veiller sur les malades de l'institut psychiatrique de Brangbo. Elle ne se fait plus d'illusion, ses malades seront éliminés par les nazis comme de vulgaires parasites, mais elle lutte pour retarder l'échéance. L'alcool la fait tenir. Il y a aussi Simon Kraus, psychologue, sa spécialité les rêves, sa clientèle, de riches et belles femmes venant soigner leurs angoisses. Parmi elles, les habituées du Club Wilhelm. 

Sans aucun répit, sans aucun moment de lassitude, le lecteur suit l'enquête de cet improbable trio jusqu'en novembre 1942 sur le front de l'Est et dans les camps d'extermination. Le style de l'auteur est sans fioriture, entièrement tourné vers l'efficacité : suspense et rebondissements. Aux indices, aux pistes ou aux certitudes policières que Minna et Beewen suivent, Simon oppose des doutes. Son raisonnement de psy s'attache à l'inexpliqué et aux éléments que ces deux collègues négligent et qui les emmènent dans des impasses ou vers des coupables parfaits mais rapidement innocentés. 

Ce récit repose sur des bases historiques solides, Jean-Christophe Grangé ne se satisfait pas de banalités, il approfondit et explore des facettes inattendues et inhabituelles. Le lecteur côtoie la peur silencieuse des berlinois mais aussi la rancoeur devenue violence de beaucoup d'anciens combattants humiliés après la défaite de la Grande Guerre. L'auteur parle des gueules cassés allemandes et de la galvanoplastie, les références cinématographiques de l'époque sont nombreuses.  L'immersion dans le Berlin de cette époque est érudite, que ce soit dans le quartier de Moabit reconstitué de manière vivante, dans les quartiers chics avec la place logique du style Bauhaus ou dans les pas des sinistres Totengräber. Enfin l'auteur insiste sur les programmes d'extermination mis en oeuvre par les nazis, Gnadentod pour en finir avec les handicapés ou malades mentaux ou la stérilisation forcée des Tsiganes, et sur ceux destinés à favoriser la pureté de la race germanique dans les Lebensborn.

Les lecteurs de Jean-Christophe Grangé sont nombreux. Il fallait bien que je découvre cet auteur. J'ai franchi le pas aidé par l'époque explorée dans "Les Promises". Je n'ai pas été déçu.

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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 16:24
Romain SLOCOMBE  :  "L'Inspecteur Sadorski libère Paris"

L'IPA Sadorski a été arrêté ( voir le tome 2 de la trilogie de la guerre civile ICI ) le 12 novembre 1943 par la Gestapo pour être incarcéré à Fresnes avant de rejoindre la Santé. Pendant sept mois de détention, il n'est plus qu'un matricule, il survit tant bien que mal dans des conditions sordides. Et pourtant il est innocent, il n'est pas un résistant encore moins un terroriste, lui qui a toujours servi loyalement le Maréchal.

Romain Slocombe poursuit sa fresque historique parisienne consacrée à la seconde Guerre mondiale. Pas une minute, pas un aspect n'aura été éludé ! J'avais bien sûr des connaissances sur cette période noire de notre Histoire mais l'auteur a une manière fascinante de lever le voile dans ce récit historico-policier où il approfondit le rôle de la Milice française en juillet et août 1944 ( la libération de Paris et les quelques semaines qui précèdent ). La milice a été créée en janvier 1943 par le régime de Vichy et Joseph Darnand l'organise et la dirige pour lutter implacablement contre toute forme de Résistance, un rôle supplétif auprès de l'occupant nazi. Romain Slocombe place également au coeur de son récit, les services et personnels de la Préfecture de Police de Paris sommés de collaborer avec les autorités allemandes. L'IPA Sadorski ne s'en est pas privé. Mais la Police parisienne a aussi été le berceau de mouvements de Résistance.

Les amateurs d'Histoire ne seront pas déçus, les presque sept cents pages ( en comptant les notes de l'auteur en fin d'ouvrage ) ne sont pas de trop pour décortiquer les deux mois tragiques qui précèdent la Libération de Paris, lorsque la guerre militaire et civile se sont confondues. Je n'ai pas éprouvé la moindre lassitude dans ma lecture, il faut dire que l'auteur excelle pour mettre Sadorski dans des situations incroyables mais parfaitement crédibles.

Après la prison, une basse besogne est confiée à Sadorski qui devient le Kriminaloberassistent Leo Schenk chargé d'escorter jusqu'à Vichy un prisonnier très encombrant. Rien ne se passe comme prévu et qui d'autre que lui peut tirer cette affaire au clair, ou plutôt la résoudre selon les intérêts de la Milice ? Depuis le débarquement de Normandie, les jusqu'au-boutistes tiennent les rênes du pouvoir en France. La Milice recrute à tout va parmi les truands, malfrats, trafiquants et assassins psychopathes. Sadorski enquête et louvoie au sein des bandes gestapaches. Pas toujours convaincu par leurs méthodes brutales, il s'y range parfois car il aime l'ordre, seule méthode selon lui pour lutter contre le bolchevisme. Les occasions ne manquent pas : réprimer la mutinerie de la Santé, faire face aux appels à la désobéissance, lutter contre les manifs ou contrer la grève générale. Mais rien ne se passe comme prévu pour Sadorski et il va subir les démons de la rue de la Pompe. Jusqu'à la fin, la Milice va torturer, déporter, tuer mais aussi s'enrichir car le temps est compté et il va falloir fuir vers l'Est ou bien s'inventer un certificat de bonne conduite qui sera indispensable le jour où les libérateurs seront là. L'épuration commence à poindre et Romain Slocombe va certainement l'approfondir dans la suite de son oeuvre. 

Bibliographie de l'auteur ICI 

Romain SLOCOMBE : L'Inspecteur Sadorski libère Paris. Collection : La Bête Noire, Éditions Robert Laffont, parution le 26/08/2021. 673 pages, ISBN 9782221248379.

Je remercie l'éditeur.

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10 août 2021 2 10 /08 /août /2021 04:51
Sylvie BLANCHET : "Orléans et ses environs, 1950 - 1967, La parenthèse américaine"

A peine engagée dans la signature du traité de l'Atlantique Nord en avril 1949, la France accueille de nombreux contingents des forces armées américaines. Cette présence américaine va laisser des traces indélébiles. Mais pas à Orléans. L'ouvrage de Sylvie BLANCHET a été pour moi une source inépuisable de découvertes et sa lecture m'a apporté un lot de surprises au détour de chaque page ( et pourtant je réside dans le Loiret non loin d'Orléans ). Jusqu'à 10 000 américains, militaires et civils et leurs familles, ont vécu à Orléans et dans sa proche banlieue entre 1950 et 1967. A l'époque la préfecture du Loiret abritait le quartier général de la "COM Z", la ligne de communication des forces américaines en France. Depuis Orléans sont traitées les questions d'approvisionnement, de transmission et de logistique et ce rôle n'aura de cesse de se renforcer, par exemple en accueillant à partir de 1960 le siège de la Military Police.

Le récit de tout ce qui touche aux aspects militaires et leurs installations dédiées est bien sûr passionnant et instructif. Mais plus que tout ce sont les aspects sociaux que l'auteure met en avant : réactions des élus lors de l'annonce de l'arrivée des américains, l'opposition communiste, intégration dans la vie locale non seulement des militaires mais aussi de leurs familles, les conséquences du retrait à partir de 1966 et le reclassement des installations. Les américains avaient leurs logements, leurs magasins, leurs écoles, leurs lieux de détente mais une curiosité réciproque provoqua des échanges avec la population locale que Sylvie Blanchet relate de manière vivante et sans rien occulter sur les difficultés et parfois les conflits, avec toujours des références géographiques qui vont tout particulièrement intéresser les habitants d'aujourd'hui. 

Les références géographiques constituent le coeur de ce récit. Les traces de la présence américaine ( à Orléans avec l'incontournable Caserne Coligny mais aussi à Saran, Olivet, Ardon, vers l'Est jusqu'à Donnery, en aval jusqu'à Meung-sur-Loire ) sont à ce jour peu visibles ( sauf peut-être à Chanteau et Cercottes qui ont conservé une vocation militaire ) mais quel ravissement d'apprendre qu'un bâtiment aujourd'hui anodin a un passé américain !

Sylvie BLANCHET : Orléans et ses environs, 1950 - 1967, La parenthèse américaine. Collection : Graveurs de Mémoire. Éditions L'Harmattan. Parution le 11 juin 2021. 246 pages. ISBN : 978-2-343-23473-1.

Merci aux Éditions l'Harmattan et félicitations pour l'étendue historique de leur collection "Graveurs de Mémoires". 

 

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10 février 2021 3 10 /02 /février /2021 16:37
Bartlomiej  RYCHTER

Le dernier jour de juillet : il s'agit du 31 juillet 1944. Ce jour là à Varsovie, la fin de six années d'occupation allemande est espérée. L'approche de l'offensive soviétique promet une libération imminente, déjà les lignes tenues par la Wehrmacht sont bombardées par les lance-roquettes Katioucha de l'ogre soviétique en position de l'autre côté de la Vistule. La rumeur parle d'un grand soulèvement à l'initiative de la résistance polonaise. L'occupant allemand sent sa fin proche et la Gestapo multiplie les rafles et les exécutions sommaires. Qui pourrait bien se soucier de deux morts dans ce contexte ?

Le tirailleur-chef Herman Frink de la Wehrmacht est retrouvé pendu, il a craqué nerveusement et s'est suicidé. Du côté de la résistance polonaise, un cruel accident s'est produit. La jeune télégraphiste Zosia a fait une chute mortelle, transmettre clandestinement est d'une importance stratégique pour la résistance et cela s'avère extrêmement dangereux pour ne pas être repéré par les stations d'écoute mobile de l'armée allemande.

Deux morts, une victime dans chaque camp ... Le contexte est bien mis en place, le lecteur va alternativement suivre le soulèvement de la résistance polonaise et la défaite allemande, Bartlomiej Rychter propose au lecteur un récit de guerre, très bien documenté ( la capitale polonaise pendant la Seconde Guerre mondiale est rare dans le polar ), facile à suivre ( l'auteur emploie assez peu de noms propres polonais et leur complexité n'est donc pas une entrave à la fluidité du récit ). Les offensives et contre-offensives se succèdent, Varsovie est un champ de ruines où stagne un brouillard de poussière et de suie. Chaque pan de mur est défendu âprement  par les deux camps alors que les non-combattants se terrent.

Mais deux personnes doutent des causes de la mort d'Herman Frink et de Zosia. Le tirailleur-chef Klaus Enkel était l'ami d'Herman, ils se connaissaient très bien et Herman n'avait pas du tout l'esprit à se donner la mort alors qu'il voyait la fin de la guerre se profiler. Antoni Chlebowski était là lorsque Zosia a rendu son dernier soupir. Antoine a les réflexes de l'avocat qu'il était avant guerre. Comment expliquer la chute, y-a-t-il des témoins ? 

Dans les deux camps, il ne fait pas bon poser des questions, l'ombre de traîtres et d'espions de l'URSS plane. Dans la résistance tout est cloisonné, dans la Wehrmacht pas de place au doute au risque de passer pour un partisan de la défaite. Antoni fouille dans la vie personnelle de Zosia. Il est fragile, hanté par le souvenir de sa femme Anna qu'il a perdue. Sa mauvaise vue qui l'oblige à porter des lunettes aux verres épais comme un cul-de-bouteille, ne le prédisposait pas à combattre, on lui demandait seulement d'écrire dans les journaux clandestins.  Klaus Enkel parle polonais depuis l'enfance et cela lui permet d'être réquisitionné par le capitaine Rudolf Reiner de la Gestapo pour une mission clandestine.

Le lecteur suit les déplacements d'Antoni accompagné de la jeune et belle Irena et du commando formé par Reiner et constitué d'une poignée de soldats sans foi ni loi dont un membre détient un objet personnel ayant appartenu au malheureux Herman Frink. Ces déplacements près du centre historique de Varsovie, font vivre au lecteur de multiples scènes de guerre tragiques où se mêlent snipers, bombardements de l'aviation allemande, découverte de charniers, chars Tigre et lance flamme face à l'armement dérisoire des résistants. Les codes du polar refont périodiquement surface et le lecteur attend bien sûr la rencontre des deux groupes dans un final qui tient toutes ses promesses en matière de suspense, d'action et de rebondissements.

 

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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 16:05
Frédéric  PAULIN  ( suite )

Prémices de la chute : suite de la trilogie de Frédéric Paulin sur les racines du djihadisme moderne, le premier opus ( voir ici ) se déroulait principalement en Algérie entre 1992 et 1995. Ce deuxième volet prolonge directement cette période, nous sommes en janvier 1996, dans le nord de la France où les braquages se multiplient sous l'oeil impuissant de la PJ. Fait divers mortel, grand banditisme, cela intéresse un modeste journaliste de "La Voix du Nord", Réif Arnotovic, surnommé Arno, d'origine yougoslave, il voulait être photographe de guerre, cette affaire de braquage est peut-être sa chance de sortir de l'anonymat. C'est le personnage central de ce roman, il va se révéler efficace. Il a la chance de celui qui débute dans le grand reportage. Sa petite amis Vanessa va le mettre en relation avec Tedj Benlazar dont les infos vont permettre à Arno de découvrir la lente gestation d'évènements qui ont changé la face du monde mais que les organismes officiels qu'ils soient français ou américains ont refusé de voir comme des signes annonciateurs.

L'actualité de 1996 et des années suivantes guide Arno. Sur les conseils de Benlazar, il se rend en ex-Yougoslavie et à Sarajevo où un conflit ethnique est devenu une guerre de religion qu'il faut financer pour recruter des combattants, avant de les armer et les entraîner. L'ex-Yougoslavie est devenue le creuset du radicalisme wahhabite. Des noms circulent, Afghanistan, Oussama ben Laden, Al-Quaïda mais c'est encore sur l'Algérie et Tibhirine que les regards se tournent. Les messages d'alerte de Tedj Benlazar ne sont pas entendus et il est progressivement mis à l'écart de la DGSE, les thèses officielles ne se discutent pas. Le temps passe et PJ, DST et DGSE sont aveugles et incapables de s'unir pour travailler.

Frédéric Paulin retrace les années 1996 - 1997 - 1998 - 1999 et 2000, c'est un voyage géopolitique effrayant lorsque le lecteur prend conscience que des faits anodins de l'époque ont eu des conséquences ravageuses. Les révélations de l'auteur sont multiples, si des zones d'ombre subsistent, il s'engage, prend parti. Ses critiques sont parfois cinglantes comme par exemple envers la presse "Ce n'est pas du journalisme, c'est de la communication institutionnelle. C'est de ça que crève la presse française : recopier les communiqués de presse des institutions, des préfectures, des politicards, rappliquer le petit doigt sur la couture du pantalon".

Benlazar mis à le retraite, Réif Arno prend le relai. L'information se recueille sur le terrain, il est à Peshawar, dans les zones tribales à plus de quatre mille mètres d'altitude, à Tora Bora, à Kaboul, à Kandahar. Il croise Zacarias Moussaoui. Al-Quaïda n'est plus un simple réseau mais une organisation internationale capable de frapper partout sur le globe en Tanzanie, au Kenya. L'affaire est tellement énorme que les journaux n'en veulent pas, pour la DST tout est classé "secret défense". Alors Arno va écrire un roman sur les réseaux djihadistes, un polar. "Un roman, ça rassure les gens, ils ne savent pas que le romancier peut révéler la vérité". 

La lecture est addictive, le récit extrêmement bien documenté se lit comme une aventure grâce à des personnages fictifs très bien intégrés dans la réalité. Deux personnages féminins éclairent ce roman noir, Vanessa, future journaliste, la jeunesse pétillante et rebelle, alliée de Réif. En Algérie Gh'zala se bat pour la liberté des femmes, elle est remplie d'espoir. Un nouveau millénaire ne vient-il pas de commencer ? Arno poursuit ses investigations, pister Zacarias Moussaoui ou Mohamed Atta l'a conduit aux Etats-Unis où le 11 septembre 2001 aurait aurait pu être une journée comme les autres. Arno, Tedj et les autres assistent ce jour là à ce que personne ne voulait voir venir ...

 

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19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 06:19
Romain SLOCOMBE  ( suite )

La Gestapo Sadorski : suite de la fresque historique consacrée à la seconde Guerre mondiale et à l'occupation, avec Léon Sadorski en guide ... sinistre ( voir troisième tome ICI ). Romain Slocombe décortique cette époque et propose au lecteur d'approfondir l'aspect Résistance armée à Paris et plus particulièrement l'implication communiste.

Nous sommes début octobre 1943, le colonel SS Julius Ritter a été exécuté par balles devant son domicile parisien le 28 septembre. Il supervisait le Service du travail obligatoire. Les attentats contre les dignitaires nazis se multiplient à Paris, alors il faut traquer les terroristes. L'inspecteur principal adjoint ( IPA ) Léon Sadorski de la 3ème section des Renseignements Généraux à la préfecture de police de Paris n'est pas censé enquêter sur les terroristes. Ce sont certainement des communistes mais c'est sûr il y a parmi eux des juifs et Sadorski sait les repérer. A la tête d'un petit groupe aussi efficace que criminel et n'ayant de compte à rendre qu'à la police secrète allemande, la Sipo-SD, l'IPA Sadorski confirme qu'il est un flic compétent. A de nombreuses reprises j'ai été emporté par ma lecture comme avec un excellent polar. Les filatures tiennent en haleine, la patience des enquêteurs est un véritable suspense, leur intuition peut être déterminante. Mais le contexte historique ramène brutalement à la réalité de l'époque comme les interrogatoires sous la torture.

Le récit de Romain Slocombe repose sur une documentation d'historien. Les rouages de la collaboration entre la police française, les gestapistes français et les autorités allemandes sont décortiqués. L'auteur renseigne également le lecteur sur l'organisation de la résistance communiste. Il insiste tout particulièrement sur la contribution des FTP-MOI, Francs-tireurs et partisans - Main-d'oeuvre immigrée et un de ses dirigeants Missak Manouchian.

Jamais la vie n'a été si difficile à Paris. Comment manger à sa faim ? Tout ça ne concerne pas l'inspecteur Sadorski, il sait profiter de toutes les situations. Lui, sa femme Yvette et la jeune Julie qu'il a mise enceinte, ne manquent de rien. Traquer les terros, les bolchos et en profiter pour s'enrichir, profiter des femmes surtout ! C'est la guerre mais il y a des familles riches à Paris, complaisantes vis-à-vis des nazis et elles vivent confortablement ( l'exemple du monde du cinéma est mis en avant ). Il y a aussi une vie festive et nocturne à Paris, le champagne coule à flots, on y danse sur Maurice Chevalier dans les bras de prostituées, les soldats de la Wehrmacht en permission entonnent Lili Marleen. 

Léon Sadorski vit dans la peau de multiples personnages, le flic, le salop, le profiteur, le menteur, le charmeur, le vrai et le faux père, le résistant inventé, le vrai et le faux gestapiste. Un imbroglio inextricable l'entraîne dans un engrenage fatal mais ce sera une autre histoire dans l'Histoire. 

Bibliographie de l'auteur ICI 

 

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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 09:14

Cay Rademacher est de nationalité allemande, né en 1965 à Flensburg dans le nord de l'Allemagne. Il est journaliste et vit dans le sud de la France près de l'étang de Berre. Il écrit des romans depuis 1996 dans lesquels l'Histoire est souvent présente. Depuis 2014 il publie les enquêtes du Capitaine Roger Blanc, gendarme en Provence. 

Il est l'auteur d'une trilogie de romans policiers historiques dont le héros récurrent est Frank Stave, Polizei-Oberinspektor à Hambourg immédiatement après la Seconde Guerre mondiale.

La trilogie hambourgeoise ( Frank Stave ) :

- L'assassin des ruines 

- L'orphelin des docks

- Le faussaire de Hambourg

 

Cay  RADEMACHER

L'assassin des ruines : nous sommes en janvier 1947 à Hambourg, zone d'occupation britannique. L'hiver est glacial, à l'exception de quelques quartiers ( souvent huppés ) la ville a été rasée par les bombardement, le rationnement est particulièrement sévère et la population civile manque de tout. C'est là que survit Frank Stave, sa situation de policier ne lui assure aucun passe-droit. Il est Polizei-Oberinspektor ou inspecteur principal de la police que l'occupant britannique a réorganisée dès mai 1945. Tous les anciens nazis sont censés avoir été licenciés mais certains ont sans doute échappé aux mailles du filet. Frank Stave a repris du service, il avait été mis au placard sous le IIIème Reich car classé "à gauche" mais il ne s'est jamais distingué pour son esprit de résistant. Stave dirige désormais une petite cellule spéciale d'investigation criminelle au sein de la police judiciaire dirigée par Cuddel Breuer, l'hôtel de police occupe un immeuble de onze étages épargné par les bombardements et situé Karl-Muck-Platz. Les statistiques de la criminalité sont désastreuses à Hambourg, il s'git de "criminalité de la misère" et encore les chiffres n'englobent pas la contrebande et le marché noir ...

"Nous avons une morte", c'est par cette courte phrase incongrue que l'inspecteur principal est informé de la découverte du cadavre d'une jeune femme dans les ruines près de la gare de Landwehr. Le corps sans vie est nu, étranglé avec un fin noeud coulant. Il s'agit d'autre chose qu'une rixe entre trafiquants ou qu'un drame de la jalousie dû au retour de prisonniers de guerre. Commence alors pour Frank Stave une quête qui va friser l'impossible : identifier la victime ! Il faut faire vite et dans la discrétion avant que la peur d'un assassin des ruines ne gagne la population, avant qu'elle n'en vienne a regretter le temps du Führer pendant lequel rien de tout cela ne serait arrivé. L'occupant britannique pourrait aussi être contesté alors l'inspecteur principal Frank Stave se voit adjoindre un officier de liaison britannique, le jeune lieutenant James C. MacDonald du gouvernement militaire britannique de Hambourg, c'est un soldat pas un détective. 

Le duo fonctionne bien. Le docteur Czrisni qui fait office de médecin légiste, un technicien de l'identité judiciaire et un inspecteur de la brigade des moeurs complètent l'équipe et le procureur Albert Ehrlich, un juif, instruit efficacement l'affaire qui se complique lorsqu'un nouveau cadavre est découvert, un vieil homme cette fois, également étranglé et dont le cadavre est nu. L'assassin des ruines a encore sévi.

L'enquête m'a captivé, elle est très crédible, jusqu'à la fin, le suspense et les rebondissements ne manquent pas. Elle permet aussi d'explorer Hambourg, c'est sans doute un des objectifs de Cay Rademacher  qui a accompli un véritable travail d'historien pour relater les privations du peuple allemand, réduit à retourner les gravats des ruines à la recherche d'hypothétiques moyens de subsistance. Le marché noir est devenu une institution que l'Office de lutte contre le marché noir n'arrive pas à endiguer. La ville est submergée par les réfugiés qui fuient l'est et l'ogre soviétique. Des nuées d'enfants, souvent orphelins,  errent dans les ruines. Frank Stave, la quarantaine, est un policier efficace et un citoyen allemand qui n'a pas été épargné par la guerre. En juillet 1943 son épouse Margarethe a été tuée lors des bombardements alliés de l'opération Gomorrah qui visait à détruire Hambourg. Frank a été blessé et en a gardé des séquelles, la cheville gauche bloquée il boite légèrement. 

A cette époque chaque allemand a un disparu parmi ses proches. Le Suchdienst ou "Office des disparitions" a réuni les dossiers de la Croix-Rouge et des Églises Catholique et Protestante pour créer le plus grand service de recherche au monde. Toutes les informations y aboutissent et alimentent dix-huit millions de fiches d'identité. L'une de ces fiches porte le nom de Karl Stave, le fils de Frank qui a disparu à l'âge de dix-sept ans sur le front de l'est après avoir adhéré à l'idéologie nazie. 

Habile et passionnant mélange de vie quotidienne méritant d'être découverte et d'un polar logiquement encré dans l'Histoire, cette trilogie ne déçoit pas et mérite toute notre attention.

 

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8 novembre 2020 7 08 /11 /novembre /2020 16:48
Ludovic MANCHETTE  et  Christian NIEMIEC

Alabama 1963 : une plaisanterie de comptoir, Walt et Edwin ont passé une fausse petite annonce comme quoi leur pote Bud recherchait une femme de ménage. Et ça a marché, Adela s'est présentée chez Bud. Nous sommes en août 1963, à Birmingham, en Alabama. Adela Cobb est noire et Bud Larkin est blanc, agressif, grossier, sale, fainéant et alcoolique. Il est aussi un brin raciste mais cela ne dépare pas aux Etats-Unis à cette époque où la ségrégation raciale est inscrite dans la loi et les moeurs. 

Bud a été viré de la police et s'est reconverti en détective privé sans travail. Son quotidien se résume à whisky - bière, son appartement où il rentre bourré et son annexe le Grady's Bar où il retrouve ses potes Walt et Edwin, deux flics qui ne lui ont pas tourné le dos. Finalement, Adela et Bud tombent d'accord pour une séance de ménage le mercredi. L'univers de Bud a bien besoin d'un peu d'ordre et de nettoyage et Adela a absolument besoin de travailler pour élever ses trois enfants depuis qu'elle est veuve.  

1963 est une année d'espoir aux Etats-Unis, la communauté noire attend impatiemment que le président Kennedy traduisent enfin ses belles paroles électorales en actes et les auteurs ne manquent pas d'intégrer à leur récit des évènements marquant comme la Marche sur Washington du mercredi 28 août et le fameux discours de Martin Luther King et son "I have a dream". L'Histoire est primordiale dans ce roman pour bien rappeler le contexte tragique de cette époque américaine. A Birmingham on pouvait même assassiner des petites filles noires dans l'indifférence générale y compris celle de la police. Ce pourrait être un travail pour Bud le détective privé, les parents d'une victime l'ont même sollicité. Mais son enquête n'avance pas car Bud n'a pas le temps d'enquêter. Mais à sa décharge, ce n'est pas facile pour un blanc de questionner une communauté noire qui lui tourne systématiquement le dos. Alors il se fait accompagner par une secrétaire, évidemment c'est Adela, bien qu'elle ne sache ni lire ni écrire.

Avec l'Histoire, un soupçon de polar et le quotidien de gens ordinaires Ludovic Manchette et Christian Niemec façonnent un récit drôle et intelligent. Le contexte social pouvait privilégier le tragique, les auteurs ont fait le choix de l'amitié, de la tolérance et de la franche spontanéité, insister sur le ridicule plutôt que déployer un plaidoirie magistrale. 

J'ai adoré cet improbable duo, j'ai ri ( franchement il y a des moments d'anthologie ) et été ému à la fois ( notamment l'épilogue ). Encore une fois le polar permet à la perfection de relater l'état d'une société.

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 17:02
Jean-Christophe BERTHAIN

ZOF 1945 : derrière cet acronyme énigmatique se cache un épisode méconnu ou oublié de l'immédiat après seconde Guerre mondiale lorsque le territoire allemand a été découpé en zones d'occupation, britannique, américaine, soviétique et française. Personnellement j'ignorais tout de la participation française. La Zone d'Occupation Française couvrait une superficie restreinte scindée en deux poches une en Sarre et l'autre dans le Palatinat, à l'est et au nord de Strasbourg. 

Jean-Christophe Berthain a habilement choisi d'y emmener le lecteur dans les pas de René Valenton, tout juste promu colonel du Renseignement français. De septembre à décembre 1945, Valenton va parcourir la ZOF, sa mission est d'observer et de rendre compte de la situation.  

Dans la ZOF, l'ancien occupé est devenu occupant du territoire de son ennemi. Comment ne pas sombrer dans la vengeance ? Les consignes du général de Gaule, chef du Gouvernement provisoire de la République française et déjà très attaché à une future entente franco-allemande, sont à la fois claires et difficiles à mettre en oeuvre, "punir sans humilier ni se venger". Valenton partage avec le lecteur ses observations et son vécu et lui fait rencontrer des personnages très représentatifs de cette période sombre et de lieux traumatisés alors qu'en filigrane le danger soviétique se profile à l'est.

La ZOF se prête bien à la chasse aux criminels nazis. Il s'agit d'une région rurale et forestière où les réfugiés allemands affluent ( ils fuient devant l'ogre soviétique ). La frontière suisse n'est pas loin avec la promesse d'un exil salvateur. Cette chasse a deux visages, celui d'une ébauche et délicate recherche conjointe avec des allemands qui s'étaient tenus à l'écart des dirigeants nazis et celui d'exactions humiliantes parfois prémices à des exécutions sommaires d'une rare violence. La vengeance est toujours latente, du côté français mais également entre allemands car dénoncer un voisin permet de s'acheter une bonne conduite.

Bien d'autres sujets sont abordés toujours avec la grande rigueur d'un historien et sans jamais lasser car l'auteur est aussi un remarquable conteur qui sait mettre en scène les personnages fictifs de son récit aux côtés de personnalités réelles. Le lecteur suit ainsi le général de Gaule en visite début octobre 1945. Il y a aussi le physicien français Yves Rocard, un peu perdu dans le démantèlement des usines allemandes et le recrutement de savants. Il aurait préféré embaucher des chercheurs n'ayant pas soutenu Hitler mais nécessité fait loi, l'opération doit être rentable quitte à engager des scientifiques nazis. C'est à ce prix que la France pourra redevenir une grande puissance.

Et puis il y a Baden-Baden, la capitale caricaturale de la ZOF. C'est le siège du gouvernement militaire commandée par le général Pierre Koenig secondé par un administrateur civil, Emile Laffon. Baden-Baden a été épargnée par le fracas de la guerre. Il y fait bon vivre, la ville fourmille de militaires et de civils qui s'activent dans des administrations qui n'existent encore que sur le papier. La vie festive et nocturne y est bien réelle, il faut imprégner cette terre étrangère de culture française. En un tour de passe-passe, les patriotes sont devenus des vacanciers. Le style pince-sans-rire de l'auteur se prête bien à la dénonciation du ridicule de cette situation.

La mission officielle de Valenton cache également une quête personnelle, retracer le parcours de ses proches parents ( sa mère, sa soeur et son frère ) durant l'occupation de la France alors qu'il était en poste à Londres. Résistance ou collaboration avec les nazis ? Ce fil conducteur est très ténu et aurait mérité d'être approfondi. Le parti-pris de l'éluder aurait pu aussi se concevoir tellement l'exploration de la ZOF suffit à passionner le lecteur.

Merci aux Éditions Le cherche midi 

 

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10 octobre 2020 6 10 /10 /octobre /2020 18:09
Dominique MANOTTI  :  "Or noir"

Mars 1973.

Deux corps mitraillés à Marseille. Un armateur tué de dix balles de 11.43 à sa sortie d'un casino sur la Promenade des Anglais à Nice. Toutes les victimes avaient entretenu des liens avec le clan Guérini qui après le trafic de cigarettes d'après guerre avait contrôlé la filière de l'héroïne jusqu'à la fin des années 1960. La French Connection a ainsi amassé une fortune colossale. Puis la famille Guérini est tombée et la guerre de succession n'en finit pas, les exécutions succèdent aux exécutions. 

L'armateur assassiné à Nice, Maxime Pieri, avait été un des meilleurs lieutenants d'Antoine Guérini avant de se reconvertir dans les affaires, à la tête de la Somar, une entreprise qui fait naviguer une dizaine de cargos. Dés son arrivée à Marseille, le jeune commissaire Théodore Daquin muté au SRPJ, brigade criminelle, Groupe de répression du banditime, à la tête d'une petite équipe de deux inspecteurs, Grimbert et Dumas, se voit confier l'affaire Pieri avec la consigne de ne pas faire de vagues dans le cadre de l'enquête de flagrance qui ne durera que quinze jours. Durant ces quinze jours, grâce à son opiniâtreté et sa perspicacité, Daquin et son groupe vont dénouer un écheveau aux ramifications internationales sur l'utilisation de l'argent de la French Connection pour se faire une place dans l'économie moderne devenue mondiale.

Avec Madame Dominique Manotti, la fiction rejoint la réalité, son portrait de Marseille est criant de vérité, en 1973 son économie est ruinée avec la fin des échanges coloniaux. Elle a du mal à tourner la page de la French Connection.  La police est volontairement impuissante, écartelée entre le manque de moyens et les intérêts locaux. Le récit de l'auteur parle de Gaston Deferre, du SAC, du poids des clans corses Elle raconte la construction du port de Fos objet de toutes les espérances et convoitises, décortique la géopolitique du pétrole qui voit l'OPEP prendre la main sur le commerce de cette matière première, prémices d'une envolée des prix et promesse de bénéfices inouïs mais les sommes à investir sont colossales.

Ce récit est un habile travail d'investigations journalistiques et de recherches historiques. C'est aussi un polar passionnant avec des procédures bien décrites. On y croise le commissaire Van Loc. Il y a l'habile commissaire Daquin de la PJ ( à Marseille ce n'est pas au 36 mais à l'Évêché ) mais aussi les stups, la financière, les douanes dans une ambiance marseillaise bien reconstituée. Marseille est un personnage à part entière, c'est l'occasion de parcourir ses quartiers aux noms familiers, parfois rongés par la pauvreté. C'est aussi le Marseille des calanques à la beauté somptueuse. Marseille pièce d'un puzzle d'une rare complexité où se mêlent contrebande, traiding, blanchiment d'argent sale, paradis fiscaux, espionnage, relations internationales et politique. Une nouvelle criminalité voit le jour, elle fait fi des frontières à l'image des pipelines. Le pétrole n'a jamais si bien mérité son nom de "or noir".

Pas une minute de répit pour le lecteur qui est littéralement happé par un récit mené à cent à l'heure et qui l'amène pas seulement vers un dénouement mais aussi vers des révélations. Le style est sobre, pas de phrase inutile lorsqu'un mot seul peut décrire une situation. L'auteure est la narratrice, ponctuellement Daquin l'est aussi, moments de confidences presque de complicité avec le lecteur, brefs moments où la tension se relâche avant de mieux rebondir.

Dominique MANOTTI : Or noir. Parution le 5 mars 2015, collection série noire, Gallimard. ISBN 9782070148707. 

Réédition en février 2017, collection Folio policier ( n° 819 ), Gallimard.

Je remercie l'auteure, livre lu grâce à sa générosité.

 

Dominique MANOTTI  :  "Or noir"

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