Thierry BOURCY ( suite )
Le château d'Amberville : juin 1916 , Célestin Louise et son régiment , le 134ème d'infanterie , quittent le front de Champagne pour rejoindre Verdun où une gigantesque offensive a été lancée : une offensive vite enlisée où les morts s'accumulent . Lors d'une mission de reconnaissance sur les versants du Mont - Homme , la sinistre cote 304 où des milliers de soldats ont été déchirés par la mort , Célestin Louise est gravement blessé .
Le train . Un camion . Et finalement le château du comte d'Amberville. Ce dernier participe à l'effort de guerre et a transformé son château dans l'ouest de la France en hôpital pour blessés de longue durée . Dans le cadre reposant d'un parc boisé , dans la fraîcheur des chambres envahies par les odeurs d'éther et d'antiseptique , Célestin et d'autres soldats reconstruisent leurs corps meurtris , sous l'oeil vigilant d'officiers eux aussi en convalescence . La discipline du front est maintenue . Mais chacun peut rêver devant le charme mystérieux de la toujours triste Laure d'Amberville , la fille du comte .
Lorsque des soldats hospitalisés sont assassinés , Célestin Louise redevient flic et enquête . Doit-il rechercher le coupable parmi les autres pensionnaires blessés ? Faut-il céder à la peur des villageois qui accusent le Diable bleu , un déserteur réfugié dans les bois ?
Une enquête en "vase clos" ne passionne pas toujours . Dans cet exercice Thierry Bourcy réussit à tenir le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page , avec toujours en filigrane cette guerre dont la violence et l'atrocité semblent devoir durer tant qu'un soldat sera encore en vie . Malgré cela Célestin Louise préfère à la fin de son enquête retrouver l'esprit d'entraide et d'amitié des tranchées , refusant d'intégrer les Brigades du Tigre avant la fin de la guerre . Si l'auteur fait survivre le soldat Célestin , cela nous permettra peut-être de le retrouver membre des célèbres brigades mobiles créées par Clémenceau ...
Olivier SEIGNEUR
Les dieux outragés : 6 mai 1682 , la famille royale , la cour et le gouvernement de la France s'installent au château de Versailles . Ainsi en a décidé Louis XIV .
C'est en 1661 que le Roi-Soleil a commencé à façonner selon ses désirs un château et des jardins immenses et somptueux . En mai 1682, les travaux ne sont pas achevés car toujours Louis XIV exige des modifications et des agrandissements sans limite . Mais le règne du roi de France est à son zénith alors il a voulu montrer au monde entier le coeur de son royaume .
Le Roi-Soleil a fait travailler les plus grands : Louis le Vau , François d'Orbay , Jules Hardouin - Mansart , architectes , André Le Nôtre , jardinier , Jean - Baptiste de la Quintinie , agronome devenu ordonnateur du potager du Roi , Charles Le Brun , Charles de la Fosse , peintres , Jean - Baptiste Tuby , sculpteur ...
La journée du Roi à Versailles suit un protocole réglé comme une horloge , depuis le Petit Lever et le Grand Lever , jusqu'au Souper du Grand Couvert et au Coucher du Roi , ce Roi "représentant de Dieu , Dieu lui même" et Dieu parmi les divinités grecques et romaines évoquées et représentées à chaque pas du souverain .
"Le château de Versailles était ouvert à tous . Chacun était chez lui" écrit Olivier Seigneur "les courtisans , voire les simples bourgeois , avaient l'heur de se promener à leur guise dans les grands salons du château et ses jardins" . Alors qui peut bien tuer ? Ouvriers et gardes sont en effet trouvés assassinés . Des billets injurieux circulent . Le Roi ne souhaite pas ébruiter ces affaires qui feraient scandales . Il charge donc Alexandre Bontemps , son premier valet de chambre et intendant de Versailles , de résoudre ces "désordres" . Louis XIV respectait profondément Alexandre Bontemps ( celui-ci a réellement existé ) . Habile , discret , dévoué , le premier valet de chambre s'était déjà vu confier des missions secrètes , qu'il s'agisse de l'administration du royaume ou des amours du Roi . Alexandre Bontemps observe et questionne parmi les anonymes ou auprès de la cour , dans le dédale des passages secrets de l'immense château de Versailles ou dans les labyrinthes des jardins . Quel rôle joue Françoise-Athénaïs de Rochechouart-Mortemart , marquise de Montespan , ancienne favorite , déçue , du Roi qui maintenant lui préfère Françoise d'Aubigné , marquise de Maintenon ?
L'enquête d'Alexandre Bontemps occupe une place limitée . Elle est avant tout prétexte à une immersion totale dans Versailles et parmi la cour . Peu de suspense ni de rebondissements mais une excursion historique dense et instructive , étonnante de naturel , facile à lire . J'ai adoré !
Paul HARDING ( suite )
Le jeu de l'assassin : août 1380 .
Classique , banal même : un riche prêteur sur gage tué d'un carreau d'arbalète alors qu'il était enfermé de l'intérieur dans une chambre forte . Sa fortune destinée à être prêtée au régent d'Angleterre Jean de Gand a bien sûr disparu .
John Cranston et frère Athelstan enquêtent également sur une série de meurtres parmi les clercs de la chancellerie de la cire verte ( couleur réservée à sceller certains actes royaux ) . L'assassin laisse une devinette près des cadavres , comme pour jouer avec les membres de la chancellerie et avec les enquêteurs .
L'enquête est monotone , sans aucune surprise . Les faits se suivent, suite d'énumérations sans grand intérêt . Le dénouement est décevant, sans originalité sous certains aspects et abracadabrant pour d'autres facettes . Seules les deux dernières pages incitent à poursuivre la lecture de la série des enquêtes de frère Athelstan ; un contexte semble t-il différent devrait lui apporter un souffle nouveau , ce que j'attends avec impatience : " frère Athelstan , de l'ordre de Saint Dominique , naguère secrétaire de Sir John Cranston , coroner de la ville de Londres et prêtre de la paroisse de Saint Erconwald " a quitté Southwark sur ordre du père supérieur pour rejoindre sur - le - champ Oxford ! ...
Ellis PETERS
Trafic de reliques : début 1138 . L'action se passe principalement au Pays de Galles . Cadfael et d'autres moines doivent ramener à l'abbaye de Shrewsbury les reliques de Sainte Winifred . Mais ses détenteurs n'entendent pas être dépouillé , alors lorsqu'un opposant à ce transfert ( dont la légitimité peut en effet étonner voir choquer ) est assassiné .... la première enquête de frère Cadfael , moine bénédictin , commence .
Ce n'est qu'à la deuxième tentative que j'ai pu achever la lecture de ce livre ( même chose pour le second tome - voir ci-dessous ) . En fait c'est seulement le troisième titre "Le capuchon du moine" que j'ai réussi à lire et à apprécier dés le début et qui m'a permis de rentrer dans l'univers de frère Cadafel et de m'imprégner du style de l'auteur . Passé cet apprentissage , la lecture devient agréable , voire prenante .
"Trafic de reliques" rassemble tous les ingrédients qu'Ellis PETERS propose dans les enquêtes de frère Cadfael : un portrait , pas toujours reluisant , de la religion dans l'Angleterre du 12ème siècle , une enigme principale et une intrigue secondaire centrée autour d'un amour contrarié . Cadfael , calmement , méthodiquement , lentement , découvre la vérité et trouve le compromis qui ne blesse personne .
Un cadavre de trop : août 1138 . Le roi Etienne assiège Shrewsbury où est retranchée une garnison fidèle à l'impératrice Mathilde . L'assaut final est donné avec succès . Mais cette victoire n'est pas complète car plusieurs chefs de la résistance restent introuvables . Ont-ils fui , trompant la vigilance des troupes flamandes d'Etienne , ou se cachent - ils avec leur famille parmi la population ? D'autres se rallient à Etienne ; c'est le cas de Hugh Beringar , même si auparavant celui-ci était resté neutre . Etienne ne fait preuve d'aucune clémence et fait pendre 94 prisonniers .
Un peu à l'écart de la ville de Shrewsbury , dans l'abbaye Saint Pierre et Saint Paul , l'inquiètude n'a pas complètement troublée les occupations des moines . Frère Cadfael , aidé depuis peu par le jeune Godric , s'affaire dans son jardin , cultivant légumes et simples , préparant ses décoctions dans l'atelier de l'herbarium .
Mais les bénédictins ne peuvent laisser sans sépulture chrétienne les 94 hommes exécutés . On confie à frère Cadfael le triste travail de préparer les corps avant de les enterrer . Très vite , il doit se rendre à l'évidence , on lui a remis 95 cadavres . Un homme , jeune , dépourvu d'armure , n'est pas mort par pendaison . La belle Aline va très vite l'identifier mais devant l'absence d'indices , les recherches de l'assassin par Cadfael piétinent .
Et puis il y a beaucoup à faire : secourir les blessés , cacher les fuyards traqués par les troupes du roi Etienne . Quel rôle joue Hugh Beringar dans l'atmosphère de suspicion qui s'est installée à Shrewsbury et où tout le monde soupçonne tout le monde de trahison ? Qu'est devenu le trésor , ces richesses détenues par les partisans de l'impératrice Mathilte ?
Frère Cadfael devra ruser pour sauver ceux en qui il a placé sa confiance . Ce n'est qu'à la veille du départ du roi Etienne pour d'autres champs de bataille que Cadfael , avec une aide inattendue , pourra faire la lumière sur le cadavre de trop . Mais il faudra s'y habituer , frère Cadfael prend quelques libertés avec la vérité afin de ne pas blesser inutilement son prochain !
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