Jean-Christophe DUCHON-DORIS ( suite )
L'embouchure du Mississipy : ce deuxième opus des aventures de Guillaume de Lautaret garantit au lecteur un dépaysement historique ( l'action se passe en 1701 et 1702 ) et un dépaysement géographique ( les héros vont voyager jusqu'en Louisiane ). Sa première aventure a été relatée ici http://mille-et-une-feuilles.over-blog.com/jean-christophe-duchon-doris-6
Alors que Guillaume de Lautaret séjourne à Paris , la mère de sa compagne Delphine d'Orbelet est arrêtée et emprisonnée sur ordre de Louis XIV. Le motif est à la fois simple, le père de Delphine est accusé de meurtre, et complexe puisque le crime aurait été commis lors d'une expédition d'exploration dans la vallée du Mississippi. Cette région , la Louisiane , qui à l'époque s'étend du Québec jusqu'au Golfe du Mexique , est l'enjeu de rivalités entre la France , l'Espagne et l'Angleterre. Cavelier de La salle est le précurseur des explorations françaises. Il prit possession de la Louisiane au nom du Roi de France en avril 1682. Il fut assassiné en 1687 lors d'une seconde expédition. Le chevalier d'Orbelet est accusé de ce crime. Pour connaître la vérité , une seule solution , Guillaume et Delphine embarquent pour les Amériques. Ils se joignent à une expédition menée par Pierre Le Moyne d'Iberville. Après une escale à Saint Domingue où Christophe Colomb avait accosté , ils rejoignent la Louisiane en décembre 1701.
Tout le roman est prétexte à retracer très précisément l'histoire de l'exploration de la basse vallée du Mississippi et les missions menées depuis Cuba ou depuis le Québec. Ces missions furent particulièrement dangereuses, dans une nature sauvage peuplée de tribus indiennes souvent hostiles. C'est ce même contexte que Guillaume et Delphine vont découvrir : la vie rude dans des fortins isolés , les dangers des indiens sur le sentier de la guerre mais aussi la droiture des hommes à peau rouge , l'emprise des jésuites sur ces terres vierges , les intrigues , les alliances , les trahisons entre les fidèles au Roi de France , les anglais , les espagnols , les aventuriers canadiens et les huguenots. Jusqu'en avril 1702 , Guillaume et Delphine , vont traquer un fantôme et bien sûr suivent les rumeurs parlant de fabuleux trésors.
Comment ne pas couvrir d'éloges ce roman d'aventures inspiré de faits historiques et au scénario virevoltant ?
Robert Van GULIK
Ainsi naquit le roman policier historique ....
Robert Van Gulik ( 1910 - 1967 ) est de nationalité hollandaise. Durant son enfance puis pour des raisons professionnelles ( il fut diplomate ) il a parcouru le monde , appris de nombreuses langues ( notamment le chinois avant l'âge de vingt ans ) et séjourné en Asie de l'Est et bien sûr en Chine. Il épousa une chinoise en 1943. Chaque pays visité était pour lui l'occasion d'effectuer des recherches sur les civilisations qu'il découvrait ( de nombreux détails figurent sur le site suivant http://www.bibliotrutt.lu/artman2/publish/tome_4/Note_16_suite.php ). Robert van Gulik est un sinologue réputé et parmi les multiples sujets qu'il étudia , figure le roman policier chinois. Il a traduit puis publié en 1949 un roman policier chinois anonyme datant du 18ème siècle et relatant "Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti". Le titre de cette traduction en anglais ( 1949 ) est "Dee Goong An , three murder cases solved by Judge Dee". Publication en français : "Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti" ( Editions Christian Bourgeois , 1987 puis Editions 10 - 18 , 1988 ). C'est un des premiers sinon le premier roman policier historique . Ti jen-tsi est un personnage historique qui vécut en Chine au 7ème siècle ( 630 - 700 ) durant la dynastie des Tang . Juge , détective et homme d'état , il acheva sa carrière auprès de l'impératrice Wu zehan.
Robert van Gulik a aussi traduit un manuel de jurisprudence et d'investigation chinoises datant du 13ème siècle. Il s'en est inspiré pour imaginer d'autres enquêtes du juge Ti. Cette série des enquêtes du juge Ti constitue un véritable témoignage historique ainsi qu'un portrait réaliste de la justice et de la pensée chinoises confrontées à des énigmes criminelles durant le 7ème siècle. La préface des "Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti" écrite par Robert van Gulik est particulièrement instructive ; l'auteur révèle qu'il a volontairement atténué voire gommé quelques caractéristiques propres au roman policier chinois afin d'offrir au lecteur occidental des écrits plus compatibles avec ses goûts. Les particularités du roman policier chinois que Robert van Gulik n'a pas souhaité mettre en avant sont : coupable connu dés le début , intervention du surnaturel , nombreuses et longues digressions , multitude des personnages , description précise du châtiment réservé au coupable. Malgré tout la lecture des aventures du juge Ti écrites par Robert van Gulik demeure parfois difficile à apprécier pour qui serait insensible à la pensée chinoise . Mais c'est là que réside l'intérêt des titres qui ont suivi la traduction des "Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti", il apporte au lecteur un dépaysement géographique efficace , une leçon d'histoire atypique et un suspense original. Il faut sans doute être curieux pour apprécier Robert van Gulik.
à suivre ...
Jean d'AILLON ( suite )
La confrérie de l'Index : cinquième et dernière nouvelle publiée dans "L'homme aux rubans noirs" , à lire après "L'énigme du clos Mazarin". Voir ici http://mille-et-une-feuilles.over-blog.com/article-jean-d-aillon-suite-114072941.html .
Savinien Cyrano de Bergerac dit "Cyrano de Bergerac" n'est pas seulement le personnage central de la célèbre pièce d'Edmond Rostang , c'est aussi un écrivain contemporain de Molière qui s'est sans doute inspiré de sa pièce "Le Pédant joué" pour écrire certaines scènes des "Fourberies de Scapin".
En amateur de théâtre, il est logique que Louis Fronsac ait rencontré Molière et Savinien de Bergerac. Il est même venu en aide à ce dernier , en octobre et novembre 1647 , lorsqu'il fut accusé du meurtre d'un comédien qui l'avait vivement critiqué et menacé. Gaston de Tilly , Procureur du Roi , n'est pas du tout convaincu par les accusations qui pèsent sur Savinien de Bergerac. Louis Fronsac et Gaston vont tenter d'innocenter l'écrivain et se lancent à la recherche d'une mystérieuse "Confrérie de l'Index" qui aurait menacé l'écrivain , son dernier manuscrit étant jugé scandaleux ( Savinien de Bergerac a en effet écrit ce que de nos jours on appellerait des romans de science fiction ).
Cette nouvelle est l'occasion pour Jean d'Aillon de renseigner le lecteur sur le monde du théâtre de l'époque et la censure littéraire qui sévissait depuis le règne de François 1er. J'y est fait d'intéressantes découvertes sur l'architecture , avant d'être un grand magasin parisien , la Samaritaine était un bâtiment construit au début du 17ème siècle sur une arche du Pont-Neuf et abritait une pompe puissante qui puisait l'eau de la Seine avant de la distribuer au Louvre et aux Tuileries.
Pour faire éclater la vérité , Louis et Gaston vont devoir partir en expédition par une nuit sans lune et explorer de sinistres caves afin de confondre les membres secrets de la confrérie de l'Index. Finalement tout est bien qui finit bien , c'est l'expression la mieux appropriée pour un mariage qui va rassembler la plupart des gens de qualité du Royaume.
Dés le mois de décembre 1647 , il est possible de retrouver Louis Fronsac pour une nouvelle enquête, "Le secret de l'enclos du Temple" .
Elisabeth PARINET
Une histoire de l'édition à l'époque contemporaine ( XIXème - XXème siècle )
En achetant cet ouvrage , j'étais sceptique ; plus de 450 pages de petits caractères, sans chapitres numérotés. Peur de s'y perdre et de vite se lasser ? Première impression totalement fausse . On s'y retrouve facilement , l'enchaînement des thèmes abordés est logique et le lecteur pourra découvrir d'intéressantes informations sur l'histoire récente en France du livre , de la lecture et des grands éditeurs.
L'auteur s'attache tout d'abord à présenter les "secteurs traditionnels de la librairie française" (page 49 et suivantes) : le livre religieux , la littérature , l'histoire , avant le développement du livre pratique , du livre de vulgarisation des connaissances , du livre scolaire et du livre pour la jeunesse. Durant le 19ème siècle , le livre connaîtra de profonds changements en matière d'illustrations , de couverture et de reliure (page 96 et suivantes). Puis un bref rappel évoque ce qu'a été le mode de distribution par colportage , du 16ème jusqu'au 18ème siècle (page 119 et suivantes).
Cette évolution du livre accompagne "l'élargissement considérable du lectorat" qui "rend inévitable l'évolution des circuits qui mènent le livre de l'éditeur au lecteur". Au 19ème siècle, bibliothèques , cabinets de lecture et librairies apprennent à cohabiter et progressivement les métiers d'imprimeur , d'éditeur , et de libraire cessent d'être confondus (page 115 et suivantes). Les maisons d'édition naissent , se structurent , grandissent et parfois disparaissent (page 151 et suivantes). Le lecteur peut découvrir l'historique des grands éditeurs comme par exemple (liste non exhaustive) : Michel et Calmann Lévy , maison prestigieuse qui n'a pu que freiner un lent déclin , Louis Hachette qui a su se développer et se diversifier toujours plus , Pierre Larousse réputé pour ses manuels scolaires et ses dictionnaires , Ernest Flammarion dont la réussite tient à sa grande faculté d'adaptation , Arthème Fayard dont le travail est si cher aux amateurs de roman populaire et aux amoureux d'auteurs comme Zévaco , Féval ou Gaboriau. Cet historique constitue une longue et passionnante partie (pages 166 à 268).
Le livre est aussi synonyme de "liberté d'expression", la multiplication des publications s'est cependant accompagnée de réglementations , de lois , de recensements : un décret du 5 février 1810 organise le dépôt légal et fait suite à une obligation qui remontait à une ordonnance de François 1er datant du 28 décembre 1537 ! La censure fut épisodiquement active , Victor Hugo en a été une victime célèbre pour raisons politiques , mais il y a eu aussi de nombreuses condamnations pour outrage aux bonnes moeurs ( par exemple "Les fleurs du mal"). La loi du 29 juillet 1881 proclame que "l'imprimerie et la librairie sont libres". Seul l'état de guerre ( 1914 - 1918 , 1939 - 1945 , guerre d'Algérie ) rétablira une certaine forme de censure. Les chapitres consacrés au "livre sous surveillance" vont des pages 269 à 316. Le contexte du second conflit mondial avec d'une part la censure mise en place par l'occupant nazi et d'autre part l'édition clandestine de la Résistance ( "Le silence de la mer" de Vercors ) fait l'objet d'une étude particulière (pages 359 à 376).
Si on excepte les contextes particuliers des conflits mondiaux , la première moitié du 20ème siècle est marquée par des progrès technologiques qui vont profondément modifier l'impression des livres. Les crises économiques , la concurrence de la radio , l'élévation du niveau scolaire vont influencer le lectorat. Le nombre des maisons d'édition reste globalement stable. Par contre leur statu d'entreprise familiale va peu à peu évoluer vers une forme juridique ( SARL ou SA ) préparant ainsi les bouleversements qui ont suivi la seconde guerre mondiale.
Le monde du livre et de l'édition a connu de profondes mutations durant la deuxième moitié du 20ème siècle. Les collections populaires se multiplient aidées par l'édition de livres de poche. Les clubs de livres ( par exemple France Loisirs ) apparaissent , c'est un des nombreux signes du bouleversement du commerce du livre : vente par correspondance , tarification influencée par les pouvoirs publics , formidable développement des bibliothèques de prêt et plus récemment apparition de modes de vente de livres d'occasion grâce à internet. Les grandes maisons d'édition adoptent des règles de fonctionnement et de gestion propres à toutes les entreprises et sont confrontées aux prises de participation et à l'internationalisation. A la recherche d'indépendance , de petits éditeurs apparaissent avec une stratégie commerciale teintée de régionalisme.
En ce début du 21ème siècle , un nouveau défit attend le livre : l'édition numérique. Mais tant que l'homme écrira et tant qu'il lira , aucun doute que le monde du livre saura y faire face avec succès.
Je vous assure , ce livre est passionnant et attrayant d'un point de vue historique. Il est également construit selon une démarche chronologique logique et accessible. Les amoureux des livres y trouveront aussi de nombreuses référence aux auteurs et à leurs romans.
Elisabeth PARINET est professeur à l'Ecole nationale des chartes où elle enseigne l'histoire du livre et des médias contemporains.
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