L’essor du renseignement moderne : une histoire mondiale de l’espionnage
J’en suis venu à m’intéresser à l’espionnage grâce au roman. John Le Carré y est pour beaucoup mais des auteurs de mauvais genres y ont aussi contribué, Serge Laforest, plus récemment Tom Clancy en passant par Jean Bruce dont le nom est moins connu que celui de son héros OSS 117.
Revenons à la réalité et à l’Histoire de l’espionnage racontée par Sébastien-Yves Laurent, Peter Jackson ( il est écossais ) et Boris Delagenière. Le terme raconté n’est pas usurpé. Les parcours universitaires du trio d’auteurs pourraient impliquer un exposé magistral et austère. Il n’en est rien, sans trop de détails mais avec l’essentiel, sans notes de bas de pages, la rédaction est simple, directe et abordable. Prenons comme exemple le chapitre 5 - « La Grande Guerre et la naissance du renseignement moderne », il y règne un air d’aventure et d’action avec des expressions qui ne trompent pas, les deux camps, la course vers la mer, recevoir l’ordre et prendre pour cible, s’ajoutent les références à des personnages entrés dans l’imaginaire populaire, Mata Hari et Marthe Richard en tête, et un soucis de simplicité dans le choix d’un vocabulaire propre à la vulgarisation.
Cet ouvrage commence par d’indispensables définitions. J’ai noté qu’à côté du renseignement externe pour appuyer les politiques économiques, extérieures et de défense d’un État, les auteurs n’occultaient pas la surveillance intérieure qui si elle a pour but de protéger la sécurité et l’intégrité de L’État, peut aussi avoir pour but de réprimer l’opposition à un régime. Cette dernière utilisation des renseignements est constamment et largement présente depuis l’antiquité. Le passé lointain n’est pas survolé, c’est un point fort de cet ouvrage que d’y consacrer trois chapitres entiers où le lecteur croise Moïse, Alexandre et Marco Polo avant de côtoyer les « comités de sûreté » nés de la Révolution française. Les auteurs situent la naissance du renseignement moderne consécutivement à la La Grande Guerre. A la fin, la table des matière reprend le plan détaillé de cet historique, Elle permettra à l’avenir de s’y référer pour retrouver en un clin d’œil une époque, de trouver la situation dans une grande puissance à un moment donné ou d’approfondir un contexte particulier, contexte colonial par exemple. Trois longs chapitres sont consacrés à la guerre froide, âge d’or de l’espionnage dont s’est largement inspirée la littérature populaire. Les derniers sujets abordés mettent en avant l’importance croissante du renseignement économique et une collecte par des moyens de plus en plus technologiques.
Chaque chapitre ( il y en a 12 au total ) s’achève par une conclusion utile pour synthétiser mais aussi pour introduire la suite. L’ouvrage a tout pour être une référence et pour à l’avenir y revenir et s’y référer. Je termine par un petit conseil pratique : photocopiez ou détachez les 4 pages listant les sigles et abréviations pour les garder à l’œil en permanence et rendre votre lecture plus fluide et agréable.
L’essor du renseignement moderne : une histoire mondiale de l’espionnage ( ouvrage collectif ). Nouveau monde Éditions et Ministère des Armées. Parution octobre 2025. ISBN 9782380946970 .
Présentation éditeur : Recrutements d’espions à l’étranger, campagnes de désinformation sur les réseaux, exécutions extrajudiciaires, agences techniques procédant à des écoutes dans le monde entier : les déclinaisons du renseignement se multiplient. Ce livre explore les origines du renseignement moderne. Il retrace une histoire mondiale allant de l’Antiquité à nos jours, mettant en exergue les pratiques de l’espionnage, puis leur progressive institutionnalisation, mais aussi les hommes et les femmes qui ont mis en œuvre ces activités singulières. En s’appuyant sur des archives anciennes et contemporaines ainsi que sur une abondante documentation, les auteurs donnent à voir ce qu’a été le renseignement dans la très longue durée, dans une écriture qui conduit jusqu’au temps présent.
Gwenaël BULTEAU - Maudite soit la guerre
Gwenaël Bulteau continue d’explorer la France au tournant des 19 et 20èmes siècles, il a parlé des relations sociales du monde ouvrier alors que s’affirme l’ère industrielle et dénoncé les conquêtes coloniales sanglantes. Son premier roman insistait sur les traumatismes de la défaite française dans la guerre de 1870 contre la coalition d’États allemands dirigée par la Prusse.
Voir ICI mes chroniques de lecture des trois premiers romans historiques et sociaux de Gwenaël Bulteau.
Ce quatrième roman de Gwenaël Bulteau se passe pendant la Première Guerre mondiale et il imagine les interactions entre communautés françaises, d’un côté le monde des partisans de la guerre qu’ils soient sur le front ou à l’arrière et de l’autre ceux qui refusent le soutien et la participation aux combats. La galerie de personnages qu’il met en scène raconte la coexistence quasi-impossible de ces deux mondes. Maudite soit la guerre qui tue et divise !
Les familles parisiennes Dorgel et Guynemer sont d’apparence identique. Les pères combattent sur le front, les mères tentent de subvenir aux besoins de leurs enfants alors que tout est rationné. Maxence sera bientôt en âge d’être mobilisé, moment qu’il attend avec impatience et fierté pour suivre les traces de son héros de père. Maxence Dorgel et Jeanne Guynemer s’aiment et vivent leur vie, lui n’hésite pas à commettre des larcins entraîné par un ami, Jeanne refuse la place qui lui a été assignée et s’essaie dans le monde du théâtre.
Paris, début 1917. Un meurtre a été commis. Philippe Ménard un parfait inconnu a été tué d’une balle dans la modeste chambre où il vivait en solitaire. L’expérimenté commissaire Soubielle enquête aidé de l’inspecteur Delmas. Il n’y a pas mieux que les recherches de la Brigade criminelle pour faire découvrir au lecteur un pays en guerre et pour rencontrer des êtres qui aiment, détestent, acceptent ou refusent.
Le commissaire Soubielle est un personnage lisse qui accomplit son travail de flic sans prendre parti. Son passé lui appartient, son présent consiste à enquêter sur la mort de Ménard, accessoirement à traquer les espions, les déserteurs et les réfractaires. C’est avec lui et avec les familles de Jeanne et Maxence que le lecteur croise des soldats fiers de combattre, en permission l’entraide qui règne dans les tranchées vient à leur manquer. D’autres soldats désertent. Des jeunes refusent la conscription d’autres sont fiers de partir au front. Les femmes assurent le travail des hommes notamment dans les usines d’armement. Des gens dénoncent les hommes qui ne sont pas au combat, d’autres les aident. Toute personne à l’arrière vit dans la peur d’apprendre qu’un proche ne revienne pas ou soit mutilé. La haine des allemands est omniprésente y compris vis-à-vis des français qui ont de la famille en Alsace-Lorraine annexée depuis 1871. Gwenaël Bulteau mêle avec lucidité ce chaos de souffrances qui entraînent d’autres souffrances et d’autres morts. J’ai été impressionné par son style d’une parfaite fluidité et sa rigueur que ce soit dans la construction psychologie de ses personnages, la justesse historique, le respect des codes du polar avec ses impasses et ses rebondissements et le dynamisme des scènes d’action liées à la traque d’un espion allemand.
Gwenaël BULTEAU – Maudite soit la guerre . Parution le 5 mars 2026, Éditions La manufacture de livres. ISBN 9782385533113.
Présentation éditeur : 1917. La Grande Guerre a transformé Paris. Les Poilus en permission hantent les rues tandis que les femmes sont mobilisées pour faire fonctionner l’économie du pays. Sentiments patriotiques, peur des espions allemands et traque des déserteurs agitent la ville.
Jeanne, jeune actrice, rêve de scène et d’évasion. Elle aime Maxence, apprenti aux Halles, impatient d’être mobilisé pour accomplir son devoir tout en suivant les traces de son père.
Quand un meurtre frappe leur quartier, le commissaire Soubielle commence à enquêter dans le voisinage. Ce qu’il va découvrir dépasse le banal fait divers : entre secrets de familles enfouis et loyautés déchirées, c’est le poids d’une époque où chaque choix peut dissimuler une trahison.
Gwenaël Bulteau nous plonge dans une fresque familiale et policière au cœur d’un Paris méconnu et à bout de souffle. Avec Maudite soit la guerre, il confirme une fois de plus son talent pour raconter les tourments humains dans les zones d’ombre de l’Histoire, là où le destin des hommes vacille.
Romain SLOCOMBE - Les revenants de l'inspecteur Sadorski
Inutile de présenter Sadorski, après sept récits dont il est le héros ( huit si on compte le roman épistolaire « Monsieur le Commandant » dans lequel il est évoqué ). Avec Sadorski employer le mot « héros » peut prêter à confusion tellement l’individu est détestable. Il faut reconnaître à Romain Slocombe le mérite d’avoir inventé ce personnage qui rassemble toute les facettes du mal de ceux qui ont collaboré avec l’occupant nazi durant la seconde Guerre mondiale. Il y a donc eu de nombreux Sadorski. Dans « Les revenants de l’inspecteur Sadorski », l’ex inspecteur principal adjoint aux renseignements généraux dans un triste Rayon chargé de traquer les juifs et les terroristes, reste dans son rôle de salaud. Pour échapper à l’épuration il est devenu Jules Réquillard et se dissimule parmi les résistants de la dernière heure.
Chaque récit mettant en scène Sadorski est une prouesse historique. Romain Slocombe a réalisé en amont un travail d’investigations en fouillant les archives administratives, rassemblant les journaux de l’époque pour raconter l’Histoire tout en s’attachant à reconstituer le quotidien des parisiens victimes des privations et vivant sous la menace de l’occupant nazi et des salauds comme Sadorski. Dans chaque opus, Romain Slocombe sait se renouveler alliant soucis du détail et contexte historique connu ou plus rarement évoqué dans la littérature noire.
Les revenants de l’inspecteur Sadorski sont les rescapés du STO et les presque mourants et traumatisés à jamais, libérés des camps de concentration et d’exterminations. Nous sommes en mai 1945, la Paix est revenue mais l’épisode nazi n’en finit pas de dévoiler ses horreurs. C’est la première thématique ( et la première partie ) de ce roman habilement insérée et détaillée par l’auteur dans le quotidien des parisiens encore profondément affecté par les privations. Sadorski/Réquillard est gagné par une peur panique de voir parmi les revenants quelqu’un qu’il aurait arrêté et fait déporter. Tout ce qu’il bâtit méthodiquement pour échapper à l’épuration serait alors anéanti. La peur n’évite pas le calcul chez Sadorski le profiteur, il a aussi le secret espoir de voir revenir la jeune et belle Julie.
Sadorski et sa femme Yvette vivent dans une quasi clandestinité et ont besoin d’argent. Alors l’ex flic devient une sorte de détective privé, embauché par Jaakov Avivsohn, un juif chargé par de riches familles de retrouver des œuvres d’art spoliées par les nazis lors de véritables razzias au profit du Reich ou de dignitaires comme Goering. Dans ce contexte, marchands d’art, galeristes, experts, commissaires-priseurs peu scrupuleux ont détourné à leurs profits des valeurs considérables notamment les oeuvres dites dégénérées, confisquées pour être détruites par les nazis. C’est cet épisode que Romain Slocombe raconte de manière érudite et accessible et bien sûr le salaud Sadorski y voit le moyen de se faire beaucoup de fric, un dernier gros coup qui lui permettrait une fois riche de fuir la France où il a été condamné à mort par contumace.
Romain SLOCOMBE – Les revenants de l’inspecteur Sadorski. Parution le 4 septembre 2025, Éditions Robert Laffont, collection La Bête noire. ISBN 978221280171 .
Présentation éditeur : France, mai 1945 : la paix en Europe est sur le point d'être signée. Libérés en même temps que nos prisonniers de 40, les déportés survivants reviennent des camps d'extermination. N'étant pas des porteurs de bonnes nouvelles, ils sont accueillis en conséquence, c'est-à-dire mal.
L'ex-inspecteur Sadorski, révoqué de la police nationale et recherché, se cache avec sa femme Yvette sous un faux nom. Un revenant totalement inattendu débarque chez eux. Sa visite annonce le début de nouveaux ennuis ; et menace la carrière d'un Sadorski devenu " détective d'art ", au service d'un Polonais exilé aux États-Unis dont la mission à Paris est de traquer les chefs-d'œuvre spoliés des collections juives.
Les cadavres ne vont pas tarder à s'accumuler, dans cette peinture au vitriol de l'immédiat après-guerre et des profiteurs les plus éhontés de la collaboration.
Romain SLOCOMBE, bibliographie série Sadorski, autres chroniques de lecture : voir ICI
Frédéric PAULIN - Que s'obscurcissent le soleil et la lumière
Le dernier volet de la trilogie libanaise commence le 17 septembre 1986, jour de l’attentat de la rue de Rennes. Chirac est le Premier Ministre gaulliste d’un président socialiste mais rien ne change les terroristes n’ont pas été terrorisés, les otages français sont toujours détenus à Beyrouth et les manifestants descendent dans les rues de France. Cela sent la tragédie. Pendant ce temps, le Liban n’en finit pas de sombrer dans la guerre civile intercommunautaire. La France pensait régler ce conflit à la manière de l’ancienne puissance coloniale qu’elle a été mais les palabres politiques franco-français n’ont fait que l’impliquer de plus en plus dans une violence aux revendications incertaines avec un flou entretenu par les autorités. La violence de groupuscules est-elle plus acceptable que la violence d’un État, Syrie ou Iran ?
Les acteurs principaux de cette tragédie ont pour nom Sandra, Dixneuf, Caillaux, Nada, Zia, Kellermann, Abdul Rasool al-Amine ; Ils aiment, souffrent, doutent, luttent. Les personnages secondaires s’appellent Mitterrand, Chirac, Pasqua, Marchiani, Boulouque. Ils sont nombreux, garants de la raison d’État mais impuissants face à Khomeini ou Hafez el-Hassad, faisant fi du travail des spécialistes qu’ils ont eux-mêmes mis en place : conseillers, négociateurs, 14ème section antiterroriste du parquet de Paris et services de Police.
Frédéric Paulin sait raconter l’Histoire, les faits incontournables. Le romanesque et la fiction lui permettent d’analyser et de donner avec du recul des éléments de compréhension et de souligner les conséquences humaines. L’Histoire n’est pas modifiée, elle est présentée de manière globale pour faire ressortir la vérité parfois dissimulée et des répercussions oubliées.
Comme dans le tome 1, plus que dans le tome 2, le Liban est au cœur du tome 3. La guerre est devenue intracommunautaire avec la Syrie envahisseur et l’Iran manipulateur. La France en tire une victoire de façade, ses otages sont libérés mais au prix de compromissions et d’un aveuglement qui ne pourra empêcher la guerre ouverte entre chrétiens dont elle revendiquait le soutient . La fiction fait écho à ce gâchis, le lecteur voit les personnages fictifs perdre leurs illusions et sombrer, emportés par le suicide ou gagnés par la vengeance. Les femmes libanaises chiites deviennent des êtres de second rang.
Le polar peut-être historique, il peut analyser un contexte politique et social. Il est alors roman noir historique. Cette trilogie libanaise de Frédéric Paulin en est un parfait exemple en même temps qu’une littérature de grande qualité.
Frédéric PAULIN – Que s’obscurcissent le soleil et la lumière. Parution le 11 septembre 2025, Éditions Agullo. ISBN 9782382461372.
Présentation éditeur : Fin d’année 1986, Paris est à feu et à sang. Il faut alors trouver rapidement un coupable pour calmer l’opinion publique. La piste Abdallah, bien que hautement improbable, est choisie, car la raison d’État prévaut souvent sur la vérité, comme le commissaire Caillaux ne le sait que trop bien. À l’international, Michel Nada a fort à faire car les enjeux sont colossaux : la crise des otages qui dure depuis plusieurs années maintenant vient se mêler de manière toujours plus cynique à la course à la présidence de 1988 entre Mitterrand et Chirac. Au Liban, la guerre reprend de plus belle après une brève accalmie, opposant cette fois les chrétiens entre eux, en plus de la lutte fratricide entre chiites, et le pays se retrouve bientôt avec deux gouvernements. Cette macabre comédie cessera-t-elle un jour ? Dans le dernier volet de sa trilogie libanaise, Frédéric Paulin nous emmène jusqu’aux derniers jours d’un conflit long de quinze ans et qui, comme il avait débuté, s’achève dans le chaos, avec, comme toujours, le peuple libanais pour seul véritable perdant.
Bibliographie de Frédéric Paulin, autres lectures : voir ICI
Valentine IMHOF - Les abandonnés de l'Île Saint-Paul
Saluons la naissance d’une nouvelle série auprès des Éditions de l’Aube en collaboration avec RetroNews le site de la BnF dédié à la presse ancienne. Son nom est L’affaire qui … . Michèle Pedinielli l’a créée et la dirige. Voici comment elle présente cette série :
« Parce que les faits divers et leur traitement médiatique sont des indicateurs précis d’une époque, l’Aube noire s’associe à Retronews, le site de presse de la BnF, pour revenir sur des affaires survenues de la fin du xvıııe siècle jusqu’au milieu du xxe. Dans cette série, des autrices et des auteurs de polar ou de roman noir scrutent, chacun dans son style propre, la société française à travers le prisme de la violence. Les ouvrages sont séquencés par une quinzaine d’illustrations (articles et dessins de presse, photos, gravures…) issues des riches fonds iconographiques de la BnF. »
Format réduit, présentation très soignée, illustrations, prix modéré sont les solides atouts de cette série et je pense que le lecteur y croisera des auteur(e)s venant d’autres maisons d’éditions pour raconter des histoires vraies. Valentine Imhof a écrit la première affaire qui s’est passée dans les années 1930.
Le 3 mars 1930, le navire L’Austral quitte l’Île Saint-Paul isolée en plain milieu de l’Océan Indien à plus de trois milles kilomètres de tout continent. La saison de la pêche à la langouste est terminée. Cédant aux promesses d’Henri Fargon le représentant du concessionnaire, sept employés restent sur place pour veiller sur les installations et assurer un démarrage rapide de la conserverie lors de la reprise de la pêche en octobre prochain. Ils sont sept, six hommes et une femme sur le point d’accoucher, pas de TSF, quelques vivres pour attendre un ravitaillement. Mais aucun bateau ne vient, les mois passent et la mort décime les pauvres Robinsons des mers australes. Ce n’est que le 6 décembre 1930 qu’un bateau accoste à l’Île Saint-Paul. Que s’est-il donc passé au Havre pour expliquer l’abandon de sept êtres humains. Pourquoi tant de retard avant d’entamer une nouvelle saison de pêche ?
Le récit de Valentine Imhof imagine avec justesse l’angoisse et la fatalité qui gagnent les abandonnés dans un environnement hostile bien reconstitué. En plus de cette tragédie, l’auteure analyse son traitement médiatique après le retour des survivants et sa mise en perspective avec la politique coloniale française dont la propagande vante les bienfaits. Dans la presse locale et nationale après des récits insistant sur le sensationnel, l’affaire prend tardivement une tournure politique, L’Humanité a lancé l’offensive mais ce n’est qu’en février 1935 que s’ouvre le procès en dommages et intérêts intenté par les survivants de l’Île Saint-Paul et que Valentine Imhof relate avec autant de rage envers des entrepreneurs sans foi ni loi, que d’empathie pour des êtres humains dont l’oubli a été justifié par des raisons économiques.
L’affaire qui fait la une, L’affaire qui est oubliée, est une série littéraire et historique prometteuse. Comme souligné dans les dernières phrases écrites par Valentine Imhof, la vigilance reste de mise face aux obscures mentalités de politiciens, pour qu’il n’y ait pas L’affaire qui se répète.
Valentine IMHOF – Les abandonnés de l’Île Saint-Paul. Parution le 23 janvier 2026. Série L’affaire qui … de la collection L’Aube noire. Éditions de L’Aube. ISBN 9782815971188 .
Présentation éditeur : Sur cette île où il n’y a rien, il y a un cimetière.
« Ils étaient sept, six hommes et une femme enceinte, six Bretons et un Malgache. En 1930, employés de La Langouste française, ils ont accepté de rester après la saison de pêche pour entretenir les installations de la conserverie sur l’île Saint-Paul, minuscule îlot volcanique au cœur de l’océan Indien. Une sinécure, leur a-t-on assuré?: beaucoup moins de travail pour le même salaire. Presque des vacances?! La relève était attendue au bout de trois mois?: cela en prendra six de plus avant de voir arriver un bateau. Et sur l’île Saint-Paul, il ne reste alors que trois survivants… » Michèle Pedinielli
Lien , site de Retronews, le site de presse de la BnF : voir ICI
Benjamin DIERSTEIN - 14 Juillet
14 juillet 1982, Garden Party de l’Élysée. Mitterrand est Président de la République depuis un an. La chasse aux sorcières et les purges sont terminées, le gouvernement socialiste a mis en place ses pions dans tous les rouages censés assurer la sécurité de la France. Pas un service n’a été épargné, les lois ont évolué, chaque fonctionnaire a désormais une à accomplir, des comptes à rendre. L’inspectrice Jackie Lienard de la DCRG a un job à l’Elysée, directement sous les ordres du conseiller Grossouvre. Elle doit prévenir le chantage, couvrir, protéger dans des histoires de cul à la con.
Rien ne s’est peut-être passé de cette façon mais la trame historique qu’utilise Benjamin Dierstein est bien réelle. Certes Mitterrand n’a peut-être pas joué au golf et à la pétanque comme raconté d’une manière hilarante mais il a bien fallu cacher Mazarine et lorsque les attentats se multiplient, la cellule antiterroriste de l’Elysée a bien vue le jour. L’auteur ne change rien à sa manière de raconter l’Histoire et des histoires. Et c’est tant mieux, il y a toujours autant de précision dans les mots, autant d’action, d’humour et surtout de cohérence pour assembler grâce à la fiction des faits historiques foisonnants et au passage souligne des décisions sans logique. Avec la reprise des attentats, la traque d’Action Directe recommence après la grâce présidentielle de ses membres. Chasser le naturel, il revient au galop, la guerre des polices est de retour et les rivalités entre les ministres font autant de dégâts que les manœuvres en coulisse de l’opposition politique gaulliste pour mettre des bâtons dans les roues du gouvernement socialiste. Alors tout s’effondre.
Ce polar racontant une page de l’Histoire politique de la France est une réussite inouïe, d’inspiration ellroyenne, avec un panache incomparable grâce à des personnages récurrents minutieusement et habilement inventés. Ils sont au bon endroit ( en Corse, à Beyrouth ou dans une boîte de nuit parisienne ) au bon moment pour ne rien rater de cette page d’Histoire et ils croisent les célébrités de l’époque bien dans leur rôle et dont les portraits caricaturaux font plus vrais que nature. Rien n’échappe au regard acéré et un brin espiègle de Benjamin Dierstein, il n’oublie aucun refrain chanté à la radio, ni aucune série de la télé, ni aucune friandise chocolatée que Jackie engloutie convulsivement lors de ses planques. Jackie crève l’écran dans cet épisode alors que tout s’effondre autour d’elle en même temps que les socialistes déçoivent les immenses espoirs qu’avaient faits naître leur élection. L’Histoire devient tragédie avec son lot de morts violentes, de règlements de compte et de vengeances. Le sida brise les festivités parisiennes, les répercussions de la guerre au Liban et du conflit Iran-Irak résonnent jusqu’en France, une crise sociale et économique sans précédent devient le terreau de l’extrême droite.
Tout au long des 2500 pages de cette trilogie ( c’est bien que les Éditions Flammarion aient fait le choix d’une publication resserrée sur une année ) jamais Benjamin Dierstein ne perd de vue son idée de départ, une explosion mortelle en mai 1968 ( racontée dans le prologue du tome 1 ) relayée par un traquenard sanglant au fin fond de l’Afrique ( prologue du tome 2 ) et expliquée à la toute fin de son extraordinaire aventure politique et sociale en puisant sa logique dans les heures sombres de la collaboration durant l’Occupation et qui fait écho à la montée de l’extrême droite lepéniste contemporaine de la fin de ce roman.
Benjamin DIERSTEIN – 14 Juillet – Parution le 7 janvier 2026, Édition Flammarion. ISBN 9782080470775.
Présentation éditeur : Juillet 1982. Les attentats à répétition opérés par Carlos et les services syriens sur le sol français poussent François Mitterrand à s'entourer d'une cellule anti-terroriste composée des plus fins limiers du GIGN, de la PJ et des RG. L'inspectrice Jacquie Lienard va profiter de cette opportunité pour grimper dans la hiérarchie auprès de l'Élysée et s'assurer une place de choix au sein de la lutte contre les groupuscules pro-palestiniens, Action directe et le FLNC. Tout comme Marco Paolini depuis la DST et Robert Vauthier depuis la DGSE, elle traque une ancienne moudjahida du FLN qui répond au nom de Khadidja Ben Bouazza et qui n'est autre que la supérieure directe de l'ex-policier Jean-Louis Gourvennec, devenu convoyeur d'explosifs pour l'extrême gauche révolutionnaire. Au gré des scandales qui secouent la Mitterrandie, des crises successives au sein de Beauvau et de la montée fulgurante de l'extrême droite, tous se dirigent vers un seul point de mire qui leur permettra enfin de découvrir la vérité sur Geronimo et Khadidja Ben Bouazza : Beyrouth. Ce chemin de croix sera aussi celui de la perte de leurs dernières illusions. Le troisième tome d'une saga historique entre satire politique, roman noir et tragédie mondaine, dont les personnages secondaires ont pour nom François Mitterrand, Christian Prouteau, Paul Barril, Charles Pasqua, Gaston Defferre, Jean-Marie Le Pen, Alain Orsoni, Carlos et Jacques Vergès.
Tome 1 "Bleus, blancs, rouges" : voir ICI
Tome 2 "L'Étendard sanglant est levé" : voir ICI
Nicolas JAILLET - Je suis de mon coeur le vampire
Le libraire Pierre de Gondol n’en est pas à sa première enquête. Il a été confronté à une première énigme littéraire sous la plume de Jean-Bernard Pouy en 2000. J.B. a ensuite mis son héros à disposition d’autres auteurs comme il l’avait fait avec Le Poulpe. Pierre de Gondol n’a pas eu une vie aussi feuilletonnesque. Peut-être parce que la mise en scène de ce libraire exigeait une culture littéraire à la J.B. alors que le contexte social est une source inépuisable d’inspiration pour les aventures du Poulpe ( désormais remplacé par sa fille ).
Nicolas Jaillet a écrit le cinquième Pierre de Gondol, un roman tout entier consacré aux livres, aux auteurs ( avec au passage de nombreux clins d’œil rendant un bel hommage à J.B. ) et à Baudelaire. Le poète a dédicacé le poème L’Héautontimorouménos à J.G.F. , une dédicace qui un matin, mystérieusement, se met à hanter les pensées de Pierre de Gondol. Qui se cache derrière ces initiales ?
Nicolas Jaillet mêle habilement le quotidien de ce libraire amoureux des livres et un peu déjanté lorsqu’il fuit la modernité, avec des moments érudits de la vie de Baudelaire. Les recherches de Pierre de Gondol sont quasi mystiques, remplies d’humour et ponctuées de dégustations de vins de cépages. Il n’y a pas de calembours à la J.B. mais des jeux de lettres. L’auteur des Paradis artificiels aurait sans doute aimé le dénouement.
Je suis de mon cœur le vampire – Nicolas Jaillet . Parution le 11 avril 2025. Éditions La Grange Batelière. ISBN 9791097127497 .
Présentation éditeur : « À J. G. F. » Telle est la dédicace de Charles Baudelaire en tête de son recueil Les Paradis artificiels et de son poème L’Héautontimorouménos. À ce jour, sa signification n’a pas été élucidée. Un siècle et demi plus tard, un libraire, Pierre de Gondol, apprend que sa compagne a disparu. La résolution de cette énigme littéraire sera la clef de son enquête. Je suis de mon cœur le vampire raconte cette quête, entre humour, misanthropie, passion amoureuse et toutes sortes d’ivresses, jusqu’à une apothéose inoubliable.
Éric DECOUTY - Les braises de l'incendie
Éric Decouty quitte ( peut-être pour un temps seulement ? ) les coulisses de la politique française des années 1970 ( voir ICI ) . Dans son dernier roman paru en octobre 2025, il reste fidèle au roman noir historique et prend comme point de départ de son récit un fait divers tragique. Dans la nuit du 14 au 15 avril 2005, l’incendie de l’hôtel Paris-Opéra fait vingt-quatre morts dont onze enfants. « C’est l’incendie le plus meurtrier qui ait eu lieu dans Paris depuis la Libération ». Sans perdre en crédibilité, l’auteur transpose cette catastrophe dans un lieu fictif, l’hôtel Caumartin dans le IXème arrondissement de Paris. Même date, autant de victimes innocentes, « essentiellement des demandeurs d’asile d’origine africaine en attente de décision ou déjà déboutés ». Une petite fille de huit ans, Maboussou Diomandé, a survécu, sa mère a péri dans les flammes. Tano le frère de Maboussou reste introuvable. Pendant dix ans le lecteur va suivre Tano et Maboussou à travers l’enquête du juge d’instruction Gaspard Krause.
Le juge Krause a été une figure au pôle financier du tribunal de Paris avant sa mise au placard. Une réputation de juge de gauche, trop efficace dans ce qui touche au politique. Lorsqu’une des doyennes du tribunal d’instance de grande instance de Paris lui confie le dossier de l’incendie Caumartin alors qu’elle est à la veille de partir à la retraite, Krause sent le piège. Et il n’a pas tort puisque le procureur adjoint lui demande de ne pas trop en faire, Pour la Chancellerie et le ministre il y a plus important à traiter qu’un dossier de migrants. Visiblement remuer les braises de l’incendie déplaît.
Ce roman d’Éric Decouty est un polar judiciaire qui sort des sentiers battus, il n’est pas fréquent de suivre le travail d’un juge d’instruction qui n’est pas censé quitter son bureau pour enquêter. Le terrain est l’affaire du commissaire Pudlowski de la Brigade criminelle. Krause désireux d’aller de l’avant, de faire avancer son dossier, trépigne devant les lenteurs des procédures policières mais Pudlowski n’a pas d’autres choix. Le salut du juge Krause arrive en la personne de Nathalie Ségurel jeune avocate pénaliste, alertée par la Croix-Rouge, a recueilli le témoignage de la petite Maboussou désormais hébergée par une tante et toujours sans nouvelle de son grand frère Tano. La jeunesse dynamique de l’avocate entraîne Krause hors de son bureau, il questionne et part à la recherche de Kano qui craignant la police se cache sans doute parce qu’il était devenu un petit dealer pour subvenir aux besoins de sa famille. Son seul salut il l’a peut-être trouvé auprès de la mosquée des Buttes-Chaumont ou du Pré-Saint-Gervais.
Ségurel et Krause entrevoient des incohérences, des zones d’ombre, de nouvelles pistes mais tout ce qu’ils apprennent n’a aucune valeur car obtenu hors procédures. Officiellement le suivi du dossier de l’incendie Caumartin se perd, laissant de côté la complaisance des administrations vis-à-vis des marchands de sommeil pour se concentrer sur quelques suspects sans grande importance pouvant faire office de coupables rêvés.
L’habileté de l’auteur est de placer sa fiction dans l’Histoire sociale du moment. En juin 2005, un homme politique pyromane veut nettoyer une cité au Kärcher. En octobre et novembre 2005 des émeutes embrasent les banlieues. Les prévenus sont jugés en comparution immédiate, les dossiers ne traînent pas. Les peines de prisons ferme pleuvent. L’incendie Caumartin est oublié, des peines mineurs sont prononcées à l’encontre de lampistes. Une mallette remplie d’argent liquide a pourtant disparue. Tano reste introuvable.
En 2014, Krause est en poste à La Rochelle. A Paris un nom figurant dans le dossier de l’incendie Caumartin refait surface dans les recherches d’un juge antiterroriste. L’aveuglement des politiques du chiffre et l’absence de prévention vont avoir des conséquences tragiques. En mêlant fiction et Histoire, en n’occultant aucun avis que ce soit celui de la police, de la justice ou de la société civile et de la presse, Éric Decouty met en perspective des faits d’apparence indépendants les uns des autres, il étaye sans trahir le réel et finalement dresse un constat soulignant plus l’impuissance que la révolte.
Éric DECOUTY – Les braises de l’incendie . Parution le 2 octobre 2025, Éditions Liana Levi. ISBN 97910344911387.
Présentation éditeur : « Ne pas faire de zèle. » Voilà ce qu’on rabâche au juge Krause depuis qu’il est chargé d’instruire l’affaire de l’hôtel Caumartin. Dans la nuit du 8 avril 2005, cet hôtel social délabré où s’entassaient des immigrés africains a été réduit en cendres par un violent incendie. Comment « ne pas faire de zèle » quand 28 personnes ont perdu la vie ? Pris dans une tourmente personnelle, le juge Krause n’est pas sûr d’avoir la force de mener à bien cette enquête. Jusqu’à ce qu’il croise la route de Nathalie Ségurel, une jeune avocate qui lui remet un témoignage inédit. Tano, un adolescent ivoirien, a disparu après avoir vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir ce soir-là. Le juge et l’avocate se lancent à sa recherche, écoutant leur instinct quitte à franchir la ligne rouge. Dans une France en proie aux crispations politiques et sociales, les imprudences d’aujourd’hui pourraient entraîner des conséquences irrémédiables dans le monde de demain.
Jean Michel PAYET et Yves GREVET - La répétition, Berlin 1963
Le roman d’espionnage s’inspire des tensions internationales et des conflits. Les nouvelles technologies limitant le rôle humain dans la recherche du renseignement, les romans actuels mettent préférentiellement en scène les unités « action » des services secrets, mieux à même d’apporter du dynamisme dans les récits. Le roman d’espionnage à la John le Carré n’a pas beaucoup de place dans le roman d’espionnage moderne. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que je guette la sortie de ce qui pourrait être appelé « roman d’espionnage historique » pour faire le parallèle avec le « roman policier historique ».
Yves GREVET et Jean-Michel PAYET refont la guerre froide à Berlin, théâtre d’opérations emblématique avec le fameux Mur érigé en 1961, d’un côté le bloc soviétique et de l’autre le bloc dominé par les américains. La situation est angoissante, incertaine, souvent proche du conflit nucléaire ( 1962, crise des missiles de Cuba ). Berlin cristallise toutes les tensions entre l’Est et l’Ouest mais également toute la défiance à l’intérieur de chaque camp : L’URSS n’accorde qu’une confiance limitée envers la RDA tout comme le KGB envers la Stasi, les américains sont méfiants vis-à-vis des allemands de l’ouest et persuadés que tous les nazis n’ont pas été arrêtés. En retour les allemands se sentent victime d’une forme de ségrégation de la part de l’occupant américain. Le récit des deux auteurs se passe en 1963 alors que Berlin se prépare à accueillir le président John F. Kennedy. L’Histoire est bien présente dans leur récit avec la mise en scène où l’évocation de personnages historique comme par exemple Willy Brandt bourgmestre de Berlin et Erich Mielke ministre de la Sécurité d’État dont dépendait la tristement célèbre Stasi.
Le complot imaginé par les auteurs ( je ne pense pas qu’il ait eu lieu mais à cette époque où les témoins gênant étaient liquidés et où le culte du secret animait autant la CIA que le KGB, rien n’est certain … ) se déroule entre le 19 juin et le 26 juin 1963 jour de la visite de JFK à Berlin-Ouest. Les évènements sont racontés par cinq protagonistes : Konrad Schwartz, major de la Stasi de Berlin Est et son adjointe Kirsten. A Berlin Ouest l’allemand Ralph Misselwitz est un agent de la LfV, sécurité intérieure, dont June Holman est éperdument amoureuse. Elle est de nationalité américaine, secrétaire dans l’US Army puis de la CIA. Le 19 juin Véronika Krauss passe à l’Ouest avec l’aide d’un réseau utilisant un tunnel pour franchir le Mur.
Konrad et Kirsten enquêtent pour savoir qui est véritablement Véronika, elle est totalement absente des fiches de surveillance de la Stasi qui est censée surveiller tout le monde y compris ceux qui surveillent. Ralph enquête sur Veronika qui disparait mystérieusement dès son arrivée à Berlin Ouest. Quant à June, les militaires américains et son compagnon profitent de sa naïveté. Ces cinq personnages racontent tour-à-tour leurs journées du 19 au 26 juin, parfois deux ou trois d’entre eux font le récit d’une même scène. Cette abondance de détails est habilement menée, sème le doute dans l’esprit du lecteur qui soupçonne des manipulations, des doubles jeux, des trahisons, des mensonges. Pendant ce temps, dans la clandestinité, Véronika prépare son coup qui s’il est fictif comme je le pense n’en constitue pas moins la répétition d’un évènement que l’Histoire a retenu.
Le récit d’ Yves Grevet et Jean-Michel Payet ne manque pas de suspense et d’action ( les scènes de filature tiennent littéralement en haleine ). Après des questionnements sans fin sur le véritable rôle des personnages dans la première moitié du roman, j’ai dévoré la fin car tout est fait pour rendre la lecture addictive en privilégiant angoisse et rebondissements au détriment d’un fonds historique de plus en plus fugace. Cette répétition de 1963 est bien racontée et n’est pas à négliger, ce serait à n’en pas douter gâcher une bonne dose de plaisir.
Yves GREVET et Jean-Michel PAYET - La répétition, Berlin 1963. Parution le 2 octobre 2025, Éditions 10 / 18 . ISBN 9782264086679 .
Présentation éditeur : Berlin, juin 1963. La guerre froide est à son maximum. Un mur infranchissable sépare la ville depuis deux ans. Veronika profite d'un tunnel creusé par des opposants au régime pour fuir l'Est... et disparaître aussitôt arrivée à l'Ouest, en laissant derrière elle le cadavre d'un témoin de sa fuite.
À une semaine de la venue de Kennedy dans l'ancienne capitale allemande, la police de la RFA est sur les dents. Veronika est-elle en mission pour commettre un attentat contre le président des États-Unis ?
De l'autre côté du mur, les agents de la Stasi s'inquiètent qu'on puisse leur imputer la responsabilité d'un tel acte et, au-delà, de vouloir déclencher une troisième guerre mondiale.
Qui manipule Veronika Krauss ? Et surtout, qui pourra l'arrêter ?
Laurent GUILLAUME - Les Dames de guerre : Opium Lady
Nous avions quitté Elisabeth Cole journaliste photographe de Life Magazine à Saïgon au crépuscule de l’empire français colonial d’Indochine. Les financements liés aux trafics d’opium n’ont pas suffis, début mai 1954 Dien Bien Phu a capitulé. Elisabeth poursuit ses reportages et nous la retrouvons accompagnant le para Louis Bremond et le commando Joseph Bonardi, tous les deux déserteurs et qui participent à la protection d’un convoi transportant plus d’une tonne d’opium en marche vers Mong Hsat dans l’État shan à l’est de la fédération birmane. A la tête de ce convoi, une énigmatique jeune femme que certains considèrent comme une princesse et qu’Elisabeth a déjà entrevue dans des opérations similaires de contrebande ( voir ICI , Les dames de guerre 1 : Saïgon ).
Cette Dame de guerre se nomme Olive Yang et elle a existé. Tout au long du roman, Olive est la narratrice de son histoire, depuis sa plus tendre enfance jusqu’aux années 1950 pendant lesquelles elle a été une figure de la résistance à la Chine communiste en soutenant les nationalistes du Kuomintang à la tête de ses Olive’s Boys. Olive est issue d’une longue dynastie de princes régnant sur les shan. Enfant rebelle, insatisfaite de son statut féminin et farouchement opposée aux traditions visant à étouffer toute émancipation des femmes. Elle est devenue une pionnière bousculant les normes de genre, une redoutable femme d’affaires du Triangle d’or et une incontournable figure du trafic d’opium. Laurent Guillaume ne limite pas le portrait à des éléments biographiques, il mêle romanesque, romance et aventure pour finalement entourer Olive d’une aura légendaire.
Lorsqu’il est question de résistance au communiste, la CIA est en coulisse. Dans toute l’Asie du sud-est, les pilotes d’Air America, compagnie aérienne affiliée à la CIA, aux commandes de leurs Curtiss Commando ont été des acteurs du soutien au Kuomintang et de son financement par le trafic d’opium. Je n’ai pas été surpris de croiser le pilote Art Wilson, personnage haut en couleur dont la personnalité rappelle le film « Air America ».
Elisabeth Cole participe au convoyage de 17 tonnes d’opium, opération de tous les dangers : aventures dans la jungle, trahisons, scènes de guerre, incursion clandestine en Chine communiste, redoutable tribu de coupeurs de têtes, bombardements de MIG 15 avions parmi les plus modernes de l’époque. Tous les ingrédients qui ont contribué au succès du tome 1, sont de nouveau réunis pour un nouvel excellent moment de lecture.
Laurent GUILLAUME – Les Dames de guerre : Opium Lady. Parution le 2 octobre 2025, Éditions Robert Laffont, collection La Bête noire. ISBN 9782221269794 .
Présentation éditeur : Indochine, années 1950. Elizabeth Cole, reporter de guerre pour Life Magazine , réussit l'impossible : entrer en contact avec la reine de l'opium, la mystérieuse princesse shan Olive Yang, qui accepte de lui dévoiler une partie de ses secrets. Mais l'acheminement d'une immense cargaison de drogue à Bangkok va modifier leurs plans et emporter la princesse et la photographe dans un tourbillon d'aventures au coeur du Triangle d'or. Face aux dangers, entre la Birmanie, la Thaïlande et la Chine, les deux femmes vont nouer un lien singulier, qui va changer leur destin.
/image%2F0543259%2Fob_9d3150_bibliotheque-nationale-pragues-plus-belles-photos.jpg)
/image%2F0543259%2F20260319%2Fob_f374d3_une-histoire-mondiale-de-l-espionnage.jpg)
/image%2F0543259%2F20260312%2Fob_f79552_maudite-soit-la-guerre.jpg)
/image%2F0543259%2F20260220%2Fob_8a973d_les-revenants-de-l-inspecteur-sadorski.jpg)
/image%2F0543259%2F20260209%2Fob_a750ed_que-s-obscurcient-le-soleil-et-la-lumi.jpg)
/image%2F0543259%2F20260205%2Fob_42a5c4_les-abandonnes-de-l-ile-saint-paul.jpg)
/image%2F0543259%2F20260202%2Fob_01cd73_14-juillet.jpg)
/image%2F0543259%2F20260128%2Fob_c5c603_je-suis-de-mon-coeur-le-vampire.jpg)
/image%2F0543259%2F20260115%2Fob_3ae4ad_les-braises-de-l-incendie.jpg)
/image%2F0543259%2F20251222%2Fob_07146d_repetition-berlin-1963.jpg)
/image%2F0543259%2F20251126%2Fob_948701_les-dames-de-guerre-opium-lady.jpg)