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Découvrir l'Histoire en lisant

Pierre OLIVIER - Lorsque tous trahiront

27 Février 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique, #roman noir

Pierre OLIVIER  -  Lorsque tous trahiront

Début février 1945, les derniers représentants de la collaboration avec le nazisme se sont regroupés sur un bout de terre dans le sud de l’Allemagne près du lac de Constance devenu enclave française. A Sigmaringen se terrent Laval et Pétain . Les villages alentour hébergent tout ce qui reste de la France collabo, lambeaux de partis politiques fascisants, paramilitaires de la Milice, survivants de la LVF ayant combattu jusqu’aux portes de Moscou. Pierre Olivier réussit très bien à restituer l’ambiance surréaliste qui règne dans ce qui n’est qu’une étape d’une débâcle générale et inéluctable et signe d’une défaite évidente. Sigmaringen c’est un gouvernement provisoire qui ne dirige rien, un journal que personne ne lit, une radio pour la propagande que plus personne n’écoute et des intellectuels insouciants. Plus étonnant encore il y a ceux qui préparent un nouveau combat, clandestin pour résister au nouvel occupant de la France.

Le chef est mort. Le 22 février 1945 Jacques Doriot chef du PPF a été tué lors d’une attaque aérienne alors qu’il se rendait en voiture à une réunion avec Marcel Déat. A Sigmaringen, il y a un flic qui se pose des questions, un flic qui trouve plein de choses bizarres dans ce qui a précédé la mort du chef. Ce flic, c’est un ancien des RG, Brigade Spéciale n°2, spécialisée dans la traque des communistes. Un lieutenant de la LVF, uniforme boche sur le dos, l’accompagne. C’est le narrateur. Pierre Olivier dresse des portraits sans concession, le plus souvent de gens ordinaires qui auraient pu rester dans l’anonymat et qui ont fait le choix de trahir pour gagner de l’importance. Le lieutenant a combattu contre l’Allemagne en 14-18, il a revêtu l’uniforme de l’ancien ennemi pour combattre le bolchevisme, à aucun moment il n’a pensé qu'il reniait son pays.

Le lecteur suit ce lieutenant dans deux enquêtes. La première concerne ce qu’il pense être l’assassinat de Doriot. Le lieutenant agit par conviction, par respect pour le chef. Son autre mission lui a été confiée par le Hauptsturmführer SS Nosek qui souhaite identifier des agents français travaillant pour les américains. A l’origine ces agents travaillaient pour les nazis en fournissant de fausses informations aux alliés. Cela s’appelle de l’intoxication. Mais ces agents ont été retournés par les américains qui veulent avoir accès à des renseignements fournis par les traîtres allemands. La trahison règne au quotidien au sein de la communauté française de Sigmaringen. Poursuivre le combat contre les alliés n’est qu’une façade pour les exaltés, tous les collabos n’ont qu’une idée en tête, trouver un échappatoire au jugement et aux peines qui se profilent. Certains s’emploient à se forger un passé de résistant, même tardif. D’autres veulent fuir, la Suisse, l’Italie ou l’Autriche sont proches de Sigmaringen. Les militaires allemands aussi trahissent ou fuient, pour sauver leur peau.

Le lieutenant est le dernier à vouloir mener à bien ses missions. Un salaud jusqu’au bout. Pierre Olivier n’a pas choisi un héros facile mais il réussit très bien à restituer une ambiance où personne ne veut plus tenir son rôle. « Lorsque tous trahiront » est un titre qui convient parfaitement aux situations décrites et à la psychologie de personnages voulant à tout prix échapper à la justice des hommes alors que les véhicules des militaires alliés se profilent à l’horizon. Ces militaires alliés ne sont pas totalement opposés à revoir leur attitude face à l’ennemi d’aujourd’hui qui ne sera pas forcément celui de demain. Une ambiance surréaliste et machiavélique.

Cet excellent roman ( mélange de polar et d’espionnage, avec un lien fort avec l’Histoire, c’est également un roman noir ) m’a fait repenser au récit d’Émile Brami intitulé «En collaboration » ( voir ICI ) et qui explore avec autant de véracité la communauté française de Sigmaringen.

Pierre OLIVIER  -  Lorsque tous trahiront . Parution le 12 octobre 2023, Éditions La manufacture de livres en coédition avec les Éditions Konfident . ISBN 978-2-3855-3024-2 . Réédition au format poche en octobre 2024, Éditions 10 / 18 . ISBN 9782264084644 .

Pour ce roman, Pierre Olivier a été le premier lauréat du Prix du roman d’Espionnage décerné par l’Amicale des anciens des services spéciaux .

Pierre OLIVIER  -  Lorsque tous trahiront
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Nicolas LE NEN - Armistice

21 Février 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles

Nicolas LE NEN - Armistice

Les trois personnages principaux de ce récit de la guerre d’Indochine sont militaires et leurs opinions vis-à-vis de l’armée les opposent. Le lieutenant Constant Jalaire, Saint Cyrien volontaire pour l’Indochine en partie pour fuir un père qu’il insupporte, est fier de porter l’uniforme et de combattre pour son pays. Le légionnaire Heinrich Schmidt est un ancien de la Wehrmacht devenu ce qu’il convient d’appeler un mercenaire. Le caporal Marcel Larget est en Indochine un peu par hasard et regrette la vie simple qu’il menait dans sa région natale.

Ces trois militaires sont prisonniers des forces du Viêt Minh après la défaite de Diên Biên Phu et l’arrêt des combats le 7 mai 1954. L’armée coloniale est devenue une interminable colonne de prisonniers dont le quotidien se résume à survivre face aux humiliations, aux violences physiques et à la malnutrition. La jungle indochinoise qui les a fait rêver est devenue un enfer. Tour à tour les trois militaires se souviennent, Jalaire et Larget de leur vie avant l’armée, Schmidt n’a connu que les combats, les victoires puis les défaites, à Stalingrad et maintenant en Indochine. Jalaire a perdu sa fierté d’officier, les soldats qu’il commandait sont morts au combat pour une défaite. Larget ne garde aucune fierté de son passage sous les armes et n’a pas hésité à se livrer à du marché noir et a envisagé la désertion, il n’a aucune interrogation sur la défaite ou la victoire, au contraire de ses deux compagnons de détention. Jalaire et Schmidt s’interrogent sur les choix faits lors des combats. Ce roman est un récit de guerres, en Indochine mais aussi de la bataille de Stalingrad, très visuel et réaliste comme Pierre Schoendorffer savait le mettre en image. Les réflexions des trois militaires français sont pertinentes et invitent à s’interroger pourquoi faire ou ne pas faire une guerre.

Un soldat-cinéaste mourant confie des bobines de film à Jalaire en lui demandant de les sauver de l’ennemi car elles constituent un témoignage de l’honneur et du courage des soldats servant la France. Désormais, Jalaire, Schmidt et Larget que tout oppose vont s’allier pour sauver les films également convoités par un commissaire politique du Viêt Minh à des fins de propagande. Jalaire organise une évasion avec ses deux compagnons de détention. Lors de cette évasion et de ses préparatifs une surprenante intrigue est dévoilée.

Nicolas LE NEN  -  Armistice . Parution le 30 septembre 2023 , Éditions du Rocher . ISBN 9-782268-109480.

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Patrick PÉCHEROT - A cheval sur le vent

16 Février 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #roman noir, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Patrick PÉCHEROT - A cheval sur le vent

Patrick Pécherot n’a pas son pareil pour faire revivre le passé. Pour raviver des souvenirs il avait choisi des vieilles photos dans son roman de 2022 « Pour tout bagage » voir ICI . Il choisit cette fois-ci des correspondances adressées à Xavier Grall. Ce journaliste, écrivain et poète, né en 1930 et décédé en 1981, méritait bien un hommage et le rappel de son combat pour dénoncer la politique de la France pendant la Guerre d’Algérie.

Xavier Grall vit sous la plume de Patrick Pécherot. Il le fait parler, dialoguer. Le lecteur le voit en famille avec sa femme Françoise et ses filles. Le lecteur le voit au travail, journaliste à La Vie catholique. Il avait eu l’idée d’inciter les soldats appelés en Algérie à écrire à la revue pour témoigner. Xavier Grall a ses propres souvenirs d’Afrique du Nord, il connait l’horreur dans laquelle la jeunesse française a été expédiée. L’œuvre de Patrick Pécherot raconte les gens ordinaires. Pas étonnant qu’il rende hommage à Xavier Grall qui a donné la parole à des jeunes français ordinaires confrontés à la torture, aux exécutions sommaires, à une nouvelle Peste comme celle de Camus.

Pour mieux illustrer son portrait et la détresse de la jeunesse de l’époque Patrick Pécherot reproduit des extraits de lettres, il cite Xavier Grall, rapporte des extraits de ses poèmes.

Le traumatisme de la guerre n’est sans doute pas étranger à la volonté de Xavier Grall de  revenir vivre dans sa Bretagne natale, avec sa femme et ses filles. C’est une manière de se ressourcer dans une nature que les mots de Patrick Pécherot magnifient. Le vent breton pour retrouver la liberté. Mais la guerre ne s’oublie pas, Xavier Grall va rencontrer Yvon, un jeune breton qui a posté une lettre. Yvon a écrit aux autorités militaires pour dire qu’il est objecteur de conscience. A l’époque un objecteur n’a pas de statut, il risque la prison. Camus se battait pour que les hommes ne se battent plus mais il est mort dans un accident. Il ne reste plus que le vieil anarchiste Louis Decoin pour défendre les objecteurs de conscience mais en temps de guerre la France a besoin de tous ses jeunes sans exception.

« À cheval sur le vent » est construit comme s’il réunissait plusieurs romans érudits. Le premier m’a permis de faire connaissance avec Xavier Grall. C’est aussi l’histoire d’Yvon qui souffre comme tous les jeunes gens ordinaires de sa génération et qui a choisi de se révolter pacifiquement. C’est aussi une vision poétique de la Bretagne et j’y ai croisé avec plaisir Glenmor et Alan Cochevelou, le futur Alan Stivell. Il y a aussi une guerre qui ne dit pas son nom, que Maupassant redoutait et dont le prolongement s’imagine dans les bidonvilles des banlieues parisiennes que Xavier Grall traverse en retenant avec peine sa révolte de cheval fougueux.

Patrick PÉCHEROT  -  À cheval sur le vent . Parution le 5 janvier 2024, Éditions Bruno Doucey . ISBN 9-782362-294624 .

Merci aux Éditions Bruno Doucet , voir ICI         

Bibliographie de Patrick Pécherot , voir ICI  

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Cay RADEMACHER : "Le faussaire de Hambourg"

12 Février 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique

Cay RADEMACHER : "Le faussaire de Hambourg"

C’est le dernier volet de la trilogie hambourgeoise. Voir ma chronique sur le deuxième tome ICI .

Franck Stave quitte la Criminelle de Hambourg. Trop dangereux !

Juin 1948, l’Oberinspektor Stave a choisi l’Office de lutte contre le marché noir, le Chefamt S. Un poste qui devrait être plus calme d’autant plus qu’une nouvelle monnaie va entrer en vigueur en Allemangne, le Deutschemark remplace le Reichsmark avec la promesse de voir se remplir les magasins. L’âge d’or du marché noir touche sans doute à sa fin.

Sa première affaire ressemble fort à un cold case. Une rafale de vent a abattu un pan de mur découvrant un squelette humain avec à ses côtés une statue. Le cadavre ce n’est plus l’affaire de Stave ( il laisse l’affaire au sinistre Dönnecke et sa réputation d’ancien nazi ) mais l’œuvre d’art est désormais de son ressort. Le bombardement du quartier remonte à juillet 1943 et a détruit d’autres statues. Que faisaient-elles dans un immeuble de bureaux ?

Une autre mission attend l’Oberinspektor Franck Stave, elle lui est confiée par son ami écossais le lieutenant James C. MacDonald. Alors que la mise en service du Deutschemark n’est toujours pas effective, la nouvelle monnaie fait déjà le bonheur des faussaires. Des billets totalement fantaisistes circulent. Et s’ils avaient l’aspect des futurs Deutschemark ? Dans tout ce mélange de billets, comment les citoyens allemands vont-ils reconnaître les vrais ? L’enquête de Stave sur ce trafic est une habile trouvaille de Cay Rademacher pour coller à l’Histoire de l’après Seconde guerre mondiale. C’est un tournant dans le quotidien des hambourgeois pour qui l’espoir n’est plus seulement un rêve. L’espoir devient enfin confiance en l’avenir et confiance en leur pays.

L’enquête de Franck Stave dans le monde de l’art se présente mal, il n’y connait rien. Profitant de l’inaction de Dönnecke, il va progresser en s’intéressant au cadavre. Le squelette va donner une piste grâce aux compétences du légiste Czrisini. Il bénéficie aussi de l’aide efficace d’un jeune Schupo qui rêve de travailler à la Crim’. Grâce à son ami Anna von Veckinhausen, Franck va mettre à jour un trafic d’œuvres d’art censurées remontant au Reich nazi et qualifiées « d’art dégénéré ».

La trilogie hambourgeoise est un polar historique de grande qualité avec des fictions criminelles passionnantes qui servent à explorer un contexte historique qui avec l’après-guerre à Hambourg en zone d’occupation britannique, sort des sentiers battus berlinois beaucoup plus largement explorés par la littérature policière.

 Cay RADEMACHER  -  Le faussaire de Hambourg , titre original «Der Fälscher » , Allemagne 2013. Traduit de l’allemand par Georges Sturm pour les Éditions du Masque en janvier 2019, ISBN 9782702445655. Réédition au format poche en janvier 2020, Éditions du Masque, ISBN 9782702449431 .

La trilogie hambourgeoise est reprise en un seul volume en novembre 2019, Éditions du Masque, ISBN 9782702450918.

Cay RADEMACHER : "Le faussaire de Hambourg"
Cay RADEMACHER : "Le faussaire de Hambourg"
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Melvina MESTRE - Crépuscule à Casablanca

9 Février 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Polar historique, #roman noir, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Melvina MESTRE  -  Crépuscule à Casablanca

J’aime les romans policiers historiques car c’est un moyen efficace de découvrir l’Histoire. Melvina Mestre réussit habilement à mêler une enquête crédible et à nous faire découvrir le Protectorat français du Maroc mis en place en 1912. Pour faire simple, ce protectorat était censé garantir des prérogatives de politique intérieure au sultan du Maroc, la France restant décideuse en matière diplomatique et assurant protection au territoire marocain.

Casablanca, 1951. Gabrielle Kaplan est détective privée et se voit confier une mission aussi simple que louche. Un riche homme d’affaires, Henri Delmas, lui demande de dérober  une enveloppe dans une maison vide, cela l’aidera dans la procédure de séparation d’avec sa femme. Tout se passe bien, l’enveloppe est placée dans une serviette en cuir qui reste à échanger discrètement avec une autre serviette identique. Et  les problèmes commencent et les cadavres s’amoncellent.

Melvina Mestre est fidèle aux codes du roman noir. L’enquête d’une privée qui tourne mal, une privée avec une secrétaire qui l’appelle « boss » et qu’elle a du mal à payer, une privée avec des indics bons à tout faire. Une privée qui a ses entrée dans la police auprès d’un commissaire Renaud complaisant et attentionné face à cette détective belle et charmante.

Gabrielle Kaplan ne fait pas dans le hard-boiled. C’est une femme sensible, attentive à sa tenue, elle ne fume pas et son l’odorat délicat lui permet d’identifier les parfums les plus luxueux. Mais la détective est perspicace et tenace. Et c’est tant mieux car son affaire de sacoche en cuir est complexe et dangereuse, Delmas a disparu et elle doit affronter des truands corses et des suiveurs aux allures de barbouzes. La sacoche en cuir attise toutes les convoitises et le divorce de Delmas se transforme en affaire politique très plausible et jalonnée de personnages bien réels.

L’enquête de Gabrielle Kaplan est une véritable course-poursuite. Pas un instant de répit, le suspense est au rendez-vous. Mais plus que tout j’ai été conquis par le regard de Gabrielle sur Casablanca. La ville blanche est un personnage à part entière où les quartiers populaires côtoient des villas luxueuses. Casablanca c’est aussi la tolérance religieuse, un dynamisme économique certain et une architecture moderne pour l’époque. Mais Casablanca a aussi une face sombre avec un luxe ostentatoire et une présence française qui tourne au despotisme avec une administration raciste et corrompue. L’indépendance n'est aucunement une question, le général Juin, Résident général implacable, y veille quitte à employer la force. Cette page d’Histoire, détaillée depuis la Seconde Guerre mondiale, se devait d’être approfondie et Melvina Mestre réussit habilement à l’insérer dans une fiction distrayante et crédible. Il va y avoir une suite en mars prochain et c’est tant mieux.

Melvina MESTRE – Crépuscule à Casablanca. Parution mars 2023, Éditions Points. ISBN 978-2-7578-9991-5 . Exemplaire lu dédicacé le 18 novembre 2023, Salon Noir sur Ormesson.

Melvina MESTRE  -  Crépuscule à Casablanca
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