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Découvrir l'Histoire en lisant

Gwenaël BULTEAU - Malheur aux vaincus

29 Mai 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Polar historique

Gwenaël BULTEAU - Malheur aux vaincus

Après avoir adoré les deux premiers romans de Gwenaël Bulteau, je ne voulais pas rater la sortie de « Malheur aux vaincus » en 2024. Emporté par d’autres lectures, ce titre est finalement resté dans les « à acheter » et « à lire ». Je ne pouvais pas louper sa récente sortie en poche.

La luxueuse villa algéroise de la famille Wendell, des colons richissimes, a été le théâtre du massacre de six personnes, le fils Wendell et son épouse, trois tirailleurs africains et une jeune domestique. Le fils Wendell était militaire c’est dont le lieutenant Julien Koestler qui est chargé de l’enquête même si cette affaire s’annonce plutôt facile à résoudre. Deux bagnards travaillaient à l’entretien de la propriété et ont été vus s’enfuyant au moment des meurtres, la traque de ces coupables évidents a commencé. Koestler veut les capturer vivants car l’examen de la scène de crime laisse de nombreuses interrogations sans réponses.

Il est possible de dater le récit de Gwenaël Bulteau au tout début du 20ème siècle, l’auteur ne donne pas de date précise mais évoque des évènements comme l’affaire Dreyfus ou l’exposition universelle de Paris en 1900. L’expédition Voulet-Chanoine est un fil conducteur tout au long du roman, Les capitaines Voulet et Chanoine ont dirigé la mission Afrique centrale à partir de janvier 1899 et destinée à conquérir le Tchad en partant du Sénégal. Tout au long de son parcours cette expédition coloniale a été un massacre des populations indigènes rencontrées. 

L’expédition Voulet-Chanoine dont les conséquences vont rejoindre l’enquête de Koestler, le quotidien à Alger et des personnages habilement choisis permettent à l’auteur de rappeler les méthodes et conséquences de la politique coloniale française et les mentalités au début du 20ème siècle. Des banques toute puissantes et de riches familles dominent l’économie et perpétuent une forme d’esclavage. Une grande pauvreté règne à Alger avec des groupes d’orphelins abandonnés à leur sort. L’Algérie éloignée de la France sert de bagne où les conditions de vie sont innommables. Les soldats indigènes servent la France sans aucune reconnaissance ou contrepartie. La conquête violente de nouvelles terres n’est donc pas suivie des bienfaits promis par les conquérants et déjà se mettent en place les prémices d’une résistance qui ne sera pas passive.

Tous ces sujets historiques et sociaux s’intègrent bien dans un récit où tout s’enchaîne logiquement et rend la lecture fluide, l’enquête tient en haleine jusqu’au bout. Julien Koestler fait la cour à Catherine Hoffmann une jeune commerçante à Alger venue d’Alsace et victime d’antisémitisme. Cette relation permet d’aborder les relations hommes-femmes de l’époque ce qui enrichit encore cet excellent roman noir historique qui complète de la plus belle manière le tableau de la période fin 19ème - début 20ème entamé par Gwenaël Bulteau dans ses deux premiers romans.

Gwenaël BULTEAU – Malheur aux vaincus . Parution mai 2024 , Éditions La manufacture de livres . ISBN 978-2-3855-3073-0 . Réédition au format poche le 22 mai 2025 , Éditions 10 / 18 , ISBN 9782264085610 .

Présentation éditeur : 1900. Sur les hauteurs d’Alger la blanche, la demeure de la famille Wandell vient d’être le théâtre d’un massacre. Six meurtres : maîtres et domestiques ont été assassinés. Tout porte à croire que deux forçats détachés du bagne et travaillant là auraient cherché ainsi un moyen de s’évader. Le lieutenant Julien Koestler, chargé de l’affaire, entreprend de partir à leur recherche à travers la foule grouillante d’Alger. Mais l’enquêteur doit naviguer dans une ville qui, en écho à l’affaire Dreyfus, tremble sous la pression d’un antisémitisme divisant la population des colons français. Sans compter cette série de vols dont sont victimes les employés de plusieurs banques pendant leur service. Et ne faut-il pas aussi essayer d’en savoir plus sur cette effroyable expédition coloniale en Afrique Noire qui impliqua la famille Wandell, quelques mois auparavant ?

Autres romans de Gwenaël Bulteau :

  • « La République des faibles » ( 2021 ) : voir ICI  
  • « Le Grand Soir » ( 2022 ) : voir ICI 
Gwenaël BULTEAU - Malheur aux vaincus
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Pierre MAZET - L'inconnu des barricades

23 Mai 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique, #roman noir

Pierre MAZET - L'inconnu des barricades

Cet inconnu a été tué en avril 1834 lors de la répression de la révolte des passementiers de Saint Etienne. Cinquante ans après Floréal Leroux raconte cette histoire. Pourquoi et par qui a été tué cet inconnu « aux courts cheveux crépus …Son teint sombre évoquait une origine lointaine » ?  La police à l’image du commissaire Dubost ne se désintéresse pas de l’affaire mais elle a trouvé en la personne de Caussidière un coupable idéal, c’est un Républicain ( qui a existé ) et l’occasion est trop belle pour les élus et les notables de le faire emprisonner et de mettre fin à ses activités en faveur des ouvriers.

Pour Leroux journaliste débutant et écrivain public qui était parmi les manifestants, l’innocence de Caussidière ne fait aucun doute puisqu’il n’était pas là où l’inconnu des barricades a été tué. Le jeune journaliste entame alors de longues et patientes recherches pour démasquer le véritable assassin et innocenter Caussidière. Leroux va voyager jusqu’à Paris ce qui à l’époque relève presque de l’exploit.

Le récit de Leroux est un véritable plaisir à lire grâce au style plaisant de Pierre Mazet. Les dialogues sont alertes et les descriptions concises et précises avec des mots de l’époque judicieusement utilisés. Les mentalités de la première moitié du 19ème siècl sont bien retranscrites et le contexte historique bénéficie d’une reconstitution sans faille avec des détails qui font vrais et toujours apportés à bon escient. La ville de Saint Etienne est un personnage à part entière et la toponymie de l’époque est rattachée à l’actuelle ce qui devrait ravir les lecteurs habitant cette ville et le Forez.

Leroux est aidé par Amélie Dorin une voisine de l’inconnu des barricades, il disait s'appeler Moembé mais c'est à peu près tout ce que l'on sait de lui. Le frère d’Amélie va permettre à Leroux de reconstituer le passé de Moembé en lui présentant Joseph Paul Gaimard ( personnage ayant existé ) de la Société de Géographie de Paris. Cette Société est alors en plein développement à la faveur des découvertes des grands explorateurs du 19ème siècle. Dés lors le récit de Pierre Mazet met le cap sur les mers et océans à bord des navires de Lapérouse et Dumont d’Urville pour vivre des aventures exotiques passionnantes et émouvantes.

Polar historique mais aussi roman noir et social, l’histoire de l’inconnu des barricades mêle les genres dans un récit aussi instructif que distrayant.

Pierre MAZET – L’inconnu des barricades . Parution janvier 2025, Éditions du Caïman . ISBN 9782493739216 .

Présentation éditeur : Saint-Étienne 1834, la grève des passementiers est noyée dans le sang. Dans les rues du pourtour du quartier de Chavanelle, on ramasse des cadavres. D'une impasse, les brancardiers sortent celui d'un homme dont le visage ne rappelle nulle origine connue. C'est alors que Floréal Leroux, journaliste débutant, entre en scène, s’assignant une double mission : identifier l’inconnu, afin de lui rendre, en partie, sa dignité, et, bien entendu, trouver le coupable. Car celui que policiers et politiques désignent semble arranger un peu trop le pouvoir...

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Ulrich EFFENHAUSER - Je vis la Bête surgir de la mer

16 Mai 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Polar historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Espionnage

Ulrich EFFENHAUSER - Je vis la Bête surgir de la mer

Ce roman policier historique se déroule sur deux époques, 1978 et 2008, avant et après l'ouverture du Rideau de fer. Ulrich Effenhauser est un historien allemand et cela se sent. Pour situer son récit dans le temps, il évoque des évènements survenus dans le monde et y ajoute de multiples références cinématographiques et musicales.

Août 1978, Ratisbonne. Le professeur de musique Friedrich Gutleb meurt dans l’explosion de sa voiture. Les terroristes de la Fraction armée rouge revendiquent l’attentat sous le prétexte que Gutleb était un ancien criminel nazi, ce que confirme une rapide enquête menée par Théodor Kolnik avant que le dossier ne soit repris par les spécialistes du terrorisme. Le commissaire divisionnaire Kolnik est une légende de la police criminelle, ancien résistant au 3ème Reich interné en camp de concentration. Alwin Heller est un de ses adjoints depuis 3 ans et il le juge le plus apte à lui succéder. L’enquête sur la mort de Gutleb rapidement bouclée, Kolnik part assister à un match de football à Prague où il sera mortellement blessé lors d’un attentat à l’arme à feu.

Heller tente d’en savoir un peu plus sur Théodor Kolnik qui semblait vouer sa vie entière à la police. Il rencontre sa fille Charlotte Kolnik qui ne peut lui en apprendre plus sur un père qu’elle ne voyait jamais.  Une vieille photo de Kolnik jeune trouvée dans l’appartement du défunt l’intrigue tout particulièrement, elle porte l’adresse d’un photographe de Prague où Heller et Charlotte Kolnik se rendent sous de fausses identités ( Rideau de Fer oblige ). Cet épisode pragois du récit bénéficie d’une riche reconstitution historique.

Ce polar ne met pas en avant des procédures policières très élaborées, le passé de Gutleb, de Kolnik et  d’un mystérieux Toller apparu lors de leurs recherches, se révèle grâce à des témoignages, au visionnage de films et à la retranscription de correspondances et de rapports de Police ( c’est au détour d’un de ces documents que le lecteur apprend qu’Heller appartient à la Brigade criminelle de Ratisbonne ). Les recherches du duo ressemblent à une investigation menée par un historien.

La curiosité d’Heller dérange et il est dessaisi de l’affaire. En mars 2008, il a l’opportunité d’avoir réponse à ses questions lors de l’ouverture à Prague du procès d’anciens fonctionnaires communistes. Ulrich Effenhauser insiste sur deux thématiques d’une grand intérêt. La première repose sur le sentiment de culpabilité des allemands dont les parents ont soutenu le national-socialisme de Hitler. La seconde est la reconversion de criminels de guerre dans l’espionnage au profit des régimes communistes de l’Europe de l’Est.

Ulrich EFFENHAUSER – Je vis la bête sortir de la mer . Titre original «Alias Toller» ( Allemagne 2015 ). Traduction de Carole Fily pour Actes sud, parution janvier 2022 . ISBN 9782330160852 .

Présentation éditeur : 1978. Un professeur de musique apparemment sans histoire est assassiné à Ratisbonne, en Bavière. L'enquête menée par le légendaire commissaire Kolnik et son jeune assistant Alwin Heller pointe l'organisation terroriste d'extrême gauche Frac­tion armée rouge : le maître de musique était un ancien nazi.
Cette découverte ravive chez le jeune policier maintes interrogations concernant le passé honteux de son pays : comme bon nombre de gens de sa génération, Heller avait lui-même un père membre du Parti national-socialiste. Une blessure indélébile pour ce garçon épris de justice. Face à cet antimodèle paternel, Kolnik, un chef aux méthodes et à l'instinct si peu conventionnels, fait en revanche figure de héros : après la guerre, ce résistant qui avait connu l'enfer des camps s'était acharné à démasquer les anciens criminels nazis afin de les traduire en justice. Pourtant, ce professionnel à l'opiniâtreté légendaire semble ici se satisfaire de conclusions hâtives. Et, peu de temps après, il annonce prendre quelques jours de vacances pour aller à Prague assister au match de football qui doit opposer l'équipe nationale à celle de la RFA. Lui qui n'a pas posé une journée de congé depuis des années et qui déteste le sport ! Il confie le service à son assistant, qu'il considère comme son successeur désigné, avec cette sentence sibylline : « Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal... ! » Mais quelle peut bien être la vraie raison de ce voyage ? Et que signifie cette promesse énigmatique ?
Mi-roman policier mi-roman d'espionnage, Je vis la Bête surgir de la mer éclaire d'un jour passionnant un aspect para­doxal et méconnu de l'histoire de l'immédiat après-guerre : celui d'anciens criminels nazis recrutés par les services secrets communistes afin d'espionner en République fédérale d'Alle­ma­gne pour le compte de la Sécurité d'État tchèque.

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Denis LEMASSON - Les Colonies intérieures

14 Mai 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #roman noir, #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Histoire contemporaine ( 21ème siècle )

Denis LEMASSON - Les Colonies intérieures

Le département de Seine-Saint-Denis créé au lendemain de la Guerre d’Algérie hérite du  code « 93 » précédemment attribué au département de Constantine en Algérie comme pour sceller les liens passés et présents entre la France et la communauté algérienne. C’est ce que raconte Denis Lemasson dans un roman noir qui fait bon ménage avec l’Histoire pour dénoncer un passé dont il n’a pas été tenu compte et dont les effets néfastes perdurent au présent.

Début 2005, Franck Leblanc et Zakia Saadi, un jeune couple, vivent dans leur pavillon de Bobigny. Un pavillon, c’est le signe qu’ils s’en sortent. Elle est infirmière, il travaille à la sécurité de l’aéroport Charles de Gaule. Ils veulent un enfant. Alors pourquoi Franck aurait-il tenté de se suicider ? Il a survécu mais il a perdu l’usage de la parole et ne se souvient de rien. Franck est persuadé qu’on a tenté de le tuer, soupçons renforcés par le cambriolage de sa maison.

Dans ce roman il ne faut pas chercher un scénario d’enquête très élaboré. Franck et Zakia se renseignent, questionnent des parents, font des rencontres, découvrent des zones d’ombre dans leur histoire familiale, recueillent des révélations sur le territoire où ils vivent. L’Histoire s’impose comme le sujet principal du récit de l’auteur.

L’actuelle Seine-Saint-Denis a un passé industriel ayant employé une main d’œuvre immigrée nombreuse, surtout nord-africaine après 1945. La Guerre d’Algérie a accentué les divisions des habitants et les gouvernements successifs n’ont fait que favoriser leur isolement en les soumettant à une administration d’exception comme le Service de Surveillance et de protection des indigènes nord-africains incluant la tristement Brigade nord-africaine, un service de police .

En 2005 Franck et Zakia sont confrontés aux répercutions de ce passé colonial vécu à l’intérieur de la France métropolitaine : émeutes lorsque deux jeunes meurent coursés par la police, spéculations et malversations financières liées à un futur Grand Paris et pauvreté endémique ignorée par des politiques véreux désignant les Roms comme nouvel ennemi intérieur pour mobiliser des électeurs que par ailleurs ils abandonnent. Le présent se construit difficilement sur un passé colonial fait de violences et de racisme.

Denis LEMASSON – Les colonies intérieures . Parution mars 2025 . Éditions Rue de l’échiquier. ISBN 9782374255019 .

Présentation éditeur :  Quand Franck est retrouvé inconscient au volant de sa voiture et sauvé in extremis d’une intoxication au monoxyde de carbone, tout le monde pense qu’il a tenté de se suicider. Incapable de se souvenir des moments ayant précédé le drame, et désormais mutique, Franck est persuadé qu’on a essayé de le tuer. D’autant que les pompiers ont découvert, enfoncé dans sa bouche, un vieux papier à en-tête d’une certaine « Brigade nord-africaine », située dans le 17arrondissement de Paris. 

Leur quête mutuelle de vérité va conduire Franck et Zakia, sa compagne, à remuer l’histoire trouble de la France et de la Seine-Saint-Denis, révélant un passé douloureux et violent qui, mêlé à leurs vies familiales et amicales, se joue toujours au présent. Alors que les tensions s’exacerbent à l’approche de prochaines élections, pourront-ils échapper à la corruption d’un pouvoir qui ne s’exerce plus que pour lui-même ? 

Les Colonies intérieures prend rapidement l’épaisseur d’une véritable enquête sur la construction complexe de nos identités dans une société marquée par l’histoire des guerres, de la colonisation et des migrations.

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Dror MISHANI - Au ras du sol ( Journal d’un écrivain en temps de guerre )

12 Mai 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Histoire contemporaine ( 21ème siècle )

Dror MISHANI - Au ras du sol ( Journal d’un écrivain en temps de guerre )

L’attaque terroriste du Hamas venue de la bande de Gaza en octobre 2023 a déclenché une offensive militaire implacable de l’armée israélienne contre les territoires palestiniens. Qu’est alors devenue la vie quotidienne en Israël ? Dror Mishani écrivain israélien de polars et de romans noirs ( voir ICI ) raconte ce qu’il a vécu et vu durant les six premiers mois du conflit. Il vit à Tel-Aviv avec sa femme, son fils et sa fille, deux ados.

Dror Mishani est le témoin de l’entrée en guerre de son pays aussitôt après l’attaque du Hamas. Des procédures soigneusement préparées, longtemps à l’avance, mises en œuvre avec efficacité et respectées. Implacable machine de guerre. L’auteur professeur d’université voit beaucoup de ses étudiants mobilisés. La plupart des familles israéliennes possèdent une chambre forte dans leur logement, des vivres y sont stockés avec une radio à piles pour écouter les consignes en cas de coupure d’électricité totale et longue. Les zones bordant Gaza ont été intégralement évacuées de leur populations. L’armée de l’air israélienne a riposté, l’offensive terrestre de Tsahal est attendue. Tout faire pour les otages.

Rien n’échappe au regard de Dror Mishani, du sort des SDF en passant par le manque de came pour les toxicos. Il participe aux travaux dans les champs pour aider à produire des légumes. « Observer les petits détails, rester au ras du sol ». Il voit la propagande s’installer. Il sent la censure sévir.  Suspicion vis-à-vis des personnes de type arabe. Repérer ceux qui ne soutiennent pas assez Israël. Repli sur soi, échanges par WhatsApp. Peur que le Hezbollah attaque le nord d’Israël. Incertitude vis-à-vis de l’Iran. L’arme nucléaire tactique pour se rassurer et des sociétés de sécurité privée pour se protéger. L’écrivain Dror Mishani voudrait écrire. Un article dans la presse. Une nouvelle plutôt qu’un roman. La littérature pour passer le temps, prendre du recul, relire l’Illiade récit d'une guerre entre grecs et Troyens.

Le récit de Dror Mishani s’achève en mars 2024. Le quotidien des israélien a été profondément modifié et progressivement une nouvelle routine s’installe. Il s’interroge sur la cohabitation future entre palestinien et israélien. Il est convaincu que la guerre va durer. Le surlendemain de l’attaque du Hamas, il écrivait cette phrase : « Il est évident que le mal causé dans cette enclave détruite ou affamée nous reviendra en pleine face, décuplé, dans un, deux ou cinq ans ».

Dror MISHANI – Au ras du sol. Parution 6 mars 2025. Éditions Gallimard. Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowiz . ISBN 9782073105103 .

Présentation éditeur : Le matin du 7 octobre 2023, à Toulouse, Dror Mishani découvre le message de sa femme : « Bonjour, ici, c’est un sacré bordel. » Il envisage tout, sauf cette attaque du Hamas… Dans l’avion qui le ramène à Tel-Aviv, il commence à rédiger un article : « Peut-être faut-il reconnaître la puissance du coup porté et la profondeur de notre douleur, reconnaître la défaite, ne pas essayer de l’escamoter sous ce qui aura l’air, à court terme, d’une victoire, mais qui ne sera qu’un engrenage de souffrances. »
Ces lignes sont au cœur d’un journal intime qui décrit, pendant six mois, la vie quotidienne en temps de guerre et expose les sentiments complexes d’un père de famille israélien marié à une Polonaise catholique ; un intellectuel pacifiste passant, aux yeux de certains proches, pour un traître ; un romancier écrasé par la politique qui craint de ne plus jamais pouvoir écrire et qui, pour ne pas sombrer, « cherche refuge dans la lecture des catastrophes des autres » — Natalia Ginzburg, Italo Calvino, Stefan Zweig, Emmanuel Carrère...

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