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Découvrir l'Histoire en lisant

Jean-Christophe GRANGÉ : "Les Promises"

20 Octobre 2021 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles

Jean-Christophe GRANGÉ  :  "Les Promises"

Jean-Christophe GRANGÉ  :  Les Promises. Parution le 8 septembre 2021, Éditions Albin Michel. 656 pages. ISBN 978222649437.

Le 1er septembre 1939, l'Allemagne nazie envahit la Pologne. La menace d'une guerre déferlant sur l'Europe devient de plus-en plus pressante, le peuple allemand est partagé, entre l'angoisse pour certains et l'exaltation pour d'autres. Cet état d'esprit du peuple allemand est bien retranscrit par Jean-Christophe Grangé dans ce polar historique particulièrement bien documenté. Histoire et .... polar, normalement sous le 3ème Reich le crime devrait avoir disparu ? Mais c'est sans compter sur ce qui ressemble fort à un tueur en série qui tue après les avoir atrocement mutilés les jeunes épouses de dirigeants et sympathisants au plus haut du régime nazi. Le club mondain où elles se réunissent à l'hôtel Adlon de Berlin, le Club Wilhelm, ressemble désormais à un piège fatal. La Kripo est impuissante, seule la Geheime Staatspolizei, la sinistre Gestapo, peut dans la discrétion arrêter ce qui n'aurait jamais du exister. L'Hauptsturmführer Franz Beewen se voit confier l'enquête.

Avec le passé de Beewen, c'est toute l'Histoire des SA et de la Gestapo qui défile. Il a de brillants états de services nazis mais aucune expérience en enquêtes criminelles, l'efficacité de la Gestapo repose sur la peur qu'elle entretient implacablement. Mais cette fois-ci même son réseau de renseignement de la vie quotidienne de chaque allemand est impuissant face à un tueur invisible. Beewen ne peut compter que sur lui même avant de tomber rapidement en disgrâce. Il va s'attacher les services de deux personnes que tout destinait à un Konzentrationslager, Minna von Hassel et Simon Kraus.

Minna von Hassel issue d'une riche famille aurait pu fuir aux Etats Unis comme ses parents. Elle a choisi de rester dans le Reich pour veiller sur les malades de l'institut psychiatrique de Brangbo. Elle ne se fait plus d'illusion, ses malades seront éliminés par les nazis comme de vulgaires parasites, mais elle lutte pour retarder l'échéance. L'alcool la fait tenir. Il y a aussi Simon Kraus, psychologue, sa spécialité les rêves, sa clientèle, de riches et belles femmes venant soigner leurs angoisses. Parmi elles, les habituées du Club Wilhelm. 

Sans aucun répit, sans aucun moment de lassitude, le lecteur suit l'enquête de cet improbable trio jusqu'en novembre 1942 sur le front de l'Est et dans les camps d'extermination. Le style de l'auteur est sans fioriture, entièrement tourné vers l'efficacité : suspense et rebondissements. Aux indices, aux pistes ou aux certitudes policières que Minna et Beewen suivent, Simon oppose des doutes. Son raisonnement de psy s'attache à l'inexpliqué et aux éléments que ces deux collègues négligent et qui les emmènent dans des impasses ou vers des coupables parfaits mais rapidement innocentés. 

Ce récit repose sur des bases historiques solides, Jean-Christophe Grangé ne se satisfait pas de banalités, il approfondit et explore des facettes inattendues et inhabituelles. Le lecteur côtoie la peur silencieuse des berlinois mais aussi la rancoeur devenue violence de beaucoup d'anciens combattants humiliés après la défaite de la Grande Guerre. L'auteur parle des gueules cassés allemandes et de la galvanoplastie, les références cinématographiques de l'époque sont nombreuses.  L'immersion dans le Berlin de cette époque est érudite, que ce soit dans le quartier de Moabit reconstitué de manière vivante, dans les quartiers chics avec la place logique du style Bauhaus ou dans les pas des sinistres Totengräber. Enfin l'auteur insiste sur les programmes d'extermination mis en oeuvre par les nazis, Gnadentod pour en finir avec les handicapés ou malades mentaux ou la stérilisation forcée des Tsiganes, et sur ceux destinés à favoriser la pureté de la race germanique dans les Lebensborn.

Les lecteurs de Jean-Christophe Grangé sont nombreux. Il fallait bien que je découvre cet auteur. J'ai franchi le pas aidé par l'époque explorée dans "Les Promises". Je n'ai pas été déçu.

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Dominique MANOTTI : "Or noir"

10 Octobre 2021 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles

Dominique MANOTTI  :  "Or noir"

Mars 1973.

Deux corps mitraillés à Marseille. Un armateur tué de dix balles de 11.43 à sa sortie d'un casino sur la Promenade des Anglais à Nice. Toutes les victimes avaient entretenu des liens avec le clan Guérini qui après le trafic de cigarettes d'après guerre avait contrôlé la filière de l'héroïne jusqu'à la fin des années 1960. La French Connection a ainsi amassé une fortune colossale. Puis la famille Guérini est tombée et la guerre de succession n'en finit pas, les exécutions succèdent aux exécutions. 

L'armateur assassiné à Nice, Maxime Pieri, avait été un des meilleurs lieutenants d'Antoine Guérini avant de se reconvertir dans les affaires, à la tête de la Somar, une entreprise qui fait naviguer une dizaine de cargos. Dés son arrivée à Marseille, le jeune commissaire Théodore Daquin muté au SRPJ, brigade criminelle, Groupe de répression du banditime, à la tête d'une petite équipe de deux inspecteurs, Grimbert et Dumas, se voit confier l'affaire Pieri avec la consigne de ne pas faire de vagues dans le cadre de l'enquête de flagrance qui ne durera que quinze jours. Durant ces quinze jours, grâce à son opiniâtreté et sa perspicacité, Daquin et son groupe vont dénouer un écheveau aux ramifications internationales sur l'utilisation de l'argent de la French Connection pour se faire une place dans l'économie moderne devenue mondiale.

Avec Madame Dominique Manotti, la fiction rejoint la réalité, son portrait de Marseille est criant de vérité, en 1973 son économie est ruinée avec la fin des échanges coloniaux. Elle a du mal à tourner la page de la French Connection.  La police est volontairement impuissante, écartelée entre le manque de moyens et les intérêts locaux. Le récit de l'auteur parle de Gaston Deferre, du SAC, du poids des clans corses Elle raconte la construction du port de Fos objet de toutes les espérances et convoitises, décortique la géopolitique du pétrole qui voit l'OPEP prendre la main sur le commerce de cette matière première, prémices d'une envolée des prix et promesse de bénéfices inouïs mais les sommes à investir sont colossales.

Ce récit est un habile travail d'investigations journalistiques et de recherches historiques. C'est aussi un polar passionnant avec des procédures bien décrites. On y croise le commissaire Van Loc. Il y a l'habile commissaire Daquin de la PJ ( à Marseille ce n'est pas au 36 mais à l'Évêché ) mais aussi les stups, la financière, les douanes dans une ambiance marseillaise bien reconstituée. Marseille est un personnage à part entière, c'est l'occasion de parcourir ses quartiers aux noms familiers, parfois rongés par la pauvreté. C'est aussi le Marseille des calanques à la beauté somptueuse. Marseille pièce d'un puzzle d'une rare complexité où se mêlent contrebande, traiding, blanchiment d'argent sale, paradis fiscaux, espionnage, relations internationales et politique. Une nouvelle criminalité voit le jour, elle fait fi des frontières à l'image des pipelines. Le pétrole n'a jamais si bien mérité son nom de "or noir".

Pas une minute de répit pour le lecteur qui est littéralement happé par un récit mené à cent à l'heure et qui l'amène pas seulement vers un dénouement mais aussi vers des révélations. Le style est sobre, pas de phrase inutile lorsqu'un mot seul peut décrire une situation. L'auteure est la narratrice, ponctuellement Daquin l'est aussi, moments de confidences presque de complicité avec le lecteur, brefs moments où la tension se relâche avant de mieux rebondir.

Dominique MANOTTI : Or noir. Parution le 5 mars 2015, collection série noire, Gallimard. ISBN 9782070148707. 

Réédition en février 2017, collection Folio policier ( n° 819 ), Gallimard.

Je remercie l'auteure, livre lu grâce à sa générosité.

 

Dominique MANOTTI  :  "Or noir"

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