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14 septembre 2022 3 14 /09 /septembre /2022 17:37
Patrick PÉCHEROT - "Pour tout bagage"

Souvenirs, souvenirs
Je vous retrouve en mon cœur
Et vous faites refleurir
Tous mes rêves de bonheur

Ils étaient complices. Il y avait Antoine, Arthur, Paul, Yvon et une fille Sylvie et Chloé sa petite sœur. Arthur se souvient, il raconte. Ce sont des photos qui ravivent les souvenirs d’Arthur et il nous emmène dans les années 1970. Quand on est jeune adulte, c’est le cœur qui parle. Les rêves deviennent facilement espoir et très vite la certitude de pouvoir tout réaliser s’installe. C’est ce qui anime Arthur et ses copains : le fascisme ne passera pas !

Patrick Pécherot installe une fiction habitée par des gens ordinaires comme il sait si bien le faire. J’ai été aussitôt conquis par les portraits profondément humains de ces mousquetaires comme dit Arthur. Il y a eu un drame et on a envie d’en savoir plus. Pauvre Edmond. Et puis il y a ce long récit sur l’enlèvement bien réel à Paris du banquier espagnol Angel Balthazar Suarez en mai 1974. Le GARI est entré en lutte ouverte contre le vieux dictateur Franco. C’est du sérieux, les commissaires Ottavioli du quai des Orfèvres et Broussard entrent en scène. Le lecteur est transporté dans un polar et dans l’Histoire.

L’auteur est un formidable conteur qui sait à une fiction ou à un récit historique ajouter les détails du quotidien qui font vrais. Années 1970, ça me parle et je retrouve ces petits riens enfouis dans ma mémoire sous une vie d’adulte. Une chanson ( de Léo Ferré bien sûr ), une marque de boisson, les boyards ( c’était dégueu ), les mots de l’époque aujourd’hui désuets. Ces petites choses, c’est un peu l’Histoire et j’y étais. Je suis ému par tout ce que fait revivre Patrick Pécherot. Son style est direct, il prend le lecteur à témoin, l’invite amicalement, le tutoie. Il sait aussi mettre en valeur les changements plus profonds, comme dans les banlieues. Son regard sur Mantes est lucide et touchant.

De nos jours ( Arthur croise des gilets jaunes ) Edmond se rappelle à la mémoire des mousquetaires. Il est pourtant bien mort le pauvre mais quelqu’un en parle sur le net, quarante-cinq ans après. L’heure est grave, alors Arthur part retrouver ses compères, enfin ceux que la mort a épargnés. Le temps a fait voler en éclats leur complicité, ils sont devenus avocat, magnat de la presse, zadiste, brocanteur. Patrick Pécherot  entraine le lecteur vers une fin maitrisée à la perfection.

Patrick PÉCHEROT – Pour tout bagage. Parution le 25 août 2022, Éditions Gallimard, collection La Noire. ISBN 9782072969720 .

Bibliographie de Patrick Pécherot  

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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 16:05
Gilles MARCHAND  -  "Le soldat désaccordé"

Un roman lumineux sur un sujet tragique !

Le narrateur durant toutes les années 1920 et une bonne partie des années 30 a été enquêteur. La Première Guerre mondiale une fois finie a laissé son lot d’énigmes et de passés à reconstituer. Retrouver un proche qui n’est pas rentré à l’armistice, peut-être a-t-il tout oublié dans les combats jusqu’à son nom et l’existence de ses proches ? Acquérir la certitude qu’un disparu est mort pour que sa veuve puisse toucher une pension, tant de cadavres ont disparu sous les déluges de bombes. Il y a aussi les communes qui recherchent les noms à inscrire sur leur monument aux morts. Il faut bien sûr réhabiliter l’honneur des fusillés pour l’exemple. Le travail ne manque pas pour ce survivant de la guerre. Il n’a jamais quitté les zones de combat, même après avoir été amputé d’une main il est resté sur le front, pour aider. Jamais il n’a profité d’une permission pour rendre visite à Anna qu’il aime et qui l’aime. La der des ders est finie, pas complètement pour celui qui enquête. La guerre est en lui jusqu’à le forcer à se priver du moindre bonheur.

C’est en 1925 qu’on lui demande de retrouver Émile Joplain. Sa mère est sans nouvelles depuis 1916, il était alors à Verdun. Il se met aussitôt au travail, des registres infinis à éplucher, des lettres dans toutes les directions, de multiples déplacements. Il n’hésite pas à quitter son foyer, pour aider. Il va peu-à-peu reconstituer la vie d’Emile, depuis ses quatorze ans. Le même âge que Lucie. Tout a commencé en Allemagne et en Alsace-Lorraine ( qui à l’époque était allemande ) un des berceaux du conflit qui va embraser le monde et séparer les êtres qui s’aiment. Le début de la vie commune d’Émile et de Lucie est attendrissant, bien vite interrompue par la marche de l’Histoire et un conflit qui va ensanglanter le monde entier.

Gilles Marchand raconte tout d’abord des faits simples avec des mots simples et vrais, émouvants. Puis la tragédie et l’horreur s’installent et l’auteur raconte la guerre, les horreurs, la souffrance, la folie, la mort. Les hommes ont perdu toute humanité. La littérature ne manque pas de récits de guerre. Gilles Marchand le fait d’une manière vraie, éprouvante et fait preuve d’une empathie incroyable pour ceux qui souffrent. La qualité d’écriture y est pour beaucoup. Autant que la mort, ce sont les traumatismes psychiques jusqu’à la folie qui sont douloureux pour le lecteur.

Le jeu de pistes proposé par l’auteur tient en haleine. Lorsque la trace d’Émile se perd, à Vimy, notre enquêteur part à la recherche de Lucie dont personne n’a de nouvelles depuis des années. Il suit le même chemin, avec quinze ans de retard, que celle qui est partie retrouver son amoureux. Au cœur des combats, inlassablement elle demandait si quelqu’un connaissait « un soldat qui s’appelait Joplain, qu’était poète et beau comme un prince ». La fin de l’enquête provoque des sentiments de gâchis et ne laisse pas insensible, tout comme la démesure de la violence qui a détruit les homes pendant bien plus que les quatre années de combat.

Gilles MARCHAND – Le soldat désaccordé. Parution le 19 août 2022, Éditions Aux forges de Vulcain. ISBN 978-2-373-05648-8 . 

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5 septembre 2022 1 05 /09 /septembre /2022 07:49
Pascal  CHABAUD  -  "Tuer pétain"

En mai 2018 Pascal Chabaud fait une entrée remarquée dans le polar historique en explorant un épisode sombre de notre Histoire : la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation de la France par la Wehrmacht ( « Mort d’un sénateur » voir ICI ). C’est une période qui divise, il y a ceux qui résistent et ceux qui collaborent. C’est également une période de souffrances et de privations pour le peuple français. L’auteur s’y connait en Histoire et le polar se prête bien à une reconstitution historique. Il n’y a pas mieux qu’un enquêteur pour fouiner dans le quotidien, pour questionner, pour s’imposer dans tous les rouages de la société. Mais le travail est double car il faut imaginer un scénario fictif mais crédible et capable de se fondre dans la réalité de l’époque.

« Tuer Pétain » permet au lecteur de retrouver les principaux personnages dont il a fait connaissance dans « Mort d’un sénateur ». Pascal Chabaud passe avec succès le cap du premier roman. Il a su s’adapter à une nouvelle page d’Histoire, ses personnages évoluent, gagnent en humanité et il imagine cette fois-ci un scénario à plusieurs facettes, plus riche et plus complexe. Ce deuxième roman est indépendant du premier mais il peut être utile de s’y référer, de le relire ou de le découvrir. A ce titre sa réédition en poche est une heureuse initiative.

C’est l’Histoire qui guide l’auteur. Octobre 1941, l’occupation allemande s’installe dans la durée. La France est coupée en deux et pas seulement géographiquement. La Résistance s’organise face à l’occupant, il y a les attentats avant les actions structurées, secrètes et clandestines dirigées depuis Londres. Des français choisissent une autre voie. Pétain est de ceux-là, c’est le personnage historique central de ce roman, place justifiée tellement il est controversé.

Que serait un polar sans ses personnages, sans un flic et sans les indispensables seconds rôles ? Le lecteur en apprend beaucoup sur le passé et la personnalité de Joseph Dumont qui est confronté à des dilemmes familiaux et professionnels ( traquer le crime ou les juifs et les communistes ? ). Cela le contraint à faire des choix déterminants, son attitude face à la torture oblige le lecteur à s’interroger. Albertine est bien sûr présente mais je n’en dirai pas plus, secret oblige.

Des enquêtes originales ! L’auteur n’oublie jamais de divertir mais il le fait de manière ingénieuse. Joseph mène plusieurs enquêtes de front. Il y a l’assassinat d’un pharmacien. Le lecteur ne sera pas déçu par les procédures, Joseph exerce ses talents de fin limier et malgré un contexte de rationnement réussit à mettre en œuvre des techniques scientifiques efficaces mais les indices le mènent inéluctablement vers sa famille. Il y a aussi tout ce qui touche à la construction de la Résistance avec les actions des gens ordinaires jusqu’aux réseaux organisés. Et puis grâce à ses talents d’historien l’auteur s’interroge et imagine ( la préface souligne la pertinence du scénario ) une tentative d’assassinat du chef de l’Etat français que Joseph Dumont s’attache à déjouer.

Entamé comme un polar classique passionnant, ce deuxième roman de Pascal Chabaud sort du lot et mélange les genres. Tout sonne juste, aucune exagération, plus d’émotion et c’est efficace, de quoi combler les lecteurs les plus exigeants.  

Pascal CHABAUD – « Tuer Pétain ».  Parution prévue le 20 octobre 2022, Éditions du Signe. ISBN  9782746841260 .

Pascal CHABAUD - « Mort d’un sénateur » , réédition en poche prévue le 20 octobre 2022, Éditions du Signe.  ISBN  978274681727 .

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2 septembre 2022 5 02 /09 /septembre /2022 16:45
Gérard STREIFF : "Octobre à Paris"

Ce roman de Gérard Streiff montre toute l'envergure du polar, il est ici support pour explorer le passé et rappeler aux lecteurs des évènements oubliés où plutôt volontairement cachés par une censure colonialiste implacable. Le polar devient alors roman noir.

Nous sommes en France de nos jours puisqu'on parle de Blanquer ministre des écoles. Pour la partie fiction de ce polar il y a Chloé Bourgeade détective privée dans une petite agence parisienne, Le Sémaphore. Sa patronne l'a chargée de répondre à la demande d'un certain Leglay qui considère la mort par noyade de son père comme suspecte. Un seul indice, Leglay père a reçu peu avant sa mort la copie d'un ancien tract évoquant une manifestation en 1961.

Chloé plonge alors dans l'Histoire, la vraie. Aidée de Racine, un quinqua érudit, ancien des Archives nationales, mis sur la touche après avoir dénoncé l'omerta imposée sur certains dossiers. Avec lui et ses collègues détectives du Sémaphore, Chloé va reconstituer ces évènements parisiens de 1961, une longue escalade de violence notamment dans le 18ème arrondissements où il y a un peu plus de cinquante ans des noms comme Barbès, Château Rouge ou la Goutte-d'Or désignaient des ghettos où des algériens ( mais l'Algérie était française à l'époque et il s'y passait des évènements ... ) survivaient sous la surveillance étroite de la police et la répression violente d'une milice supplétive constituée de harkis, le tout sous les ordres du préfet de police Papon. Le 17 octobre 1961 une manifestation d'au moins 30 000 algériens s'est transformée en véritable boucherie sous les coups des forces de l'ordre, "10 000 emprisonnements, presque autant de blessés, plus de 200 morts", des êtres humains tabassés, noyés dans la Seine.

Et puis ses évènements sont effacés. Les politiques au pouvoir activent une censure implacable issue d'une époque coloniale qui ne s'efface pas. Chloé questionne, rencontre des témoins âgés, des enfants d'algériens torturés qui se souviennent, retrouve des nostalgiques de l'époque de la "belle province algérienne", parle à des gens de Gauche. Le polar est alors roman noir pour reconstituer la réalité sociale et historique de l'année 1961 à Paris.

D'anciens flics en service en 1961 à Paris sont ils victimes d'une vengeance ? Chloé détective privée poursuit son enquête à la fin du roman qui redevient un polar classique, non dénué d'humour pour le plaisir du lecteur. 

Gérard STREIFF  -  "Octobre à Paris". Parution le 7 octobre 2021, un polar des éditions La Déviation. ISBN 979-10-96373-39-0 .

 

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25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 17:42
Patrick PÉCHEROT : "Boulevard des Branques"

Dernier volet de La saga des brouillards, deuxième titre voir ICI .

Une histoire de fous !

Nestor est dans la tourmente de la seconde guerre mondiale. L’exode de juin 1940 l’oblige à répondre à l’appel à l’aide d’Yvette, à cette occasion il va croiser Jean Moulin à Chartres. L’Histoire, toujours l’Histoire qui sert de trame aux récits de Patrick Pécherot … De retour à Paris, Nestor va connaître les premiers mois de l’occupation de la capitale française par l’armée allemande et ses conséquences tragiques pour la population française. Mais il y a encore du travail pour un détective privé même si le patron de l’Agence Bohman a fui prévoyant la traque des juifs. Nestor doit veiller sur l’éminent neuropsychiatre Antoine Griffart mais ne peut empêcher son suicide.

Une histoire de fous !

L’auteur sait utiliser les hasards de l’Histoire. Durant l’offensive allemande de mai 1940, l’hôpital psychiatrique de Clermont de l’Oise fut bombardée, obligeant l’évacuation des malades. « Deux mille dingues en chemin de fer. Ça devait valoir le jus. Un express rempli de Napoléon en pyjama et de baveux à camisole ». Le style fait sourire mais Patrick Pécherot en profite pour dénoncer les adeptes français des théories nazies eugénistes.

Il n’y a rien de mieux qu’un enquêteur pour fouiller dans la société de son époque. En fait Griffart a été assassiné, meurtre déguisé en suicide, la police est formelle. Pour une fois la police officielle en apprend à un privé ! Nestor enquête et dans ses pas le lecteur voit arriver la Wehrmacht, s’installer le rationnement et les privations au quotidien, les premières alertes des bombardements alliés et la course vers les abris et les premiers contrôles « des flics à pèlerine et des soldats allemands, le fusil à l’épaule et la grosse plaque au cou ».

Une histoire de fous !

Nestor et la belle secrétaire sur les traces d’un fabuleux trésor ! En 1937 l’or de la République espagnole a été mis en sécurité à Moscou. Cinq cents tonnes. Mille cinq cent quatre-vingt-six millions de pesetas-or. Cinq cent dix-huit millions de dollars. Selon la rumeur, selon la légende, une partie de cette fortune aurait été détournée. De quoi attiser bien des convoitises.

J’ai adoré cette trilogie et les dernières lignes sur le destin de Nestor : « Envoyé au stalag, il s’en évada en mai 1941, mais cela est une autre histoire ». Place aux récits de Léo Malet …

 

Patrick PÉCHEROT  -  Boulevard des  Branques. Parution en novembre 2005, Éditions Gallimard, collection Série Noire. ISBN 9782070776375.    Réédition en 2008, Folio policier n° 531. ISBN 9782070359554.

Les trois titres de La saga des brouillards ou Trilogie parisienne sont réunis en un seul volume paru en octobre 2014, Éditions Gallimard, collection Folio policier, n° 744. ISBN 9782070461431 .

 

Bibliographie de Patrick Pécherot

Patrick PÉCHEROT : "Boulevard des Branques"
Patrick PÉCHEROT : "Boulevard des Branques"
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17 août 2022 3 17 /08 /août /2022 15:15
Patrick PÉCHEROT  -  Belleville-Barcelone

Toujours impatient de découvrir une nouveauté, je néglige et parfois j'oublie des séries dont j’ai entamé la lecture et promis de poursuivre leur découverte tellement elles me plaisaient. C’est le cas avec la saga des brouillards ou trilogie parisienne de Patrick Pécherot. J'en étais resté au tome 1, voir ICI.

Onze années ont passé depuis « Les brouillards de la Butte ». Pipette veut qu’on l’appelle Nestor et il est devenu détective privé au sein de l’agence Bohman à Belleville, c’est ce qui se fait de mieux en matière d’enquêtes, de recherches et de surveillance. Le travail ne manque pas en ce printemps 1938 comme retrouver Aude Beaupréau, héritière d’une riche famille industrielle, qui a fuguée avec son amoureux, Pietro Lema un modeste ouvrier. Patrick Pécherot n’a pas son pareil pour recréer des ambiances. Les quartiers modestes voire miséreux jusqu’aux riches rues parisiennes, rien n’échappe au regard lucide et plein d’humour de l’auteur qui fait aussi largement appel à l’argot parisien de l’époque. La reconstitution fait encore plus vraie.

Rien ne se passe comme prévu et Nestor qui pensait retrouver la belle fugueuse en deux jours tout au plus va de mauvaises surprises en mauvaises surprises. Son client se révèle un imposteur, l’amant de la riche héritière est introuvable et sans doute impliqué dans un trafic d’armes au profit des Républicains espagnols en guerre contre les franquistes. Ultime désenchantement, il est accusé du meurtre d’un inconnu dont le cadavre est retrouvé décapité : il n’y a pas de bon polar sans un privé en conflit avec la police ! Et que serait un privé sans l’aide d’une belle femme ? C’est encore mieux lorsqu’il s’agit d’Yvette la secrétaire du patron de l’agence Bohman.

Patrick Pécherot utilise habilement  le contexte politique complexe et tourmenté de l’époque. Le Front populaire est devenu hésitant, l’extrême droite en profite. L’aide aux Républicains espagnols divise en France autant que sont nombreux les courants de la gauche espagnole. L’URSS a choisi son camp et aide militairement les communistes espagnols mais pas les trotskistes, ni les anarchistes et encore moins le Poum... C’est l’époque des grandes purges staliniennes. Pendant ce temps l’ogre nazi prépare ses armes. Ce contexte se prête bien aux complots, à l’espionnage et aux coups bas du NKVD auxquels l’auteur fait largement appel dans la construction de son intrigue qui se révèle pleine de suspense et de rebondissements mais toujours très crédible car le socle du récit repose à n’en pas douter sur une riche documentation historique. Les héros de Patrick Pécherot sont des gens ordinaires qui font autant l’Histoire que les personnages célèbres que le lecteur prend plaisir à croiser au détour d’une page. « Belleville-Barcelone » est un roman érudit où tout s’assemble harmonieusement : un véritable travail d’orfèvre.

Patrick PÉCHEROT  -  Belleville-Barcelone. Parution en novembre 2003, Éditions Gallimard, collection Série Noire. ISBN 9782070428946 . Réédition en 2007, Folio policier n° 489. ISBN  9782070347575 .

Bibliographie de Patrick Pécherot 

Patrick PÉCHEROT  -  Belleville-Barcelone

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14 août 2022 7 14 /08 /août /2022 15:40
Simon  SCARROW  : "La nuit de Berlin"

Nouveau polar historique situé dans le Berlin nazi en décembre 1939. C’est un contexte de plus en plus exploré par le polar avec peut-être le risque de voir le lecteur se lasser si les innovations venaient à manquer. L’auteur est britannique.

Le début de ce roman est classique, une femme violée et tuée avant d’être précipitée depuis un train près de la gare d'Anhalt. La victime n’est pas une femme ordinaire, il s’agit de Gerda Korzeny ex actrice de cinéma, elle a été la favorite de Goebbels avant de devenir l’épouse d’un éminent juriste du parti Nazi bien plus âgé qu’elle. L’affaire est sensible et pourrait affecter les dignitaires nazis. La Gestapo, une fois n’est pas coutume, fait preuve de prudence et l’Oberführer Heinrich Müller confie l’enquête à l’inspecteur Horst Schenke de la Kripo, un flic qui ne fait pas de politique, il pourrait même lui être reproché de ne pas en faire assez. Schenke n’a pas sa carte au parti nazi et ne nourrit aucune ambition au sein de la SS.

Un début de roman classique mais la narration de Simon Scarrow se révèle passionnante et j’ai été dès les premières pages absorbé par un récit facile à lire, bien documenté sur le quotidien des berlinois au début de la guerre alors qu’un hiver particulièrement rigoureux s’installe. L'auteur distille habilement suspense et rebondissements. La mise en place de l’enquête policière est précise, détaillée et crédible et s’insère bien dans le contexte historique. La découverte de la personnalité des personnages principaux apporte aussi son lot de surprises.

Schenke a rassemblé autour de lui une équipe de neuf enquêteurs qui lui sont toutes et tous dévoués. Elle va faire preuve d’une efficacité redoutable dans son travail de multiples vérifications et d’inlassables recherches de ces infimes détails susceptibles d’enclencher des avancées déterminantes dans la recherche de la vérité.

Schenke a connu la gloire juste avant la guerre. Il a été un pilote de course automobile émérite ( les voitures allemandes de l’époque, les Flèches d’argent, dominaient les compétitions automobiles ) jusqu’à un grave accident sur le circuit du Nürburgring. Son physique en a gardé des séquelles, se consacrer entièrement à ses enquêtes est devenu son quotidien.

Simon Scarrow sait relancer son récit par la mise en scène de nouveaux personnages. La Gestapo affuble Schenke d’un pseudo-enquêteur pour le surveiller mais la personnalité de celui qui ne devrait être qu’un « mouchard » est beaucoup plus énigmatique qu’il n’y parait. D’autres crimes sont commis sur le même mode opératoire. Le profil d’un tueur en série se dessine peu-à-peu, opérant durant la nuit de Berlin accentuée par le blackout que le début de la guerre vient d’imposer. Schenke a du mal à satisfaire la Gestapo qui veut des résultats rapides qu’elle est prête à adapter à son avantage pour satisfaire ses ambitions dans les luttes intestines que se livrent les services et factions nazis pour se bâtir leur propre empire. Schenke est déstabilisé dans son enquête mais aussi dans sa vie privée, sa petite amie Karin n’est autre que la nièce de l’amiral Wilhelm Canaris, responsable de l’Abwehr, les services de renseignements militaires.

Belle lecture que ce polar historique dans Berlin au début de la seconde guerre mondiale avec un quotidien de ses habitants qui commence à se dégrader et avec une instructive analyse des sphères du pouvoir nazi pas encore complètement accaparé par une guerre totale. La fin est construite pour que le récit des enquêtes menées par la section de la Kripo au commissariat de Pankow se poursuive ce qui est une belle promesse.

Simon SCARROW – La nuit de Berlin. Parution le 20 octobre 2021, City Éditions. Traduit de l’anglais ( Royaume-Uni ) par Maryline Beury. Titre original « Blackout » ( 2021 ). ISBN 9782824619408 .

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6 août 2022 6 06 /08 /août /2022 17:40
Yan LESPOUX : " Presqu'îles"

Yan Lespoux parle du Médoc, pas du vignoble mais du massif forestier qui a remplacé les marais sous l’impulsion de Napoléon III . Yan Lespoux parle des gens qui y vivent, des gens simples qui ont une histoire parfois proche de légendes racontées par des grands parents qui les avaient eux-mêmes appris de leurs parents. Cette région est bien plus qu’un lieu estival pour vacanciers qui ne prennent pas le temps de regarder autre chose que la plage et les vagues de l’océan. Dans cette campagne les parisiens, les toulousains ou le bordelais, on s’en moque volontiers.

33 nouvelles ( comme le numéro du département de ce coin de France ) qui parlent de chasse, de pêche et de coins à champignons gardés jalousement. 33 nouvelles avec un titre évocateur comme « Le concert fantôme » ou « Jamais mieux que chez soi ». Des histoires qui font rire ( « Le voyage de Jésus » ) certaines sont émouvantes ( « Le couteau » ), d’autres sont tragiques ( « Le premier noyé de la saison » ). Yan Lespoux parle de la joie de vivre mais aussi de la mort. Ce sont des souvenirs nostalgiques du temps où les ados partageaient leur été entre petits boulots liés au tourisme, drague, Kro, joints et musique sur cassettes. Moins futile, j’ai découvert l’Histoire du Cantabria.

J’ai adoré la manière dont Yan Lespoux parle d’une nature calme et sauvage à la fois. L’eau y est partout, marais et brume. Ce qui me parle le plus, des troncs noirs, des têtes de pin.

La nouvelle littéraire exige de la part de son auteur concision et précision dans le vocabulaire. Yan Lespoux y ajoute de l’humour, un peu de tragédie, des paysages et des gens ordinaires. Et comme il est un remarquable conteur, ses récits et sans doute ses souvenirs deviennent de magnifiques histoires. Hervé Le Corre dans sa préface parle le mieux de ce recueil et ne tarit pas d’éloges pour Yan Lespoux qu’il qualifie d’écrivain ( le mot est fort ) et il n’hésite pas à évoquer Chris Offutt et Maupassant dans sa présentation.

En lisant ce recueil, je me suis rappelé « La folle histoire de Félix Arnaudin » et la belle biographie écrite par Marc Large ( voir ICI ).

Yan LESPOUX – Presqu’îles . Parution janvier 2021, Éditions Agullo, collection Agullo Court. ISBN  979-10-95718-90-1  

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21 juillet 2022 4 21 /07 /juillet /2022 06:10
Richard BIRKEFELD  et  Göran HACHMEISTER  :  "Deux dans Berlin"

Le lecteur est invité à suivre deux allemands dans Berlin à partir d’octobre 1944 et jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ruprecht Haas est un modeste épicier qui dans les années 1930 a voté pour le parti du Führer sans vraiment adhérer aux idées nazies et que la guerre a rendu critique envers le régime. En octobre 1944 il est clandestin dans Berlin qui brûle et s’effondre sous les bombes alliées. Hans-Wilhelm Kälterer a été flic à l’Alexanderplatz avant de quitter la Kripo pour travailler dans le renseignement politique à l’étranger pour la Sécurité du Reich. Sa carrière fait un bond en avant, il est promu Sturmbannführer et opére sur le front de l’Est.

Richard Birkefeld et Göran Hachmeister sont deux historiens allemands spécialisés dans la première moitié du XXème siècle. Ils mettent alternativement Haas et Kälterer en scène et c’est un pan d’Histoire du peuple allemand qui défile. La montée du nazisme et le début de la guerre avec le passé des deux principaux protagonistes puis la souffrance sous les bombardements de Berlin qui dès qu’ils cessent sont remplacés par la terreur de la Gestapo.

A peine remis d’une blessure, le Sturmbannführer Kälterer se voit confier une mission : démasquer le meurtrier d’un vieux membre du parti.  Pour la Gestapo, il est inadmissible qu’un tel assassinat puisse avoir lieu et dans la capitale du Reich qui plus est. Kälterer redevient un flic, avec les pleins pouvoirs pour mener son enquête. Mais il n’en est pas moins surveillé par l’Hauptsturmführer Bideaux, la Gestapo a une confiance limitée en ses personnels … Il ne sera pas facile de d’arrêter un meurtrier dans une ville rasée que les alliés persistent à bombarder. La population est réduite à se réfugier dans des habitations troglodytes et n’est plus recensée. Le peuple allemand est abasourdi, hébété par des années de dictature et par la défaite, seul face aux bombes anglaises et aux hordes soviétiques qui progressent inéluctablement. Un sentiment de culpabilité envahit l'esprit de Kälterer qui n'a fait qu'obéir aux ordres. 

Ruprecht Haas est clandestin et recherche ceux qui ont anéanti sa famille et brisé sa vie. La vengeance le guide. La violence, les privations, la résignation et la peur vont-t-elles  révéler sa vraie personnalité ? Le quotidien de Haas se confond avec le quotidien des berlinois auxquels s’ajoutent les réfugiés de l’Est. Loin de relâcher son étreinte, la Gestapo traque désormais les déserteurs et ceux qui sont accusés de saper le moral du peuple allemand. A la fin du récit, les auteurs insistent sur la fuite des dignitaires nazis sous une nouvelle identité pour échapper à la justice alors que des enfants allemands sont exécutés sommairement parce qu’ils refusent de prendre les armes. L’Histoire est un pilier solide de ce roman.

Il y a aussi un superbe polar avec la perspicacité de Kälterer aidé par un service d’identification qui n’a d’égal que la scientifique d’aujourd’hui mais avec des moyens dérisoires. Et puis pour le dénouement il y a la rencontre tant attendue par le lecteur et un coup de pouce du destin qui transforme le coupable si longuement traqué en allié improbable.

La réédition récente de ce récit de Richard Birkefeld et Göran Hachmeister est une excellente initiative et il ne faut pas rater l’opportunité de lire cet excellent polar historique.

Richard Birkefeld et Göran Hachmeister : "Deux dans Berlin", titre original "Wer übrig bleibt, hat recht", Allemagne 2002. Traduit de l'allemand par Georges Sturm pour les Éditions du Masque en mars 2012. Réédition en 2013, Le livre de poche. Réédition en Masque Poche le 11 mai 2022 à l'occasion de l'attribution du Prix du Masque de l'année étranger. ISBN 9782702450826 . 

Richard BIRKEFELD  et  Göran HACHMEISTER  :  "Deux dans Berlin"
Richard BIRKEFELD  et  Göran HACHMEISTER  :  "Deux dans Berlin"

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14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 06:29
Gwenaël  BULTEAU  :  "La République des faibles"

La Troisième République a été proclamée au lendemain de la défaite dans la guerre de 1870. Ce polar historique de Gwenaël Bulteau dresse un tableau de la situation en France après presque trente ans d'un régime parlementaire qui s'enorgueillissait de protéger les faibles.

Des faibles il n'en manque pas dans ce roman, comme à l'aube du 1er janvier 1898 où dans un froid glacial un misérable chiffonnier découvre le cadavre décapité d'un petit garçon en fouillant la décharge de la Croix-Rousse à Lyon. Cet enfant porte des traces d'atteinte à la pudeur. Mais à l'époque "les forces de police ne font pas grand cas de la mort d'un enfant. Deux ou trois jours d'investigation et on passe à autre chose. Les priorités sont claires : l'ordre social, la tranquillité publique, la sécurité des commerces".

Mais c'était sans compter sur la ténacité d'un groupe de policiers ( à l'époque en uniforme ) et dont l'intérêt pour cette affaire va s'en trouver renforcé suite à l'assassinat de l'un d'eux. Le commissaire Jules Soubielle a une vision novatrice des procédures de l'enquête policière. Il est secondé par les lieutenants Caron, Grimbert et Silent et le brigadier chef Millard. Tous de bons flics mais aussi des êtres humains avec leurs travers et leurs problèmes personnels.

Les investigations de la police permettent d'explorer la société de l'époque. La République des faibles est décrite sans complaisance avec des petits commerçants arrivistes engoncés dans le rigorisme sans pour autant renier les violences conjugales ni les avortements clandestins. Le racisme depuis l'affaire Dreyfus ou l'épisode Boulanger gangrène même la police et des ligues ouvertement antisémites et "antiboches" sont engagées en politique.  Le "J'accuse ... !" de Zola est daté du 13 janvier 1898. Il y a aussi les anciens combattants de 1870 traumatisés parfois jusqu'à la folie. La pauvreté extrême est partout présente, l'industrie naissante ne se soucie pas des questions sociales, les luttes syndicales sont réprimées dans le sang.

Gwenaël Bulteau mêle habilement et efficacement l'Histoire et une enquête fictive. L'ensemble est très crédible, instructif et ne manque pas de rebondissements et de suspense. La reconstitution de la ville de Lyon et de ses environs est rigoureuse avec ses quartiers aux noms évocateurs, ses vieux métiers et ses rues d'une saleté repoussante. Il est aussi beaucoup question d'enfants, d'enfants à naître, d'enfants maltraités, d'enfants qui ont faim, d'enfants prostitués, d'enfants de la rue débrouillards et d'infanticides.

Gwenaël Bulteau  :  La République des faibles. Parution le 4 février 2021, Éditions La Manufacture de livres. ISBN 978-2-35887-719-0 .  Réédition en poche, Éditions 10 / 18 le 3 mars 2022. ISBN 9782264079596 .

Gwenaël  BULTEAU  :  "La République des faibles"
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