Freddy VINET - Pétrole meurtrier
Mai 1933, André Bravard ingénieur des pétroles à l’Office National des Combustibles Liquides est nommé chef d’exploitation à Gabian dans l’Hérault où est extraite de l’huile de pétrole, sa mission est très particulière et délicate, son directeur lui demande d’éclaircir le mystère de la disparition en 1928 de Guillaume Dollfuss un ancien responsable de l’exploitation pétrolière en Languedoc. Dollfuss a disparu sans laisser de trace. A-t-il fuit à l’étranger ? A-t-il été assassiné ?
En 1933 l’extraction de pétrole à Gabian touche à sa fin après avoir été en 1924 le plus gros gisement de France. Les espoirs s’amenuisent, la France ne sera pas un eldorado du pétrole, c’est en Mésopotamie qu’il coule à flot. Mais on a cru au pétrole français dans les années 1920. Le roman de Freddy Vinet est une mine de renseignements sur le gisement de Gabian et sur celui de Pechelbronn en Alsace lui aussi sur le déclin. Les investissements ont été importants, bouleversant la vie locale. Et puis la production s’était rapidement révélée dérisoire face à l’augmentation des besoins. Prospection novatrice, formations spécifiques, tout a été fait pour que la France soit à la pointe de l’exploitation et du traitement de cette matière première stratégique. Mais il manquait la ressource.
L’enquête de Bravard n’est qu’un prétexte pour explorer l’Histoire du pétrole français des années 1920 - 1930. C’est une véritable reconstitution économique, politique et sociale, facile d’accès, agréablement racontée. Freddy Viney ne perd jamais de vue l’enquête de son héros dans ce qui est un polar historique passionnant. Rien ne manque depuis les rivalités politiques nationales, l’industrialisation sauvage, les propriétaires ruraux spoliés, les inégalités salariales, la condition féminine. Les conditions de travail surprennent car l’exploitation se faisait dans des galeries souterraines profondes. Les raisons expliquant l’assassinat de Dollfuss qui était un dirigeant ambitieux, manipulateur et méprisant ne manquent pas.
Ce roman policier historique de Freddy Vinet est une belle lecture, instructive et agréable dans tous les sens du terme puisque l’impression est intégralement faite sur papier glacé.
Freddy VINET – Pétrole meurtrier . Parution juin 2024 , Éditions Auteurs d’Aujourd’hui . ISBN 978-2-37629-206-7 .
Présentation éditeur : Paris. Mai 1933. André Bravard est ingénieur des pétroles à l'Office National des Combustibles Liquides. Il ronge son frein dans un bureau parisien en rêvant d'un poste en Mésopotamie mais son directeur l'envoie enquêter à Gabian. Là, cinq ans auparavant, en 1928, dans une petite exploitation pétrolière du Languedoc, Guillaume Dollfuss, ancien ingénieur des mines de pétrole de Pechelbronn en Alsace, a disparu mystérieusement.
L'intrigue de cette affaire judiciaire classée se situe dans des décors bien réels, ceux des gisements pétroliers de Gabian dans l'Hérault et de Pechelbronn dans le Bas-Rhin, deux de ces Ovni économico-historiques de l'entre-deux-guerres quand la ressource d'hydrocarbure de cette période industrielle était propice à toutes les convoitises. Que révèlent les investigations de l'enquêteur ? Fuite ? Suicide ? Assassinat ? Les ruses des manipulateurs parviendront-elles à vaincre la sagacité et la pugnacité de l'ingénieur Bravard ? Du Languedoc à l'Alsace et au Moyen-Orient, réussira-t-il à résoudre l'énigme de cette disparition ?
Benjamin DIERSTEIN - Bleus, blancs, rouges
Ce roman, c’est du lourd, presque 800 pages avec un prologue grandiose : le récit du 24 mai 1968 ? Le fracas et le confusion dans les rues parisiennes. Des messages radio qui crient l’impuissance des forces de police. Un tumulte porte ouverte à toutes les violences et fantasmes. Une explosion va avoir de multiples répercussions.
Dix ans après que reste-t-il de mai 68 en France ? Benjamin Dierstein nous montre sa vision du pouvoir, de la politique et de la criminalité. Il s’empare d’évènements et de personnages réels, il raconte, il romance en s’entourant de personnages fictifs et l’ensemble est d’une force incroyable. Parfois avec gravité, souvent avec une bonne dose d’humour noir, Benjamin Dierstein parle de scandales d’état, de guerre des polices et des gangs, de collusion entre politique et criminalité, d’argent sale, de barbouzes, d’officines et d’une révolte populaire à la traine et remplacée par une violence terroriste. C’est un récit foisonnant et complexe, sans complaisance, difficile à lâcher avec des personnages attachants ou agaçants, voire odieux. Benjamin Dierstein ne survole pas, il approfondit, rentre dans le détail et les coulisses, imagine ( pas toujours ) ce que relate la presse, cite des rapports de police, retranscrit des écoutes téléphoniques. Ce n’est pas du tout un documentaire, c’est assurément un roman avec des dialogues truculents et des personnages profondément humains. Un récit à la Ellroy !
Pour explorer la période qui va de mars 1978 à décembre 1979, Benjamin Dierstein a imaginé avec brio quelques personnages hauts en couleur, gentils et méchants à la fois. Et comme on est dans le polar, il y a trois flics tout frais sortis de l’école. L’inspectrice Jacquie Lienard et l’inspecteur Marco Paolini sont les bons élèves de leur promo de Cannes-Écluse, Christian Ragot est le dernier de la classe. Jacquie intègre les Renseignements Généraux, ce n’est pas le meilleur poste mais c’est une femme et c’est parfait pour écrire des rapports. Marco voulait le prestigieux 36, la Crim avec le commissaire Ottavioli mais il n’y avait pas de poste, il a eu l’Antigang de Broussard. Christian doit se contenter de la Mondaine, la police de bas étage. Dans un polar il faut des gangsters, Vauthier en est un, il est à Paris pour reprendre la main sur des boîtes de nuit. Vauthier s’y connait, il a fait dans les putes de luxe en Afrique en même temps qu’il travaillait pour le SDECE.
Polar et roman noir font bon ménage. L’époque s’y prête, 1978 et 1979 sont les années des diamants de l’encombrant Bokassa, Kadhafi est envahissant, Omar Bongo est sous surveillance. C’est la Françafrique. Dans l’hexagone, les polices traquent Mesrine, Action Directe et plus généralement tous les bolchos. Marco s’encanaille et devient membre du SAC ( normal il est corse ). Jacquie supervise l’infiltration d’un agent dans un groupe d’extrême gauche, cet agent c’est Gourv qu’elle va manipuler pour qu’il se renseigne sur les bolchos et accessoirement repérer et identifier Geronimo, le terroriste international que toutes les police recherchent. Il est sympa Gourv , aidé par la chance du candide, dépassé par les évènements comme il l’avait été en mai 1968.
Les évènements politico-truando-financiers ne manquent pas en 1978 – 1979. L’époque est bien choisie. Des PDG de grandes entreprises sont enlevés. Boulin se noie dans un marigot. Delon investit dans les boîtes de nuit. Il y a du travail pour toutes les polices et les services secrets. En Afrique la situation se dégrade, la gauche en profite. Giscard à force de chasser pourrait bien être chassé aux prochaines élections. Pendant ce temps la France est en crise. Chômage de masse, inflation, choc pétrolier, faillite de la sidérurgie. La France perd sa souveraineté économique. Le crime en profite, les politiques aussi. Ce roman est une tragédie, avec 3 actes.
Presque 800 pages, pas un instant de répit. La narration est alerte, rythmée par les airs disco de l’époque, remplie d’humour et de mots d’argot dans des dialogues qui sonnent juste. Pas le temps de s’ennuyer, un personnage réel arrive toujours à point nommé pour relancer l’attention. De multiples tableaux s’enchaînent, logiquement. Benjamin Dierstein sait interrompre un propos pour mieux le reprendre plus loin. Et on tourne les pages avec avidité. Avec de l’attention, le lecteur ne se perd pas, il y a tellement d’indices et de détails pour s’y retrouver. Benjamin Dierstein sait raconter des histoires et L’Histoire.
Benjamin DIERSTEIN – Bleus, Blancs, Rouges . Parution le 19 février 2025, Éditions Flammarion. ISBN 9782080470751 . Réédition au format poche le 8 janvier 2026, Éditions Folio ( Folio policier n° 1061 ). ISBN 9782073117779 .
Présentation éditeur : Printemps 1978 : les services français sont en alerte rouge face à la vague de terrorisme qui déferle sur l’Europe.
Marco Paolini et Jacquie Lienard, deux inspecteurs fraîchement sortis de l’école de police et que tout oppose, se retrouvent chargés de mettre la main sur un trafiquant d’armes formé par les Cubains et les Libyens et répondant au surnom de Geronimo. Traumatisé par la mort d’un collègue en mai 1968, le brigadier Jean-Louis Gourvennec participe à la traque en infiltrant un groupe gauchiste proche d’Action directe. Après des années d’exil en Afrique, le mercenaire Robert Vauthier revient en France pour régner sur la nuit parisienne avec l’appui des frères Zemour. Lui aussi croisera le chemin de Geronimo. Quatre destins qui vont traverser les années de plomb, les coups fourrés politiques et les secousses de la Françafrique.
Le premier tome d’une saga historique entre satire politique, roman noir et tragédie mondaine, dont les personnages secondaires ont pour nom Valéry Giscard d’Estaing, Pierre Goldman, Jacques Mesrine, Jean-Bedel Bokassa, Alain Delon, Tany Zampa ou Omar Bongo.
Romain SLOCOMBE - Sadorski chez le docteur Satan
Le lecteur retrouve Sadorski là où il l’avait laissé à la fin de « J’étais le collabo Sadorski » ( voir ICI ), le 27 octobre 1944 à la limite des départements de l’Eure et de Seine-et-Oise. Il a perdu sa valise remplie d’argent, sa femme Yvette ne va pas bien mais il s’en est sorti. Il s’en sort toujours, il n’est pas regardant sur la méthode. Il a aussi beaucoup de chance. Avec son passé de collabo, il lui faut retrouver d’autres collabos. Et il en croise et ils vont l’aider. L’ex inspecteur principal adjoint de la 3ème section des Renseignements Généraux à la Préfecture de Police de Paris a toujours eu de la chance.
Léon Sadorski revient en banlieue parisienne. Fin 1944 la guerre n’est pas finie, le front s’est éloigné, la résistance a changé de camp, la police française se réorganise. Sadorski a de la chance. La baraka ! Il redevient flic, et à la crim en plus, sous le nom de Jules Réquillard. Une moustache contribue à faire la différence. La police a une priorité, confondre Petiot, sinistre criminel désireux de se faire passer pour un résistant.
L’Histoire a rattrapé Sadorski, ou le contraire. Petiot, alias docteur Satan comme on l’appelle, est arrêté le 31 octobre 1944. Sadorski est dans le coup car il peut l’identifier, il l’a déjà croisé par le passé. Sadorski / Réquillard sait se rendre utile, il est calculateur, il sait se placer. Il a aussi de réels talents de flic. Il est en première ligne, sans trop se faire voir. Il contribue à reconstituer le passé criminel de Petiot. Il s’implique aussi dans la traque de la Cinquième Colonne, ces espions à la solde des nazis. Les temps ont changé, il faut séduire ceux qui dirigent désormais la France.
Sado n’a pas perdu la main, as de la filature, perspicacité, opiniâtreté, manipulateur et menteur. Il a profité de l’occupation allemande, il va profiter de l’enquête sur Petiot pour partir à la chasse du trésor amassé par ce docteur criminel. Il pourrait devenir riche, recommencer une nouvelle vie avec sa femme Yvette. Au passage s’il peut séduire l’épouse de son collègue Lavigne, ce sera un petit plus.
Sadorski est un anti-héros, un criminel comme il y en a eu beaucoup à cette époque où la clandestinité et le mensonge étaient la norme et favorisaient tous les bas instincts. Romain Slocombe continue de fouiller dans l’Histoire et entame une nouvelle trilogie, celle « des damnés ». L’Histoire est un véritable moteur, une source d’inspiration que l’auteur mêle habilement et de manière justement dosée dans une fiction de littérature noire très proche de la réalité. Le final de ce roman est grandiose, une course exceptionnelle, une course de tous les excès. Sadorski veut tout gagner. Il risque aussi de tout perdre.
Romain SLOCOMBE – Sadorski chez le docteur Satan . Parution le 26 septembre 2024 , Éditions Robert Laffont, collection « La Bête noire » . ISBN 9782221264157. Réédition en poche en septembre 2025, Points policier. ISBN 9791041421299 .
Présentation éditeur : Octobre 1944 : les polices gaulliste et communiste traquent Marcel Petiot, le tueur en série qui sous l'Occupation découpait et brûlait les malheureuses victimes de sa fausse filière d'évasion de Juifs.
Ces mêmes polices recherchent activement Sadorski, flic collabo en fuite, qui pour leur échapper s'est joint à des Français pronazis parachutés en territoire libéré pour y commettre des attentats. Lâché par ses complices, il trouve asile chez un collègue, brillant jeune enquêteur de la PJ et marié à une femme ravissante...
La fatalité veut que Sadorski et Petiot se rencontrent. Le " génie du Mal " va inspirer à l'inspecteur déchu une de ses plus monstrueuses entourloupes ; tandis que " Sado ", lui, compte bien mettre la main sur le trésor caché du docteur Satan.
Romain SLOCOMBE, bibliographie série Sadorski : voir ICI
Gérard STREIFF - September, crime d'États
J’aime beaucoup les petits polars de Gérard Streiff, petits par la taille ( à peine 120 pages ) mais grands par les sujets qu’ils abordent. Chaque enquête de Chloé Bourgeade est un régal avec une écriture agrémentée d’un humour sympa alors que l’auteur aborde des sujets graves, puisés dans l’Histoire récente, oubliés ou cachés. Gérard Streiff rappelle et dénonce un passé qui ne passe pas.
Dans cet opus, Racine le coloc de Chloé occupe une place centrale. Les deux compères vivent sur une péniche ( L’Andante ) stationnée au port de l’Arsenal, un coin de Paris décrit en connaisseur par l’auteur. Mais l’Arsenal n’est pas aussi calme qu’il n’y parait, un de ses habitants que Racine connaissait sous le nom un peu bizarre de Richard W, a été assassiné de plusieurs balles tirées à bout portant dans la tête. Un crime qui ressemble un peu à une exécution.
Le commandant de police du 4ème arrondissement Laurent Dargenta enquête avec la même assiduité qu’il courtise Chloé. Racine est soupçonné et obligé d’effectuer ses propres investigations pour prouver son innocence. Un faisceau d’indices, une vieille affaire non résolue que Dargenta n’a jamais oubliée, la curiosité de Chloé ( bien que peu disponible car très sollicitée par son agence d’enquêtes privées ), le trio va exhumer un scandale politico-financier ponctuée par l’assassinat le 29 mars 1988 de Dulcie September représentante à Paris de l’ANC le parti de Nelson Mandela. Elle enquêtait sur des ventes d’armes de la France à l’Afrique du Sud alors sous embargo de l’ONU pour lutter contre l’apartheid. Après une enquête bâclée, le crime de Dulcie September ne fut jamais élucidé. Gérard Streiff fait le point sur cette affaire et le titre de son roman prend tout son sens lorsqu’il écrit « États » au pluriel.
Gérard STREIFF – September, Crime d’États . Parution mars 2020 , Éditions la déviation. ISBN 979-10-96373-30-7 .
Présentation éditeur : Ils ont longtemps pensé que le meurtre de Dulcie September, l’émissaire de Mandela à Paris, un petit matin frisquet de 1988, resterait à jamais impuni.
Il faut dire que leur crime était presque parfait. Pourtant ils se sont trompés.
La nouvelle enquête de Chloé Bourgeade (jeune) détective privée, et de son ami Racine, qui vont débusquer une étrange alliance black/blanc/boer.
"Les enquêtes de Chloé Bourgeade" , voir ICI
Alexandre COURBAN - Rue de l'Espérance, 1935
Alexandre Courban a pris comme point de départ l’année 1934 pour raconter le Front Populaire ( voir ICI , « Passage de l’Avenir, 1934 » ). Cette année a été un tournant dans les luttes des ouvriers qui ont pris en main ( et le poing levé ) leur avenir. L’année 1935 que l’auteur parcourt dans ce deuxième tome est l’année des espérances que les ouvriers unis façonnent tout d’abord dans la rue avant de les renforcer dans les urnes lors des élections municipales du mois de mai. Alexandre Courban propose aux lecteurs un roman historique et social, avec des moments de bravoure, des larmes et de la joie, des souffrances et des victoires de la classe ouvrière. Son récit est profondément humain.
Trois personnages récurrents permettent d’explorer cette époque. Gabriel Funel est journaliste, responsable de la rubrique social du quotidien L’Humanité , il est là pour rapporter la parole des ouvriers, témoigner. Le commissaire Roger Bornec, flic solitaire terrassé par le décès de sa jeune épouse, peine à donner un sens à sa vie et c’est ce qui le rend opiniâtre dans ses enquêtes, obnubilé par la découverte de la vérité, parfois à l’envers de l’institution policière. Camille Dubois, entrevue dans le premier tome, occupe désormais une place centrale, elle a quitté la raffinerie de la Jamaïque pour rejoindre le service des abonnements de L’Humanité. En dehors de son travail, elle s’adonne à la photographie, une véritable passion pour immortaliser le quotidien des gens ordinaires. Les années trente sont marquées par des vulgarisations technologiques majeures. Il y a la photographie qui désormais peut fixer de manière simple et rapide chaque instant de la vie. Il y a aussi l’aéronautique, en plein essor pour profondément modifier les transports.
Un cadavre a été découvert dans une rame de la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris. La rame était déserte, pas de témoin, la victime dénommée André Legendre a été poignardée. L’arme du crime a été retrouvée, il s’agit d’un étrange couteau à la lame en feuille de laurier. Un crime mystérieux pour le commissaire Bornec ! Pendant ce temps, le journaliste Funel réalise une série de reportage sur les conditions de travail dans la nouvelle industrie aéronautique, il a un contact privilégié en la personne de Luigi Balzola, d’origine italienne et secrétaire du syndicat des métaux de l’usine de la Société des moteurs Gnome et Rhône. André Legendre, le poignardé du métro, travaillait comme dessinateur industriel dans cette même usine située boulevard Kellermann dans le 13ème arrondissement de Paris. Comme dans « Passage de l’avenir » le 13ème arrondissement est au cœur des intrigues et de l’Histoire sociale racontées par l’auteur.
L’aviation. L’Italie. Deux sujets sensibles à l’époque. La France négocie pour se faire un allié de l’Italie fasciste de Mussolini dont les ambitions expansionnistes en Abyssinie inquiètent. L’aéronautique est une technologie sensible, La Sûreté traque à tout va les espions, même L’Humanité est accusé d’espionnage avec ses reportages auprès des syndicalistes. Ce contexte permet à Alexandre Courban de développer une intrigue habile, crédible et instructive, tout en étant riche en suspense et rebondissements qui font grandir le plaisir de lire au fil des pages. Il ne perd jamais de vue le contexte social et on sent bien qu’un évènement politique grandiose est en train de naître. L’enquête du commissaire Bornec est très bien documentée et avance lentement mais la narration reste alerte, ponctuée d’anecdotes sur le fonctionnement de l’Humanité, quotidien dont le lectorat est de plus en plus national, sur la géopolitique européenne avec la montée du fascisme qui inquiète plus les communistes que le ministre Laval et sur l’aéronautique qui intéresse de plus en plus les fauteurs de guerre.
Le récit d’Alexandre Courban s’achève début octobre 1935. « Demain commence aujourd’hui » songe Camille, j’espère que cette pensée annonce une suite encrée dans l’année 1936.
Alexandre COURBAN – Rue de l’Espérance, 1935 . Parution le 23 janvier 2025 , Éditions Agullo. ISBN 978-2-38246-125-9 . Réédition au format poche le 12 mars 2026, Folio Policier n° 1066. ISBN 9782073070845 .
Présentation éditeur : Paris, 1935. En parallèle d’une lutte des classes qui s’organise, la course effrénée au développement aéronautique bat son plein. André Legendre, dessinateur industriel dans la société Gnome et Rhône, est retrouvé égorgé dans le métro.
Le commissaire Bornec tente d’élucider ce meurtre, tandis que le journaliste de L’Humanité Gabriel Funel enquête sur les conditions de travail des métallurgistes.
Le duo est rejoint par Camille Dubois, passionnée de photographie qui, tout juste émancipée de sa condition ouvrière, a réussi à sécuriser un emploi au journal.
Alexandre Courban signe, avec Rue de l’Espérance, 1935, le deuxième volume de sa grande saga historique et policière sur le Front populaire. Grâce à un formidable travail de recherche sur l’aéronautique et la photographie, il nous plonge au cœur des avancées technologiques et des tourments de l’entre-deux guerres.
Luke McCALLIN - Conspiration
La trilogie de Luke McCallin mettant en scène Gregor Reinhardt, enquêteur dans l’Abwehr puis dans le Feldjägerkorps de l’armée allemande, s’est démarqué des désormais nombreux polars historiques dans la Seconde Guerre mondiale en situant deux récits dans l’actuel Bosnie. La qualité de ses recherches de l’auteur mérite d’être félicitée, il n’est jamais facile d’explorer hors des sentiers battus. Son troisième roman aurait pu constituer une fin honorable pour son enquêteur. Luke McCallin sait aussi se renouveler, dans son quatrième roman, son héros récurrent est mis en scène durant la Première Guerre mondiale et encore une fois l’auteur surprend par la qualité de la reconstitution du contexte historique.
Juillet 1918, le lieutenant Reinhardt commande un peloton de fusiliers de l’armée allemande sur le front de Picardie. Deux bombes explosent dans un poste arrière faisant plusieurs victimes parmi des officiers. Parmi les blessés, le soldat Sattler a été retrouvé un pistolet à la main, une grave blessure à la tête. Sattler fait le poseur de bombes parfait qui aurait tenté de se suicider une fois son attentat commis. Sattler a de mauvais états de service, militant communiste avant guerre, il n’avait jamais cessé de militer depuis sa mobilisation. Le lieutenant Reinhardt était le supérieur de Sattler, il va participer à l’enquête de la Feldgendarmerie. Sattler fait un coupable évident. Reinhardt est beaucoup plus curieux et cherche à comprendre pourquoi Sattler est devenu un terroriste avant de l’accuser.
Pour dresser le portrait des principaux protagonistes, l’auteur effectue de fréquents retours dans le passé. Sous les ordres de Reinhardt, Sattler était sur le front de l’Est fin 1917 dans la région de Riga. Ils ont vu des russes et des allemands fraterniser, s’accorder sur la Paix et parler socialisme. Les russes refusant le bolchevisme ont rejoint les rangs allemands.
Durant l’opération Michael, offensive allemande en Picardie à partir de mars 1918, des désertions, des refus de combattre ont eu lieu dans les rangs allemands où il y avait des russes qui faisaient face à d’autres russes dans les rangs français. Des russes sont-ils devenus espions ? Une mutinerie couve-t-elle dans les rangs allemands ? La complexité du contexte historique alimente l’enquête de Reinhardt. Des morts suspectes ont lieu parmi les survivants de l’attentat imputé à Sattler. Un adjudant de la gendarmerie française enquête sur l’assassinat d’un officier français, des russes sont soupçonnés. Une collaboration avec Reinhardt surprend mais est plausible dans la Picardie occupée par l’armée allemande.
Ce roman est teinté d’espionnage. C’est aussi un récit de guerre avec les préparatifs avant les combats, l’assaut, les pilonnages de l’artillerie, les contre-attaques, les replis. Il y a d’innombrables victimes et l’obusite cause des traumatismes irrémédiables mais que certains médecins prétendent soigner.
Reinhardt bénéficie d’une permission, il rejoint ses parents à Berlin où la population survit difficilement aux conséquences du blocus naval britannique. Sa mère est malade, il n’y a plus de médicaments mais il est possible de s’en procurer illégalement.
Luke McCallin dresse un portrait de l’Allemagne poursuivant le combat alors que la défaite est inéluctable. Il aborde de nombreux sujets peu connus et il faut rendre hommage à ses recherches historiques. Il détaille et explique un peu comme un historien. Cela laisse peu de place à l’enquête dans un texte pourtant de presque 600 pages. Ce roman au final est plus instructif que captivant.
L’épilogue se dénoue en février 1919. Entretemps, le lieutenant Gregor Reinhardt a été gravement blessé à une jambe. Il a été décoré de la Croix de Fer. Luke McCallin a fait la promesse que Reinhardt reviendra.
Luke McCallin - Conspiration . Titre original «From a dark horizon» ( Grande Bretagne – 2021 ) , traduit de l’anglais par Nicolas Zeimet pour les Éditions du Toucan, parution février 2023, ISBN 9782810011353 . Réédition au format poche en juin 2024, Éditions du Toucan, ISBN 9782810012121 .
Présentation éditeur : Aux derniers jours de la première guerre mondiale, le jeune lieutenant allemand Gregor Reinhardt doit se mettre à la recherche d'un tueur, après qu’un crime horrible a été commis dans les lignes arrière de son régiment. Lors d’une réunion secrète de hauts gradés, une bombe explose et tue tous les participants. Il semble certain que l'un des hommes de la compagnie de Gregor Reinhardt est le coupable. Mais depuis que cet homme s'est suicidé, le général cherche quelqu'un d'autre à accuser.
Vis-à-vis du haut commandement, il faut trouver un coupable. Par amitié et par loyauté, Reinhardt va tout faire pour prouver l'innocence de son subordonné, au profil pourtant rebelle et bien capable de s’être lancé dans une conspiration de ce type.
Bibliographie de Luke McCallin : voir ICI
Jean-Christophe PORTES - La conspiration des royalistes
Les enquêtes de Victor Dauterive dans la France révolutionnaire ont commencé en février 1791. Huit tomes plus tard, nous sommes en février 1793, cela montre à quel point l’Histoire est détaillée, approfondie au jour le jour pour éclairer cette période complexe. Février 1793, Louis XVI vient d’être guillotiné et la Convention a déclaré la guerre au Royaume-Uni et à la Hollande. L’époque est propice aux manœuvres politiques, à l’espionnage et aux malversations financières. Le travail ne manque pas pour le capitaine de la Gendarmerie nationale Victor Dauterive.
Durant 8 tomes le lecteur s’est habitué à toute une galerie de personnages, sympathiques ou méchants. A chaque fois l’auteur les remet en scène, dressant aussi précisément que succinctement leurs portraits pour les situer dans l’Histoire et les intrigues imaginées. Jean Christophe Portes est un remarquable conteur d’histoires. Dans ce huitième tome, Olympe de Gouges apparaît peu, au contraire Marie-Anne Pothron occupe une place centrale. Les personnages fictifs et historiques se croisent ou s’éloignent. Les enquêtes de Victor Dauterive dans la France révolutionnaire sont des romans policiers historiques crédibles, fertiles en suspense et rebondissement et avec de l’action.
Février 1793, le vieux Duperrier meurt des suites d’un accident dont les circonstances ne résistent pas longtemps à la perspicacité de Marie-Anne Pothron. Pourquoi Duperrier a-t-il été assassiné ? En reconstituant la vie de son ami, Victor Dauterive acquiert rapidement la certitude que l’explication du meurtre se trouve enfoui dans le passé du modeste et réservé vieillard. Filatures, fouilles de logements, portraits robot, indics, ce roman est un polar passionnant.
Pour les besoins de son enquête, Victor Dauterive rejoint la région nantaise, le pays natal de Duperrier. L’Histoire rattrape le détective avec la sanglante guerre de Vendée qui a largement dépassé les frontières d’un seul département. Dauterive croise des personnages historiques bien dans leur rôle comme Charette et Fouché et participe à de violents combats. La République est menacée par une révolte populaire, religieuse et royaliste. Mais le gendarme ne perd pas de vue son enquête pour reconstituer la jeunesse tragique de celui qui s’appelait Du Perrier au début des années 1740 durant la sinistre activité du port négrier de Nantes.
Mai 1793, Victor Dauterive est de retour à Paris pour de nouvelles aventures et enquêtes dans la France révolutionnaire que Jean-Christophe Portes ne manquera pas de nous raconter avec un talent reconnu.
Jean-Christophe PORTES – La Conspiration des Royalistes . Parution août 2024 , City Éditions . ISBN 9782824600048 . Réédition au format poche par City Éditions en décembre 2025, ISBN 9782824627427.
Présentation éditeur : Février 1793. Le roi Louis XVI vient d’être décapité et la Terreur s’abat sur la France. C’est dans ce contexte de violence extrême que Duperrier, un vieil ami du gendarme Victor Dauterive, est retrouvé mort. Il aurait été renversé par une voiture... Mais alors comment expliquer sa plaie à la tête ?
Pour Dauterive, aucun doute, c’est un assassinat maquillé en accident. Une affaire liée à une vengeance ? Ou à une trahison, ce qui ne serait pas surprenant dans le Paris révolutionnaire où il est impossible de savoir qui sont les véritables ennemis ?
Le jeune gendarme abandonne toutes ses affaires en cours pour enquêter. Et ses investigations vont le conduire en Vendée, à la veille d’une insurrection qui pourrait bien faire basculer la Révolution. Victor Dauterive se précipite dans la gueule du loup, quitte à mettre sa vie en danger…
Bibliographie de Jean-Christophe Portes et série Victor Dauterive : voir ICI .
Melvina MESTRE - Sang d'encre à Marrakech
C’est la deuxième enquête de La détective privée Gabrielle Kaplan dans le Protectorat du Maroc au début des années 1950. Première enquête, « Crépuscule à Casablanca » voir ICI .
Le travail de manque pas pour la sympathique Gabrielle Kaplan. Elle doit retrouver le mari de madame Barou, un médecin réputé de Casablanca. Plus surprenant qu’une possible affaire d’adultère, le commissaire Renaud l’appelle à l’aide. Renaud est peut-être le seul flic intègre de la police de Casablanca qui ressemble plus à une police politique qu’à une police judiciaire. Le cadavre poignardée d’une femme a été retrouvée place Centrale, au cœur du centre administratif de la ville. La police a pu évacuer le corps avant qu’il n’apparaisse à la vue de tous. La crainte qu’un vent de discrédit ne souffle sur la police et l’administration coloniale est forte et impose d’agir vite et dans la discrétion. Les indépendantistes ne doivent pas en profiter. C’est une enquête sur mesure pour Kaplan.
La victime était une prostituée, reconnaissable à ses tatouages. Le lecteur entre dans une page d’Histoire du Protectorat. A l’époque à Casablanca il n’y avait pas de prostitution de rue, ni de maisons closes. Les prostituées avaient un quartier réservé, le Bousbir. Elles vivaient un véritable esclavage sous la coupe de maquerelles. Les seuls hommes admis dans le Bousbir étaient les clients. Il est compliqué d’enquêter dans ce lieu. Par ailleurs les recherches sur la disparition du docteur Barou sont dans une impasse. Pour relancer son récit, Melvina Mestre emmène le lecteur à Marrakech où un nouveau cadavre tatoué a été découvert.
Marrakech, la Ville ocre, sous l’impulsion du pacha issu de la famille El Glaoui et proche des européens, est en plein essor pour devenir une destination touristique prisée. De somptueuses soirées y sont données. Marrakech vit entre modernité et traditions. Ces deux visages vont faire progresser les enquêtes de Gabrielle Kaplan. La signification de tatouages aux motifs complexes rapproche la détective de la solution et tout s’accélère au rythme de filatures et courses en voitures et à dos de mule. Dans les montagnes de l’Atlas, modernité et traditions se côtoient aussi.
Avec les enquêtes de Gabrielle Kaplan, Melvina Mestre affirme sa maîtrise du roman policier historique dans un cadre géographique dépaysant et dans un contexte historique propice aux énigmes habilement mises en scène. Elle connaît très bien les deux.
Melvina MESTRE – Sang d’encre à Marrakech . Parution le 15 mars 2024, Éditions Points . ISBN 9791041400065 .
Présentation éditeur : 1952, les corps de deux prostituées portant sur le ventre le même tatouage sont découverts à Casablanca. Le commissaire Renaud se serait bien passé de cette délicate affaire. Il demande de l’aide à Gabrielle Kaplan, et leur enquête s’oriente vers Bousbir, le fameux « quartier réservé » de la ville. Mais bientôt on compte d’autres victimes tatouées, un médecin, une religieuse… Quels terribles secrets se cachent derrière ces assassinats ? Gabrielle tiendrait-elle une piste sérieuse du côté de Marrakech ? Et ne court-elle au-devant de dangers dans ces paysages montagneux de l’Atlas ?
Frédéric PAULIN - Nul ennemi comme un frère
Difficile de parler de Frédéric Paulin sans évoquer la « Trilogie Benlazar », une fresque historique et romanesque exceptionnelle retraçant et expliquant l’Histoire récente ( 1992 à 2015 ) du terrorisme islamique ( voir ICI ). L’actualité récente a réouvert un dossier tragique, celui du Proche-Orient. Notre attention a été focalisée sur Gaza avant de se porter sur le Liban. Le nouveau roman de Frédéric Paulin arrive à point nommé pour aider à comprendre une géopolitique locale d’une complexité extrême et rappeler la souffrance des populations locales à la fois impliquées et victimes d’un conflit que les occidentaux sont incapables d’apaiser et ont parfois exacerbé. Ce premier récit concerne la période 1975-1983 et est annoncé comme le premier volet d’une nouvelle trilogie.
La lecture des premières pages est déroutante. Pas facile de dater à quel moment commence le récit. Le présent se confond avec le passé, l’auteur parle de faits remontant à 1936, il évoque le 12 août dernier. Les protagonistes sont nombreux et leurs noms s’annoncent difficiles à retenir, tout comme ceux des lieux et des factions. Dans la trilogie Benlazar, il y avait des chapitres regroupés en parties et chacune correspondait à une année. En postface il y avait des glossaires et des chronologies. Rien de tout cela dans ce premier épisode de l’Histoire du Liban.
J’ai pris des notes. Il faut prendre des notes. Frédéric Paulin est habile, peu à peu des personnages principaux se dessinent. C’est sur eux que l’Histoire moderne du Liban va reposer. C’est grâce à eux que le lecteur entrevoit une lueur de vérité. Leurs souffrances personnels permettent d’imaginer les déchirures des peuples présents au Liban en 1975. Avec quelques personnages fictifs magnifiquement choisis par l’auteur, le lecteur est entraîné dans un récit d’une puissance rare et à la lecture addictive. Le destin de ces personnages est intimement imbriqué autant dans la plongée du Liban dans l’horreur que dans les coulisses de la politique française.
La famille Nada est chrétienne maronite. Proches de la France, les Nada occupent une place politique et économique forte au Liban. Le jeune Michel Nada a la double nationalité, libanaise et française. Il rejoint la métropole pour se faire une place dans les rouages politiques de la droite française, pour que la voix libanaise soit entendue. Avec lui, au sein du RPR, le lecteur assiste à l’ascension de Chirac. Sa famille restée au Liban est proche du président Gemayel.
Abdul Rasool al-Amine est un chiite de la ceinture des déshérités de la banlieue sud de Beyrouth et du Sud-Liban. Zia al-Faqih est une jeune femme chiite. Ils militent au sein de la milice armée Amal pour que des droits leur soient accordées dans leur pays, le Liban.
Kellermann est conseiller politique à l’ambassade de France à Beyrouth. Il est français mais sa seconde patrie est le Liban qu’il connait et qu’il aime. Lorsqu’il rejoint la France ses connaissances servent le PS et le futur président Mitterrand.
Le capitaine Dixneuf est officier traitant du SDECE à Beyrouth. Sa mission est de prévoir et d’agir pour la France. Mais peut-il vraiment l’assumer avec efficacité lorsque la France soutient les maronites, soutien l’OLP de Yasser Arafat et les palestiniens sans patrie réfugiés au Liban, discute avec la Syrie d’Hafez el-Assad qui soutient les Druzes libanais, livre des armes à l’Irak en guerre contre l’Iran de Khomeiny après lui avoir accordé l’asile ? Pendant ce temps Israël annexe le Golan et bombarde les camps palestiniens de la plaine de la Bekaa.
Le contexte libanais est d’une complexité extrême. On tue, on exécute, on se venge, on assassine, on finance les luttes armées grâce à l’argent de la drogue. Le Liban est en ruines. Toutes les populations souffrent et meurent. Le récit de Frédéric Paulin est à n’en pas douter le fruit de recherches historiques et d’investigations journalistiques impressionnantes et pour les restituer, il a choisi la littérature.
Michel Nada a épousée Sandra Gagliaco la fille d’un député RPR. Michel Nada est promis à une carrière politique brillante. Sandra est juge d’instruction spécialisée dans la lutte anti-terroriste. Le terrorisme frappe la France. Action Directe, Syrie, groupuscules dissidents de l’OLP, arméniens : le commissaire Caillaud et son adjoint Jacquemin enquêtent.
Les protagonistes imaginés par Frédéric Paulin vivent, se croisent, s’aiment, se détestent, souffrent, se révoltent, à l’image du Liban. Des parents ont peur et ont de la peine. Tous sont impuissants et subissent une situation hors de contrôle. Autant de points-de-vue, autant de tragédies. Il n’y a plus de frères, seulement des ennemis à jamais et des massacres comme à Sabra et Chatila. La division et la haine règnent, même au sein des chiites. L’horreur ne fait que commencer : «En fait ce n’est pas la fin d’un monde , c’est seulement la violence de l’Ancien Monde qui s’amplifie ». C’est sur ces mots que s’achève ce premier récit, passionnant, bouleversant et instructif. Nous sommes le 23 octobre 1983, à l’aube.
Frédéric PAULIN – Nul ennemi comme un frère . Parution 22 août 2024, Éditions Agullo . ISBN 978-2-38246-113-6 . Parution au format poche le 4 septembre 2025, Éditions Folio , ISBN 9782073097149 .
Présentation éditeur : Beyrouth, 13 avril 1975. Des membres du FPLP ouvrent le feu sur une église dans le quartier chrétien d’Ain el-Remmaneh. Quelques minutes plus tard, un bus palestinien subit les représailles sanglantes des phalangistes de Gemayel, inaugurant un déferlement de violence sans commune mesure qui dépassera bientôt les frontières du Liban et du Proche-Orient.
Michel Nada part alors pour la France, où il espère rallier la droite française à la cause chrétienne. Édouard et Charles, ses frères, choisissent la voie du sang. Dans la banlieue sud de Beyrouth, Abdul Rasool al-Amine et le Mouvement des déshérités se préparent au pire pour enfin faire entendre la voix de la minorité chiite.
À l’ambassade de France, le diplomate Philippe Kellermann va, comme son pays, se retrouver pris au piège d’une situation qui échappe à tout contrôle.
Mais comment empêcher une escalade des tensions dans un pays où la guerre semble être devenue le seul moyen de communication ? La France de Giscard et de Mitterrand en a-t-elle encore seulement le pouvoir, alors qu’elle se voit menacer au sein même de son territoire ?
Première partie du projet le plus ambitieux de Frédéric Paulin à ce jour, Nul ennemi comme un frère retrace les premières années de la guerre du Liban.
Frank GOLDAMMER - L'Épouvantail de Dresde
Décembre 1944, Dresde. Des cadavres de femmes atrocement mutilés. L’inspecteur de la Brigade criminelle Max Heller est impuissant, le manque de moyens ne lui permet pas de progresser vers l’identité du meurtrier et son enquête se limite à de vaines recherches de voisinage et dans le passé des victimes et à des patrouilles de nuit dans les rues désertes de Dresde. Werner Oldenbusch, technicien scientifique ne lui est d’aucun secours. Le docteur Schorrer assure modestement les fonctions de médecin légiste. Le supérieur de Heller, le SS Rudolf Klepp est persuadé que le criminel se cache parmi les juifs allemands. Pendant ce temps des rumeurs se répandent, la population parle d’un dépeceur, d’un grand singe qui se serait enfui du zoo.
Ce roman policier historique commence d’une manière très classique dans un contexte de nombreuses fois décrit : une population démunie qui a faim et froid, la peur continuelle de la Gestapo, le quotidien ponctué d’alertes aériennes. La propagande nazie promet le déploiement prochain d’armes miraculeuse pour gagner une situation chaque jour plus proche d’une défaite inéluctable. Fuyant l’ogre soviétique, les réfugiés affluent de l’Est. Le SS Rudolf Klepp, est persuadé que le criminel est un juif qui se cache parmi eux.
Max Heller est un ancien combattant de la Grande Guerre, avec sa femme Karin ils ont deux fils qui combattent sur le front de l’Est et dont ils sont sans nouvelles depuis plusieurs mois.
L’attention du lecteur est relancée dans la seconde partie du roman. Du 13 au 15 février 1945 un déluge de bombes s’abat sur Dresde, des bombes incendiaires brûlent tout, faisant fondre ce qui est métallique, les abris souterrains deviennent des pièges mortels. Dresde est rasée, la population décimée.
L’enquête de Heller reprend en mai 1945. Dresde est occupé par l’Armée Rouge. La police allemande a été supprimée. Les crimes de femmes n’ont pas cessé, Heller a convaincu le général Medvedev de reprendre l’enquête. Il seconde un jeune commissaire politique Alexei Sayatchev dans de nouvelles recherches. Le contexte a changé : traque des anciens criminels nazis psychopathes cachés parmi les anonymes, découverte par le peuple allemands des atrocités commises au nom du 3ème Reich, soldats soviétiques portés par un sentiment de vengeance. Le final des recherches du duo germano-soviétique est réussi avec des rebondissements et un bon suspense qui avait fait défaut avant. Le destin entrevu pour les principaux personnages est habile et permet d’imaginer une suite prometteuse.
Frank GOLDAMMER – L’épouvantail de Dresde . Titre original « Der Angstmann » ( Allemagne – 2016 ) traduit par Justine Coquel pour les Éditions du Masque, parution le 18 septembre 2024 . ISBN 9782702451137 .
Présentation éditeur : Novembre 1944. Le régime nazi est proche de l’effondrement et la ville allemande de Dresde ploie sous la violence de la pauvreté. Sans compter les rumeurs racontant qu’un être effroyable, à peine un homme, rôde la nuit dans les rues désertes. Lorsqu’on découvre le corps mutilé d’une infirmière dans un cabanon désaffecté, les habitants murmurent aussitôt que c’est l’œuvre de l’Épouvantail.
Max Heller, inspecteur de la brigade criminelle, est déterminé à trouver une explication rationnelle à ce crime, mais la police n’a plus de moyens, et son chef, un SS impitoyable, ne lui épargne rien. Entre la gestion laborieuse des réfugiés en surnombre, le rationnement et les fréquentes alertes aériennes, Heller glane péniblement quelques indices. Mais quand on trouve le corps d’une deuxième femme, il commence à prendre au sérieux la menace de l’Épouvantail …
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