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Articles récents

Arturo PEREZ-REVERTE

17 Août 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Bibliographies - Actualités littéraires

Arturo PEREZ-REVERTE

Arturo PEREZ-REVERTE est un écrivain espagnol né en 1951. Il a été reporter et correspondant de guerre avant de se consacrer à l’écriture à partir de 1986.

Son site internet est très complet : voir ICI

J’ai toujours été enthousiasmé par les romans d’Arturo Pérez-Reverte et ses récits érudits, déroutants, très imaginatifs et encrés dans l’Histoire.

Livres lus :

  • Club Dumas, ou l’ombre de Richelieu : voir ICI
  • Le tableau du maître flamand : voir ICI

Série Falcó :

  • Falcó : voir ICI
  • Eva : voir ICI
  • Sabotage : voir ICI

Autres romans :

  • L’Italien : voir ICI

 

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Simon MOCKLER - Projet Iceworm

27 Mai 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique, #Espionnage

Simon MOCKLER - Projet Iceworm

Le projet américain Iceworm a véritablement existé durant les années 1960 et la Guerre froide dans le nord du Groenland. Camp Century situé à deux cent vingt-cinq kilomètres à l’est de Thulé était une gigantesque base militaire constituée de tunnels creusés dans la glace. Camp Century était destiné à abriter des missiles nucléaires pointés sur L’URSS. Camp Century a perdu sa vocation dès 1965 et est définitivement abandonné en 1967 en raison d’importants affaissements et mouvements de la glace.

Jack Miller est un psychiatre newyorkais intervenant occasionnellement pour la CIA. Le 27 décembre 1967 il commence à Langley l’interrogatoire du 2ème classe Connor Murphy seul survivant des trois derniers occupants de Camp Century. Ces deux compagnons, Owen Stiglitz un scientifique et le sergent Henry Carvell ayant combattu au Vietnam, ont trouvé la mort dans un incendie inexpliqué, leurs cadavres consumés presque réduits en cendres. Connor Murphy a survécu à ses graves brûlures. Que s’est-il passé alors qu’ils attendaient leur évacuation ? C’est ce que veut savoir la CIA qui agit en solo, sans en référer à l’armée américaine. Jack Miller n'a pas son pareil pour faire parler les gens et déceler mensonges et vérité.

Ce roman de Simon Mockler est un récit d’espionnage. Il ne faut donc pas s’attendre à une suite effrénée de scènes d’action. La reconstitution des derniers jours de Camp Century se fait au gré des souvenirs incertains de Connor Murphy durant ses rares moments de lucidité entre opérations chirurgicales et comas artificiel. Jack Miller va aussi interroger d’anciens occupants de la base ayant côtoyé Murphy et ses deux compagnons brûlés vifs.

Le portrait de Jack Miller est très approfondi, c’est un ancien combattant de la Guerre du Pacifique. Son épouse est décédée dans un accident de voiture alors qu’il conduisait, il a survécu tout en étant gravement brûlé aux bras. Les traumatismes liés aux séquelles de graves brûlures et de la guerre ( la Guerre du Vietnam fait rage ) jalonnent le roman de Simon Mockler qui se complique avec son lot de d’énigmes, de mystères, de manipulations et de défiance favorisé par la Guerre froide. Des émissions radio clandestines et codées en provenance de Camp Century ont été captées lors du séjour des trois derniers occupants. Jack Miller a la sensation d’être suivi. Son appartement est fouillé, il est passé à tabac. La tension monte progressivement jusqu’à une course-poursuite dans une tempête de neige qui balaie tout le nord-est des USA et un suspense final au Groenland.

Simon MOCKLER – Projet Iceworm . Titre original «The dark that doesn’t sleep» ( Royaume Uni 2023 ), traduit de l’anglais par Chloé Royer pour les Éditions Belfond Noir, parution 7 mars 2024 . ISBN 9782714403438 .

Présentation éditeur : Hiver 1967. Alors qu’une tempête de neige fait rage, trois soldats américains se retrouvent piégés dans l’incendie d’une base nucléaire secrète au Groenland. Un seul survit. Brûlé sur la quasi-intégralité du corps, l’homme n’a aucun souvenir de l’accident.
Pour le faire parler, la CIA convoque Jack Miller, un psychiatre new-yorkais réputé, lui-même encore fortement marqué par la Seconde Guerre mondiale. Miller sent bien que le rescapé en sait plus qu’il ne veut le dire. D’où vient cette peur dans son regard ? Quel mal étrange a conduit plusieurs de ses camarades à faire des séjours en asile psychiatrique ? Que se passait-il vraiment dans cette base arctique ?
 Dans un monde rongé par la paranoïa, les secrets et les malentendus coûtent cher. Et à s’approcher trop près de la vérité, Miller pourrait vite en découvrir le prix…

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Olivier BARDE-CABUÇON - Le Cercle des rêveurs éveillés

12 Mai 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique

Olivier BARDE-CABUÇON - Le Cercle des rêveurs éveillés

Gabriel de la Biole est retrouvé mort dans sa chambre, la gorge tranchée. Il a laissé un énigmatique message sur sa table de chevet. Gabriel consultait le célèbre psychanalyste Alexandre Santaroga qui voudrait bien résoudre sinon comprendre le mystère qui entoure la mort de son patient. Gabriel fréquentait le Cercle des rêveurs éveillés dont les participants suivant leur guide se livrent à des expériences de médium pour entrer en contact avec l’inconscient et déclencher des discours automatiques non commandés par la raison.

Spiritisme ? Interprétation des rêves ? Médium ? Il y a un peu de cela dans ce roman d’Olivier Barde-Cabuçon mais il vaut surtout par la reconstitution de la vie parisienne en 1926. Les années folles portent bien leur nom sans doute pour oublier les traumatismes du premier conflit mondial, peut-être pour ignorer la montée du fascisme. L’auteur fait profiter le lecteur d’un véritable travail d’historien dans sa reconstitution du Paris de cette époque avec ses nuits mondaines folles. Le jazz s’impose tout comme le charleston et le tap danse. Les jeunes femmes ont les cheveux courts. Cocktails et cocaïne font bon ménage.

Pour infiltrer le Cercle des rêveurs éveillés Santaroga recrute la jeune et belle Varya pour quelques centaines de francs. Varya est russe et a bien besoin de cet argent. Désormais la relation entre Varya et Santaroga va constituer un fil conducteur solide où se mêle complicité et faux semblant. Varya a-t-elle fui le communisme où est-elle en mission pour les soviétiques ? L’insouciance apparente des années folles dissimule une période politique angoissante, la peur du communisme justifie-t-elle une alliance avec Mussolini ? La Sûreté générale enquête sur la mort de Gabriel de la Biole qui a tout d’une affaire d’espionnage.     

L’auteur est érudit, sa reconstitution est aussi fidèle lorsqu’il parle du quotidien parisien que lorsqu’il met en scène des personnages réels. La rencontre avec Tamara de Lempicka est un régal. L’auteur parle des surréalistes, de l’Histoire russe, d’Alice au pays des merveilles. L’auteur est habile et ses personnages fictifs sont parfaitement intégrés dans le réel. La magie opère, l’improbable devient plausible. La lecture plaisir rejoint la lecture instructive.

Olivier BARDE-CABUÇON – Le Cercle des rêveurs éveillés . Parution avril 2021, Série Noire des Éditions Gallimard. ISBN 978207215956 . Réédition au format poche en avril 2022, Éditions Gallimard, collection Folio policier ( n°959 ) . ISBN 9782072965029 . Exemplaire lu dédicacé par l’auteur, Salon du livre de Nemours, Le coquelicot noir, janvier 2024.

Présentation éditeur : Paris 1926. Tournées vers les plaisirs et la fête, les années folles battent leur plein et Montparnasse est le nombril du monde. La mort suspecte d’un patient amène Alexandre Santaroga, psychanalyste atypique, à s’intéresser à un mystérieux cercle de rêveurs éveillés. La rencontre fortuite avec Varya, récemment échappée de la Russie bolchevique, lui permettra d’y enquêter. Mais Santaroga a-t-il introduit une brebis ou un loup au sein du cercle ?
Surréaliste et adeptes du rêve éveillé, aventurière et artiste, Russes blancs ou Américain en goguette, Olivier Barde-Cabuçon donne vie à une galerie de personnages étonnants du Paris flamboyant de l’époque tandis qu’en coulisses se dessinent la montée du fascisme et la tentation de dangereuses alliances.

Bibliographie de l'auteur : voir ICI

 

Olivier BARDE-CABUÇON - Le Cercle des rêveurs éveillés
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Jean-Luc BIZIEN - La chambre mortuaire

4 Mai 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique, #Bibliographies - Actualités littéraires

Jean-Luc BIZIEN  -  La chambre mortuaire

Ce titre est une réédition, la première parution date de 2009 chez 10 / 18, collection Grands détectives. « La chambre mortuaire » est le premier tome de la série « Les enquêtes de l’Aliéniste » qui compte trois titres ( voir ICI ).

Bienvenue dans le quartier Saint-Michel à Paris, rue Mazarine ! C'est ce qu'il faut souhaiter à Miss Sarah Englewood lorsqu'elle entre au service du professeur Simon Bloomberg, un personnage énigmatique vivant dans une maison mystérieuse dont les chambres d'un étage lui sont interdites. Les domestiques sont inquiétants et un couple de singes ne manquent pas d'effrayer la jeune anglaise. J'oubliais la femme de Simon Bloomberg, Elzbiéta, une archéologue, dont l'esprit plane en permanence sur la maisonnée alors qu'elle reste invisible. Nous sommes en juillet 1888, le lecteur découvre les débuts de l'étude des maladies du système nerveux et des moyens de les soigner. Simon Bloomberg, un psychiatre ? Pour l'époque, il est aliéniste. Il soigne et effectue des recherches, reçoit une clientèle hétéroclite dans ce qui ressemble fort à la Cour des miracles.

Comme dans un puzzle, des portraits plus vrais que nature se succèdent dans de courts chapitres dont la lecture est passionnante. Petit-à-petit une atmosphère mystérieuse et aussi sombre que le Paris de l'époque se crée. Des portraits, il y en a, au détour de chaque page, des personnages attachants ou repoussants, des situations caricaturales, instructives, comiques ou tragiques. Ce mélange hétéroclite attise la curiosité du lecteur, d'autant plus que la Sûreté entre en scène : l'inspecteur Léonce Desnoyers et Raoul Mesnard son adjoint, deux fins limiers.

La police est confrontée à la disparition d'un cadavre qui s'est comme volatilisé de la morgue de l'île de la Cité. Augustin Piedvache qui doit veiller sur les macchabées a failli à sa mission. Encore un portrait d'anthologie ! Un suicide louche complète le tableau. L'enquête est lancée, le comportement de l'aliéniste intrigue jusqu'à le rendre suspect. L'enquête constitue un fil ténu mais il mène efficacement le lecteur vers un final où les surprises ne manquent pas.

Ce premier opus de la "Cour des miracles" est un modèle de roman policier historique.

Lecteur de l’édition de 2009, je n’ai pas décelé de différences dans l’édition de 2024, à priori pas de changement dans la rédaction, ni dans le découpage en courts chapitres, ni dans les notes en bas de pages qui apportent d’instructives précisions historiques. La réédition est une heureuse initiative pour découvrir ou redécouvrir cette excellente série qui peut-être sera enrichie d’une quatrième enquête.

Jean-Luc BIZIEN – La chambre mortuaire . Parution le 11 avril 2024, Éditions de l’Archipel. ISBN 97828098449530 . Première parution en 2009 chez 10 / 18 collection Grands détectives . ISBN 9782264046765 .

Présentation éditeur ( l’Archipel ) : la première enquête de Simon Bloomberg, aliéniste à la réputation sulfureuse. Un roman qui mêle spiritisme et science lors de la préparation de l’expo universelle à Paris dans une ambiance proche d’Adèle Blanc-Sec de Tardi.

Paris, juillet 1888. Un cadavre disparaît de la morgue, un autre corps est retrouvé, nu, sur les pavés après une chute vertigineuse.
Surviennent, bientôt, de nouvelles morts suspectes. L’inspecteur Desnoyers, flanqué de son adjoint Mesnard, qui applique les techniques les plus modernes, hante les rues sombres de la capitale. Il y démêlera les fils d'une conspiration qui le mène au Dr Simon Bloomberg, aliéniste à la réputation sulfureuse… que l’on dit plus dangereux encore que ses patients ! Et que penser de cette jeune Anglaise, Sarah Englewood, tout juste engagée par Bloomberg ?
Dans ce Paris où le spiritisme côtoie la science, où les esprits les plus cartésiens s’adonnent à l’absinthe, l’alcool qui rend fou, Desnoyers vacille : doit-il collaborer avec Bloomberg ou, au contraire, tout faire pour confondre le ténébreux aliéniste ?
Une à une, les découvertes morbides le rapprochent de la vérité… mais aussi du danger.

Édition de 2009

Édition de 2009

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Gwenaël BULTEAU - Le Grand Soir

29 Avril 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Roman historique

Gwenaël  BULTEAU - Le Grand Soir

Dans son deuxième roman Gwenaël Bulteau poursuit son récit historique du monde ouvrier alors que l’ère industrielle a imposé un capitalisme sans foi ni loi en France. Son premier roman « La République des faibles » ( voir ICI ) se passait en 1898 à Lyon. Dans « Le Grand Soir » il dessine un portrait beaucoup plus large de la condition ouvrière en France. Il approfondit également la situation des femmes. Nous sommes en 1905 et il raconte l’histoire de deux femmes.

Jeanne a disparu lors des manifestations populaires qui ont accompagné les obsèques de Louise Michel, héroïne de la Commune de Paris et pionnière du féminisme. Gwenaël Bulteau a choisi un grand symbole dans son prologue. Les obsèques de Louise Michel ont eu lieu le 22 janvier 1905 de Paris jusqu’au cimetière de Levallois-Perret.

Avril 1906, Lucie veut retrouver sa cousine Jeanne. Issue d’une riche famille industrielle, Jeanne avait rejoint les rangs des prolétaires en lutte. C’est donc dans le monde ouvrier que Lucie cherche sa cousine. Elle prend conscience de l’extrême pauvreté d’un peuple de crève-la-faim, de luttes et de la répression.

Toute la France prolétaire crie sa révolte et tente de s’organiser. La citoyenne Sorgue parcourt la France et se joint aux grèves pour aider. En ce mois d’avril 1906 elle est à Roquefort pour soutenir des centaines d’ouvrières. La création d’un syndicat a fait plier les Sociétés des caves de Roquefort. Sorgue est accompagnée par Leroy qui fait office de secrétaire et de garde du corps car elle se sait menacée de mort. Sorgue et son efficace mais énigmatique protecteur sont de toutes les luttes, avant Roquefort ils étaient à Courrières auprès des femmes des mineurs disparus dans la catastrophe pendant laquelle la Compagnie des mines avait privilégié les installations plutôt que sauver les hommes. Ils quittent Roquefort pour rejoindre Liévin et une nouvelle révolte minière.

Lucie et Sorgue, deux regards féminins pour décrire la condition ouvrière du début du XXème siècle et une pauvreté extrême, pour parler des luttes et des cris de révolte dans la rue. Il y a également une violence plus discrète, cachée derrière les riches façades des maisons bourgeoises, c’est celle du patriarcat et de la domination masculine sans partage.

Clémenceau veut en finir avec les grèves et les revendications. La Sûreté espionne et infiltre pour arrêter les meneuses et les meneurs. La répression sévit dés que la colère descend dans la rue. L’infanterie, les chasseurs à cheval, les dragons sont prêts à en découdre, à blesser, à estropier et même à tuer.

La quête de justice de Sorgue rejoint les recherches de Lucie. La convergence de ces luttes a lieu à Paris pour le 1er mai 1906, Le Grand Soir, date à laquelle est espérée la victoire du prolétariat. Gwenaël Bulteau excelle encore une fois avec un grand roman noir historique qui exprime toute la rage crue du prolétariat. Et dans un roman noir ça finit mal.

Gwenaël BULTEAU – Le Grand Soir . Parution octobre 2022, Édition la manufacture de livres . ISBN 978-2-3588-7913-2 . Réédition au format poche en octobre 2023, Éditions 10 / 18 Polar . ISBN 9782264081803 .

Présentation éditeur : 22 janvier 1905. Paris se presse à la suite du cortège funéraire de Louise Michel, icône légendaire de la Commune. Parmi les ouvriers, la jeune Jeanne Desroselles, travestie en femme du peuple, se mêle à la foule. Idéaliste et militante, cette jeune héritière fréquente depuis quelques mois les rassemblements publics, vibrant des revendications de ceux qui luttent pour la justice et la liberté. Mais ce matin d’hiver sera pour Jeanne le dernier. Aux yeux de la police comme de sa famille, Jeanne s’est volatilisée. Sa cousine Lucie n’entend pas se satisfaire de cette conclusion, et elle se glisse de tavernes en ruelles pour retrouver la trace de la disparue. Pendant ce temps, aux quatre coins de la France, les manifestations se multiplient, les femmes se rassemblent pour faire entendre leur droit à la parole et à disposer de leur corps, les mineurs et les ouvriers réclament un travail qui ne les condamne pas à mort... Tous s’apprêtent à venir massivement à Paris, manifester ensemble le 1er mai. Ce sera le Grand Soir.

Gwenaël  BULTEAU - Le Grand Soir
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Laurent GUILLAUME - Les Dames de guerre : Saïgon

24 Avril 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Roman historique

Laurent GUILLAUME - Les Dames de guerre : Saïgon

Après avoir surmonté tous les obstacles dressés par les hommes de sa profession et le patriarcat familial, Elisabeth Cole réalise son rêve de photographe de presse, elle est envoyée en Indochine comme reporter de guerre. Nous sommes fin 1953, elle rejoint Saïgon pour succéder au célèbre Robert Kovacs tué dans une embuscade vietminh alors qu’il accompagnait une unité de l’armée française.

Avant d’entrer dans les pas d’Elisabeth, l’auteur a planté le décor indochinois en valorisant un véritable travail d’historien et en mettant en scène de nombreux personnages. Rien ne manque dans ses descriptions de Saïgon et des paysages extrêmement variés du Viêt Nam où du Laos voisin. Les causes et enjeux du conflit qui opposent l’armée française au Viêt Minh communiste sont multiples et caractéristiques de la Guerre froide et impliquent les grandes puissances comme la Chine, l’URSS et les USA, ces derniers aident massivement la France dans sa guerre contre le Viêt Minh avec en coulisse une lutte d’influence mise en œuvre par des services secrets omniprésents. Rien ne manque dans la reconstitution de Laurent Guillaume, les bases militaires, les combats intenses dans la jungle, les matériels et armements ainsi que les personnages réels.

Fin 1953, un champ de bataille d’importance stratégique se prépare à Diên Biên Phu. Mais l’armée française mène aussi une guerre de harcèlement particulièrement efficace avec le Groupement de commandos mixtes aéroportés ( GCMA ) du SDECE. Sur ce volet l’auteur base également son récit sur de solides références historiques. Elisabeth Cole rejoint un maquis du GCMA où quelques officiers français commandés par le ténébreux capitaine Louis Bremond, encadrent des combattants Méos originaires du Laos. C’est ce maquis que Robert Kovacs filmait, Elisabeth est persuadé que son décès n’est pas accidentel et cache des trafics.

Le récit de Laurent Guillaume raconte la guerre. Il est aussi roman noir, récit d’espionnage avec ce que cela suppose comme secret, trahison, faux semblant, manipulation et coups fourrés. Il n’y a pas seulement des espions mais aussi la mafia corse, une justice vietnamienne expéditive, des officines taoïstes et un hommage à la presse et au journalisme. Elisabeth Cole vit de multiples aventures pleines d’action et de rebondissements, depuis la jungle hostile jusqu’aux fumeries d’opium et salles de jeux de l’ancienne Saïgon. L’auteur est un formidable raconteur d’histoires qu’il a insérées dans un contexte historique, social, politique et géographique très bien reconstitué. Les portraits de ses personnages sont approfondis et crédibles.

Laurent GUILLAUME – Les Dames de guerre : Saïgon . Parution le 29 février 2022, Éditions Robert Laffont, collection La Bête noire . ISBN 9782221269787 . Réédition février 2025 format poche, Éditions 10 / 18 . ISBN 9782264085559. 

Présentation éditeur : septembre 1953, New York. La rédaction de Life magazine est en deuil. Son reporter de guerre vedette, Robert Kovacs, a trouvé la mort en Indochine française laissant derrière lui un vide immense.
Persuadée que sa disparition n’a rien d’accidentelle, Elizabeth Cole, photographe de la page mondaine, décide de lui succéder et réalise ainsi son plus grand rêve : devenir correspondante de guerre.
C’est le début d’une enquête à l’autre bout du monde, au cœur d’un écheveau d’espions, de tueurs à gages, de sectes guerrières, d’aventuriers, et de trafiquants d’armes. À Saigon, Hanoï, sur les hauts plateaux du Laos, Elizabeth va rencontrer son destin en exerçant son métier dans des conditions extrêmes et affronter les pires dangers.

Laurent GUILLAUME - Les Dames de guerre : Saïgon
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Natacha LEVET - Le roman noir, une histoire française

11 Avril 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Bibliographies - Actualités littéraires, #roman noir, #Livres d'histoire, #Coups de coeur

Natacha LEVET - Le roman noir, une histoire française

Et si le roman noir était une embarcation ? D’abord sans nom elle aurait cherché la flotte d’où elle venait. Roman naturaliste, prolétarien, western, récit criminel ? La barque avance à la godille et puis un jour est aspirée dans le sillage hardboiled des pulps qui traversent l’Océan, de l’Amérique du Nord vers le vieux Continent. Un vaisseau qui deviendra prestigieux, la « Série noire », va l’adopter et contribue à lui donner le nom de « roman noir ». Mais le roman noir n’a pas de pavillon et progresse toujours à la godille, surfe sur la vague de la pop culture. Le roman noir apprend de ses explorations autant qu’il influence les côtes qu’il approche. Le roman noir se reconstruit, innove et gagne en autonomie. Il devient critique un peu comme un bateau pirate. Le roman noir a eu des équipages prestigieux, d’abord masculins puis féminins. Le roman noir vogue toujours. Il a acquis une riche expérience, il connait les secrets de l’Histoire et se projette dans l’avenir. Il a traversé sans naufrage tellement de tempêtes qu’il n’est pas près de jeter l’encre.

Natacha Levet raconte l’histoire française du roman noir de manière érudite mais son propos reste simple. Consulter la table des matières est une manière efficace de rentrer dans son récit même lorsqu’il devient essai. Ce livre n’est pas seulement destiné à être lu d’une traite, il sert aussi à être consulté et pour s’y référer. L’histoire du roman noir de Natacha Levet deviendra une référence, c’est certain.

Le fil conducteur est chronologique, un récit de quelques siècles jusqu’à nos jours, en mettant l’accent sur le XXème. Cela sous-entend un véritable travail d’historien avec son lot de mises au point, d’éclaircissements, d’analyses et de découvertes. C’est aussi d’innombrables écrivains évoqués, tout le monde y trouvera des auteurs déjà lus et sera tenté par de nouveaux noms. L’auteure cite également des titres qui constituent une bibliographie d’une richesse étonnante, presque patrimoniale, une PAL inépuisable dans laquelle piocher en gardant sous le coude l’histoire française du roman noir, pour s’y référer.

Natacha LEVET – Le roman noir, une histoire française . Parution le 21 février 2024, Presses Universitaires de France. ISBN 978-2-13-084198-2 .

Présentation éditeur

Le roman noir français est généralement considéré comme un héritier du récit hardboiled américain, né dans les années 1920. Pourtant, il est aussi le résultat d’une histoire française, d’influences littéraires diverses et de pratiques éditoriales qui ont « inventé » le roman noir. Après Mai 68, le roman noir français cultive en effet sa singularité et reconvertit le genre en acte critique, idéologiquement investi : parce qu’il se veut une radiographie critique et politique de la société, de ses institutions, voire un instrument d’intervention sociale, il remet résolument en cause le « roman national », donnant voix aux invisibles du temps présent et offrant un tombeau aux victimes muettes du passé.

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Hannelore CAYRE - Les doigts coupés

4 Avril 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #roman noir

Hannelore CAYRE  -  Les doigts coupés

Hannelore Cayre se renouvelle à chaque roman, n’hésitant pas à changer d’époque et de thème avec ce que cela suppose comme recherches avant d’arriver à un récit concis et efficace que le lecteur quitte le sourire aux lèvres ( voir par exemple ICI "La Daronne). Dans son nouveau roman, Hannelore Cayre surprend et entraîne le lecteur aux origines de l’humanité.

Les découvertes paléontologiques sont souvent le fruit du hasard, la découverte imaginée par Hannelore Cayre est plausible avec une grotte mise à jour lors du creusement d’une piscine. Nous sommes en Dordogne, cette grotte s’avère renfermer des trésors illustrant nos origines. C’est ce qu’explique la paléontologue Adrienne lors d’une conférence. Ses propos constituent le fil conducteur d’un roman qui prête moins à sourire que ce à quoi l’auteure nous avait habitué.

Hannelore Cayre transporte le lecteur dans le passé, il y a 35000 ans avant notre ère lorsque les homo neanderthalensis et les homo sapiens cohabitaient. Oli est une jeune sapiens. Chaque vestige décrit par la paléontologue sert de support à une mise en scène et le lecteur voit la tribu d’Oli dans son quotidien. Oli pense, réfléchit et parle avec les siens. Oli perfectionne ce que Wilma sa sœur invente. Oli prend conscience du beau. L’auteure a choisi la langue d’aujourd’hui, c’est un anachronisme au combien précieux et agréable qui permet au lecteur de comprendre.

Les connaissances de cette époque mises en avant par Hannelore Cayre reposent sur les travaux de spécialistes dans des domaines variés. Elle cite Paola Tabet. Elle parle des découvertes faites dans des grottes bien réelles et des observations des ethnies restées dans l’isolement jusqu’à une période récente. Ces références expliquent et légitiment le récit de la vie d’Oli imaginé par l’auteure.

Oli pense et s’interroge. Oli ne comprend pas pourquoi elle est traitée différemment de son frère jumeau. Oli se révolte contre l’attitude des mâles. Oli veut accomplir des tâches qu’elle se sent capable de faire. Oli est puni par les mâles, elle a des doigts coupés. Oli se révolte contre l’attitude des mâles, elle va tuer pour se défendre. Oli voyage jusqu’à la mer et rencontre d’autres êtres. Oli prend conscience du processus de reproduction. Oli transgresse l’ordre établi par les hommes, sème le chaos et une pluie de malheurs va alors s’abattre sur … les femmes.  Le lecteur prend conscience qu’il y a 35000 ans les hommes ont imposé leur domination aux femmes qui ont résisté avec le féminisme.

Hannelore CAYRE – Les doigts coupés. Parution le 8 mars 2024, Éditions Métailié noir. ISBN 979-10-226-1350-7 .

Présentation éditeur 

En découvrant le squelette d’une femme dans une grotte, la paléontologue n’a pas seulement mis au jour une sépulture vieille de 35 000 ans, mais également la première scène de crime de l’Histoire.

Quelle révélation est allée colporter Oli, cette femme venue du fond des âges, entraînant à sa suite l’humanité dans un chaos irrémédiable ? Qu’a-t-elle voulu nous dire en plaçant l’empreinte de sa main mutilée au centre de cette fresque de la douleur et de l’impuissance ? “Regardez donc ce qu’ils m’ont fait” ; “Regardez, ce qu’ils nous ont fait subir à nous toutes !”

Oli veut être une chasseuse car la chasse est interdite aux femmes. Comme toutes les héroïnes de l’auteur, elle est portée par le même vent de liberté et elle revendique avec une âpre autorité et un humour caustique son droit au bonheur.

D’une plume hilarante et acérée comme la lance de sa chasseuse, Hannelore Cayre mène le lecteur ravi au cœur de la préhistoire sur les traces de nos origines et joue avec notre avidité à écouter des histoires.

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Jérémy BOUQUIN - Sherlock Holmes et les mystères de Lorraine

28 Mars 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique

Jérémy BOUQUIN - Sherlock Holmes et les mystères de Lorraine

Sherlock Holmes est de retour ! Le célèbre détective reprend du service en Lorraine durant l’été 1909. Jérémy Bouquin le fait sortir de sa retraite consacrée à l’apiculture pour enquêter à Nancy dans un contexte très crédible.

Sherlock Holmes à Nancy en 1909. C’est possible, cette année-là s’y tient L’Exposition internationale de L’Est de la France et une importante délégation britannique y séjourne. Sherlock Holmes se passionnant pour une affaire criminelle qui à l’époque défraie la chronique ? C’est possible, à l’époque la criminelle Jeanne Weber est internée à l’asile d’aliénés de Maréville.

La jeune journaliste Suzanne Edrige s’intéresse à Jeanne Weber. Ce n’est pas facile pour une jeune femme de se faire une place dans le monde de la presse au début du XXème siècle. Elle ambitionne de traiter les grandes affaires criminelles de l’époque, ce qui n’est pas du gout du rédacteur en chef du Lorrain. Mais Suzette est forte tête et refuse d’être reléguées à des tâches subalternes. Suzette est observatrice et elle n’a pas manqué de repérer cet anglais âgé mais encore alerte qui s’intéresse également à la tueuse Jeanne Weber. 

Suzette tient un scoop : le célèbre détective Sherlock Holmes est à Nancy ! Il n’est pas facile d’approcher Sherlock Holmes mais Suzette est opiniâtre. Il n’est pas facile de gagner la confiance de Sherlock Holmes lorsqu’on est une jeune femme un peu garçon manqué. Suzette réussit à se faire remarquer par l’illustre détective et va l’accompagner pour reconstituer le parcourt criminel de Jeanne Weber dont la police de l’époque n’a pas réussi à reconstituer toute l’horreur. Sherlock Holmes travaille sur les logiques suivies par les prédateurs en série et ses observations et ses déductions sont mises à rude épreuve lorsqu’il faut démêler le réel des superstitions et traquer les gangsters de l’époque, sans l’aide de Watson et sous la menace de Lestrade.

Arthur Conan Doyle est un maître du roman à énigme. Jérémy Bouquin fait plus que mettre en scène Sherlock Holmes. Son récit est aussi un roman policier historique avec tout ce que cela suppose comme recherches pour réussir à reconstituer avec véracité un début de XXème siècle gagné par la course à la guerre, avec ses inégalités sociales et ses luttes syndicales, une grande pauvreté et des femmes reléguées à un second rôle.  

Jérémy BOUQUIN – Sherlock Holmes et les mystères de Lorraine . Parution aout 2023 , Geste Éditions . ISBN 979-10353-2081-2 . Exemplaire lu dédicacé par l’auteur, salon Jours de polar, Darvoy (45) ,  octobre 2023.

Présentation éditeur

1909, le climat social et politique est tendu. L’Alsace et une partie de la Lorraine sont annexées. L’heure n’est pas complètement à la fête. On parle de revanche, d’une course à l’armement… 

Présent dans la délégation anglaise à l’exposition internationale de l’est de la France, le fameux détective privé rend visite à Jeanne Weber. Elle est internée à l’asile. Cette nourrice aurait étouffé plusieurs enfants. Loin d’être à la retraite, il semble bien être là pour y tester une nouvelle méthode d’enquête. Il serait même tombé sur une nouvelle piste. L’Ogresse de la goutte d’or aurait vu le Craqueuhhe ! Accrochée à ses basques, la pugnace Suzanne va donc l’aider. Cette journaliste compte bien démontrer qu’elle a beau être une femme, elle a toute sa place pour écrire de grands récits criminels.

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Fabrice RICEPUTI - Le Pen et la torture . Alger 1957, l'histoire contre l'oubli

21 Mars 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Livres d'histoire

Fabrice RICEPUTI - Le Pen et la torture . Alger 1957, l'histoire contre l'oubli

Dans ce livre l’historien Fabrice Riceputi fait la synthèse des recherches historiques et journalistiques sur le passé tortionnaire de Jean-Marie Le Pen durant la Guerre d’Algérie. A son retour d’Alger, Le Pen légitime l’emploi de la torture pour lutter contre des actes terroristes. Des mesures d’amnistie prises par l’Etat français à la fin de la guerre en mars 1962 renforcent cette impunité. L’ascension politique de Le Pen va le conduire à nier les faits de torture et à plaider la diffamation alors que le général Massu exprime des regrets et qu’Aussaresses avoue. Pour autant, aucune reconnaissance officielle de cette sombre page du passé colonialiste de la France n’est encore faite. 

Fabrice Riceputi poursuit son récit en reconstituant le séjour de Le Pen à Alger entre le 28 décembre 1956 et le 31 mars 1957. A l’époque Le Pen est député poujadiste, réserviste ( il a servi en Indochine ) et volontaire pour rejoindre l’Algérie comme lieutenant au 1er Régiment Étranger de Parachutistes en pleine bataille d’Alger. Il occupe la fonction d’officier de renseignement. Fabrice Riceputi reconstitue pas-à-pas le séjour de Le Pen à Alger, la chronologie est rigoureuse, les faits qui la jalonnent proviennent de documents et archives officielles. C’est un travail d’historien complété par des investigations journalistiques à Alger pour de nos jours questionner des témoins directs. Ces témoins étaient jeunes à l’époque, aujourd’hui âgés ils se souviennent. Ce travail journalistique permet de reconstituer une carte des lieux d’arrestation principalement dans la Casbah et des centres de détention et de tortures situés dans les quartiers où est affecté le 1er REP, le Régiment du lieutenant Le Pen.

Fabrice Riceputi a questionné des témoins, il a également étudié les plaintes déposées auprès de la Préfecture de Police par des familles ayant assisté à une arrestation par des militaires puis restées sans nouvelles des disparus. Cette collecte de témoignages sur des disparus algériens se poursuit avec le site internet https://1000autres.org/ animé par Malika Rahal et Fabrice Riceputi .  Le Pen a été confronté aux témoignages de ses victimes algériennes et a systématiquement remis en cause la véracité de ces récits. A la fin de son livre, Fabrice Riceputi démonte l’argumentaire des cinq principales dénégations de Le Pen.

Ce livre est le résultat d’un long travail d’historien enrichi par une minutieux travail journalistique. Fabrice Riceputi ne manque pas de rappeler d’autres travaux de recherches sur le passé colonial de la France, parmi eux ceux de Pierre Vidal-Naquet et Jean-Luc Einaudi que François Gèze a contribué à faire connaître.

Fabrice RICEPUTI – Le Pen et la torture . Alger 1957, l’histoire contre l’oubli . Parution le 19 janvier 2024, Éditions le passager clandestin en collaboration avec Mediapart. ISBN 978-2-36935-386-7 .

Merci à l'éditeur, le passager clandestin , voir ICI  

 

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