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Thomas CANTALOUBE

22 Mai 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Bibliographies - Actualités littéraires, #roman noir

Thomas CANTALOUBE

Journaliste, Thomas Cantaloube quitte Mediapart en 2020 pour se consacrer à l'écriture de fictions, de romans et de scénarios.

Son premier roman est publié dans la Série Noire des Éditions Gallimard début 2019, c'est le début d'une trilogie consacrée aux débuts de la 5ème République :

- Requiem pour une République ( Série Noire 2019 ) : voir ICI  

- Frakas ( Série Noire 2021 ) : voir ICI  

- Mai 67 ( Série Noire 2023 ) : voir ICI  

Autre roman publié dans la Série Noire :

- Les Trente Glorieuses ( 2026 ) : voir ICI 

En 2024 il a entamé une série d'espionnage et d'action inspiré de la série télé "Le Bureau des Légendes" et publiée chez Fleuve Éditions" :

- Les Mouettes : Mission Sahel ( 2024 ) voir ICI  

- Les Mouettes : Mission Iran ( 2025 ) voir ICI  

Thomas Cantaloube a inauguré en 2024 la série "La fille du Poulpe" :

- Les Cols des Amériques ( Édition Moby Dick ) : voir ICI  

Participation à des recueils de nouvelles :

- Merci la Résistance ! ( Éditions du Caïman - 2024 ) : voir ICI  

- Pour toujours les camarades ! ( Éditions du Caïman - 2026 ) : voir ICI 

 

Thomas CANTALOUBE
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Pour toujours les camarades ! Recueil de nouvelles

15 Mai 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Textes courts, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Pour toujours les camarades !  Recueil de nouvelles

Tous les deux ans les Éditions du Caïman publient un recueil de nouvelles noires. Les thématiques retenues sont historiques et engagées, le millésime 2026 parle du Front populaire de 1936. Patrick Amand qui dirige cette collection n’a pas son pareil pour réunir une palette incroyable d’artistes et pour assembler harmonieusement le travail de ces talents. Pour ouvrir le bal et aussi la liesse populaire qui accueille la victoire de la Gauche aux élections des 26 avril et 3 mai 1936, la préface de Pierre Caillaud-Croizat  contextualise la naissance du Front populaire dans une Europe fascisante bientôt  entraînée dans une guerre totale qui malgré tout n’arrêtera pas l’élan social de 1936 comme le rappelle le nom de Croizat : le préfacier est le petit-fils d’Ambroise Croizat député communiste du Front populaire en 1936 et ministre bâtisseur de la Sécurité Sociale dix ans plus tard. Les luttes et la justice sociale, c’est pour toujours les camarades ( la formule emprunté à Robert Desnos ).

Ce recueil est de la bonne littérature avec 25 auteurs contemporains qui parlent de la grande et de la petite Histoire, de personnages célèbres ( pas seulement politiques ou syndicalistes ) et d’anonymes, d’hommes et de femmes ( qui n’avaient pas le droit de vote à l’époque ) de France mais aussi d’Espagne ( l’Espagne a eu son Frente Popular  début 1936 ) ou d’Algérie. On y parle grève dans le Paris industrieux et de la France rurale et paysanne. Un poème de Jacques Prévert met en scène les ouvriers grévistes de chez Citroën.

Ce recueil est de la belle littérature avec des illustrations nombreuses, dessinateurs contemporains, dessins d’autrefois, photos du passé ( certaines inédites, attention surprise ! ), reproduction d’articles de presse. C’est l’occasion de sourire face à des caricatures et c’est aussi source de réflexion sur le traitement médiatique des évènements de 1936.

Dans cette chronique je ne parlerai que d’un seul auteur ( une autrice en l’occurrence ) pour sa magnifique nouvelle graphique, beaucoup de dessins évocateurs et quelques phrases avec des mots judicieusement choisis pour faire le portrait d’une époque et d’un couple ayant passé sa vie à faire connaître la vérité.

1936 – 2026, ne ratez pas l’anniversaire du Front populaire ,

Et rendez-vous en 2028 pour d’autres nouvelles noires avec le Caïman.

Ce recueil est le 8ème de la série. Pour découvrir les autres titres, voir le site des Éditions du Caïman ICI  

Pour toujours les camarades ! Recueil de nouvelles, Éditions du Caïman. Parution mars 2026. ISBN 9782493739742.

Présentation éditeur : Mai 1936, c’est le choc pour la bourgeoisie : la coalition de gauche composée des communistes, socialistes et radicaux remporte les élections législatives. C’est l’espoir dans la classe ouvrière héritière des grandes luttes sociales, inspirées par la Commune de Paris, qui compte bien pousser le gouvernement modéré de Léon Blum à instaurer des réformes sociales de rupture. La grève en sera le principal outil, soutenu par un mouvement populaire sans précédent.

Dans la lutte et dans la joie, les conquêtes sociales seront arrachées au patronat : semaine de quarante heures et congés payés.

Dans le même temps, l’Espagne se dotant elle aussi d’un gouvernement de Frente Popular sera poussée à la guerre par un coup d’État auquel la classe ouvrière française répondra par un envoi massif de volontaires au sein des Brigades Internationales.

Le sort de l’Europe et du monde se joue ici et là face à la montée des fascismes.

« L’embellie » du Front Populaire durera deux années et reste aujourd’hui un marqueur pour la gauche, dont les conquêtes sociales issues du Conseil national de la Résistance en sont la continuité.

Pour toujours les camarades ! rend hommage aux militants du Front populaire et aux grèves, revient sur la guerre d’Espagne, s’attarde sur des figures féminines telles Louise Weiss, Gerda Taro ou Martha Desrumaux, prend le pouls des patrons, vous plonge dans une usine de soie et une imprimerie, revient sur des acteurs de cette période, de Marceau Pivert à Léon Blum et Maurice Thorez.

Ce recueil, richement illustré d’une centaine de dessins et documents souvent originaux, est un nouveau pavé de la collection Noires Nouvelles !

 

Sommaire :

  • Le cercle ( Gérard Mordillat )
  • La grande casse ( Marion Chemin )
  • Tributs à l’enchantement ( Pierre Dharréville )
  • Les mains noires et le cœur rouge ( Sylvain David )
  • Le grand argentier ( Ludivine Bantigny )
  • Pas de fuite rue de Varenne ( Marcus Malte )
  • L’Espagne au cœur ( Rachel Mazuy )
  • Le coulonneux ( Sylvie Callet )
  • Un été de peur et de lâcheté ( ( Frédéric Paulin )
  • Gerda Taro die Sternschnuppe ( Laurence Biberfeld )
  • Le drapeau ( Ahmed Tiab )
  • Le rabcor de Saint-Ouen ( Didier Daeninckx )
  • Campagne d’une suffragiste ( Mathilde Larrère )
  • Les renoncements ( Eloïse Dreure )
  • La Marseillaise de la Capelette ( Maurice Gouiran )
  • Faut-il savoir terminer une grève ? ( Laurent Mely-Dumortier )
  • Ma blonde, entends-tu… ( Renault Poulain-Argiolas )
  • La soie du pauvre ( Paola Pigani )
  • Henri et le Front populaire ( Morgan Poggioli )
  • Citroën ( Jacques Prévert † )
  • Un écrivain à Paris ( Thomas Cantaloube )
  • D’un jeudi à l’autre ( Alexandre Courban )
  • « Tout est possible » ( Marek Corbel )
  • Dix ans ( Emmanuel Defouloy )
  • La gloire de Nénesse ( Patrick Amand )
  • Fronts de fraternité ( Serge Utgé-Roy )
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Alexandre COURBAN - Place de la Victoire, 1936

9 Mai 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Polar historique

Alexandre COURBAN - Place de la Victoire, 1936

En 2024 les Éditions Agullo commençaient la publication d’une fresque historique dans le Paris industrieux des années 1930 propice au portrait social d’un monde ouvrier dominant en nombre mais dominé par un capitalisme triomphant. Les ouvriers peinent à faire entendre leurs souffrances et un avenir encore plus sombre se profile avec la montée du fascisme ailleurs en Europe. « Passage de l’Avenir » est le premier titre de cette série et a pour cadre principal en 1934 et la raffinerie sucrière de la Jamaïque ( voir ICI ). Puis est arrivé « Rue de l’Espérance » avec le portrait en 1935 des usines aéronautiques Gnome et Rhône ( voir ICI ). La victoire tant attendue se produit en 1936 avec l’arrivée au pouvoir du Front populaire suite aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936.

Les romans d’Alexandre Courban se situent sur des frontières. La période historique qu’il explore est une époque charnière avec les premières avancées sociales majeures encore en vigueur aujourd’hui et les dernières années de Paix avant que des armées ne violent les frontières. Les romans d’Alexandre Courban sont également à la frontière de plusieurs littératures. Roman historique, roman social, roman noir, roman policier historique, il y a un peu de tout cela avec cet autyeur et le résultat est aussi plaisant qu’instructif.

Alexandre Courban maitrise l’Histoire ouvrière des années 1930, c’est le fruit de ses recherches sur le journal L’Humanité. Ses personnages fictifs sont habilement choisis et contribuent à la réussite romanesque de ses récits. Bornec le flic et Funel le journaliste enquêtent efficacement dans leurs domaines respectifs. La jeune et dynamique Camille ancienne sucrière de la Jamaïque devenue photographe est l’actrice de charme de la difficile conditions des femmes.

Ces trois personnages récurrents jalonnent le récit des journées de fin mai à fin juin 1936 suivant la victoire électorale du Front populaire. Le récit de l’auteur met l’accent sur les grèves, l’occasion de revenir dans les usines évoquées dans les deux premiers tomes de sa série ainsi que dans la Doyenne, usine automobile Panhard & Levassor.  Les grèves sont menées pour signifier que les promesses électorales doivent être mises en œuvre tant par le gouvernement que par le patronat. Rien ne manque à ce tableau historique et social, les syndicats, les partis politiques, le patronat, la presse de tous bords, l’antisémitisme envers Léon Blum, l’activisme d’extrême droite  jusqu’à ce fameux moment où il faut bien arrêter une grève.

Le commissaire Bornec a un rôle que je qualifierait d’effacé, sa personnalité taciturne y est pour beaucoup. Il obéit aux ordres, sans broncher. Mais ses connaissances des criminels l’incitent à ne pas perdre de vue la mort du gardien de nuit de la Doyenne causée par une chute mortelle, accident ou meurtre ? Il fouille dans le passé de la victime convaincu que la solution s’y trouve. Le fil ténu de cette enquête se révèle finalement indispensable pour la cohésion de la fresque historique et le final enrichit le tableau des mentalités de l’époque.

Alexandre COURBAN – Place de la Victoire, 1936. Parution le 5 mars 2026, Éditions Agullo. ISBN 9782382461556 .

Présentation éditeur : Paris, 25 mai 1936. Gabriel Funel, journaliste à L’Humanité, se réveille pour la première fois dans l’appartement de la photographe Camille Dubois. La veille, ils ont couvert le rassemblement historique de plus d’un demi-million de personnes réunies place de la Nation à l’initiative du Front populaire.

Quelques jours plus tard, alors que les grèves massives se multiplient, un drame frappe la plus ancienne usine automobile parisienne : Pierre Augustin, l’étrange et solitaire gardien de la Doyenne, est retrouvé mort au pied des ateliers de la Porte d’Ivry.

Chargé de l’affaire, le commissaire Bornec se heurte à un mur : 2000 métallos  de la Doyenne en grève interdisent toute présence policière. Aux côtés de son nouvel adjoint, l’inspecteur principal Béziat, il avance en terrain miné, tandis que Funel et Camille circulent librement dans l’usine occupée, menant leur propre enquête.

Dans un climat politique et social tendu où les passions se font de plus en plus explosives, chacun joue sa partie et il est plus difficile que jamais de dire où se cache la vérité.

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Pietro SPIRITO - La nuit sur la frontière

30 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Espionnage

Pietro SPIRITO - La nuit sur la frontière

Parfois c’est le titre, ou l’auteur, ou l’éditeur, ou l’image de couverture. Parfois c’est le hasard. Cette fois-ci c’est la présentation de l’éditeur ( bravo aux Éditions Métailié ) qui m’a convaincu de lire le premier roman traduit en français de l’auteur italien Pietro Spirito. Avec tant de mots clés prometteurs dans ce résumé, difficile de résister à la tentation de lire ce roman et je n’ai pas été déçu.

Nid d’espions est le bon mot. Ettore Salassi en est un sous couvert de journalisme. Et il y en a d’autres c’est sûr, tout le monde a un comportement suspect et pendant la guerre froide cela ne pardonne pas. Pour preuve le jeune militaire dont le cadavre a été repêché en mer tué d’un coup de pistolet travaillait pour le renseignement de la défense italienne. Salassi est chargé d’éclaircir cet assassinat. Trieste une ville perpétuellement ballotée d’un côté à l’autre d’une frontière a toujours vécu dans une sorte de conflit larvé.  Loin de stabiliser la situation, le Rideau de fer ne fait ici qu’exacerber les tensions avec d’un côté l’Occident, de l’autre la Yougoslavie que de nombreux slovènes fuient. Parmi les réfugiés, la jeune et belle Maja qu’Ettore voudrait bien séduire. Mais Maja est peut-être une espionne à la solde de Tito et infiltrée parmi les réfugiés ?

Ettore Salassi est un journaliste doué et un bon agent de renseignements. Ses investigations sur la mort du jeune soldat le mènent sur des pistes intéressantes, trafics crapuleux avec la Yougoslavie en Mer Adriatique, agissements de l’extrême droite italienne au sein des casernes. Mais aucune n’aboutit. Le temps passe. Il faut être patient.

Intéressons-nous à Ettore Salassi. Au fil des pages, son comportement devient de plus en plus suspect. Son passé n’est pas clair, la part de clandestinité qu’implique l’espionnage est pratique pour dissimuler. De quel côté a-t-il été pendant la période mussolinienne ? Et puis sa manie de voler des livres dans les librairies laisse planer toute sorte de suppositions.

Pietro Spirito n’a pas son pareil pour faire douter le lecteur et parfois le tromper. Tout contribue à l’égarer, à le semer comme lors d’une filature qui finit mal, ou bien. Cela dépend du camp pour lequel on travaille. Les saisons défilent sans que l’on sache clairement de quelle année. Il y a aussi des retours en arrière, c’est pratique pour expliquer un évènement mais c’est également propice à faire naître une nouvelle énigme.

Pietro Spirito surprend par les qualités de son roman d’espionnage à la John Le Carré. Son récit est un véritable puzzle que le lecteur reconstitue avec de subtiles indices. Il crée et entretient une ambiance où la frontière entre vérité et mensonges est constamment floue. Il fait également appel à un contexte historique propice au complot et à la tension géopolitique, l’ensemble est soigneusement inséré à Trieste, une ville que je n’imaginais pas cristalliser autant de tensions pendant la guerre froide ( je vous laisse découvrir la date exacte dans cette passionnante lecture ainsi que de nombreux épisodes méconnus survenus dans ce coin d’Europe ).

Pietro SPIRITO – La nuit sur la frontière. Titre original « È notte sul confine » ( Italie 2025 ). Traduite de l’italien par Anne Echenoz et Serge Quadruppani pour les Éditions Métailié. Parution le 13 mars 2026. ISBN 9791022615228 .

Présentation éditeur : Trieste, nid d’espions ?  Entre le brouillard et les ombres de la guerre froide, un journaliste hanté découvre que la frontière la plus dangereuse n’est pas celle entre les pays, mais celle entre vérité et mensonge. Après la guerre, le rideau de fer coupe l’Europe en deux et les frontières deviennent des zones périlleuses et mystérieuses, en particulier celle qui sépare l’Italie de la Yougoslavie tout près de Trieste, sur la mer Adriatique. Dans le décor rare et fascinant de cette cité à la croisée de trois mondes, le journaliste Ettore Salassi, héros complexe et inoubliable rongé par la culpabilité, se trouve compromis dans la recherche d’informations secrètes pour un énigmatique service de renseignements. Sans le vouloir, Salassi se retrouve au milieu d’une affaire qui mêle une tentative de coup d’État et la disparition d’un jeune militaire. Entre le brouillard et les ombres de la guerre froide, un grand roman noir historique, mêlant thriller politique et récit d’espionnage, nostalgie et suspense.

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Gabriel KATZ - L'assassin de Pigalle

25 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Polar historique

Gabriel KATZ  -  L'assassin de Pigalle

L’inspecteur Max Weber inspecteur débutant à la Crime parisienne aurait pu plus mal tombé pour sa première enquête : septembre 1944 Antoine Moray a été assassiné et le coupable évident est arrêté sur les lieux du crime. L’assassin de Pigalle, un certain Mendel Jankovic n’a pas la volonté de se battre, muré dans le silence, son passé semble se limiter à sa détention à Auschwitz d’où il a été récemment libéré. Mais c’était sans compter avec Augustine Derval, jeune avocate commise d’office de Jankovic. L’assassiné de Pigalle était un ancien collabo, s’il est prouvé que Jankovic a été sa victime le juge pourrait faire preuve de clémence. Le temps est compté, Weber a tout juste un mois avant le procès pour fouiller dans le passé de Moray, gestapiste de la sinistre Carlingue, officine qui depuis la rue Lauriston a terrorisé Paris occupé par les nazis. Oui mais voilà les archives de la Carlingue ont été détruites, ses chefs condamnés à mort et exécutés. Aucun témoin de cette période ne se souvient de rien.

Weber et Augustine Derval  se perdent dans des impasses. Habilement l’auteur ouvre une page sombre de l’Histoire de la seconde Guerre mondiale. Il fait raconter à Antoine Moray son passé de petit antiquaire véreux, arrêté et emprisonné à Fresne avant d’être réquisitionné en juillet 1940 par Henri Lafont. Dès lors Moray va participer aux vols en tout genre perpétrés au profit de l’occupant allemand sans oublier de se servir grassement au passage. Son implication dans les violences et plus nuancée. L’épopée sanglante de la Carlingue est racontée dans le détail, c’est Moray qui parle avec son vocabulaire et son parlé de truand. La reconstitution de Gabriel Katz est une bonne prestation historique. Le parcours de la Carlingue est une suite d’horreurs, au début vols le jour et cabarets la nuit où se produisent les célébrités de l’époque, Suzy Delair ou Tino Rossi, en feignant d’ignorer les agissements criminels de leur public à la fortune spoliée. Toute l’histoire sinistre de la Carlingue défile, vols suivis de tortures et de traques manu militari en véritable milice contre la Résistance avec comme point d’orgue les exactions de Tulle en mars 1944.

Poser des questions peut se révéler dangereux. Weber l’apprend à ses dépens. Mais c’est un ancien combattant de la 101ème aéroporté, il sait se défendre à défaut d’être un enquêteur perspicace. S’intéresser à la Carlingue et à la collaboration après la guerre peut compromettre les nouvelles vies de pseudo résistants de la dernière heure et désormais intégrés dans la France en reconstruction. Le taciturne Weber et la dynamique Augustine ne sont pas au bout de leurs surprises et le lecteur également puisque Gabriel Katz a concocté un final bluffant.

Gabriel KATZ – L’assassin de Pigalle. Parution le 8 avrils 2026, City Éditions. ISBN 9782824625782 .

Présentation éditeur : Paris, 1945. Alors que la guerre vient tout juste de se terminer, un cadavre est découvert dans un hôtel borgne de Pigalle. L’assassin, arrêté sur les lieux, est un vagabond, dont la dernière adresse était le camp d’Auschwitz.
L’homme qu’il a tué d’une balle dans la tête était un antiquaire véreux, un petit escroc sans envergure qui aurait été membre de « la Carlingue », la Gestapo française. C’est en tout cas ce que son assassin affirme. Mais rien ne le prouve, si ce n’est sa parole…
L’affaire est confiée à Max Weber, un flic désabusé que sa hiérarchie pousse à classer l’affaire. Personne n’a envie que ce fait-divers ravive les blessures de la guerre. Personne sauf Weber, que cette cause perdue sort de sa torpeur. Il va creuser. Et ce qu’il va découvrir est au-delà de l’imaginable… 

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Didier DAENINCKX - Les maisons parachutées

22 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Roman historique

Didier DAENINCKX - Les maisons parachutées

Bien sûr Didier Daeninckx n’a jamais arrêté de nous donner des nouvelles et en 2024 il a  écrit le scénario d’une bande dessinée pour commémorer la panthéonisation de Missak Manouchian. Mais c’est quand même une immense joie de le retrouver auteur d’un roman paru début avril chez Gallimard dans « La Blanche » bien que ce soit un roman noir.

Avec Les Maisons parachutées Didier Daenincks fouille dans l’Histoire. Il cherche pour exhumer les faits oubliés à force d’être cachés. Cette fois il a choisi l’année 1952. Que s’est-il passé cette année-là ? Pour compliquer son travail l’auteur s’intéresse à une région pas banale, le Nivernais. Que s’est-il passé en 1952 dans les petites villes de Nevers, Imphy et Decize. Didier Daeninckx a sans doute consulté des piles entières de journaux, noté de multiples faits divers puis élargi son champ de recherches avant d’ordonner, de regrouper. Il a sans doute élagué, imaginé aussi tout en restant dans le plausible. Il ne se contente pas d’évoquer, il sait quand il faut insister et surtout ne pas simplifier comme dans une investigation journalistique mais pour transmettre ses informations il choisit d’en faire le récit à la manière d’une enquête minutieuse d’un flic ordinaire. Le résultat est un formidable roman noir historique : Didier Daeninckx est un raconteur d’histoires hors pair.

Début de l’été 1952 alors que Nevers est dans l’effervescence des préparatifs de l’arrivée d’une étape du Tour de France, l’inspecteur Philippe Orbec se voit confier une enquête dont il se serait bien passé . Trois cadavres ont été exhumés lors de travaux dans une ferme isolée près d’Imphy. Tout le dérange, le déstabilise et l’inquiète dans cette enquête. Le lieu tout d’abord, c’est tout près de l’endroit où son père est décédé à la Libération dans des circonstances qu’il n’a jamais voulu éclaircir.  Et puis l’assassinat des trois inconnus n’est pas banal, une exécution, une balle dans la tête les mains attachées dans le dos avec du fil de fer.

Orbec n’a qu’un indice, une mystérieuse inscription sur un bracelet porté par une des victimes et une date approximative pour leur exécution, entre 1946 et 1948 d’après le légiste. A l’époque la presse locale a-t-elle parlé de ces trois disparitions ? Orbec lit et relit les journaux de l’époque, épluche les rapports de police. Il découvre les blessures de l’épuration et en profite pour reconstituer une partie du drame vécu par sa famille qu’il a jusqu’à maintenant laissé dans le brouillard. L’inscription sur le bracelet l’oriente vers les rescapés des camps de concentration. Les horreurs du camp de Mauthausen lui sont racontées. Il questionne d’anciens résistants, son regard se porte sur les luttes ouvrières menées dans l’aciérie toute proche d’Imphy et sur les pollutions au voisinage de l'usine chimique Lambiotte à Prémery.

Pour les besoins de son enquête l’inspecteur Orbec voyage beaucoup. Sur la route de Charentes il passe par Déols où des milliers de soldats américains construisent un gigantesque camp militaire. En Val de Seine à Bolbec, l’industrie textile est à son apogée. Pendant ce temps Gabin passe au cinéma, Jack Ralite est chauffeur et dans la banlieue parisienne industrieuse, le PCF procède à des purges.  Rien n’échappe au regard averti de Didier Daeninckx, l’année 1952 se dévoile, série de photos sépias, certaines regardées avec nostalgie, d’autres avec surprise.

Didier Daeninckx ne perd pas de vue ses intrigues, les trois inconnus exécutés et la mort suspecte du père de l’inspecteur Orbec. Ce dernier découvre que dans l’enfer de Mauthausen de la fausse monnaie a été fabriquée, des sommes astronomiques destinées à asphyxier l’économie anglaise et américaine. Ce trésor du Reich a dû attiser bien des convoitises ! Il reçoit les confidences d’un responsable de la Banque de France et d’un chercheur du CNRS. Il retrouve la trace de criminels nazis et découvre des savants allemands ayant travaillé pour l'armée allemande avant d'être réquisitionnés par les industriels français. Didier Daeninckx n’a pas son pareil pour raconter la petite et la grande Histoire sans occulter le passé qui ne passe pas.

Didier DAENINCKX – Les maisons parachutées . Parution le 2 avril 2026, collection Blanche des Éditions Gallimard. ISBN 9782073032218.

Présentation éditeur : En 1952, à Nevers, l'inspecteur Philippe Orbec est chargé d'une enquête qui concerne trois cadavres retrouvés dans un chantier de reconstruction. Orbec, fils d'un policier injustement abattu par la Résistance, va suivre le fil de son enquête, qui le mènera à Mauthausen, ou plus exactement à Redl-Zipf, une annexe du camp d'extermination par le travail. Les trois hommes, liés à des faussaires de grand talent, ont côtoyé à Redl-Zipf un commando juif très spécial, dont le travail consistait à fabriquer de faux billets américains et anglais destinés à déstabiliser les économies alliées. Une partie de ces billets ont circulé en France après la Libération, et Orbec se demande s'ils n'ont pas été détournés par des pseudo-résistants qui ont à cette occasion amassé des fortunes et bâti de belles résidences surnommées depuis "les maisons parachutées". Ce roman de Didier Daeninckx, formidablement documenté et en partie inspiré de l'histoire de sa famille, éclaire d'un jour singulier des opérations secrètes menées par les nazis à partir de camps de concentration et certains aspects méconnus de l'immédiate après-guerre, comme le rôle des savants du IIIème Reich dans la reconstruction de l'aviation et dans le développement de la balistique et du nucléaire.

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Pierre OLIVIER - Gestapo Berger

9 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Espionnage, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Pierre OLIVIER  -  Gestapo Berger

L’auteur Pierre Olivier s’est inscrit dans ma mémoire dès lors qu’il a été le lauréat en 2023 du Prix du roman d’espionnage décerné par l’Amicale des anciens des services spéciaux de la Défense nationale et les Éditions Konfident, pour son excellent roman « Lorsque tous trahiront » ( voir ICI ) avec un personnage principal détestable au possible, ex-lieutenant de la LVF ayant combattu à la fin de la seconde Guerre mondiale sur le front de l’Est aux côtés des nazis avant de rejoindre tout le gratin des collabos français réfugiés dans le Sud de l’Allemagne dans les environs de Sigmaringen. La fin de ce premier opus entrouvrait la porte vers une suite qui vient d’arriver avec un titre énigmatique.

Le lecteur retrouve ce lieutenant ( son nom n’est toujours pas dévoilé ) aux arrêts. Il ne nie rien de son passé, hors de question qu’il trahisse sa haine du communisme. Le contre-espionnage de la 1ère Armée française l’interroge d’abord à Lindau près du lieu de son arrestation puis à Wildbad non loin de Baden-Baden où le QG de la Zone d’Occupation Française a ses quartiers. Finalement le lieutenant s’en sort bien, la vie à Wildbad n’est pas désagréable entre interrogatoires, classements d’archives et traductions jusqu’à ce qu’un certain capitaine Dumont lui propose une bien curieuse mission qu’il ne peut qu’accepter puisqu’elle lui permet d’échapper à une justice française particulièrement sévère envers les collabos à la fin de l’été 1945.

Notre lieutenant collabo participe à la traque d’un criminel nazi nommé Friedrich Berger, agent allemand de sinistre réputation ayant dirigé l’officine gestapiste de la rue de la Pompe à Paris. Berger est en fuite en Italie, sans doute aux mains des anglais. Le lieutenant et son équipe, depuis Milan, montent une opération destinée à attirer Berger dans un piège et le capturer.

Pierre Olivier n’a pas son pareil pour construire des ambiances. Dans le Milan d’après-guerre parfaitement reconstitué, le lieutenant est au travail, s’invente une légende, manipule des connaissances que Berger ne manquera pas d’écouter. Il faut faire preuve de patience, apprivoiser le temps pendant presque un an avec des filatures incertaines, des planques interminables qui ne donnent rien, infiltrer, toucher au but et puis un grain de sable fait tout échouer. Il faut repartir de zéro. J’ai été totalement absorbé par ce récit savoureux où se mêlent espions et gangsters, fiction et Histoire. C’est complexe, il faut être attentif, le lecteur est mis à contribution mais quel régal ! J’ai repéré des changements dans l’état d’esprit du lieutenant. Il s’investit totalement dans SA mission pour SON service comme s’il avait oublié son passé et ses combats d’autrefois.

Le lieutenant est devenu un agent respecté du contre-espionnage français. Une nouvelle ambiance s’installe en même temps qu’un nouveau conflit se profile. La guerre froide commence, l’ennemi n’est plus le même. De nouvelles alliances se font, des rapprochements inattendus s’opèrent. Une nouvelle histoire se profile pour notre lieutenant, une autre aventure commence avec une nouvelle frontière celle tracée par le rideau de fer, Il n’en a pas fini avec Berger même si son passé de gestapiste criminel est peu à peu oublié. Il y aura une suite, dans une autre ambiance, c’est une confidence de Pierre Olivier à la fin de ce deuxième tome. C’est une excellente nouvelle pour les lecteurs qui aiment l’espionnage à la manière de John Le Carré. Le renseignement humain a été supplanté par le renseignement technologique et ne laisse pas beaucoup de place au romanesque qui s’est donc emparé des exploits militaires de services action

Pierre OLIVIER – Gestapo Berger . Parution le 12 mars 2026, Éditions Konfident. ISBN 9782493837097 .

Présentation éditeur : Friedrich Berger : le chef de la Gestapo de la rue de la Pompe, à Paris, pendant l'Occupation.
Friedrich Berger : le responsable du massacre de la cascade du Bois de Boulogne.
Friedrich Berger, le pire des criminels de guerre recherchés par les autorités françaises, a disparu. On a perdu sa trace à Milan en 1945.

Pour le retrouver, le service de contre-espionnage est résolu à tout tenter. Et pour pénétrer les filières d'évasion mises sur pied par le Vatican afin de venir en aide aux nazis, quoi de mieux qu'un collabo, ancien sous-lieutenant sur le front de l'Est, désireux de se racheter une conduite?

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Frank GOLDAMMER - Mille diables

6 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Polar historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Frank GOLDAMMER - Mille diables

Le capitaine Max Heller de la criminelle de Dresde à la fin de la seconde Guerre mondiale est-il en passe de devenir le flic d’un polar historique de série de l’autre côté du rideau de fer ? Cela y ressemble. « Mille diables » fait suite à « L’épouvantail de Dresde » ( voir ICI ). Je peux pas m’empêcher de penser que le véritable déclanchement de l’Histoire de Dresde pendant la Guerre froide s’est produit lors du bombardement de la ville par les alliés occidentaux. Relativement épargnée jusqu’alors, Dresde a pour ainsi dire été rasée en trois jours, du 13 au 15 février 1945. Quelques semaines après, la dictature nazie est remplacée par celle de l’Armée rouge.

Dans ce deuxième roman, Frank Goldammer s’attache avec beaucoup de soins à reconstituer les changements administratifs et politiques imposés par l’occupant soviétique dans cette parte de l’Allemagne qui n’est pas encore la RDA mais seulement une Zone d’Occupation où les soviétiques règnent en maître et imposent le SED ( pour simplifier ce sont les communistes allemands ). L’auteur réussit d’une belle manière sa reconstitution historique et j’ai très apprécié l’assemblage du puzzle qui progressivement dévoile le visage de ce que sera la RDA en octobre 1949. Les changements administratifs sont expliqués et s’accompagnent de la prise en compte des mentalités, domination sans scrupules du côté soviétiques avec des services secrets dont l’action ne diffère pas fondamentalement de la Gestapo, et de l’autre le sentiment de culpabilité d’un peuple allemand désorienté, de nouveau victime d’une dictature provoquée par celle qu’il n’a pas vu venir suite à son vote de 1933.

Parlons un peu de l’intrigue de ce roman et de l’enquête menée par Max Heller dans le froid polaire de février 1947. L’inspecteur n’a pas la tache facile puisque la victime est un militaire soviétique qui a été poignardé sans doute avec une baïonnette. C’est le deuxième officier russe assassiné en quelques jours et il n’y aura pas d’enquête puisque le MVD du colonel Ovtcharov ( police secrète du ministère de l’intérieur de L’URSS ) en a décidé ainsi. Max Heller est opiniâtre et n’abandonne pas ses recherches avec comme point de départ une tête coupée retrouvée dans un sac et qui va l’emmener dans des cabarets louches réservés aux soviétiques et auprès de malheureux orphelins livrés à eux-mêmes. Ce volet polar du roman ne m’a pas totalement convaincu avec des situations et certains personnages rencontrés pas très crédibles. Je me demande si une énigme simple et classique n’aurait pas mieux mis en valeur la reconstitution historique et permis d’enrichir la relation d’Heller avec le Général de division Medvedev. Même si c’est un détail, la traduction est parfois hésitante. Medvedev ( est le général qui ) commande le SMAD de Dresde ( administration militaire soviétique ) et cela ne lui donne pas le grade de Commandant qui lui est parfois attribué. Il est Général ( certes commandant le SMAD ) et le reste depuis le tome 1 où il entre en scène.

« Mille diables » renferme quelques défauts de jeunesse. En langue allemande pas moins de huit romans sont consacrés à Max Heller et je reste curieux à l’idée de découvrir la RDA dont l’Histoire doit bien cacher des noirs secrets. Et puis il y a des jalons laissés par Frank Goldammer qui marquent des pistes à approfondir comme celle des deux fils de Max et de son épouse Karin. Le premier Karl vient de rentrer à Dresde après avoir été prisonnier en URSS et le second Erwin vit à l’Ouest, à Cologne après avoir été libéré par les occidentaux. Tout cela est prometteur et à surveiller, le Masque a toujours caché de bons polars.

Frank GOLDAMMER – Mille diables . Titre original « Tausend Teufel » ( Allemagne 2017 ) traduit de l’allemand par Justine Coquel pour les Éditions du Masque. Parution 14 janvier 2026, ISBN 9782702451144.

Présentation éditeur : Dresde, février 1947. Située dans la zone d’occupation soviétique, la ville n’est qu’un désert de ruines. Au coeur de l’hiver glacial, la vie est rythmée par la maladie et la faim.

Un matin, un homme est retrouvé mort sur les rives de l’Elbe. La victime semble être un soldat de l’Armée rouge, et avant que l’inspecteur Max Heller ne puisse réagir, les militaires russes saisissent le cadavre et lui interdisent de s’en approcher. Il ne reste qu’une mare de sang sur la neige et un sac à dos abandonné. À l’intérieur, l’inspecteur y découvre une tête humaine.

Commence alors pour Heller une enquête éreintante, constamment aux prises avec sa hiérarchie soumise à la pression politique. Malgré le peu de moyens à sa disposition, malgré la population qui se renferme sur elle-même pour survivre, parviendra-t-il à remonter la piste de l’homme décapité ?

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Marin LEDUN - Eiao

2 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir

Marin LEDUN  -  Eiao

La dernière phrase du roman Henua ( Série Noire – Marin Ledun - voir ICI ) retranscrit une pensée de Tepano Morel pour sa mère : « Morel … se dit que si seulement il le lui avait demandé, Simone Hauata lui aurait peut-être raconté son histoire ». Cette histoire se déroule en partie sur la petite île d’Eiao où Simone alors âgée de 19 ans a été employée comme cuisinière pour l’Arvecom. Nous sommes en juillet 1972, un détachement d’une centaine de personnes, des militaires, des ingénieures venus de métropole et des ouvriers polynésiens sont envoyés sur l’île déserte d’Eiao située à une centaine de kilomètres de Nuku Hiva pour y effectuer des forages miniers bien que l’île soit protégée par l’Unesco pour la richesse de ses habitats naturels. C’est la première fois que la jeune Simone quitte son île natale et ses parents mais c’est aussi sa première chance, son premier emploi son premier salaire et l’inconnu qui s’ouvre devant elle est vite submergé par l’insouciance.  

Simone n’a d’yeux que pour Tahi, un manœuvre. Ils vont s’aimer, en secret. Tout est secret sur Eiao. Un secret atomique. Tout est mensonge sur Eiao, les forages n’ont rien de miniers, ils sont effectués « en vue d’y planter des graines atomiques souterraines » comme à Mururoa et Fangatofa. Simone peine à croire les confidences de Tahi, il raconte et le lecteur (re)découvre l’Histoire des essais nucléaires militaires menés par la France dans le Pacifique. Pour Tahi il n’y a rien de pacifique dans ces essais criminels qui marque d’une nouvelle empreinte tragique le destin colonial et la lente extermination physique, sociale et culturelle de son peuple. Il y a beaucoup de rage dans son constat, l’envi de dénoncer et de résister.

Simone prend conscience des violences du passé, des magouilles et des mensonges du présent et des nuages ( atomiques ) qui menacent le futur. Peu à peu elle épouse la cause de Tahi, entre en résistance et mène des actions clandestines, à son modeste niveau. Elle fait passer en cachette des lettres dénonçant ce qui se prépare en secret à Eiao. Simone résiste pacifiquement alors que Tahi se montre plus radical. Mais il ne s’agit que de luttes illusoires, sans perspective de victoire. Quel scandale que l’Histoire coloniale ! Quelle désillusion et quel gâchis humain racontés par Marin Ledun dans un roman court  dont l’excellence réside dans son écriture tantôt douce comme l’amour entre Simone et Tahi, tantôt âpre comme la vérité noire que recèle l’Histoire.

Eiao  -  Marin Ledun . Parution le 9 janvier 2026, Éditions Au vent des îles ( Tahiti, Polynésie française ). ISBN 9782367346540.

Présentation éditeur : En Polynésie, dans les années 1970, la France mène des essais nucléaires qui meurtrissent la région et mettent en danger ses habitants ainsi que sa faune et sa flore. Quand elle arrive à Eiao en 1972, à 19 ans, Simone pense avoir été embauchée par une compagnie de forage minier, mais l’Arvecom semble cacher ses véritables intentions… Au contact d’autres employés et du mystérieux Tahi, elle s’engage dans une lutte qui la dépasse.                                                    En explorant les îles des Marquises et la jeunesse de la mère du futur lieutenant Morel de son roman Henua, Marin Ledun plonge dans un passé tourmenté et tumultueux, et nous entraîne dans une histoire d’amour radioactive.

Site internet de l’éditeur Au vent des îles : https://auventdesiles.pf/

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Vincent EJARQUE au Festival Quais du Polar

24 Mars 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #roman noir, #Roman historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Bibliographies - Actualités littéraires

Vincent EJARQUE au Festival Quais du Polar

Début avril les best-sellers polars sont à l’honneur. Avec le festival Quai du Polar ( la 22ème édition ouvre ses portes du 3 au 5 avril ) les lecteurs deviennent des fans et peuvent rencontrer des stars internationales et obtenir des autographes ( dédicaces en littérature ) en contrepartie parfois de longues attentes que je n’ai jamais trouvées lassantes car elles permettent d’échanger entre lecteurs passionnés.

Le programme de Quais du Polar est toujours d’une richesse inouïe. Cette année plus de 130 auteurs venus de 4 continents ont été invités pour parler bien sûr polar mais il sera aussi question d’Histoire ( programmation complète ICI ). Il faut prendre le temps de flâner et de fouiller, c’est un plaisir que les lecteurs adorent, ils auraient tort de s’en priver. A Quais du Polar il y en a forcément un livre à dénicher et un auteur à découvrir.

Attardons nous sur Vincent Ejarque publié par Nouveau Monde Éditions dans la jeune collection « Sang-froid » ( elle doit avoir juste 3 ans si je me souviens bien ). « Sang-froid » propose des romans de qualité dans des genres variés et mêlés ( polar, espionnage, Histoire ), des titres récents ou anciens, parfois inédits, le tout au format poche ( ce qui implique un prix modique ) et avec une belle chartre graphique facilement repérable ( site internet de Nouveau Monde éditions ICI ).

Deux romans de Vincent Ejarque figurent au catalogue « Sang-froid ». Le premier intitulé « Un sang d’encre » a été le lauréat 2024 du Prix du Roman Noir Historique attribué dans le cadre des réputés Rendez-Vous de l’Histoire de Blois. Ce roman noir historique mélange les genres. C’est un polar ( présentement un journaliste enquête ) teinté d’Histoire ( en l’occurrence celle des années 1980 avec les conséquences toujours perceptibles de la Guerre d’Algérie ) avec une forte connotation sociale et politique. L’auteur réussit la délicate alchimie de ces thématiques variées.

Le second a pour titre « Les spectres d’Alger » et vient de paraître ( le 11 mars 2026 ). Il raconte les derniers mois de la Guerre d’Algérie, récit d’un conflit qui s’achève dans le chaos, dans la clandestinité pour ceux qui ont une ultime mission à accomplir ou des comptes à régler et parfois même dans le banditisme pour les sans foi ni loi. Alger est un personnage à part entière de ce roman qui mêle amour et violence.

Des liens relient les deux romans de Vincent Ejarque. Tout d’abord c’est écrit avec dextérité. Style fluide, atmosphères d’époque bien reconstituées et intrigues efficaces rendent la lecture addictive. La continuité historique constitue également un fil solide et apporte de la cohérence à l’ensemble ce qui m’incite à conseiller d’acheter ces deux romans et de lire en premier « Les spectres d’Alger »

Vincent Éjarque – Les spectres d’Alger . Parution le 11 mars 2026, Nouveau Monde Éditions. 488 pages, 10.90 €. ISBN 9782380947915.

Vincent Éjarque – Un sang d’encre . Parution avril 2025, Nouveau Monde Éditions. 416 pages, 10.50 €. ISBN 9782380946789.

Mes chroniques détaillées des romans de Vincent Éjarque : voir ICI  et  .

Vincent EJARQUE au Festival Quais du Polar
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