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14 septembre 2022 3 14 /09 /septembre /2022 17:37
Patrick PÉCHEROT - "Pour tout bagage"

Souvenirs, souvenirs
Je vous retrouve en mon cœur
Et vous faites refleurir
Tous mes rêves de bonheur

Ils étaient complices. Il y avait Antoine, Arthur, Paul, Yvon et une fille Sylvie et Chloé sa petite sœur. Arthur se souvient, il raconte. Ce sont des photos qui ravivent les souvenirs d’Arthur et il nous emmène dans les années 1970. Quand on est jeune adulte, c’est le cœur qui parle. Les rêves deviennent facilement espoir et très vite la certitude de pouvoir tout réaliser s’installe. C’est ce qui anime Arthur et ses copains : le fascisme ne passera pas !

Patrick Pécherot installe une fiction habitée par des gens ordinaires comme il sait si bien le faire. J’ai été aussitôt conquis par les portraits profondément humains de ces mousquetaires comme dit Arthur. Il y a eu un drame et on a envie d’en savoir plus. Pauvre Edmond. Et puis il y a ce long récit sur l’enlèvement bien réel à Paris du banquier espagnol Angel Balthazar Suarez en mai 1974. Le GARI est entré en lutte ouverte contre le vieux dictateur Franco. C’est du sérieux, les commissaires Ottavioli du quai des Orfèvres et Broussard entrent en scène. Le lecteur est transporté dans un polar et dans l’Histoire.

L’auteur est un formidable conteur qui sait à une fiction ou à un récit historique ajouter les détails du quotidien qui font vrais. Années 1970, ça me parle et je retrouve ces petits riens enfouis dans ma mémoire sous une vie d’adulte. Une chanson ( de Léo Ferré bien sûr ), une marque de boisson, les boyards ( c’était dégueu ), les mots de l’époque aujourd’hui désuets. Ces petites choses, c’est un peu l’Histoire et j’y étais. Je suis ému par tout ce que fait revivre Patrick Pécherot. Son style est direct, il prend le lecteur à témoin, l’invite amicalement, le tutoie. Il sait aussi mettre en valeur les changements plus profonds, comme dans les banlieues. Son regard sur Mantes est lucide et touchant.

De nos jours ( Arthur croise des gilets jaunes ) Edmond se rappelle à la mémoire des mousquetaires. Il est pourtant bien mort le pauvre mais quelqu’un en parle sur le net, quarante-cinq ans après. L’heure est grave, alors Arthur part retrouver ses compères, enfin ceux que la mort a épargnés. Le temps a fait voler en éclats leur complicité, ils sont devenus avocat, magnat de la presse, zadiste, brocanteur. Patrick Pécherot  entraine le lecteur vers une fin maitrisée à la perfection.

Patrick PÉCHEROT – Pour tout bagage. Parution le 25 août 2022, Éditions Gallimard, collection La Noire. ISBN 9782072969720 .

Bibliographie de Patrick Pécherot  

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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 16:05
Gilles MARCHAND  -  "Le soldat désaccordé"

Un roman lumineux sur un sujet tragique !

Le narrateur durant toutes les années 1920 et une bonne partie des années 30 a été enquêteur. La Première Guerre mondiale une fois finie a laissé son lot d’énigmes et de passés à reconstituer. Retrouver un proche qui n’est pas rentré à l’armistice, peut-être a-t-il tout oublié dans les combats jusqu’à son nom et l’existence de ses proches ? Acquérir la certitude qu’un disparu est mort pour que sa veuve puisse toucher une pension, tant de cadavres ont disparu sous les déluges de bombes. Il y a aussi les communes qui recherchent les noms à inscrire sur leur monument aux morts. Il faut bien sûr réhabiliter l’honneur des fusillés pour l’exemple. Le travail ne manque pas pour ce survivant de la guerre. Il n’a jamais quitté les zones de combat, même après avoir été amputé d’une main il est resté sur le front, pour aider. Jamais il n’a profité d’une permission pour rendre visite à Anna qu’il aime et qui l’aime. La der des ders est finie, pas complètement pour celui qui enquête. La guerre est en lui jusqu’à le forcer à se priver du moindre bonheur.

C’est en 1925 qu’on lui demande de retrouver Émile Joplain. Sa mère est sans nouvelles depuis 1916, il était alors à Verdun. Il se met aussitôt au travail, des registres infinis à éplucher, des lettres dans toutes les directions, de multiples déplacements. Il n’hésite pas à quitter son foyer, pour aider. Il va peu-à-peu reconstituer la vie d’Emile, depuis ses quatorze ans. Le même âge que Lucie. Tout a commencé en Allemagne et en Alsace-Lorraine ( qui à l’époque était allemande ) un des berceaux du conflit qui va embraser le monde et séparer les êtres qui s’aiment. Le début de la vie commune d’Émile et de Lucie est attendrissant, bien vite interrompue par la marche de l’Histoire et un conflit qui va ensanglanter le monde entier.

Gilles Marchand raconte tout d’abord des faits simples avec des mots simples et vrais, émouvants. Puis la tragédie et l’horreur s’installent et l’auteur raconte la guerre, les horreurs, la souffrance, la folie, la mort. Les hommes ont perdu toute humanité. La littérature ne manque pas de récits de guerre. Gilles Marchand le fait d’une manière vraie, éprouvante et fait preuve d’une empathie incroyable pour ceux qui souffrent. La qualité d’écriture y est pour beaucoup. Autant que la mort, ce sont les traumatismes psychiques jusqu’à la folie qui sont douloureux pour le lecteur.

Le jeu de pistes proposé par l’auteur tient en haleine. Lorsque la trace d’Émile se perd, à Vimy, notre enquêteur part à la recherche de Lucie dont personne n’a de nouvelles depuis des années. Il suit le même chemin, avec quinze ans de retard, que celle qui est partie retrouver son amoureux. Au cœur des combats, inlassablement elle demandait si quelqu’un connaissait « un soldat qui s’appelait Joplain, qu’était poète et beau comme un prince ». La fin de l’enquête provoque des sentiments de gâchis et ne laisse pas insensible, tout comme la démesure de la violence qui a détruit les homes pendant bien plus que les quatre années de combat.

Gilles MARCHAND – Le soldat désaccordé. Parution le 19 août 2022, Éditions Aux forges de Vulcain. ISBN 978-2-373-05648-8 . 

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2 septembre 2022 5 02 /09 /septembre /2022 16:45
Gérard STREIFF : "Octobre à Paris"

Ce roman de Gérard Streiff montre toute l'envergure du polar, il est ici support pour explorer le passé et rappeler aux lecteurs des évènements oubliés où plutôt volontairement cachés par une censure colonialiste implacable. Le polar devient alors roman noir.

Nous sommes en France de nos jours puisqu'on parle de Blanquer ministre des écoles. Pour la partie fiction de ce polar il y a Chloé Bourgeade détective privée dans une petite agence parisienne, Le Sémaphore. Sa patronne l'a chargée de répondre à la demande d'un certain Leglay qui considère la mort par noyade de son père comme suspecte. Un seul indice, Leglay père a reçu peu avant sa mort la copie d'un ancien tract évoquant une manifestation en 1961.

Chloé plonge alors dans l'Histoire, la vraie. Aidée de Racine, un quinqua érudit, ancien des Archives nationales, mis sur la touche après avoir dénoncé l'omerta imposée sur certains dossiers. Avec lui et ses collègues détectives du Sémaphore, Chloé va reconstituer ces évènements parisiens de 1961, une longue escalade de violence notamment dans le 18ème arrondissements où il y a un peu plus de cinquante ans des noms comme Barbès, Château Rouge ou la Goutte-d'Or désignaient des ghettos où des algériens ( mais l'Algérie était française à l'époque et il s'y passait des évènements ... ) survivaient sous la surveillance étroite de la police et la répression violente d'une milice supplétive constituée de harkis, le tout sous les ordres du préfet de police Papon. Le 17 octobre 1961 une manifestation d'au moins 30 000 algériens s'est transformée en véritable boucherie sous les coups des forces de l'ordre, "10 000 emprisonnements, presque autant de blessés, plus de 200 morts", des êtres humains tabassés, noyés dans la Seine.

Et puis ses évènements sont effacés. Les politiques au pouvoir activent une censure implacable issue d'une époque coloniale qui ne s'efface pas. Chloé questionne, rencontre des témoins âgés, des enfants d'algériens torturés qui se souviennent, retrouve des nostalgiques de l'époque de la "belle province algérienne", parle à des gens de Gauche. Le polar est alors roman noir pour reconstituer la réalité sociale et historique de l'année 1961 à Paris.

D'anciens flics en service en 1961 à Paris sont ils victimes d'une vengeance ? Chloé détective privée poursuit son enquête à la fin du roman qui redevient un polar classique, non dénué d'humour pour le plaisir du lecteur. 

Gérard STREIFF  -  "Octobre à Paris". Parution le 7 octobre 2021, un polar des éditions La Déviation. ISBN 979-10-96373-39-0 .

 

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25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 17:42
Patrick PÉCHEROT : "Boulevard des Branques"

Dernier volet de La saga des brouillards, deuxième titre voir ICI .

Une histoire de fous !

Nestor est dans la tourmente de la seconde guerre mondiale. L’exode de juin 1940 l’oblige à répondre à l’appel à l’aide d’Yvette, à cette occasion il va croiser Jean Moulin à Chartres. L’Histoire, toujours l’Histoire qui sert de trame aux récits de Patrick Pécherot … De retour à Paris, Nestor va connaître les premiers mois de l’occupation de la capitale française par l’armée allemande et ses conséquences tragiques pour la population française. Mais il y a encore du travail pour un détective privé même si le patron de l’Agence Bohman a fui prévoyant la traque des juifs. Nestor doit veiller sur l’éminent neuropsychiatre Antoine Griffart mais ne peut empêcher son suicide.

Une histoire de fous !

L’auteur sait utiliser les hasards de l’Histoire. Durant l’offensive allemande de mai 1940, l’hôpital psychiatrique de Clermont de l’Oise fut bombardée, obligeant l’évacuation des malades. « Deux mille dingues en chemin de fer. Ça devait valoir le jus. Un express rempli de Napoléon en pyjama et de baveux à camisole ». Le style fait sourire mais Patrick Pécherot en profite pour dénoncer les adeptes français des théories nazies eugénistes.

Il n’y a rien de mieux qu’un enquêteur pour fouiller dans la société de son époque. En fait Griffart a été assassiné, meurtre déguisé en suicide, la police est formelle. Pour une fois la police officielle en apprend à un privé ! Nestor enquête et dans ses pas le lecteur voit arriver la Wehrmacht, s’installer le rationnement et les privations au quotidien, les premières alertes des bombardements alliés et la course vers les abris et les premiers contrôles « des flics à pèlerine et des soldats allemands, le fusil à l’épaule et la grosse plaque au cou ».

Une histoire de fous !

Nestor et la belle secrétaire sur les traces d’un fabuleux trésor ! En 1937 l’or de la République espagnole a été mis en sécurité à Moscou. Cinq cents tonnes. Mille cinq cent quatre-vingt-six millions de pesetas-or. Cinq cent dix-huit millions de dollars. Selon la rumeur, selon la légende, une partie de cette fortune aurait été détournée. De quoi attiser bien des convoitises.

J’ai adoré cette trilogie et les dernières lignes sur le destin de Nestor : « Envoyé au stalag, il s’en évada en mai 1941, mais cela est une autre histoire ». Place aux récits de Léo Malet …

 

Patrick PÉCHEROT  -  Boulevard des  Branques. Parution en novembre 2005, Éditions Gallimard, collection Série Noire. ISBN 9782070776375.    Réédition en 2008, Folio policier n° 531. ISBN 9782070359554.

Les trois titres de La saga des brouillards ou Trilogie parisienne sont réunis en un seul volume paru en octobre 2014, Éditions Gallimard, collection Folio policier, n° 744. ISBN 9782070461431 .

 

Bibliographie de Patrick Pécherot

Patrick PÉCHEROT : "Boulevard des Branques"
Patrick PÉCHEROT : "Boulevard des Branques"
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17 août 2022 3 17 /08 /août /2022 15:15
Patrick PÉCHEROT  -  Belleville-Barcelone

Toujours impatient de découvrir une nouveauté, je néglige et parfois j'oublie des séries dont j’ai entamé la lecture et promis de poursuivre leur découverte tellement elles me plaisaient. C’est le cas avec la saga des brouillards ou trilogie parisienne de Patrick Pécherot. J'en étais resté au tome 1, voir ICI.

Onze années ont passé depuis « Les brouillards de la Butte ». Pipette veut qu’on l’appelle Nestor et il est devenu détective privé au sein de l’agence Bohman à Belleville, c’est ce qui se fait de mieux en matière d’enquêtes, de recherches et de surveillance. Le travail ne manque pas en ce printemps 1938 comme retrouver Aude Beaupréau, héritière d’une riche famille industrielle, qui a fuguée avec son amoureux, Pietro Lema un modeste ouvrier. Patrick Pécherot n’a pas son pareil pour recréer des ambiances. Les quartiers modestes voire miséreux jusqu’aux riches rues parisiennes, rien n’échappe au regard lucide et plein d’humour de l’auteur qui fait aussi largement appel à l’argot parisien de l’époque. La reconstitution fait encore plus vraie.

Rien ne se passe comme prévu et Nestor qui pensait retrouver la belle fugueuse en deux jours tout au plus va de mauvaises surprises en mauvaises surprises. Son client se révèle un imposteur, l’amant de la riche héritière est introuvable et sans doute impliqué dans un trafic d’armes au profit des Républicains espagnols en guerre contre les franquistes. Ultime désenchantement, il est accusé du meurtre d’un inconnu dont le cadavre est retrouvé décapité : il n’y a pas de bon polar sans un privé en conflit avec la police ! Et que serait un privé sans l’aide d’une belle femme ? C’est encore mieux lorsqu’il s’agit d’Yvette la secrétaire du patron de l’agence Bohman.

Patrick Pécherot utilise habilement  le contexte politique complexe et tourmenté de l’époque. Le Front populaire est devenu hésitant, l’extrême droite en profite. L’aide aux Républicains espagnols divise en France autant que sont nombreux les courants de la gauche espagnole. L’URSS a choisi son camp et aide militairement les communistes espagnols mais pas les trotskistes, ni les anarchistes et encore moins le Poum... C’est l’époque des grandes purges staliniennes. Pendant ce temps l’ogre nazi prépare ses armes. Ce contexte se prête bien aux complots, à l’espionnage et aux coups bas du NKVD auxquels l’auteur fait largement appel dans la construction de son intrigue qui se révèle pleine de suspense et de rebondissements mais toujours très crédible car le socle du récit repose à n’en pas douter sur une riche documentation historique. Les héros de Patrick Pécherot sont des gens ordinaires qui font autant l’Histoire que les personnages célèbres que le lecteur prend plaisir à croiser au détour d’une page. « Belleville-Barcelone » est un roman érudit où tout s’assemble harmonieusement : un véritable travail d’orfèvre.

Patrick PÉCHEROT  -  Belleville-Barcelone. Parution en novembre 2003, Éditions Gallimard, collection Série Noire. ISBN 9782070428946 . Réédition en 2007, Folio policier n° 489. ISBN  9782070347575 .

Bibliographie de Patrick Pécherot 

Patrick PÉCHEROT  -  Belleville-Barcelone

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14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 06:29
Gwenaël  BULTEAU  :  "La République des faibles"

La Troisième République a été proclamée au lendemain de la défaite dans la guerre de 1870. Ce polar historique de Gwenaël Bulteau dresse un tableau de la situation en France après presque trente ans d'un régime parlementaire qui s'enorgueillissait de protéger les faibles.

Des faibles il n'en manque pas dans ce roman, comme à l'aube du 1er janvier 1898 où dans un froid glacial un misérable chiffonnier découvre le cadavre décapité d'un petit garçon en fouillant la décharge de la Croix-Rousse à Lyon. Cet enfant porte des traces d'atteinte à la pudeur. Mais à l'époque "les forces de police ne font pas grand cas de la mort d'un enfant. Deux ou trois jours d'investigation et on passe à autre chose. Les priorités sont claires : l'ordre social, la tranquillité publique, la sécurité des commerces".

Mais c'était sans compter sur la ténacité d'un groupe de policiers ( à l'époque en uniforme ) et dont l'intérêt pour cette affaire va s'en trouver renforcé suite à l'assassinat de l'un d'eux. Le commissaire Jules Soubielle a une vision novatrice des procédures de l'enquête policière. Il est secondé par les lieutenants Caron, Grimbert et Silent et le brigadier chef Millard. Tous de bons flics mais aussi des êtres humains avec leurs travers et leurs problèmes personnels.

Les investigations de la police permettent d'explorer la société de l'époque. La République des faibles est décrite sans complaisance avec des petits commerçants arrivistes engoncés dans le rigorisme sans pour autant renier les violences conjugales ni les avortements clandestins. Le racisme depuis l'affaire Dreyfus ou l'épisode Boulanger gangrène même la police et des ligues ouvertement antisémites et "antiboches" sont engagées en politique.  Le "J'accuse ... !" de Zola est daté du 13 janvier 1898. Il y a aussi les anciens combattants de 1870 traumatisés parfois jusqu'à la folie. La pauvreté extrême est partout présente, l'industrie naissante ne se soucie pas des questions sociales, les luttes syndicales sont réprimées dans le sang.

Gwenaël Bulteau mêle habilement et efficacement l'Histoire et une enquête fictive. L'ensemble est très crédible, instructif et ne manque pas de rebondissements et de suspense. La reconstitution de la ville de Lyon et de ses environs est rigoureuse avec ses quartiers aux noms évocateurs, ses vieux métiers et ses rues d'une saleté repoussante. Il est aussi beaucoup question d'enfants, d'enfants à naître, d'enfants maltraités, d'enfants qui ont faim, d'enfants prostitués, d'enfants de la rue débrouillards et d'infanticides.

Gwenaël Bulteau  :  La République des faibles. Parution le 4 février 2021, Éditions La Manufacture de livres. ISBN 978-2-35887-719-0 .  Réédition en poche, Éditions 10 / 18 le 3 mars 2022. ISBN 9782264079596 .

Gwenaël  BULTEAU  :  "La République des faibles"
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3 juillet 2022 7 03 /07 /juillet /2022 16:24
Xavier  BOISSEL  :  "Sommeil de cendres"

Avant « Sommeil de cendres » il y a eu « Avant l’aube » ( voir ICI ) que je trouve tout simplement inoubliable, c’est un superbe roman noir et un excellent polar historique et puis le Maquis de Lorris a fait partie de mon quotidien professionnel pendant de nombreuses années.

Nouveau roman de Xavier Boissel, c’est aussi un polar avec un cadavre découvert sous la pluie et la tempête, sur le périph’ au bord de l’échangeur de la porte de Bagnolet. L’année 1974 ne commence pas sous de bons auspices pour l’inspecteur Michel Eperlan de la Crim’. C’est un polar avec une ambiance très noire, un cadavre coincé entre une gazinière rouillée et un pneu crevé. C’est un polar avec un bon flic au sens de l’observation efficace. Un bon flic mais désabusé face à l’institution policière et sonné par un passé difficile, Assistance publique puis Guerre de Corée. Divorce.

Les clins d’œil aux personnages de l’univers de Merlin le flic de « Avant l’aube » sont rapidement et habilement glissés. Très vite j’ai acquis la certitude que le charme serait au rendez-vous. « Sommeil de cendres » est un polar avec une ambiance, celle de 1974, la musique, les voitures et par exemple ces hôtels-restaurants comme il n’y en a plus. En 1974 le SAC est en crise, De Gaulle n’est plus là et Pompidou ne finance plus un groupe qui est allé trop loin. Le SAC a besoin de nouveaux subsides. L’auteur sait trouver les mots justes et évocateurs pour décrire la ville, les banlieues noires, les quartiers nantis, la campagne ardéchoise, le désert marocain et les gens. 1974, c’est aussi une page d’Histoire.

Eperlan commence son enquête. Il a une photo comme indice. Pendant ce temps une femme fuit Paris pour se réfugier en Ardèche. Il sera difficile de la retrouver. Xavier Boissel nous parle alternativement de l’enquête d’Eperlan et d’une femme qui veut sauver sa peau dans la solitude. C’est aussi l’occasion pour elle de se sevrer de sa vie passée. Et puis il y a les pourris, des méchants sur le déclin mais encore  dangereux. La rencontre de ces protagonistes aura un parfum de mort, « un parfum entêtant au goût de cendre ». La neige, blancheur  immaculée, peut vite se transformer en boue noirâtre.

Nouveau coup de maître avec ce polar noir de Xavier Boissel. Ce n’est pas une copie, ce n’est pas un prolongement de « Avant l’aube ». Cette fois-ci la narration est impersonnelle, la personnalité taciturne d’Eperlan est approfondie et il faut y ajouter le portrait d’une femme à la psychologie complexe qui a fasciné Eperlan bien avant qu'il ne la rencontre. 

Xavier Boissel – Sommeil de cendres. Parution le 16 juin 2022, Éditions 10 / 18. ISBN 9782264077417 .

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