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Découvrir l'Histoire en lisant

Stéphane KELLER - "Mourir en mai"

24 Avril 2023 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique

Stéphane KELLER  -  "Mourir en mai"

Stéphane Keller est passé maître dans les récits d’attentats. J’avais été enthousiasmé par son excellent « Rouge parallèle » paru en 2018. La préparation, l’action, les conséquences d’un des plus fameux attentats, tout y était crédible, un vrai polar historique. Il récidive de la plus belle des manières avec « Mourir en mai » où tout se mêle, Histoire et fiction, politique et géopolitique, polar et espionnage.

Avril et mai 1945, la Seconde Guerre mondiale est à peine terminée et les pièces du puzzle mondial s’assemblent. De Gaule entame la reconstruction de la France et le rassemblement des français, l’hégémonie du communisme soviétique rebat les cartes des relations mondiales, les USA changent de président.

Les personnages historiques qui comptent à cette époque sont bien présents, l’auteur en dresse des portraits approfondis. De Gaulle avec Roger Wybot le tout nouveau directeur de la DST qui a remplacé le BCRA du temps de guerre. Jean Monnet va jeter les bases de la reconstruction de la France à travers le Commissariat au plan du Gouvernement provisoire mais De Gaulle l’estime trop pro-américain. Aux Etats-Unis le Président Roosevelt meurt le 12 avril 1945, avant que le vice-président Harry Truman lui succède officiellement, Harry Hopkins, conseiller spécial du défunt va assurer le lien avec son successeur. Les dirigeants changent, l’OSS, Office of Strategic Services, du temps de guerre va être réorganisé mais les missions demeurent pour les services secrets et il y en a une que Harry Hopkins, conseiller spécial du Président des USA, veut voir menée à bien et c’est William Joseph Donovan le grand patron de l’OSS qui est chargé de cet attentat pour que le monde se porte mieux.

 Bien d’autres personnalités historiques jalonnent ce roman et j’ai trouvé que cela apportait de la véracité au récit qui dresse également un état lucide de la situation en France. Avant la reconstruction il faut organiser des élections avec un Parti communiste très fort et influent mais peut-être infiltré par des agents de Moscou. Un important contingent militaire américain stationne sur le territoire français. En Algérie française, des velléités d’indépendance sont réprimées par la force armée, pas question d’abandonner les départements algériens où on commence à parler de pétrole dans le désert. Dans ce contexte, tout le monde espionne tout le monde et Donovan avance ses pions.

En avril 1945, les combats se poursuivent, des lambeaux d’armée allemande face à l’ogre soviétiques, quelques français de la Waffen Grenadier Division der SS Charlemagne face à l’Armée Rouge. Dans les ruines de Berlin il y a un sinistre personnage bien réel, le français Henri Fenet. Mais l’auteur va s’attacher à suivre deux personnages fictifs, deux combattants de la Charlemagne. Début mai 1945 tout se termine, Paul-Henri de la Salles et son compère Uturria fuient vers l’ouest. Les hommes de Donovan vont les recruter dans un camp de prisonnier. De la Salles et Uturria n’ont rien à perdre, ils acceptent de commettre l’attentat. A Paris De Gaule et Wybot chargent le lieutenant Michel Lestienne des FAFL d’espionner Jean Monnet, Lestienne pourrait pourtant avoir gardé des contacts avec les soviétiques car c’est un ancien du Normandie-Niémen. Le scénario est habilement mis en place, de manière aussi crédible qu’instructive.

L’attentat se prépare, entraînement pour De la Salles et Uturria, anticipation de la suite de l’attentat. Organiser la fuite des tireurs, impliquer celui qui fera un coupable idéal. Stéphane Keller n’a pas son pareil pour imaginer et raconter ces épisodes faits d’action, de suspense et de rebondissements. Après l’attentat, place à l’enquête, avec la guerre des polices et les rivalités entre services secrets français, la crim’ de Paris et le flic de province obstiné et perspicace qui bénéficie de la chance du plus curieux. Le récit devient un polar efficace.

La fiction prend le dessus mais tout est implacablement logique. Des têtes doivent tomber dans l’administration, suivent l’identification d’un bouc émissaire pour rassurer les politiques et un procès expéditif. Puis des manifs, la répression, l’état d’urgence, les gros titres de la presse qui attisent la violence. Le lecteur n’est pas au bout de ses surprises, le récit de Stéphane Keller devient uchronie.

J’ai avalé les 420 page de ce roman en un temps record tellement la lecture est facile et fluide. Avec juste ce qu’il faut de détails pour comprendre, avec les références historiques pour crédibiliser le scénario et avec les indications chronologiques et géographiques pour ne pas se perdre. Stéphane Keller réussit un triple récit, historique, espionnage et polar, à ne manquer sous aucun prétexte, d’autant plus que la partie uchronie incite à s’interroger pour mieux comprendre la France telle qu’elle est réellement et apprécier ceux qui l’ont fait ainsi.

Stéphane KELLER – Mourir en mai. Parution le 25 avril 2023, Éditions du Toucan NOIR. ISBN 9 782810 011629 .

Merci aux Éditions du Toucan et Artilleur.

 

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François MÉDÉLINE - "Les larmes du Reich"

11 Avril 2023 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Polar historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles

François MÉDÉLINE - "Les larmes du Reich"

François Médéline continue d’explorer la période qui a suivi la libération de la France de l’occupation nazie. Il nous a parlé du Vercors en septembre 1944 ( voir ICI – « La sacrifiée du Vercors » ), cette fois-ci le temps a passé, nous sommes en mars 1951 avec l’inspecteur Michel dans la Drôme, non loin du Vercors. L’inspecteur est venu de Lyon pour se renseigner sur le meurtre des époux Delhomme. Ils sont originaires du Vercors qu’ils ont quitté après la Guerre avec leur fille Juliette aujourd’hui âgée de onze ans. La fillette a disparue après l’assassinat des Delhomme.

L’auteur a un style qui ne laisse pas indifférent. Narration impersonnelle, sans fioritures mais un regard incisif et des mots justes qui ont tous leur importance. Il est suspect cet inspecteur. Il manque des documents lui permettant d’enquêter sur la circonscription de la Gendarmerie locale. Il porte un sac à dos étonnamment lourd. Il est manipulateur lors des interrogatoires. Ses méthodes s’avèrent violentes et inacceptables pourtant il prie Dieu. Il se déplace exclusivement à vélo. En montagne c’est un véritable exploit sportif. La pervitine l’aide à tenir. Il rejoint le plateau du Vercors.

La vie reprise après-guerre dans le Vercors se veut normale, l’élevage et l’exploitation forestière ont repris, il y a des remonte-pentes. Mais personne n’a oublié que certains se sont mal comportés. La haine n’a pas disparu. Des héros ont tué, pour des raisons bonnes ou plus viles.

La quête de l’inspecteur est de plus en plus sanglante et se poursuit à Paris pour s’achever au Havre. Entre temps le lecteur a vu s’exprimer beaucoup de haine. Il imagine une vengeance. Il pense à la traque d’un criminel de guerre. Rachel est entrée en scène, c’est un prénom juif. Elle devient la narratrice, elle raconte son histoire, le lecteur a les réponses aux questions qu’il s’est posé tout au long d’un roman très noir et qui brutalement met en avant les tragédies qui ont été vécues en dehors des combats du second conflit mondial. Le lecteur est invité à s’interroger sur la place de l’Amour dans ce contexte d’horreur.

François Médéline s’inspire de faits réels d’une période complexe et propice aux énigmes avec des êtres humains qui ont faits des choix. Dans les pas de l’inspecteur Michel, le lecteur vit un polar historique où tout est questionnement. Des faits héroïques peuvent aussi dissimuler de viles actions. Les silences des personnages, et tout particulièrement ceux de l’inspecteur, cachent des secrets. Cette ambiance est propice au suspense et aux rebondissements.

 François MÉDÉLINE – Les larmes du Reich. Parution le 7 avril 2022, Éditions 10 / 18. ISBN 9782264080134. Réédition au format poche le 6 avril 2023, ISBN 9782264081698 .

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Carlo LUCARELLI - "Une affaire italienne"

6 Avril 2023 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique, #roman noir

Carlo LUCARELLI  -  "Une affaire italienne"

Dans l’édition italienne, ce roman porte le sous-titre « Il ritorno del commissario De Luca ». De Luca est de retour, Carlo Lucarelli nous a laissé sans nouvelles de son commissaire pendant presque vingt ans !

Décembre 1953, De Luca est de retour après avoir été mis sur la touche en 1948 ( voir  ICI ). Une mission officieuse lui est confiée à Bologne par la Brigade criminelle de la Questure locale : élucider le meurtre de Stefania la jeune veuve du professeur Mario Cresca. Le cadavre a été découvert dans la garçonnière de son défunt mari. Un véritable bain de sang que De Luca saura décrypter comme il réussira à faire parler les voisins qui soit disant n’ont rien vu ni rien entendu. De Luca est resté un flic extraordinairement perspicace.

L’Italie n’en finit pas d’attribuer des titres, une tradition séculaire et cela fait sourire, De Luca a été en disgrâce, il n’est plus « dottore » et a été rétrogradé en « ingénieur ». Le mari de la victime était « professeur » mais ce titre n’avait pas de réelle valeur, Mario Cresca s’intéressait à la musique et il est mort dans un accident de voiture qui ne manque pas d’intriguer De Luca et son fidèle Pugliese qu’il retrouve affecté à la Police routière, une voie de garage.

Il plane un air de jazz sur ce roman. Orchestres, salles de spectacles, boîtes de nuit et belle chanteuse. Claudia, une envoutante métisse ( sa mère est originaire d’Abyssinie ) a appris à chanter en repiquant le riz, elle a été partisane, elle espère un contrat de chanteuse de jazz. De Luca a besoin de son aide dans une enquête où se mêle espions soviétiques et trafics de substances illicites.

A l’aube de l’année 1954, l’Italie change, à l’image de Giannino, le jeune inspecteur attaché aux basques de De Luca pour le surveiller, une tâche qui le dépasse et il finit par s’attacher à ce flic efficace et énigmatique. Giannino, c’est la jeunesse italienne, fils de bonne famille, insouciant, coiffé à la brillantine et décomplexé au volant de sa puissante Lancia Aurelia B20. Un visage de l’Italie bien différent de ses vieux démons avec une police gangrénée par des factions sans scrupules, un communisme très présent et que leurs opposants politiques mettent en travers de tout ce que l’Occident, les USA en tête, peuvent apporter à l’Italie. Désormais la Guerre froide divise le monde et l’Italie n’échappe pas à la règle. Cet état  d’esprit se retrouve dans les extraits de presse cités par Carlo Lucarelli, habiles et instructifs liens entre l’Histoire et le polar.

Il n’y a pas de temps mort dans ce court roman, une constante de l’auteur pour cette série. De Luca est un flic hors norme, obsédé par la recherche de la vérité, quand il enquête plus rien ne compte, il ne mange plus, se nourrissant seulement d’un peu de café, même fatigué il dort peu, préférant étudier photos et dossiers. Tout à un sens, le scénario et les personnages, tout sert à dresser un portrait juste de l’Italie et pour illustrer l’héritage des années de fascisme. Le fascisme, l’auteur n’en parle presque pas, il n’est certainement pas oublié et ne peut pas avoir disparu comme par enchantement. Le sens de ce roman amène à s’interroger sur la vérité et le pardon et la limite à construire entre la vérité à oublier et celle à condamner.

Carlo LUCARELLI – Une affaire italienne . Titre original « Intrigo italiano » ( Italie - 2017 ). Traduit de l’italien par Serge Quadruppani pour les Éditions Métailié ( parution février 2021 ). ISBN 979-10-226-1101-5

Bibliographie de l'auteur ICI 

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