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Découvrir l'Histoire en lisant

Gaëlle AUDÉON

31 Mars 2020 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 13 et 14èmes siècles

Gaëlle  AUDÉON

Le roi divers : c'est l'histoire de la septième croisade. Le roi Louis ( Louis IX - Saint Louis ) avait prononcé le voeu de se croiser en 1244 lors d'une violente dysenterie qui avait failli l'emporter. Les préparatifs furent longs et ce n'est que le 12 juin 1248 que le Roi quitte Saint-Denis. Il embarque à Aigues-Mortes mais l'ensemble de sa troupe mit de longs mois à le suivre. Le roi fait escale de l'été 1248 au printemps 1249 à Chypre. Enfin l'ost se rassemble à Damiette en Egypte durant l'été 1249.

Gaëlle Audéon a choisi de nous faire vivre cette croisade à travers les récits de plusieurs protagonistes, autant de visions, autant de ressentis qui confèrent à ce roman historique non seulement un charme et une richesse rares parce qu'il y est fait une place importante aux femmes mais aussi un souffle épique porté par le récit presque au jour le jour des opérations militaires.

La reine Marguerite est le regard féminin du récit. Elle a été obligée de tout abandonner y compris ses enfants confiées à sa belle mère qui assure la régence du royaume.  Marguerite personnifie l'angoisse, les doutes, le désarroi, d'une mère et d'une épouse. Durant la croisade, elle est tenue à l'écart des évènements mais elle est consciente des pertes subies par l'ost, autant lors des combats qu'à cause des épidémies, des famines ou des tempêtes. Le 8 avril 1250 elle accouche d'un fils, Jean Tristan, à Damiette.

Avec Jean de Joinville jeune sénéchal du comté de Champagne, le lecteur est au coeur de la diplomatie, de la stratégie militaire, de la logistique et des combats. C'est principalement à travers son regard que le lecteur côtoie le Roi dont il est un proche. Joinville participe au Conseil de guerre, aux combats, chevauchées, assauts et replis. Les croisés sont tour-à-tour assiégeants et assiégés. Le Roi est retenu prisonnier après la bataille de Mansourah, de délicates négociations doivent s'engager et sont compliquées par les changements politiques  à la tête du sultanat d'Egypte.

La richesse du récit de Gaëlle Audéon réside dans le fait que la croisade est vue et analysée du côté des croisés mais aussi du côté des musulmans. J'ai beaucoup appris sur ce monde complexe même si des notes de bas de pages ou un lexique en fin de roman auraient été utile et m'auraient évité des recherches ( au premier abord il n'est pas facile de définir Sarrasin, Turc, Mamelouk, Sultan, Émir ou Atabeg ... ). La liste des principaux protagonistes au début du roman est à ce titre précieuse mais j'ai regretté l'absence des personnalités musulmanes.

L'auteure met aussi en avant Alphonse de Poitiers, jeune frère du Roi et son épouse Jeanne. Alphonse et Jeanne participent à la croisade mais sont critiques vis-à-vis de cette expédition lointaine. Jeanne souffre d'être tenue à l'écart de son époux retenu auprès du Roi. Alphonse est tout aussi critique et exhorte son frère à revenir dans son royaume de  France alors menacé par l'Angleterre. La décision du Roi est implacable, il reste en Terre Sainte, interdit à son jeune frère de se rendre en pèlerinage à Jérusalem et le renvoie en France. Cela permet au lecteur, grâce à Alphonse et Jeanne, d'avoir un aperçu du royaume sous la régence de Blanche de Castille, mère de Louis IX.

Après les combats malheureux d'Egypte, les croisés rejoignent la Syrie et la fabuleuse cité d'Acre durant l'été 1250. Le Roi va s'employer à restaurer les places fortes de Terre Sainte. Durant cette période et jusqu'en 1254 de fréquentes négociations auront lieu pour nouer des alliances, non seulement avec le monde musulman mais aussi avec les Tartares de l'est de la Volga. Avec l'appui de son fidèle Joinville, Louis IX se rend à Césarée, Jaffa et Sidon, à chaque fois pour de colossaux chantiers de fortification. Marguerite ne fut jamais associé à aucune décision même pour ce qui la concernait personnellement. En 1253 elle accoucha à Jaffa d'une fille prénommée Blanche. 

Le 3 juillet 1254, après plus de dix semaines de traversée, le Roi, la reine, leurs enfants et leurs gens y compris Joinville, débarquent en Provence six ans après avoir quitté la France et sans que les croisés n'aient prié à Jérusalem.

Ce roman ( il faudrait absolument ajouter le qualificatif "historique" sur la couverture ) fourmille de détails et de personnages. Sa lecture m'a ravi. Sans aucun doute possible, le travail de Gaëlle Audéon repose sur des recherches nombreuses et solides. Une bibliographie et ses sources de renseignements permettraient de légitimer et de valoriser sa mise en scène. La lecture de ce récit est facilité par une chronologie précise et un espace géographique où il est facile de se repérer grâce à une carte figurant au début ( mais regret, l'Egypte n'y figure pas alors que l'essentiel des combats s'y déroule ). La couverture m'a beaucoup plu ( la mer et le sable ). J'ai mis un peu de temps à apprécier le titre "Le Roi divers". Divers est à prendre au sens de "qui présente plusieurs aspects". Avec cette définition tout s'éclaircit. Ce roman historique mérite de trouver un lectorat, les passionnés d'Histoire y trouveront de quoi assouvir leur passion.

Merci à Librinova

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Yves POURCHER

23 Mars 2020 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles

Yves  POURCHER

Le radio-traître, Jean Hérold-Paquis, la voix de la collaboration : Jean Hérold est né le 4 février 1912 à Arches dans les Vosges, sa famille y a toujours vécu, dans le quartier du Paquis. Il a été fusillé le 11 octobre 1945 au lendemain de la Libération. 

Septembre 1933, Paris, premier salon de la T. S. F. "Un pays, c'est une radio. Plus de nation, d'Etat, de région sans radio. La radio marque les identités et définit les appartenances". 

Printemps 1937, Paquis a déjà raté sa vie. Dettes, malversations, journaliste médiocre aux mauvaises fréquentations, il tourne le dos à l'Action française et fuit vers L'Espagne franquiste et le fascisme. Ce ne sont pas des faits d'arme dans une bandera française de légion étrangère franquiste qui le feront connaître car il est malade d'une pleurésie. Le directeur de Radio Saragosse a absolument besoin d'un speaker français. Parler un quart d'heure chaque jour ! Tout débute au mois d'avril 1938 dans les sous-sols de la faculté de médecine, plus précisément dans l'ancienne morgue. Paquis devient un agent de propagande fasciste. Au micro, Paquis excelle. Sa voix est reconnue. Il entre dans la cour des grands, rencontre l'ambassadeur de France en Espagne, le maréchal Pétain. En même temps les nazis préparent la guerre, avec des postes de radio.

Le début du récit d'Yves Pourcher est déroutant, avec des faits et témoignages sans liens évidents entre eux. Nous sommes alors en 1945, Paquis est emprisonné, les interrogatoires se succèdent puis son procès et son exécution. J'étais un peu frustré un peu comme si j'avais survolé une époque. Pourquoi, comment Paquis en était-il arrivé là ?

Et puis tout commence vers la page 100, le récit s'ordonne et trouve sa logique. L'enfance de Paquis, sa vie ratée à 25 ans. Puis l'Espagne et son retour en France en décembre 1939. Il fréquente l'Action française et La Phalange. Il écrit des billets pour la presse écrite. L'aide de ses connaissances est déterminante. En septembre 1940, il est appelé à Vichy où il est rapidement nommé délégué à la propagande par Pierre Laval. Ce n'est pas facile pour lui car il déforme un discours officiel qu'il juge trop mou. Ce n'est pas à Vichy qu'il faut être mais dans le Paris occupé qu'il rejoint en décembre 1941. Toujours grâce à des connaissances, les portes de Radio Paris s'ouvrent. Le 4 janvier 1942, il commence son travail comme simple rédacteur. Il sera bientôt l'Obersturmmilitaerischespeaker Paquis comme l'appelait Pierre Dac sur les ondes de la BBC. La guerre des mots a commencé entre "Radio Paris est allemand" et "L'Angleterre, comme Carthage sera détruite".

Ce qu'il y a d'exceptionnel dans cette biographie, c'est la place laissée au contexte historique qui permet de comprendre ce qu'a été la communication à cette époque et de découvrir l'habileté dont à fait preuve Paquis pour se hisser au sommet de la propagande d'abord collaborationniste et puis ouvertement nazie. Les personnages qu'il a côtoyé sont également mis en avant et j'ai beaucoup appris sur le fonctionnement non seulement de la propagande mais aussi de tous les rouages français qui ont profité de l'occupation. Des noms sont surprenants, d'autres sont à leur place. 

Merci à Alma Editeur  

 

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Patricia RAPPENEAU

15 Mars 2020 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Bibliographies - Actualités littéraires

Patricia  RAPPENEAU

Patricia RAPPENEAU est née en 1971 à Semur-en-Auxois ( 21 ). Elle a publié onze ouvrages sur les loisirs créatifs avant de mettre en scène Nathan Malocène, ex-militaire devenu détective privé, dans une série de romans policiers solidement encrés dans sa Bourgogne natale.

Série Nathan Malocène ( pour des détails, voir ici ) :

- Première enquête ( nouvelle publiée en 2014 ) voir ici

- Requiem ( 2009 ) - A été réécrit et publié en mars 2020 - voir ici

- Mission Malona ( 2012 - Réédition 2023 ) - voir ici

- Coups de lune ( 2014 )

 

Autres romans :

-  "Enterré vivant" ( 2015 )

- "Mortelle guérison" ( 2013 ), roman dont l'héroïne, Léopoldine Lagrange, est anthropologue judiciaire. L'Histoire commence à occuper une place prépondérante dans l'oeuvre de Patricia Rappeneau.

- "Tout ce qu'ils méritent" est publié en mars 2017. C'est un roman policier historique; le gendarme André Colinot enquête, nous sommes en 1908 à Semur-en-Auxois. Voir ICI

- "Le parvis des assassins" ( mars 2020 ). 1306, la construction de Notre-Dame de Paris n'est toujours pas achevée ... Voir ICI

 

Patricia  RAPPENEAU
Patricia  RAPPENEAU
Patricia  RAPPENEAU
Le premier "Requiem" ( 2009 )

Le premier "Requiem" ( 2009 )

Le nouveau "Requiem" ( mars 2020 )

Le nouveau "Requiem" ( mars 2020 )

"Mission Malona" - Édition 2023

"Mission Malona" - Édition 2023

Patricia  RAPPENEAU
Patricia  RAPPENEAU
Patricia  RAPPENEAU
Patricia  RAPPENEAU
Patricia  RAPPENEAU
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Dominique MANOTTI

8 Mars 2020 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles

Dominique MANOTTI

Le corps noir : l'action se situe presque exclusivement à Paris, entre le 6 juin et le 25 août 1944. A chaque date, l'auteure fait référence à l'actualité du jour. Le 6 juin 1944 les alliés débarquent en Normandie. Le 25 août la 2e DB pénètre dans Paris libéré.

Entre ces deux dates, Paris était occupée. Dominique Manotti raconte les ultimes semaines noires vécues par la capitale. Il y avait la Wehrmacht ( l'armée allemande ). Reconnaissables à leur uniforme noir, il y avait la SS et son service de sécurité la Gestapo. La Gestapo employait de nombreux auxiliaires français. Les parisiens tentaient de survivre.

Début 1944 marque le déclin des groupes gestapistes français. Il y avait celui de René Deslauriers qui officiait au 180 de rue de la Pompe. Il y avait celui d'Henri Lafont qui était appelé la Carlingue et qui officiait au 93 de la rue Lauriston. Il y en avait d'autres et entre eux c'était un peu la guerre des gangs ... Il y avait de l'argent à se faire à cette époque, beaucoup d'argent. Les actions anti-terroristes n'étaient qu'un prétexte à voler tout ce qui pouvait être revendu au marché noir ou servait à honorer les commandes d'oeuvres d'art passées par les officiers allemands.

Ce roman de Dominique Manotti, outre l'aspect historique insiste sur l'état d'esprit de ces officines gestapistes alors que leur fin de règne approche. Leurs membres ont compris, la guerre est perdue. Doivent-ils fuir, se faire oublier pendant les règlements de compte, avant de ressortir de leur trou avec les fortunes accumulées ? Doivent-ils rester, il n'est peut-être pas trop tard pour s'acheter une nouvelle vie, il faudra bien reconstruire le pays et la France pourrait avoir besoin d'eux ?

Il y avait aussi une vie festive dans le Paris occupé. Le champagne coulait à flots la nuit dans les cabarets sous l'oeil complaisant de la Mondaine. On dansait la nuit à Paris et dans les mêmes rues le jour on torturait. Le monde de la nuit pouvait-il ignorer ce qui se passait le jour ? Viviane Romance, Jean Marais, Sacha Guitry, Cocteau ...

Domecq est un modeste inspecteur du 36. Le lecteur suit ses pas, incertains et prudents mais il le devine aussi habile. Il a ses entrées et des connaissances. Que cache-t-il ?

La 2ème DB arrive sur Paris précédée des barricades et de l'insurrection. Des ados à peine sortis de l'enfance prennent les armes. La jeunesse avenir de la France est le seul rayon de lumière dans ce roman noir qui retrace l'atmosphère de la fin de l'occupation à Paris. Si de cette époque, le rationnement et les privations ont été maintes fois présentés, Dominique Manotti en s'appuyant sur une documentation sans faille insiste sur la face cachée de la collaboration, celle des odieux profiteurs et celle de ceux qui sont devenus résistants de la dernière heure pour apparaître en toute impunité lors de la reconstruction de la France.

Dominique MANOTTI
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