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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 08:21
François  MÉDÉLINE  :  "La sacrifiée du Vercors"

Le Vercors et ses habitants ont payé un lourd tribut lors des combats de juillet 1944. L’anéantissement du maquis du Vercors par l’armée allemande et les supplétifs français a été proche, exécutions sommaires, villages bombardés et pillés. Les familles du plateau ont été décimées. Le 3 septembre 1944, un commissariat à la République s’installe à Lyon libéré.

Le 10  septembre 1944, l'officier traitant Georges Duroy du commissariat à la République, délégation à l'épuration arrive à Saint-Julien- en-Vercors. Sa mission est précise, transférer une prisonnière, la baronne Ehrlich,  accusée de collaboration avec la Milice lyonnaise.

Le 10 septembre 1944 , Judith Ashton est à Saint-Julien-en-Vercors. Elle est américaine, correspondante de guerre pour le magazine Life. Elle se déplace en permanence avec son matériel photographique. Son travail va consister à suivre les troupes alliées, aussi loin que possible, jusqu’aux camps d’extermination.

François Médéline propose tout d’abord deux récits, ceux de Duroy et de Judith. Les mêmes faits mais deux regards. Deux regards sur les combats des dernières semaines. Deux observateurs du présent qui n’est que ruines. Sur le plateau du Vercors les FFI sont partout, contrôlent tout. L’administration n’a pas encore été redonnée aux civils. L’Histoire occupe une place de choix dans ce roman, renforcée par des notes de fin de chapitre et une chronologie précise en postface.

Le lieutenant-colonel Choranche commande le Vercors sud. C’est un militaire de carrière, Choranche est son nom de résistant. Il doit remettre la prisonnière Ehrlich à Duroy. Mais rien ne se passe comme prévu. Le cadavre de la jeune Marie Valette vient d’être découvert. Les Valette, une famille de résistants. Marie a été violée, étranglée et tondue. On ne tond que pour signifier la collaboration et cela ne peut pas être le cas chez les Valette, une famille de résistants. C'est un meurtre !

Duroy enquête, avant la guerre il était flic.  Judith est son guide dans ses déplacements. Deux personnes peu loquaces pour un curieux face-à-face, le lecteur est dans la confidence de leurs pensées respectives. Duroy doit faire vite pour découvrir la vérité. Un réfugié italien fait un coupable idéal, il est déjà entre les mains des FFI, prêt à être livré à la vindicte populaire. Le coupable ne peut pas être parmi les habitants du Vercors, ils ont tous combattu ou soutenu la Résistance.

François Médéline nous offre un roman court, au style sobre. Il n’y a pas de place pour de longs dialogues, une atmosphère de recueillement plane sur le Vercors martyre. Mais l’heure n’est pas encore à l’apaisement. L’auteur réussit habilement à mettre en avant des sentiments contradictoires que ce soit en lien avec l’Histoire ou dans les relations entre Judith et Duroy. J’ai adoré la manière dont l’auteur a clôturé son récit en imaginant l'après-guerre de ses personnages inséré de manière très crédible dans l’Histoire.

François MÉDÉLINE – La sacrifiée du Vercors. Parution en mars 2021, Éditions 10 / 18, collection Grands détectives. ISBN 978 2264077981. 

 

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 12:28
Régis  TOMÀS : "La part de l'ogre"

9 décembre 1942, l'inspecteur Pierre d'Eyquem de la Sûreté Nationale est envoyé de Paris à Toulouse pour élucider une sale affaire criminelle : deux cadavres de jeunes femmes blondes atrocement mutilés découverts, aucun indice, aucune piste, la police locale est impuissante et le temps presse car de nouveaux crimes sont à craindre, pour preuve la disparition de Geneviève la jeune épouse du docteur Faure un vieux médecin pétainiste influent.  

Dés les premières pages, mon attention a été captivée par une ambiance polar historique comme j'adore. Depuis novembre 1942, il n'y a plus de ligne de démarcation en France et Toulouse est occupée par la Wehrmacht. L'inspecteur d'Eyquem enquête dans un contexte historique très bien reconstitué par Régis Tomàs. En plus de l'occupant nazi, le lecteur va croiser les mouvements fascistes français collaborationnistes, des résistants, d'anciens truands devenus gestapistes et une population locale de plus en plus affectée par les privations. Spécificité occitane, Toulouse abrite une communauté de Républicains espagnols arrivés depuis 1936 et surtout en 1939 lors de la Retirada. Ces citoyens espagnols sont plus que déçus par l'accueil français : "Dans des camps, parqué comme du bétail. La saleté, les maladies, la honte, les brimades".

Les éléments historiques sont habilement distillés par l'auteur dans un récit où l'enquête policière reste prépondérante. Les polardeux seront ravis par les procédures crédibles, des indics, des autopsies, des enquêtes de voisinage, le tout dans une ambiance délétère qui affecte même la police. Les personnages sont énigmatiques, l'inspecteur d'Eyquem en premier. C'est un policier d'élite mais sa personnalité comporte de nombreuses zones d'ombre. Il oriente son enquête dans le passé de Geneviève Faure qui a disparu. Avant elle s'appelait Jenny, c'était une fille du Perroquet Bleu un cabaret à la réputation sulfureuse que les officiers allemands ont adopté à leur arrivée. Fernand La Pince le propriétaire du Perroquet Bleu n'est pas très regardant avec le patriotisme, seul  le  profit compte ! Cette entrée en matière est classique mais fausses pistes et rebondissements attendent le lecteur dans la traque d'un ogre assoiffé de sang et de chairs féminines.

Régis Tomàs : La part de l'ogre. Parution le 19 février 2022, Éditions Cairn, collection Du Noir au Sud. ISBN 979-1070060452. 

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25 mars 2022 5 25 /03 /mars /2022 18:21
Thomas  CANTALOUBE  :  "Frakas"

Mai 1962,

le lecteur retrouve deux protagonistes qui menaient l'enquête au tournant des années 1950 - 1960 dans l'excellent "Requiem pour une République" ( voir ICI ). Je savais que j'allais adoré cette suite et je n'ai pas été déçu. 

Les temps changent, Thomas Cantaloube fait évoluer ses personnages. Pour Luc Blanchard fini la Crim', il est désormais journaliste à "France Observateur" plus spécialement chargé de couvrir l'actualité des anciennes colonies françaises. Et puis Antoine Carrega est devenu Antoine Lucchesi bistrotier à Marseille. Bistrotier mais aussi passeur pour la French Connection.

Blanchard a été chargé de monter un dossier sur le Cameroun. Et le moins qu'on puisse dire est que sa curiosité a été attisée par l'absence d'informations  Et puis s'il n'y avait rien à découvrir, il n'aurait pas été passé à tabac dés les premières questions posées.

Thomas Cantaloube fait plonger le lecteur dans l'Histoire de la décolonisation à la française. C'est un remarquable conteur. Il donne vie à l'Histoire, il passionne en reconstituant une trame d'évènements oubliés ( ou plutôt cachés par le pouvoir gaulliste de l'époque ). L'exemple du Cameroun n'échappe pas à la règle de la dissimulation. Thomas Cantaloube raconte, révèle et excelle dans l'art de faire évoluer Luc Blanchard et Antoine Lucchesi, deux personnages fictifs, auprès de personnages réels qui ont tenu un rôle sulfureux dans une page tragique de notre Histoire récente. Des officines étatiques, les barbouzes des services secrets, des mercenaires, tout concourt à réussir ce roman, habile mélange d'espionnage et d'aventures. Mais il y a la réalité "...accorder l'indépendance à ceux qui la réclament le moins, mais uniquement après avoir éliminé politiquement et militairement ceux qui la réclament avec le plus d'intransigeance".

Luc Blanchard veut étayer ses investigations et se rendre compte sur place, à Yaoundé, au Cameroun. Il y retrouve Carrega à la recherche d'un livre de comptes de la French Connection. Ils y rencontrent des gens ordinaires sympathiques et des patriotes dévoués à la cause d'un Cameroun libre et indépendant. Derrière cette façade, il y a la réalité avec des entreprises prêtes à tout pour spolier les richesses naturelles de ce pays et il y a la force militaire des mercenaires et leurs basses oeuvres pour combattre les idées : arrestations arbitraires, torture, camps de concentration, fosses communes. Dans les pas du mercenaire Lherbier, Blanchard et Carrega vont vivre des aventures mouvementées et dangereuses et connaître le berceau de la françafrique et le lecteur ne sera pas surpris de croiser Jacques Foccart, Monsieur Charles, Gaston Deferre, Pierre Messmer.

Thomas Cantaloube excelle dans l'art de raconter avec rigueur la face sombre de notre Histoire.

Thomas Cantaloube : Frakas. Parution le 8 avril 2021, collection Série Noire, Gallimard. ISBN 9782072886164.

 

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21 mars 2022 1 21 /03 /mars /2022 10:43
Jean-Luc DOUSSET  :  "Ada  1.0"

Jean-Luc Dousset a vraiment le chic pour découvrir des personnages hors du commun ! Sa dernière biographie, écrite comme un roman, met à l'honneur une femme de science de la première moitié du XIXème siècle. Il fallait vraiment une pugnacité hors du commun pour effectuer dans l'ombre des recherches en mathématiques.

Quatrième de couverture :

ADA 1.0

La fille de Byron lance le premier programme informatique.

Ada avait tout pour faire une grande carrière dans la littérature !  Mais le sort en a décidé autrement ! D'un côté sa mère, Anne-Isabella Milbanke, mathématicienne, de l'autre, son père George Gordon Byron, l'homme qui traîne dans son sillage l'odeur du soufre. Scandaleux par ses comportements avec les hommes mais génial dans l'écriture de sa poésie, de ses drames. L'affrontement est inévitable entre ses deux êtres aux tempéraments forts.

C'est dans ce contexte que naît, en 1815, la petite Ada qui restera la seule enfant légitime du poète. La garde confiée à sa mère, elle va tout faire pour détourner l'enfant de la poésie, source du Mal, repère du Diable.

Ella fait la rencontre du mathématicien Charles Babbage. Elle découvre un monde nouveau avec les machines à différences, énormes calculatrices, et surtout la machine analytique, le premier ordinateur sur lequel il travaille.

Jean-Luc Dousset : Ada 1.0 , Éditions Jeanne d'Arc. Parution le 1er novembre 2021. ISBN 978-236262088.

Autres biographies écrites par Jean-Luc Dousset ICI  et  ICI

Il est facile d'acheter les livres de Jean-Luc Dousset ICI  

 

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14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 17:43
Vincent  EJARQUE  :  "Les spectres d'Alger"

Un roman d'aventures historiques comme je les adore !

1962 - 2022 : que se passait-il en Algérie il y a 60 ans ? 

Le lecteur fait la connaissance du lieutenant Michel Térien du 12ème RCP alors qu'il combat dans les Aurès en avril 1961. Une guerre qui ne dit pas son nom, il faut dire maintien de l'ordre, il n'y a pas d'ennemis mais des suspects. Pourtant les combats font rage et le récit de Vincent Ejarque les retranscrit avec beaucoup de véracité. C'est le début du roman. Puis brutalement il y a le putsch des généraux en avril 1961. Politiques et militaires ne se comprennent plus, les promesses ne sont pas tenues. Les fiascos vont dés lors se succéder.

Le coup d'état des militaires est un échec cuisant mais les meneurs restent sur leurs positions comme le rappelle un premier encart retranscrivant la déposition d'un officier devant le Haut Tribunal militaire. J'ai beaucoup apprécié cette forme de présentation rapide et précise du contexte algérien. Les documents en encart reviennent périodiquement renforcer l'intérêt historique du récit de l'auteur. Le personnage fictif se nomme Térien et de suite j'ai senti qu'il allait se fondre dans l'Histoire pour nous faire vivre une reconstitution détaillée et rigoureuse .

Le lecteur retrouve Térien à Alger en décembre 1961. Jusqu'en mai 1962, nous allons le suivre, il a quitté l'armée qui a regagné les casernes le temps des pourparlers de Paix entre le gouvernement français et le FLN. Il fallait bien défendre les colons européens, alors l'OAS s'est considérablement renforcée avec des putschistes entrés dans la clandestinité et des civils fanatiques. Michel Térien devenu Jacques Lopez côtoie des personnages sinistrement célèbres comme le docteur Jean-Claude Pérez, Jean-Jacques Susini, Jo Rizza, Josué "Jésus" Giner et les anciens militaires Roger Degueldre et Yves Godard fondateurs du bras armé de l'OAS, les commandos Delta chargés d'opérations armées ponctuelles, c'est à dire des exécutions. Térien est du mauvais côté de la barrière, c'est un Delta mais l'auteur a su lui donner un rôle qui le rend plutôt sympathique au lecteur.

La reconstitution des faits historiques par Vincent Ejarque est précise. Dans ce contexte Alger est un personnage à part entière, une ville ouverte sur une des plus belles baie au monde, construite sur une succession de collines qui constituent autant de quartiers chics ou plus modestes et parfois bidonvilles conséquences de l'exode rurale, fiefs FLN cimentés par la misère. Bal El-Oued est un quartier européen gagné à la cause de l'OAS. Alger n'est pas seulement la ville des attentas et de la pression policière et militaire, c'est aussi la ville de la mixité sociale, culturelle et religieuse. 

La position du gouvernement est loin d'être homogène. Mais elle est invariablement violente. Il faut liquider l'OAS. La traque de la gendarmerie est implacable et orchestrée par le colonel Debrosse avec la torture comme moyen d'action et Térien manque y laisser la vie. Il y a aussi une lutte clandestine contre l'OAS et les Delta, c'est l'époque des barbouzes. Les services secrets ( le SDECE tout particulièrement ) agit en sous-mains. Il en résulte une constante escalade de la violence. Pendant ce temps les négociations entre la France et le FLN se poursuivent. Pour la France il faut au moins garder quelques bases militaires et surtout le Sahara pour les essais nucléaires. Les Pieds-noirs ne pourront rien garder, une seule perspective s'offre à eux, l'exode. Pour les Harkis, la répression s'annonce implacable. Les accords d'Evian sont signés le 18 mars 1962 avec un cessez-le-feu applicable dés le lendemain. Le 26 mars 1962 une manifestation de personnes favorables à l'Algérie française tourne à la fusillade et au massacre. Il n'y a désormais plus de place pour les Pieds-noirs en Algérie. Jusqu'à leur embarquement ils resteront sous la menace des attentas aveugles comme celui du 2 mai 1962 dans le port d'Alger.

Ce roman de Vincent Ejarque n'est pas seulement un récit historique même si la chronologie des évènements du début de l'année 1962 rythme le récit, est mis en avant quand il faut et se révèle particulièrement instructif. Il y a de l'action, des fusillades, des scènes de guerre et même un hold-up. C'est aussi un récit érudit qui parle de vins italiens, d'armes de guerre, de peinture et bien sûr d'Alger où se mêle les chansons de Johnny Halliday et l'architecture de Le Corbusier. Vivre à Alger, c'est une histoire d'amour. Il y a aussi la liaison entre Ana et Térien, d'abord insouciante puis intense, charnelle puis faite d'amour fou . Mais de tout cela il ne restera rien, tout disparaît dans un embrasement final et une fuite en abandonnant tout.

Vincent EJARQUE : Les spectres d'Alger. Parution le 25 janvier 2022, Éditions Ramsay. ISBN 978-2-8122-0321-3.

 

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23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 06:13
André ALLEMAND  :  "Un crime en Algérie"

15 août 1963, un crime a été commis dans un coin isolé de la plage du Rocher bleu à l'est d'Alger. Pierre Robin a été tué d'une balle dans la tête, comme exécuté. Sa maîtresse Danielle Orsini a été violée.

1963, l'Algérie est indépendante. Il ne reste de la France à Alger qu'une délégation diplomatique et quelques gendarmes d'opérette. Danielle était la jeune secrétaire de Jean Mercier le consul général. Un crime a été commis en Algérie, le contrôleur général de la Sûreté Ahmed Ousmane ( la PJ algérienne ) va mener l'enquête. Mercier ne croit pas en son objectivité, Ousmane est connu comme un fonctionnaire retors et brutal. 

Mercier voudrait bien connaître la vérité. Le passé de la victime, Robin était un ancien de l'OAS, est entouré de secrets. Danielle est pied-noir. Crime passionnel ? Vengeance ? Les possibilités d'investigation de Mercier sont très limitées. Les ordres de l'ambassadeur de France sont formelles, ne pas faire de vagues, adopter un profil bas face à l'administration algérienne pour ne pas gêner les négociations franco-algérienne sur le pétrole. 

Ce récit vaut surtout par l'ambiance décrite par André Allemand, mélange de relations diplomatiques avec un peu de perspicacité policière. Alger est bien décrite, c'est un personnage à part entière avec ses quartiers hétéroclites ( la Casbah y a toute sa place ). Les exactions contre la petite communauté française ne sont pas rares mais surtout l'hostilité algéroise est permanente, notamment venant de la part de la jeunesse. Mais un accord sur le pétrole algérien est proche alors peu importe les interrogatoires violents d'Ousmane qui considère Danielle Orsini comme suspecte. 

L'auteur André Allemand est un ancien militaire devenu diplomate, il est décédé en 2018. Une partie de sa carrière s'est déroulé en Algérie. Son récit est donc emprunt de beaucoup de véracité.

André ALLEMAND : Un crime en Algérie. Parution en février 2001, Éditions Payot & Rivages, collection Rivages Noir n° 384. ISBN 978-2-7436-0757-9. 

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 10:31
Frédéric  PAULIN  :  "La fabrique de la terreur"

La fabrique de la terreur : dernier épisode de la trilogie de Frédéric Paulin ( dite trilogie "Benlazar" ) sur le djihadisme moderne, le deuxième opus ( voir ici ) explorait les années 1996 à 2001. 

2010 à 2015, la chronologie détaillée des faits tragiques de la montée en horreur de l'islamisme radical figure en fin d'ouvrage, jusqu'à la nuit de terreur à Paris le 13 novembre 2015. Frédéric Paulin est un remarquable conteur. Il relie tous ces évènements entre eux en imaginant la vie quotidienne de personnages fictifs. Il y a Wassim et son amoureuse Maram, avec eux le lecteur vit la révolution du jasmin en Tunisie, premier éclair d'une révolution arabe qui va rapidement embraser la Lybie et l'Egypte puis l'Irak et en la Syrie avant d'exploser en Europe. Adel a choisi de réformer le système politique tunisien par la voie des élections. Wassim va basculer dans la clandestinité. Et puis il y a Simon le français de Lunel, musulman dérouté puis perdu dans son propre pays avant de devenir chair à canon d'un État islamique en Irak et au Levant. Désormais Ben Laden tué le 2 mai 2011 et Al-Qaïda représentent le passé, Daech représente l'avenir. L'auteur écrit au présent alors que des faits passés sont relatés, cela renforce l'impression d'action, le suspense et cela va jusqu'à provoquer des rebondissements.

Frédéric Paulin remet en scène les personnages principaux des deux opus qui ont précédé l'arrivée de la terreur en France. Mais l'être humain évolue, Tedj Benlazar que l'on imagine âgé, ronge son frein dans la solitude avant de tenter une dernière action d'éclat. Fini Arno le journaliste d'investigation, place à Réif le prof d'histoire-géo à Lunel et papa de deux garçons. Son couple va mal, c'est Vanessa qui a pris sa place de journaliste free lance là où les peuples se révoltent. Elle est contrariée dans sa démarche, impuissante, comme son père autrefois, à approfondir des faits d'apparences anodines mais qu'elle sent primordiaux. Son questionnement est fondamental " Pourquoi basculer dans l'extrémisme ? ". Elle va finalement et tout simplement s'efforcer de sauver quelques vies humaines.

Laureline Fell personnalise toute l'impuissance des services français à anticiper. DGSE - RG -DGSI fusionnés et réorganisés, comme si une réforme administrative pouvait être gage de réussite face à une menace qui a évoluée et qui ne recrute plus grâce à des réseaux humains financés par le blanchiment d'argent mais avec internet pour des attentats low cost. 

Le récit de Frédéric Paulin passionne, c'est un art de raconter et l'auteur le maîtrise à la perfection. Son récit est émouvant avec des personnages fictifs sensibles, fragiles, attachants et qu'on a envi d'aider par exemple lorsqu'on voit un jeune de 14 ans partir excité et joyeux assister à son premier concert. Il est sur un nuage de bonheur. Et sans cesse l'Histoire ramène le lecteur à une réalité de terreur avec des noms comme Mohammed Merah,  Molenbeek-Saint-Jean, Abdelhamid Abaaoud ou Charlie. 

Bardée de prix littéraires amplement mérités, la trilogie Benlazar démontre toute la pertinence du roman noir pour décrire et analyser l'état d'une société.

Frédéric PAULIN : La fabrique de la terreur. Parution le 5 mars 2020. Agullo Éditions, collection Agullo Noir. ISBN 979-1095718734.

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18 décembre 2021 6 18 /12 /décembre /2021 07:17
Jean - Paul  MAHOUX  :  "Paix sur la guerre"

Jean-Paul Mahoux est de nationalité belge, il a suivi des études d'Histoire qui l'ont conduit à se spécialiser sur la Première Guerre mondiale et le Traité de Versailles. Ses connaissances constituent le socle de son deuxième roman.

Paix sur la Guerre : Joachim Feuerberg a été assassiné à Paris le 28 juin 1919, le jour de la signature à Versailles du traité de paix entre l'Allemagne et les Alliés. Il a été poignardé par dix-neuf coups portés par une baïonnette. Feuerberg avait été officier dans l'armée allemande durant la guerre. D'abord perdue dans les méandres des administrations française et allemande, l'affaire est finalement confiée au Deuxième Bureau, le contre-espionnage militaire français qui désigne un enquêteur en la personne du capitaine Marc Rosenfeld. Nous sommes alors en janvier 1921 à Mayence en Allemagne dans la zone occupée par l'armée française. Une photo découverte sur le cadavre permet de lancer l'enquête, Feuerberg y est en compagnie de Sybille Hesselbach et de son frère Günter Hesselbach tué pendant la guerre. Durant un interrogatoire, Sybille remet au capitaine Rosenfeld un carnet, sorte de journal rédigé par Feuerberg qui au moment du meurtre se trouvait à Paris sous une fausse identité.

Ce roman n'est pas un polar comme pourrait le laisser penser les premières pages. L'ambiance polar refait surface seulement dans les dernières pages lors de la résolution de l'énigme. Ce roman de Jean-Paul Mahoux est avant tout un récit historique détaillant la vision allemande de l'Allemagne d'avant, pendant et juste après le premier conflit mondial. Ce regard allemand change de l'habituel et permet de mettre en évidence les mentalités comme avant guerre à l'Est la rigueur prussienne et protestante aimant l'ordre et la discipline et prônant le nationalisme alors que l'ouest est tourné vers le modernisme et le libéralisme et dont l'ambition est surtout économique. Mais unanimement au sein de la population il y a le sentiment d'être isolé, encerclé. A la fin de la guerre tout bascule avec la proclamation d'une République, les grèves, les socialistes, les spartakistes. Les combats sur le front en France sont bien sûr évoqués mais l'auteur insiste plus sur la campagne de Belgique en 1914, épisode que je ne connaissais pas.

Le récit de l'auteur est bien écrit, habilement construit avec de fréquentes incursions dans le passé qui alternent avec les interrogatoires menées par le capitaine Rosenfeld. C'est vivant, émouvant et surtout très bien documenté. Cette richesse est encore plus flagrante dans la partie consacrée aux négociations de Paix qui se sont déroulées Quai d'Orsay à Paris. Pas étonnant que le Traité de Versailles ait conduit le monde vers un autre conflit mondial. L'Allemagne ne participe pas aux négociations mais il lui faut signer sinon la guerre va reprendre. La partie consacrée aux négociations est la plus longue, la plus détaillée mais elles le méritent. Il y a un principe de base : l'Allemagne est responsable de tout. Clémenceau tel le gros Monsieur Monopoly se voit en chef d'orchestre. Il y a soixante neuf délégations mais pas l'Allemagne. La Belgique brisée par quatre ans d'occupation a deux délégués quand le Brésil qui n'a jamais vu un casque à pointe a obtenu trois sièges !

Bravo à l'auteur de partager d'une si belle manière son savoir sur cet épisode qui mérite absolument un approfondissement. Les portraits des personnages fictifs s'intègrent bien dans l'Histoire dans laquelle il insère aussi des souvenirs familiaux. A la fin, la résolution du meurtre de Joachim Feurberg entre en résonance avec les mentalités de l'époque.

Jean-Paul Mahoux : Paix sur la guerre. Publication le 20 novembre 2019, Éditions Academia ( Belgique ).

 

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4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 16:35
Dominique MANOTTI  :  "Marseille 73"

1973 a été une année mouvementée à Marseille. Avec le commissaire Théo Daquin, le lecteur a vécu durant le premier semestre la fin de la French Connection et la naissance des spéculations criminelles liées au commerce du pétrole ( "Or noir" - voir ICI ). Toujours avec Théo, ce nouveau roman de Madame Dominique Manotti explore une crise sociale sur fond de racisme qui à Marseille et en France va conduire à de nombreux meurtres durant le second semestre 1973. 

Dans "Or noir" j'avais adoré le polar qui avait permis de dénoncer des malversations criminelles. Dans "Marseille 73", l'actualité rythme le récit et met en avant un énorme travail de recherches historiques menées par l'auteure. L'enquête de Daquin et des ses deux adjoints Grimbert et Delmas constitue un fil conducteur ténu et cela laisse de la place pour mettre en avant des personnages secondaires qui permettent d'illustrer toutes les facettes d'une crise dont l'origine se trouve dans la circulaire Marcellin-Fontanet. Cette instruction gouvernementale va transformer les travailleurs immigrés, main d'oeuvre bon marché souvent venue d'Afrique du Nord, en clandestins. Des clandestins arabes, surtout algériens ... le racisme se répand alors comme une trainée de poudre.

Le contexte marseillais de 1973 se prête bien à l'écriture du roman noir du racisme. Il y a ceux de l'OAS, la Guerre d'Algérie n'est pas si loin. Parmi les partisans de l'Algérie française, certains sont devenus braqueurs, d'autres se sont rangés et reconvertis dans les affaires parfois au plus près des pouvoirs locaux. Les anciens de l'OAS sont nombreux à Marseille, les pieds-noirs aussi. Daquin et son équipe doivent se renseigner sur l'UFRA, l'Union des Français repliés d'Algérie, dont les membres les plus nostalgiques de l'Algérie française verraient bien prolonger leur sentiment anti-immigrés maghrébins par des actes terroristes.

Marseille a peur des immigrés devenus clandestins. Un Comité de défense des Marseillais voit le jour. Les assassinats d'algériens se multiplient, expéditions punitives que la Police ignore en les expliquant par de banals règlements de compte entre délinquants. Les magistrats ferment les yeux. En réponse à la chasse aux arabes, les partis de gauche et syndicats appellent à la grève, celle du 3 septembre gagne toute la France, le Mouvement des travailleurs arabes est à la pointe des revendications anti racistes. En réaction, la Cimade, association de soutien aux migrants, réfugiés, déplacés, demandeurs d'asile et étrangers en situation irrégulière subit des intimidations. Dominique Manotti raconte avec beaucoup de talent des évènements historiques oubliés, méconnus ou cachés qu'elle assemble avec la rigueur de l'historien. Les personnages fictifs servent à renforcer la véracité des faits.

A Marseille, la famille Khider n'est pas épargnée par cette tragédie. Le jeune Malek a été assassiné, tué par balles. Enquête bâclée par la Police urbaine de Marseille et tout particulièrement par le commissariat du XVème arrondissement. Un jeune avocat très engagé dans le soutien aux travailleurs immigrés va obtenir de la famille Khider qu'elle se constitue partie civile. Se constituer partie civile, c'est avoir accès au dossier d'instruction, c'est découvrir les points faibles de l'enquête et ainsi pouvoir fouiller et approfondir tout ce qui est superficiel.

L'enquête de l'équipe Daquin du SRPJ est marginalisée. Pas facile de prouver des activités clandestines proches du terrorisme. Sauf peut-être à risquer des écoutes par micros dissimulés. Mais c'est illégal. Lorsque le dossier UFRA recoupe l'affaire Malek Khider en plusieurs points, le récit s'emballe et l'Histoire cède la pas à un final mené tambour battant, suspense et rebondissements sont au rendez-vous.

Le style de l'auteur est toujours très direct, narration au présent, immersion auprès de tous les protagonistes quelque soit leur bord, documentation abondante et pertinente. L'ensemble constitue un récit à la fois historique, politico-social, judiciaire et policier efficacement construit. C'est sans doute cet habile mélange qui définit un excellent roman noir.

Dominique Manotti : Marseille 73. Parution le 10 juin 2020, Éditions des Arènes, collection Equinox.  ISBN 979-10-375-0119-6.

 

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20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 08:36
Jeanne DESAUBRY  :  "Le régisseur"

Novembre 1980, Coluche fait rire.

Mais Marie a perdu toute joie, elle raconte pourquoi dans son journal intime. Le 25 novembre elle apprend la mort de René. Elle est enceinte, René est le père. Elle a tout juste vingt ans, René plus de quarante. René a été assassiné, comme un gangster. René est mort. Devant Marie il n'y a plus de perspectives, seulement le vide.

Impossible pour le lecteur de ne pas être ému aux larmes à la lecture du journal de Marie. Elle raconte des évènements et partage ses émotions. Sa douleur. Sa vie qui sombre dans l'inconnu, sans René qui est mort. Elle lui parle encore, "c'est juré chéri je ne porterai pas ton deuil notre enfant naîtra en rose ou en vert en rouge n'aie pas peur va je resterai ta femme ...". Dialogue poignant mais dérisoire face à la mort, fil ténu qui ne peut l'empêcher d'être seule. Il y a bien sûr ses parents qu'elle rejoint dans la ferme familiale mais Marie est seule avec ses pensées. Il y a la peur pour le bébé. L'échographie, fille ou garçon ? René désirait un fils, il avait déjà deux filles avec sa femme Dany mais c'est avec Marie qu'il avait des projets. Marie devra choisir seule le prénom du bébé.

René est mort. Depuis l'au-delà, il parle à Marie. Il est avec Marie, la rassure, lui rappelle des moments de bonheur vécus à deux. Ça le fait chier d'être mort car Marie est seule, il va pourtant l'accompagner tant qu'il pourra. René raconte à Marie ce qu'il ne lui avait pas dit. Quand on aime, on fait des confidences. René était le régisseur de Coluche. Avant il avait travaillé pour Le Luron et même avec Claude François ! René parle de son travail, il ne disait pas tout à Marie. Pas simple le show-biz. Compliquées les vedettes avec leur ego surdimensionné. Et puis il y avait tout ce fric qui permet tout et qui attire tant de monde. Le lecteur doit être lucide, avec tant de fric ça se passe à la limite de la légalité. Et lorsqu'il y a un cadavre, la police est là.

Ce roman est aussi le récit d'une procédure policière. Il y a eu meurtre et le 36, quai des Orfèvres est chargé de l'enquête. Marie est interrogée comme si elle était soupçonnée. Comme souvent, pendant plusieurs mois il ne se passe rien. Le bébé est né, c'est une fille. Marie réapprend à vivre, elle trouve un travail, à l'hosto. Et le coupable est démasqué, les révélations sont surprenantes.

Avec des mots simples, Jeanne Desaubry offre au lecteur un récit émouvant qui va me marquer durablement. 

Jeanne Desaubry : Le régisseur. Parution le 3 juin 2021, Éditions de l'Archipel, ISBN 97-2-098-4183-1. Réédition de "Point de fuite" parue aux Éditions du Horsain le 1er décembre 2019, ISBN 978-2369070665.

Jeanne DESAUBRY  :  "Le régisseur"
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