Gilles BOYER - Petit-Clamart
Petit-Clamart est connu pour l’attentat raté contre le Général de Gaulle le 22 août 1962. Et si ce jour-là le Président de la République française avait été assassiné ? C’est ce qu’imagine Gilles Boyer dans une uchronie très crédible sur les conséquences de cette disparition grâce à sa parfaite connaissance de la Vème République, de ses institutions et des personnalités politiques qui l’ont marquée.
La disparition brutale du Président de la République en exercice, du Général de Gaulle de surcroit, crée un vide sidéral. Mais les institutions continuent de vivre à travers le Premier ministre Georges Pompidou et le président du Sénat, Gaston Monnerville élu de Guyane, qui assure l’intérim de la présidence de la République jusqu’à l’élection présidentielle qui aura lieu dans les 50 jours, c’est ce que prévoit la Constitution.
Les français sont abasourdis. Une jeune ado, Anne, 14 ans ne s’est jamais intéressée à la politique. Elle se pose plein de questions. Son grand-père va l’aider à comprendre ce qui se passe et surtout le bouleversement politique qui va inévitablement suivre.
Gilles Boyer est écrivain mais aussi un homme politique expérimenté, élu européen et ancien conseiller du Premier ministre Édouard Philippe. Ses portraits sont justes, il n’élude pas les rivalités politiques et la période de transition vers les élections présidentielles sonne juste. Petite précision, en août 1962, le Président de la République n’est pas encore élu au suffrage universel mais par un collège de grands électeurs.
Le récit de Gilles Boyer ne manque pas de suspense avec des candidats naturels qui tardent à se déclarer. Pompidou entre en campagne électorale bien qu’il ne soit pas un politique expérimenté, le président du Sénat hésite. Les candidats doivent convaincre des élus, ils doivent bénéficier d’un ancrage territorial. Il y a des combines. Toutes les voix comptent, y compris celles de la France rurale. Les coups bas pleuvent. De jeunes politiques se placent, Giscard est de ceux-là. Et puis il y a les hommes de l’ombre qui restent dans le secret comme Foccart et Sanguinetti. La jeune Anne cherche à comprendre, son rôle de candide est salvateur dans ce roman. Les réponses de son grand-père l’aident à comprendre et le lecteur profite des éclaircissements.
L’assassinat de de Gaulle n’est pas perdu de vue. Il y a une enquête menée par le commissaire divisionnaire Bouvier. La classe politique veut des résultats rapides. Les français aussi, ils imaginent des complots. Bouvier sent qu’on lui met des bâtons dans les roues. Un suspect est arrêté ( le même que celui qui a raté sa cible dans la réalité ) mais son travail ne s’arrête pas à cette arrestation, il reste des zones d’ombre, des complicités à découvrir.
Un nouveau Président de la République est élu. L’habileté de Gilles Royer réside dans le fait que peu-à-peu l’Histoire reprend un cours presque normal. L’uchronie disparait, les hommes politiques sont à la place qu’ils ont occupée dans la réalité. La confusion provoquée par la mort de de Gaulle s’est dissipée, grâce à la démocratie et malgré de jeunes institutions ce qui prouve leur solidité. Les combats politiques reprennent avec des noms bien connus de nos jours. Gilles Boyer sait raconter des histoires, il connait son sujet et les hommes qui ont fait la politique de l’époque et cela lui permet de mettre en avant ceux qui vont compter et de bâtir un récit crédible et passionnant, fertile en suspense et rebondissements. L’ambiance des années 1960 est très bien reconstituée, c’était l’époque d’Intervilles à la télé, du quotidien France Soir, de la fraternité d’armes issue de la Résistance et des dangers que faisait planer l’OAS. Uchronie et Histoire peuvent faire bon ménage.
Gilles BOYER – Petit-Clamart . Parution octobre 2024 , Éditions JC Lattès . ISBN 9782709672030.
Présentation éditeur : Le 22 août 1962, au carrefour du Petit-Clamart, la DS noire du Général de Gaulle est prise dans une embuscade.
L’Histoire bascule parfois pour quelques centimètres ou quelques secondes.
Et si, ce jour-là, les balles avaient atteint leur cible ?
Et si la jeune Ve République avait dû, en quelques jours, traquer les assassins, éviter un coup d’État, élire un nouveau Président ? Un thriller passionnant, une uchronie politique et sociale, une plongée dans la France des années 60 aux résonances contemporaines fascinantes.
Éric DECOUTY - La femme de pouvoir
Simon Kaspar est un jeune inspecteur passionné par son travail à la Brigade mondaine. Ce n’est pas le service le plus prestigieux de la Préfecture de Police au quai des Orfèvres à Paris mais il s’y plait. Des erreurs de jeunesse n’ont pas altéré son enthousiasme et il garde la confiance de ses chefs. Nous sommes en 1973, la Mondaine est chargée de surveiller, contrôler et réprimer ( parfois seulement tolérer ) toutes les activités essentiellement nocturnes liées au sexe et à la prostitution et accessoirement collecter pour le pouvoir en place des informations sur d’éventuels vices cachés de personnalités.
Une prostituée a été sauvagement assassinée, l’enquête n’est pas pour la Mondaine mais pour la Crim’. Cependant Kaspar s’intéresse à ce meurtre qui n’est pas isolé. Il y en a eu d’autres par le passé, même mode opératoire. La mort violente d’une prostituée intéresse peu sauf Kaspar qui en flic perspicace et tenace se renseigne, fouille dans les archives, découvre des incohérences dans les enquêtes officielles. Kaspar agit en solo, sans se presser, une sorte de quête personnelle.
D’Éric Decouty j’ai lu «L’affaire Martin Kowal» ( voir ICI ) paru après « La femme de pouvoir ». Martin Kowal, jeune flic des Renseignements Généraux enquêtait du temps de Giscard d’Estaing et découvrait des scandales liés à la politique étrangère française. Avec Simon Kaspar, l’auteur explore les années Pompidou et ses scandales politiques. L’époque se révèle propice au culte du secret avec des officines comme le SAC. Mais il y en avait d’autres en lien avec la DST et plus spécialement chargées de savoir, de percer les secrets des autres, d’écouter ses adversaires, poser des micros. Ecouter Le Canard enchaîné. Ecouter Mitterrand. Traquer les gauchistes.
Simon Kaspar est aux premières loges pour croiser un des secrets de Pompidou qui veut se venger de ceux qui ont voulu l’atteindre avec l’affaire Markovic. Un nom revient sans cesse lorsqu’on travaille à la Mondaine : celui de La Rouquine aussi surnommée Madame Lucienne ou Madame Hélène « … petite pute juive devenue mère maquerelle. L’indic de Paris la plus mise à contribution, et la plus grande corruptrice de flics et du reste … ».
Éric Decouty offre au lecteur autant un roman policier qu’un récit historique et qu’une investigation journalistique à laquelle il emprunte son style, direct et précis. Il n’élude rien, va au fond des choses et met en scène les célébrités de l’époque, pas seulement politiques, impliquées dans des affaires complexes, mélange de corruption, de manipulation et de déstabilisation, qui trouvent leurs racines dans une époque ( l’occupation et la collaboration ) qui n’en finit pas d’engendrer des divisions, des rancoeurs et des règlements de compte.
Éric DECOUTY – La femme de pouvoir . Parution mars 2022 , Éditions Liana Levi . ISBN 9791034905362.
Présentation éditeur : Paris, 1973. La Rouquine a étendu son empire dans tout Paris, de son bordel de luxe jusqu’aux hautes sphères de l’État. Un jeune flic de la Brigade mondaine, en cherchant à enquêter sur des assassinats de prostituées non résolus, va se heurter à cette figure de l’ombre. Rien n’a préparé Simon Kaspar, entré au prestigieux 36 avec une seule idée en tête – élucider par lui-même le meurtre de sa mère –, à affronter les réalités les plus troubles en ces derniers mois de la présidence de Pompidou. Un univers fait de coups tordus, d’écoutes illégales, de manipulations, où tout ramène sans cesse à la Rouquine. Celle à qui les chefs du Quai des Orfèvres ne refusent rien. Celle qui intéresse un commissaire des services secrets pour son rôle dans des opérations de déstabilisation. Celle dont le compagnonnage avec la police aurait débuté en 1943, quand l’heure était aux rafles de Juifs et de résistants FTP-MOI…
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