Arturo PÉREZ - REVERTE
J'ai toujours été enthousiasmé par les romans d'Arturo Pérez-Reverte et ses récits déroutants, très imaginatifs et encrés dans l'Histoire :
- Club Dumas ou l'ombre de Richelieu
- Le tableau du Maître flamand
Ces deux romans ont été pour moi des coups de coeur, j'avais donc très envie de faire connaissance avec Falcó. C'est le premier titre d'une trilogie déjà parue en Espagne et en cours de publication en France par les Éditions du Seuil :
- Falcó ( octobre 2018 )
- Eva ( octobre 2019 )
Falcó : ce récit d'aventure et d'espionnage se déroule au début de la Guerre civile d'Espagne, en novembre 1936. J'ai pris conscience que je n'avais même pas une vue d'ensemble de ce conflit, seul Guernica me venait à l'esprit. Ce roman permet de bien situer les forces en présence ( en fait une multitude de factions ) et de découvrir ses origines politiques avec de nombreuses ingérences internationales.
Lorenzo Falcó, 37 ans, est un mercenaire au passé sulfureux dans les renseignements et les trafics d'armes. Durant l'automne 1936 il est à Salamanque, il agit pour le compte de l'Amiral chef du Service National du Renseignement et des Opérations. L'Amiral et Falcó sont de vieilles connaissances et il est normal qu'ils se retrouvent pour servir le Caudillo. L'Amiral lui confit la mission de faire évader de la prison d'Alicante José Antonio Primo de Rivera fondateur de la Phalange espagnole et fils du général Miguel Primo de Rivera. A Salamanque Falcó vit dans le luxe, passant son temps à séduire les femmes. Il aime séduire et la séduction est pour lui une sorte de passe d'armes.
En 1936 le Général Franco réside à Salamanque avec ses principaux services et ministères. Salamanque est aussi un véritable nid d'espions, avec en premier ceux de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste. Républicains et nationaux s'affrontent, Madrid est sur le point de tomber aux mains des franquistes. Le reste de l'Espagne est aux mains de milices fascistes et ultra-catholiques d'un côté et communistes et anarchiques de l'autre. Partout la terreur règne. Mais cette guerre ne concerne pas Falcó, il a seulement un travail à faire et il veut le faire bien !
Alicante est en zone rouge. Falcó entre dans la clandestinité, la vie rustique ne l'effraie pas, il n'a pas peur de l'action. C'est un aventurier, il sait se protéger. Il sait tuer, méthodiquement et sans remords. Sa mission est dangereuse et ses alliés sur place ne sont peut-être pas fiables.
Arturo Perez - Reverte offre au lecteur un formidable récit, mélange d'Histoire et d'action. C'est un conteur exceptionnel au style concis et précis. Pour mieux exprimer la tension et le danger et permettre au lecteur de bien visualiser certaines scènes, il construit ses phrases sans verbe : "Clapotis le long de la rive sous la pluie. Chocs de rames sur le plat-bord. Claquements métalliques d'armes et d'équipements. Une rencontre dans l'obscurité sans visages visibles" ( citation ). Le récit de la partie de billard entre Falcó et Juan Portela alors qu'un bombardement fait rage est grandiose. Et puis la psychologie peut prendre le dessus par exemple lors d'un violent interrogatoire d'un suspecté traître.
Falcó agit en professionnel expérimenté, avec efficacité. Il va aimer une femme et il va alors douter.
José Antonio Primo de Rivera a été exécuté dans la cour de la prison d'Alicante le 20 novembre 1936. Une rébellion avait agitée la prison quelques jours avant.
Patricia RAPPENEAU
Le parvis des assassins : j'ai été très vite emporté par la lecture de ce roman policier historique. Patricia Rappeneau réussit à captiver dés les premières pages. Il y a le chantier de Notre-Dame de Paris et bien sûr la curiosité est attisée. Nous sommes en décembre 1306. Le récit commence au pas de course, la course d'Erlend Goidenhove un ado, heureux est fier, son père Ulrich est le proviseur du trésor, une fonction délicate puisqu'il est responsable de la gestion financière de ce chantier grandiose. Quelques mots d'Histoire et déjà une catastrophe. Un cadavre est retrouvé dans la loge du proviseur. Tout accuse le père d'Erlend qui va devoir se transformer en fin limier pour découvrir le vrai coupable et surtout rétablir l'honneur de son père.
Quelques mots d'Histoire et j'ai beaucoup appris. L'auteure a choisi de parsemer son récit de mots de l'époque, de personnages ayant vraiment existé tout comme ces lieux et rues de Paris aujourd'hui parfois disparus. Juste ce qu'il faut d'Histoire, pour faire plus vrai. J'ai souvent pensé à l'immense travail de recherches effectué pour que ce voyage dans le temps soit crédible. Le glossaire et les notes à la fin du roman sont utiles et instructives. Tout est crédible avec en plus cet agréable équilibre entre Histoire et aventure. Et le charme opère !
Quelques mots d'Histoire et des péripéties en cascade. Des filatures, des expéditions nocturnes, un complot, des évasions, des galeries souterraines. Pas une minute de répit. Jacques de Molay commandeur des Templiers et le roi Philippe le Bel entrent en scène ! Erlend est le narrateur. C'est un héros intrépide et habile mais qui parfois doute et cela le rend encore plus attachant. Il est aidé par d'autres ados, filles et garçons. Il y a aussi une bohémienne et Modo, quasi géant, un peu idiot, revenu de croisade la langue coupée par un barbare.
Quelques mots d'Histoires, des aventures épiques et de la bonne humeur. C'est aussi un roman social avec notamment le clergé omniprésent à l'époque, des professions puissantes et des marchands venus de toute l'Europe. Le Parvis des assassins n'est pas sans rappeler Notre-Dame de Paris, le grand roman, mais cette fois la fin est heureuse. Ce roman est aussi destiné aux jeunes lecteurs qui y trouveront détente et pédagogie.
Bibliographie de Patricia Rappeneau ici
Éditions La Bouinotte
Patrick PÉCHEROT
Les brouillards de la Butte : premier volet de la Trilogie parisienne ( ou Saga des brouillards ). Publié en 2001 - Série noire - Grand prix de littérature policière 2002.
Pipette a quitté son Montpellier natal avec l'espoir de devenir célèbre en déclamant ses poèmes dans les cabarets de Montmartre. Il devra se contenter de petits boulots, d'une piaule miteuse dans le quartier du Château Rouge et de fréquentations douteuses.
Bienvenu dans l'ambiance de Paris durant l'hiver 1926 - 1927. Des rues sombres, des petites gens au parler parisien truculent, les surréalistes d'André Breton bien dans leur rôle, les lumières du Moulin-Rouge qui se reflètent sur les pavés humides, ce roman de Patrick Pécherot est un roman d'ambiance. Et il arrive parfaitement à faire revivre l'entre deux guerre à travers le regard de personnages modestes et à l'avenir incertain. Pas étonnant que le soutien à Sacco et Vanzetti soit total.
Pipette avec trois comparses volent les riches. Un cambriolage tourne mal, ils forcent un coffre-fort et se retrouvent face à un cadavre. Et c'est le début des ennuis, sans doute parce que Pipette est curieux et s'est mis en tête d'identifier le macchabée avant de savoir qui l'a assassiné ! Pipette s'improvise détective, aidé par une jeune et belle innocente employée de maison. Un cadavre cache toujours de sombres affaires et Pipette doit enquêter dans des salles de jeu privées comme le Zanzi Bar où il croise des truands protégés par des porte-flingues et des mastards. Un cadavre peut en cacher un autre tout comme un chantage peut en cacher un autre !
Patrick Pécherot nous fait sourire tout en déambulant dans un Paris sombre mais attrayant où on entend parler de Potemkine et de Mistinguette avant de croiser La Goulue dont le destin tragique surprend. Pipette est un personnage attachant aux talents de détective privé prometteurs. Il pourrait ressembler à Sir Denis Nayland Smith héros de la littérature policière de l'époque et commissaire de police en Birmanie ( Burma en anglais ... ).
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