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Découvrir l'Histoire en lisant

Arturo PÉREZ-REVERTE – Ligne de feu

23 Septembre 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles

Arturo PÉREZ-REVERTE –  Ligne de feu

Arturo Pérez-Reverte a été reporter et correspondant de guerre entre 1973 et 1994. « Ligne de feu » est un roman de guerre. Dans un village fictif ( Castellets-del-Segre ) il reconstitue sur un théâtre de quelques kilomètres de côté le début de la bataille de l’Èbre commencée le 25 juillet 1938 avec l’offensive Républicaine contre les positions nationalistes tenues sur la rive droite de la basse vallée de l’Èbre. Les combats se sont poursuivis jusqu’en novembre et ont été parmi les plus meurtriers de la Guerre civile espagnole.

Fidèle à l’éthique de la presse, Arturo Pérez-Reverte ne met aucune idéologie en avant dans son récit. Il parle de la guerre et des femmes et des hommes au combat. Le lecteur voit et entend comme un témoin. « Ligne de feu » comporte trois parties. La première, intitulée «Ombres sur la rive» raconte l’offensive et l’avancée des républicains après le franchissement par surprise de l’Èbre. Les nationalistes reculent. Des personnages des deux camps illustrent de manière très humaine les réactions face aux dangers. Le soldat Ginés Gorguel Martínez profite de la confusion pour fuir vers l’arrière. Les civils croisent des militaires sans savoir s’ils doivent lever le poing ou le bras. Les militaires croisent des civils sans savoir de quel bord ils sont. Les unités inexpérimentées sont décimées et seule la menace des officiers maintient les hommes sur la ligne de feu. Au fracas assourdissant succède parfois un calme inquiétant. Premiers prisonniers, premiers blessés, premiers morts. La ligne de feu bouge sans cesse, les tirs d’artillerie tombent parfois sur les troupes amies. Les doutes gagnent les deux belligérants, cette position est-elle déjà prise ? Ce poste a-t-il été abandonné ?  Dans le camp républicain, les radios à ondes sont rares, alors dans un premier temps il est fait appel à des estafettes pour communiquer au fur et à mesure de l’avancée. Puis lorsque les positons sont renforcées, les unités de transmissions sont charger d’établir des liaisons par fil. C’est ce que fait efficacement la Soldate Patricia « Pato » Monzón, discrète et volontaire.

Deuxième partie : « Combats de béliers ». Les nationalistes ont reçu des renforts, des unités d’élite comme celle du caporal Oriol Les Forques. La ligne de feu se stabilise. Le paysage a changé, les feuilles des oliviers ont été hachées par les balles. Il fait chaud, les soldats ont soif. Des trêves à l’initiative de petits groupes sont organisées pour remplir les gourdes dans un puits. Après, le combat reprend. Les correspondants de guerre se rendent au plus près de la ligne de feu. Dans les rangs des républicains les commissaires politiques chez qui tous semblent reconnaitre un vague accent russe, exhortent à vaincre. Un mauvais communiste est un mauvais soldat. Untel a reculé, c’était un anarchiste. Gagner est une évidence, surtout avec l’aide du bataillon international.

Troisième partie : « Les dents du diable » se referment sur les républicains qui reculent. Pour la première fois Pato ne peut passer pour réparer une ligne qui partait vers un poste avancé. Cela veut dire que des unités sont isolées et doivent partir à l’assaut pour reculer. Le repli est inéluctable. Pour les commissaires politiques, cette bataille était un objectif tactique. Les troupes nationalistes sont aidées par l’aviation et par un déluge de feu de l’artillerie. Les phalangistes nettoient les derniers points de résistance « Pas de quartier ». Pour le légionnaire Santiago Pardeiro la victoire s’est regarder devant et constater que les combats s’éloignent. Pour Pato, la défaite c’est reculer sans espoir de revenir. Fataliste elle dit : « On est perdu dans un monde absurde ».

Arturo Pérez-Reverte n’a rien perdu de son expérience de reporter de guerre et décrit de manière crue et crédible les combats. Il le fait avec lucidité sans éluder les souffrances endurées pour un résultat futile : « Un élan bestial pour gagner quelques mètres de terrain, dont l’occupation ne changera pas le cours de la guerre ». Un maigre avantage que l’on gagne, perd, regagne, reperd. L’absurdité de cette guerre civile et de la guerre en général devient de plus en plus prégnante et parfois on en vient à oublier le camp des protagonistes mis en scène, tellement leur lassitude et leurs souffrances sont universelles.

Arturo PÉREZ-REVERTE – Ligne de feu. Titre original «Línea de Fuego » ( Espagne 2020 ). Traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli pour les Éditions Gallimard, collection « Du Monde entier ». Parution le 20 août 2026. ISBN 9782073049629.

Présentation éditeur : 24 juillet 1938. Une nuit sans lune. Les compagnies républicaines traversent en silence le fleuve et prennent position sur la rive sud, autour du village viticole de Castellets del Segre. La dernière grande bataille de la guerre civile espagnole - la bataille de l'Èbre - va commencer. Près de deux cent mille soldats vont se disputer chaque colline, chaque route et chaque ferme dans des combats féroces et sanglants, où l'on joue sa vie à tout moment. D'un côté, les brigades internationales, le bataillon Ostrovski et les jeunes appelés de l'année vingt, les Biberons; de l'autre, les légionnaires, les traditionalistes catholiques du Tercio de Montserrat et les soldats musulmans du quatorzième tabor. Ligne de feu met en scène dix jours de cette bataille décisive qui fera basculer l'histoire et scellera à jamais le destin de personnages inoubliables : Patricia Monzón, la militante communiste; Julián Panizo, le dynamiteur murcien; le sous-lieutenant Santiago Pardeiro; le monarchiste catalan Oriol Les Forques; Selimán al-Barudi, le caporal du tabor; sans oublier les journalistes étrangers Phil Tabb et Vivian Szerman, ni le photographe Chim Langer. Arturo Pérez-Reverte raconte leurs combats et leur sort, à la fois en grand maître du roman historique et en grand correspondant de guerre, au plus près des événements. Avec Ligne de feu, il nous offre l'expérience d'une immersion saisissante dans un conflit dont les ondes de choc n'ont pas fini de traverser notre présent.

Arturo Pérez-Reverte, autres romans, autres chroniques de lecture : voir ICI

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Patrick BARD - Saïgon-Marseille

16 Septembre 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Roman historique, #Espionnage

Patrick BARD  -  Saïgon-Marseille

Saïgon-Marseille est un roman comme je les adore. Il est inclassable, Patrick Bard mélange les genres avec habileté et talent. C’est autant un récit historique, qu’un roman de guerre teinté d’espionnage avec des nuances de polars et des personnages fictifs qui aiment, s’aident, se déchirent, souffrent pour mieux nous faire découvrir à la manière comme sait si bien le faire un roman noir, une page pas du tout glorieuse de l’Histoire de la France coloniale.

Baptiste Costa, Roland Destival et Rémi Pellegrin ont été des héros de la Résistance lyonnaise. A la fin de la guerre, Roland et Rémi ont prolongé leur engagement dans les services secrets et le tout nouveau SDECE. Le corse Baptiste est revenu à Marseille carrefour de tous les trafics. A peine une guerre finie et le nazisme vaincu, un autre conflit attend les trois amis. Il ne porte pas le nom de guerre, les politiques l’appellent maintien de l’ordre pour contrecarrer les aspirations d’indépendance des vietnamiens.

Le récit alerte de Patrick Bard aller-retourne entre Marseille et Saïgon. L’ancien maquisard Destival s’attaque au maquis Viêt-minh et cherche à priver Hô Chi Minh de ses financements gagnés avec le trafic d’opium. A Marseille Rémi Pellegrin enquête sur les réseaux de solidarité avec le Viêt-minh qui gagent les dockers du port où convergent tous les navires venant d’Extrême-Orient. Costa n’a pas eu de mal à se faire une place auprès des trafiquants. Avec le plan Marshall, il y a de tout à vendre et acheter, pourtant les services secrets américains veillent. Costa s’adonne au trafic de piastres mais voudrait bien gagner plus avant de se retirer des affaires.

Patrick Bard fait revivre une longue période, de 1945 à 1954 avec le désir d’aller au fonds des choses. Ses trois personnages fictifs sont de précieux et crédibles guides qui croisent des personnalités réelles de tout bord. Le général Leclerc, le sinistre Trinquier, Salan, de Castries n’en finissent pas de s’enfoncer dans le bourbier indochinois, les frères Guérini  et Marcel Francisci font se côtoyer grand banditisme et politique marseillaise. L’auteur raconte lentement lorsque la situation politique ou militaire l’exige, il va plus vite lorsque l’actualité offre un semblant de calme. Il ne perd jamais de vue qu’il écrit un roman et il fait vivre au lecteur des embuscades dans la jungle des plateaux laotiens et les combats intenses de Dién Biên Phu. Il le fait rêver exotisme avec les smoking blancs d’une réception à Hanoï ou lors d’un voyage maritime bruyant et coloré vers l’Indo. Que se soit dans une fumerie d’opium où sur un trottoir à Saint-Germain-des-Prés lors d’un règlement de comptes entre truands, chaque détail compte pour illustrer la grande Histoire.  Les photos en noir et blanc aux bords dentelés, gondolées par l’humidité ne manquent pas. Et pendant ce temps l’opium a été transformée en héroïne dans des labos clandestins marseillais pour rejoindre l’Amérique. C’est la French Connection et la France devient un narco-état pour financer une sale guerre.

Destival personnifie le jusqu’au-boutisme entièrement dévouée à sa mission, sûr de lui, même lorsqu’il est empêtré dans ses contradictions et ses erreurs. Rémi et Baptiste sont beaucoup plus humains et leur vie sentimentale et familiale les rend sympathiques et émouvants avec des sursauts de lucidité malgré leur implication dans le grand banditisme ou leur complicité de ce qu’il convient d’appeler la criminalité d’État.

Patrick BARD – Saïgon – Marseille . Parution le 14 mai 2026, Série Noire des Éditions Gallimard. ISBN 9782073075239.

Présentation éditeur : 1944. Rémi Pellegrin, agent de liaison dans la Résistance, est arrêté et torturé par Klaus Barbie. Roland Destival et Baptiste Costa, deux autres membres du réseau, organisent son évasion, scellant une amitié indéfectible.
1945. Costa retrouve le milieu corso-marseillais, tandis que Pellegrin et Destival intègrent le renseignement français et sont envoyés en Indochine, où la guerre fait rage.
Pour vaincre les troupes de Hô Chi Minh, quelques jeunes officiers ont entrepris d’organiser des maquis de contre-guérilla. Mais la France est exsangue. Alors, pour financer leur projet, les services secrets décident de se livrer à un vaste trafic d’opium.
À Saigon, parrains, barbouzes, pirates et fonctionnaires corses se côtoient. Dans la ville de tous les vices, les trois amis à nouveau réunis vont s’allier, s’opposer et se trahir.

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Abir MUKHERJEE - Avec la permission de Gandhi

13 Septembre 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Polar historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir

Abir MUKHERJEE  -  Avec la permission de Gandhi

Il fallait bien qu’Abir parle de Gandhi. Le Mahatma a appelé les Indiens à se « dresser dans une frénésie de non-coopération pacifique ». Sa popularité est immense, les gens ordinaires, les fermiers, les paysans et les ouvriers des villes et villages de l’Inde britannique ont répondu à ses appels à boycotter les produits anglais, fermer les magasins, quitter les services publics, délaisser les universités et les écoles, ce qui provoque une gigantesque pagaille mais dans le calme. L’inquiétude est grande dans les rangs du colonisateur à l’approche de l’arrivée à Calcutta de Son Altesse royale le prince Edward, prince de Galles, en visite officielle pour Noël 1921.

La Police impériale est mobilisée y compris le sergent Sat Banerjee de plus en plus solidaire de son peuple. Le capitaine Sam Wyndham est-il apte à accomplir son travail ? Pas sûr, son addiction à l’opium est de plus en plus difficile à cacher à sa hiérarchie et il craint pour sa fonction. Il est aussi rejetée par son amie Annie. Se rendre la nuit dans une fumerie d’opium est de plus en plus aventureux, pour preuve son dernier écart a failli très mal se terminer, obligé de se cacher des agents de la Brigade des mœurs. Dans sa fuite il a « croisé » le cadavre d’un chinois et il pourrait bien être le suspect numéro 1 du meurtre. 

Abir Mukhergie n’en finit pas de nous ravir : reconstitution fidèle de la situation sociale de l’époque, énigmes peaufinées et personnages à la personnalité fouillée très bien insérés dans un contexte géographique et historique très bien raconté. Il sait aussi se renouveler et surprendre le lecteur sur des chemins totalement inattendus comme la motivation de la vengeance d'un criminel pas loin de devenir sériel et qui sévit à Rishra ville de garnison en amont de Calcutta. Secrets militaires et présence dans l’ombre des services secrets entravent l’enquête du duo anglo-indien envahi par le doute.

Sat est tiraillé entre sa sympathie pour la résistance indienne et son souhait de veiller au maintien du calme lors de la visite du prince Edward. Sa position est inconfortable car les britanniques sont particulièrement stricts à l’approche de la visite royale, prêts à appliquer la répression face à la non-violence. Sam tente d’être efficace entre deux crises de manque. Il est opiomane et son addiction empiète sur son travail, le suit partout jusqu'à l'impliquer lorsqu’il constate que les assassinés portent des blessures identiques, y compris le cadavre de la fumerie d’opium qu’il a dû fuir. Pour couronner le tout, il semble bien qu’un attentat soit en préparation et menace le prince Edward. Un compte à rebours implacable s’installe, une course contre la montre stressante commence, ponctuée de fusillades avec port du masque à gaz obligatoire. Tous les évènements, fictifs ou bien réels se rejoignent dans un final habilement maîtrisé et qui constitue sans doute un des secrets les mieux gardé dans le passé colonial pas très glorieux du royaume britannique .  Sam s’en sort encore une fois de la meilleure des manières mais il doit se rendre à l’évidence, les remèdes artisanaux ne suffisent plus à freiner son addiction. Il se résout à suivre une cure dans un coin reculé de l’Assam.

Abir MUKHERJEE – avec la permission de Gandhi . Titre original « Smoke and Ashes » ( Royaume Uni – 2018 ), traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez-Batlle pour les Éditions Liana Levy. Parution janvier 2022. ISBN 9791034904952. Réédition au format poche en février 2023, Folio Policier n°979. ISBN 9782072939372 .

Présentation éditeur : Décembre 1921, le Raj tremble. Un certain Gandhi prône la désobéissance civile et des foules de manifestants pacifiques mais déterminés s’apprêtent à envahir les rues de Calcutta. Comment éviter que l’élégant prince de Galles, en visite officielle, ne soit témoin de la révolte qui gronde? C’est à cette situation inédite que la police impériale est appelée à se mesurer alors que dans la région des meurtres inexplicables se multiplient. Le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee n’ont pas peur de se battre sur plusieurs fronts, mais pour Wyndham se rajoute une lutte serrée contre une addiction à l’opium de plus en plus envahissante. Tandis que Banerjee se donne un mal de chien pour concilier l’inconciliable: sa sympathie pour les courants indépendantistes et son appartenance à la police du colonisateur honni. Malgré leur pugnacité, l’issue de tous ces combats est loin d’être acquise.

Série Sam Wyndham, autres chroniques de lecture : voir ICI 

Abir MUKHERJEE  -  Avec la permission de Gandhi
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Damien Igor DELHOMME - La chance rouge

4 Septembre 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Espionnage, #roman noir

Damien Igor DELHOMME  -  La chance rouge

Les Éditions Agullo font voyager les lecteurs dans l’espace et dans le temps. Chaque année je guette la parution du dernier roman de leurs auteurs attitrés. Agullo sait aussi se renouveler tout en gardant un rythme de parution raisonnable. L’air de rien cela suppose un travail extrêmement rigoureux d’étude des manuscrits. La parution de La chance rouge l’atteste. C’est une perle rare, une écriture et une histoire qui sortent des sentiers battus.

En feuilletant le livre il est légitime de se questionner : « Est-ce un roman ? ». Oui, c’en est un, et un bon. Faire un roman à partir de documents relève de l’exploit. Rapports officiels, journaux personnels, correspondances, extraits d’interrogatoires, transcriptions d’enregistrements secrets se succèdent, se complètent, sèment le trouble autant qu’ils éclairent. Les extraits de journaux personnels amènent un peu d’humanité dans ce monde communiste mais certains font froid dans le dos. Ces documents toujours très courts vont à l’essentiel et sont très parlants. Leur enchaînement créent suspense et rebondissements.

Bien sûr, tout est inventé. Sans doute imaginé à partir des travaux menés par les américains à cette époque et qui sont très bien documentés et accessibles. Avant ces révélations, les services secrets soviétiques en ont eu vent, c’est sûr, aussi sûr que le camarade Brejnev a exigé que les mêmes recherches soient menées au début des années 1970. Damien Igor Delhomme perce le secret et nous révèle comment cela a pu se passer. Cap sur la Sibérie et ses bases secrètes perdues dans les déserts de glace. Petit conseil, il y a en fin d’ouvrage une liste des principaux personnages aux noms parfois imprononçables ( avec leurs fonctions et un rapide aperçu de leurs carrières ), je l’ai photocopié, c’est très utile pour ne pas perdre une miette de cette aventure humaine.

En URSS pour mener à bien un projet, on ne fait pas les choses à moitié. Des centaines de prisonniers politiques pour construire une base en Sibérie orientale destinée à accueillir des personnels par milliers et une partie du peuple autochtone des Evenks en Sibérie orientale comme cobaye. A la tête de ce camp des scientifiques un peu fous qui cachent tous un peu quelque chose afin d’échapper aux soupçons du KGB et sur lesquels l’armée veille. Dans ce contexte aussi surréaliste que crédible, des expériences en quasi grandeur nature sont menées avec autant de rigueur scientifique que de convictions mal vérifiées pour ne pas déplaire au Politburo mais dont les résultats sont aussi glaçant que le froid sibérien. Si les travaux sur la chance n’ont pas aboutis au moins pour répondre aux projets criminels d’une armée invincible, j’ai été atterré en prenant conscience que la manipulation collective ou la reprogrammation mémorielle font partie de notre quotidien, au service du pouvoir utilisant une propagande parfois grossière mais toujours efficace ou d’une communication plus pernicieuse.

Si cette fiction sonne comme une alerte, j’ai été encore plus emporté par le romanesque des personnages. Face à la violence des représentants du pouvoir soviétique, la jeune Saskia oppose sa sensibilité et une sorte de ruse salvatrice, Mikhail fait peine à voir dans sa malchance, Fyodor est aussi émouvant qu’énigmatique. Et puis face au matraquage de la manipulation, la résistance silencieuse, discrète mais forte du peuple Evenk apporte optimisme pour le présent et espoir pour l’avenir.

 Damien Igor DELHOMME  -  La chance rouge. Parution le 12 février 2026, Éditions Agullo. ISBN 9782382461983.

Présentation éditeur : Peut-on vraiment maîtriser la chance ?
Le Dr Viktor Petrov, scientifique disgracié par le régime soviétique, en est convaincu. En 1970, en pleine guerre froide, Brejnev cherche à repousser les limites du contrôle social. Petrov reçoit une mission aussi ambitieuse qu’inquiétante : mettre en place un laboratoire à ciel ouvert dans une ville créée de toutes pièces au cœur de la Sibérie, Mayak Severa.
Sous couvert d’étudier la nature de la chance, il manipule souvenirs et perceptions des habitants – colons et communauté evenk –, allant jusqu’à utiliser les enfants comme cobayes. Mais derrière ce projet scientifique révolutionnaire, l’armée surveille. Elle attend son heure pour transformer ces recherches en arme de manipulation mentale et devancer les Américains dans la course secrète aux esprits.

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