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Louise D’AUZAY – Les oubliés de l’enfer vert

24 Novembre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Roman historique

Louise D’AUZAY – Les oubliés de l’enfer vert

Mars 1923, le jeune Charles Lanclerc veut changer de vie. Il était instituteur et il quitte tout pour devenir gardien de l’administration pénitentiaire. Un très bon salaire lui est promis, son nouveau travail l’attend en Guyane.

A n’en pas douter, ce roman de Louise d’Auzay repose sur un travail d’historienne approfondi et rigoureux. J’ai été surpris par les informations restituées et à quel point je méconnaissais l’organisation et la (sur)vie dans les bagnes de Guyane. Il faut en effet parler des bagnes car après leur débarquement à Saint-Laurent-du-Maroni, les forçats étaient répartis dans de nombreux camps isolés sur ou non loin de la côte atlantique. 

Charles Lanclerc embarque pour la Guyane à La Rochelle. Son bateau fait escale à Alger pour prendre en charge des condamnés des colonies africaines. Depuis Saint-Laurent-du-Maroni, les forçats étaient envoyés dans des camps où ils effectuaient des travaux de défrichement puis de mise en valeur agricole. Ils travaillaient parfois pour des colons détenteurs de concessions. Les conditions de travail étaient variables mais tous souffraient du climat et des maladies. Dans ce contexte, les employés de la pénitentiaire n'étaient guère mieux lotis.

Charles Lanclerc découvre le bagne et son regard novice permet à l’auteure de raconter le peuplement forcé de la Guyane. C’est bien sûr instructif mais aussi plein d’émotion. C’est une page d’Histoire qui aide également à comprendre la Guyane française actuelle. A noter que l’auteure évoque le reportage qu’a effectué en 1923 Albert Londres au bagne de l’Île Royale au large de Cayenne.

Si les deux premiers tiers de ce livre s’apparentent à un récit historique ( peu de dialogues ), sa fin laisse place à une habile enquête menée par Charles Lanclerc. Il sait lire et écrire, il est donc employé à des tâches administratives. Prenant conscience du nombre important d’évadés disparus, il va chercher à en savoir plus notamment suite à la découverte d’un cadavre et d’ossements près du camp de Saint-Jean-du-Maroni. Une manière habile et vivante de mettre en avant des trafics. « C’est le même enfer pour tout le monde. Garde-chiourme ou bagnard, on est tous prisonniers, ici ! ».

Louise D’AUZAY – Les oubliés de l’enfer vert . Parution juin 2024 , Éditions Terres d’Histoires du groupe City Éditions. ISBN 978-2-8246-2371-9 .

Présentation éditeur : En 1923, quelques années après la Grande Guerre, la France est exsangue. En manque d'effectifs, le bagne de Guyane recrute des gardiens. Charles, jeune étudiant parisien, décide de s'engager, saisissant l'occasion de quitter la métropole et d'oublier son douloureux passé. Mais à Saint-Laurent-du-Maroni, capitale de l'enfer vert, le jeune homme perd rapidement sa naïveté et ses illusions : le bagne, ce n'est que désespoir, maladies et violences. Cependant, lorsque des forçats disparaissent avant d'être retrouvés assassinés dans l'indifférence générale, il ne peut rester sans rien faire. Avec l'aide de quelques hommes en quête de justice, il mène l'enquête. Mais à qui faire confiance lorsque la corruption jusqu'au plus haut niveau de l'administration, l'avidité et les trahisons sont monnaie courante ? Le danger est partout. Surtout lorsqu'on s'approche un peu trop de la vérité...

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Stéphane KELLER - Moneda

18 Novembre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Polar historique, #Espionnage

Stéphane KELLER  -  Moneda

Dans ce roman le lecteur retrouve Paul-Henri de la Salle un personnage pas des plus sympathiques qui durant la Seconde Guerre mondiale n’avait pas choisi le camp des vainqueurs. C’était le tireur de « Mourir en mai » ( voir ICI ) mais l’uchronie imaginée alors laisse place dans « Moneda » à la vraie Histoire.

Février 1973, de la Salle est devenu Sébastien Desboz de nationalité suisse et propriétaire discret d’un bar restaurant tranquille de Santiago du Chili situé non loin du Palais présidentiel de la Moneda. En 1973 la situation politique et économique chilienne est catastrophique. Salvador Allende est président depuis 1970 à la tête d’une coalition de gauche qui entreprend de profondes réformes et une étatisation de l’économie. La droite nationaliste n’a de cesse de déstabiliser le gouvernement, de provoquer des pénuries et d’organiser des grèves. La violence règne dans l’attente des élections de mars 1973 qui voit l’opposition unie devenir majoritaire au parlement. Salvador Allende reste président et dirige le pays par décrets ce qui est conforme à la constitution chilienne. A partir de cette situation proche du chaos, Stéphane Keller imagine deux récits parfaitement insérés dans la réalité historique chilienne de l’année 1973.

Une serveuse travaillant dans le Bar du Suisse a été assassinée. La police corrompue est inefficace, préférant mettre en avant la responsabilité du gouvernement de gauche. D’autres crimes atroces similaires ont lieu. Pour démasquer le tueur en série, de la Salle engage celui qui est peut-être le dernier flic intègre de Santiago. Cet inspecteur devient détective privé, il est perspicace et efficace mais ne peut terminer sa mission face à un tueur tout aussi habile. Ce tueur est mis en scène, c’est un militaire et l’auteur entraîne le lecteur au plus profond de ses pulsions criminelles et partage sa vie au sein de la communauté militaire et de l’aristocratie chilienne où règnent le patriarcat et la haine du communisme. C’est instructif pour comprendre la réalité historique.

Pendant ce temps la CIA a entrepris une vaste entreprise de déstabilisation du régime chilien. Si après les élections de mars 1973, Allende reste au pouvoir, il faudra aller plus loin et le renverser. Nixon et Kissinger chargent le général Lee Preston Beaulieu d’organiser un putsch. Beaulieu est un va-t-en guerre comme il y en a certainement eu aux USA à cette époque de Guerre froide et de conflit au Viet Nam. La paranoïa guide l’armée, les services secrets et les officines, c’est l’époque du Watergate. Beaulieu se considère comme le seul capable de sauver les USA que les civils mènent à leur perte. Il veut compromettre Kissinger, un juif né en Allemagne et tous les moyens sont bons, tuer n’est pas un problème. Beaulieu est aussi un suprémaciste descendant des premiers colons puritains.

La préparation du putsch militaire du 11 septembre 1973 au Chili ne manque pas de véracité. L’armée chilienne est prête, elle a été formée aux techniques de guerre contre-insurrectionnelle que la France maîtrise depuis la Guerre d’Algérie. Elle a été initiée à la torture. Une répétition générale a eu lieu le 29 juin 1973 avec le soulèvement avorté d’une partie d’un régiment blindé. L’heure du général Augusto Pinochet est arrivée.

Stéphane Keller est un formidable raconteur d’histoire. Encore une fois il excelle dans cet art difficile de la fiction mêlée à l’Histoire, avec des personnages plus vrais que nature. C’est richement documenté. L’auteur reconstitue, dévoile, dénonce. Il réussit aussi à imaginer la personnalité effrayante d’un tueur en série. Les pages défilent, la lecture passionne. « Moneda » est tour-à-tour, roman noir, roman historique, roman policier et roman d’espionnage sans qu’aucune facette ne soit ratée.

Stéphane KELLER  -  Moneda . Parution le 18 septembre 2024, Éditions Toucan Noir .  ISBN 9782810012244.

Présentation éditeur : Les élections approchent et les tensions politiques sont de plus en fortes, tandis que le président Allende tente désespérément de repousser les manœuvres de la CIA pour le renverser.

Dans une ville où l’atmosphère est devenue étouffante, où les grèves et les violences se succèdent, un homme part, seul, à la recherche d’une femme qu’il a aimée.

Cet homme, c’est Sébastien Desboz, le propriétaire du Bar du Suisse, situé près du palais présidentiel de la Moneda, un lieu fréquenté par des employés et des fonctionnaires du quartier. Personne ne sait que Sébastien s’appelle en fait Paul-Henri de la Salles. Personne ne sait qui il a été véritablement et ce qu’il a fait durant la dernière guerre. La jeune femme disparue se prénomme Pilar, c’est l’une des serveuses du bar, et même si leur relation a été épisodique, Paul-Henri n’a plus qu’une obsession : la retrouver.

Au même moment, à la Maison-Blanche, le général Preston Beaulieu est reçu par le président Nixon lui-même en présence du secrétaire d’état Kissinger. Beaulieu est le chef des services spéciaux de l’armée. Nixon est catégorique, il veut définitivement la peau d’Allende.

Alors que Pilar demeure introuvable, des crimes étranges se multiplient et l’étau qui menace la démocratie se fait plus pressant.

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Mathieu BIDAUX - L'affaire Vitel

11 Novembre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Livres d'histoire

Mathieu BIDAUX - L'affaire Vitel

C’est le sous-titre de ce récit qui a attiré mon attention : « La peine de mort à 17 ans ». Ma curiosité n’a pas été déçue. Les résultats des recherches de l’auteur constituent un point historique précis sur le système judiciaire, les procédures policières et le traitement par la presse d’une fait divers tragique survenu au Havre et remontant à 1938.

Dans l’après-midi du 8 juin 1938, Alice Vitel est assassinée à son domicile de plusieurs coups de fer à repasser sur la tête et son jeune fils âgé de quelques semaines meurt étouffé. De l’argent a été dérobée. Le commissaire Léon Solinhac effectue des constatations minutieuses sur la scène de crime. Il procède à des interrogatoires lors de l’enquête de proximité qui permettent d’identifier un suspect en la personne d’André Vitel âgé de 17 ans, le beau-frère de la victime. Dans son récit, l’auteur cite des extraits des procès-verbaux rédigés à l’époque des faits.

André Vitel est arrêté le 9 juin au matin. Il avoue aussitôt le double meurtre ainsi que le vol de la somme de 1000 Francs. Les interrogatoires de l’accusé et les renseignements recueillis la veille permettent d’en dresser un portrait peu flatteur suite à une enfance malheureuse. L’enquête se poursuit sous la direction du juge d’instruction Olivier Cravin : perquisition chez André Vitel, reconstitution des meurtres, nouveaux interrogatoires de témoins pour découvrir un mobile et recueillir des renseignements sur Alice et son mari employé de la Compagnie générale transatlantique. Une expertise psychiatrique est ordonnée, l’auteur souligne son caractère empirique parfois même inspiré de données phrénologiques. André Vitel est considéré comme responsable de ses actes.

Pendant toute la durée de l’instruction, la presse locale et nationale se passionne pour l’affaire Vitel, titre sur « l’ignoble assassin du Havre » et s’étonne de l’attitude apathique de l’accusé. Le procès d’André Vitel a lieu le 17 février 1939, sur une seule journée, il est reconnu coupable et condamné à mort. Son pourvoi en cassation est rejeté, sa peine ne pourra pas bénéficier d’une commutation. « Individu dangereux pour la population » , « Individu doué des pires instincts » , « Attitude non susceptible d’amendement ». Avant son exécution en place publique de Rouen le 2 mai 1939, la foule crie « A mort ». Ce jour-là, un adolescent, un « monstre », a pleuré.

Le récit de Mathieu Bidaux est concis, étayé de citations puisées dans les dossiers de la cour d’assises de Seine-Inférieure. Le lecteur s’interroge sur les exagérations de la presse et ses prises de position : « Personne n’admettrait que le monstrueux assassin ne payât de sa tête » , « Une grâce soulèverait très certainement un tollé général ». Le point de vue de la société est influencé et le verdict apparait comme une réponse à l’opinion publique. Les examens psychiatriques de l’époque n’ont pas permis de cerner la personnalité d’un coupable qui n’était encore qu’un adolescent.

Le récit de « L’affaire Vitel » de Mathieu Bidaux s’inscrit dans le genre true crime avec matière à s’interroger sur la justices des mineurs. Il donne envi de lire ou relire Truman Capote et son roman « De sang-froid ».

L’affaire Vitel – Mathieu BIDAUX . Parution août 2024 , Éditions des Falaises . ISBN 978-2-84811-656-3 .

Présentation éditeur : Le Havre, 8 juin 1938. André Vitel est un jeune homme de 17 ans employé comme garçon de sonnerie sur les paquebots de la Compagnie générale transatlantique. Il est accusé d’avoir tué sa belle-sœur à coups de couteau et d’avoir étouffé son petit neveu, âgé de quelques semaines seulement, pour une somme modique. La scène de crime horrifie les autorités. L’attitude du meurtrier choque la population. Est-il un « monstre » n’exprimant pas le moindre sentiment ou bien la presse exagère-t-elle pour vendre ses journaux ? 
Mathieu Bidaux fait le récit de cette affaire qui a frappé la presse nationale et normande ainsi que la population à l’été 1938. André Vitel est le dernier mineur condamné à mort en place publique en France.

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Didier DAENINCKX - Meurtres pour mémoire

31 Octobre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #roman noir, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Didier DAENINCKX  -  Meurtres pour mémoire

Le récit de Didier Daeninckx s’ouvre le mardi 17 octobre 1961 en fin d’après-midi. Une manifestation pacifiste d’algériens protestant contre le couvre-feu imposé à leur seule communauté se prépare à Paris alors qu’en Algérie se déroule la guerre d’indépendance. La répression de la police du préfet Papon est implacable et sanglante. La police tire sur les manifestants. Dans les jours qui suivent, le pouvoir politique n’aura de cesse de minimiser le nombre des victimes innocentes. Publié en 1983 « Meurtres pour mémoire » est un marqueur de la place du roman noir sur la dénonciation de crimes cachés de l’Histoire.

Changement d'époque, le lecteur retrouve l’inspecteur Cadin quelques mois après sa première enquête ( « Mort au premier tour » , voir ICI ). Cadin a été muté à Toulouse, nous sommes en 1978 durant l’été, sur fond de revendications sociales. Bernard Thiraud, un étudiant, a été assassiné de dix balles dans le dos. Ce meurtre accapare toute l’attention de l’inspecteur Cadin, il fait fi de l’indifférence de sa hiérarchie et des pressions des élus de Toulouse qui voudraient que la police consacre ses efforts à leurs petites préoccupations quotidiennes.

Cadin est un flic consciencieux et opiniâtre, il s’intéresse à une mystérieuse voiture aperçue sur les lieux du crime de Thiraud, il y a quelque chose qui cloche. Cadin cherche, ce n’est peut-être qu’un détail mais il veut une explication. Il ne néglige aucune piste, sollicite l’aide d’un collègue des Renseignements Généraux, s’intéresse à l’argent du FLN, un trésor de guerre disparu qui pourrait attiser bien des convoitises. Cadin s’interroge sur l’OAS, sur le SAC et sur un énigmatique André Veillut ( nom d’emprunt derrière lequel peuvent se cacher nombre de personnalités politiques au passé criminel oublié ou caché  ) qui aurait commandité des exécutions politiques. Le travail de Cadin s’apparente alors à de l’investigation journalistique. Le mobile de l’assassinat de Bernard Thiraud est caché dans l’Histoire, comme celui de son père Roger Thiraud dont le cadavre avait été découvert en marge de la manifestation du 17 octobre 1961, le crâne fracassé d’une balle. A l’époque Roger Thiraud effectuait des recherches sur les fonctionnaires français qui avaient servi avec zèle les nazis.

L’épigraphe « En oubliant le passé, on se condamne à le revivre » résonne très justement tout au long de ce roman noir historique.

Didier DAENINCKX – Meurtres pour mémoire . Première parution en 1984, Série noire des Éditions Gallimard . ISBN 9782070496204 . Réédité en format poche, Folio policier.

« Meurtres pour mémoire » a été récompensé en 1985 du Grand prix de littérature policière.

Présentation éditeur : Paris, octobre 1961 : à Richelieu-Drouot, la police s’oppose à des Algériens en colère. Thiraud, un petit prof d’histoire, a le tort de passer trop près de la manifestation qui fit des centaines de victimes. Cette mort ne serait jamais sortie de l’ombre si, vingt ans plus tard, un second Thiraud, le fils, ne s’était fait truffer de plomb, à Toulouse.

Didier DAENINCKX  -  Meurtres pour mémoire
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Arturo PEREZ-REVERTE - L'Italien

28 Octobre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Espionnage

Arturo PEREZ-REVERTE  -  L'Italien

Automne 1942, Elena recueille un homme inanimé sur une plage d’Algésiras en Espagne. Il est revêtu d’une tenue de plongée et porte un poignard. Cette nuit-là un pétrolier a été incendié dans la port de Gibraltar, enclave britannique qui fait face à Algésiras. Aussitôt remis sur pieds, l’inconnu disparaît. Deux mois plus tard, Elena croise par hasard l’homme qu’elle a secouru. Il est italien, se nomme Teseo Lombardo mais reste évasif sur sa présence à Algésiras.

Arturo Perez-Reverte raconte un épisode méconnu de la seconde Guerre mondiale. Il met également en scène un journaliste, narrateur de longues investigations commencées dans les années 1980 pour retracer l’histoire du groupe Orsa Maggiore, constitué de nageurs de combat italiens se déplaçant juchés sur de grosses torpilles au fonctionnement capricieux ( les maiales ) et qui durant la seconde Guerre mondiale ont infligé de lourdes pertes à la marine anglaise en escale à Gibraltar. Il reconstitue les longs et difficiles entraînements des nageurs italiens grâce aux récits de survivants, il découvre leur destin d’après-guerre. Il recueille les témoignages des britanniques qui assuraient la protection du port de Gibraltar. Le travail de ce journaliste qui est sans doute proche de celui de l’auteur lui-même constitue un passionnant rappel de la démarche d’un journaliste d’investigation pour déceler ce qui relève du possible, du probable et de la vérité. Le romancier Arturo Perez-Reverte choisit une fiction insérée dans la réalité historique pour relater cet épisode peu connu du dernier conflit mondial.

Elena et Teseo vont se revoir, des rencontres fugaces, embarrassées, empreintes de délicatesse. Elena est libraire et se rend fréquemment à Gibraltar où les escales de navires de la Royal Navy sont fréquentes. Malgré la vigilance de la Gibraltar Security Branch , des bateaux sont fréquemment coulés par des plongeurs que les britanniques estiment venir d’un sous-marin et non pas d’Algésiras où l’Espagne est censée veiller scrupuleusement au respect de sa neutralité. Alors qu’un important convoi fait escale à Gibraltar, Elena accepte spontanément la demande de Teseo de photographier la rade de Gibraltar. Des photos revêtent une valeur inestimable pour orienter les plongeurs italiens vers les plus grosses cibles. La reconstitution des scènes sous-marines est précise, criante de vérité. Elena doit vaincre une inquiétude entrecoupée d’espoir face à un danger indéfini.

Dans ce récit de guerre, Arturo Perez-Reverte met en avant l’héroïsme des combattants italiens et l’impuissance de la sécurité britannique prête à tout pour mettre fin aux sabotages. C’est également un hommage aux gens de mer qui se respectent dans la défaite comme dans la victoire. Face à l’action et au suspense, l’auteur a imaginé une émouvante histoire d’amour et une confiance absolue née d’une brève rencontre.

Arturo PEREZ-REVERTE  -  L’Italien . Parution le 15 août 2024, Éditions Gallimard collection Du monde entier. Titre original « El italiano » ( Espagne 2021 ) traduit de l’espagnol par Robert Amutio. ISBN 9782073029379.

Présentation éditeur : Pendant la Seconde Guerre mondiale, Elena Arbués, libraire d’Algésiras, une jeune veuve dont le mari a été tué au cours de l’attaque contre la marine française à Mers el-Kébir, voit son destin chamboulé par le hasard.
Lors d’une balade sur la plage, elle découvre le corps d’un homme blessé, ramené par la mer. En lui sauvant la vie, elle se retrouve impliquée dans des opérations militaires qui se jouent sous ses yeux, car cet homme, Teseo Lombardo, fait partie d’un groupe de plongeurs de combat italiens qui s’infiltrent par la mer dans le port de Gibraltar, à dos de torpilles autopropulsées, pour déposer des charges explosives sous les bateaux ennemis.
Par désir d’aventure (ou pour venger son mari ?), Elena décidera de participer secrètement aux opérations de sabotage. Elle franchira la frontière jusqu’à Gibraltar, où le danger l’attend, très loin de ses livres et de la vie de solitude à laquelle elle se croyait condamnée.
Roman d’amour, de mer et de guerre, L’Italien est aussi le récit de l’enquête menée par un journaliste d’investigation espagnol qui reconstitue, au gré de témoignages des survivants, l’histoire d’amour d’Elena et de Teseo, et nous raconte avec brio cet épisode oublié de l’affrontement entre les hommes de la Royal Navy et les commandos italiens en Méditerranée.

Bibliographie d’Arturo PEREZ-REVERTE, autres lectures : voir ICI  

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Frédéric PAULIN

24 Octobre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Bibliographies - Actualités littéraires, #roman noir, #histoire des 19 et 20èmes siècles

© JL Photos pour Éditions Agullo

© JL Photos pour Éditions Agullo

Frédéric PAULIN a été journaliste et professeur d'histoire et géographie. Ces deux professions ont sans doute influencé sa carrière d'écrivain : il écrit des romans noirs sur l'Histoire récente fouillée avec la rigueur et l'opiniâtreté d'un journaliste d'investigation.

Livres lus :

- Nul ennemi comme un frère ( Éditions Agullo - Août 2024 ) : voir ICI

- Rares ceux qui échappèrent à la guerre ( Agullo - Février 2025 ) : voir ICI 

- Que s'obscurcissent le soleil et la lumière ( Agullo - Septembre 2025 ) : voir ICI  

- Trilogie "Tedj Benlazar" : 

              * La guerre est une ruse ( Éditions Agullo - 2018 ) : voir ICI 

              * Prémices de la chute ( Agullo - 2019 ) : voir ICI 

              * La fabrique de la terreur ( Agullo - 2020 ) : voir ICI 

- Autres romans :

              * La nuit tombée sur nos âmes ( Agullo - 2021 ) : voir ICI 

             

 

Frédéric  PAULIN
Frédéric  PAULIN
Frédéric  PAULIN
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Merci la Résistance !

18 Octobre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Textes courts

Merci la Résistance !

Le 80ème anniversaire de la Libération méritait bien un hommage. 80 ans, c’est loin. Ce recueil de nouvelles permet de se rappeler d’actes et de personnages très divers motivés par la Liberté et la lutte contre le fascisme. La préface de « Merci la résistance ! » est de Georges Duffau-Epstein, fils de Joseph Epstein, Colonel Gilles dans la Résistance.

L’année 2024 a été marquée par l’entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian. Le remarquable conteur qu’est Didier Daeninckx nous parle de ce travailleur étranger qui a résisté en France. A côté de personnages célèbres les hommages aux résistants anonymes ne manquent pas avec le souvenir d’engagements familiaux qui se transmettent de générations en générations. La Résistance fut aussi collective ( grève générale des cheminots racontée par Laurent Mely-Dumortier ) et internationale avec l’apport de combattants tunisiens, espagnols et même des allemands qui ont résisté en France dans la région de Nîmes ( récit de Thomas Cantaloube ).

Ce recueil de nouvelles s’inspire de genres variés : récit historique, fiction, récit de guerre, souvenirs familiaux. Dans une uchronie, Frédéric Bertin-Denis imagine des fins heureuses à des luttes réelles menées depuis 1944 jusqu’en 2024. Il y a des poèmes comme celui de Robert Desnos décédé en camp de concentration. Ce recueil de nouvelles est abondamment illustré avec la reproduction de photos et de documents d’époque. Vingt-quatre illustrateur.rice.s en activité de nos jours ont travaillé à ce recueil : un dessin est autant porteur d’un message que des mots.

Il y a des noms connus que je ne m’attendais pas à trouver dans ces histoires de résistances. J’ai adoré suivre Gino Bartali dans ce qui a peut-être été la course cycliste la plus importante de sa prestigieuse carrière ( récit de Maria P. Mischitelli ). Quant à Michel Embareck, il parle de José Artur.

Lorsqu’une cause est juste il faut résister, c’est la leçon qu’il faut tirer de la nouvelle de Patrick Amand, récit de l’occupation d’une résidence-autonomie menacée de fermeture en 2023 : il fallait bien résister ne serait-ce que par respect pour Edith Augustin une résistante poitevine qui a donné son nom à cette résidence qui grâce à la mobilisation n’a pas fermée.

Je n’ai pas cité tous les auteur.e.s impliqué.e.s dans cette réalisation des Éditions du Caïman ( voir ICI ). Ils sont au nombre de 28, autant d’histoires pour être surpris, ému, fier et rester vigilant.

« Merci la Résistance ! » est à mettre entre toutes les mains, jusqu’à celles des grands adolescents et jeunes adultes pour les aider dans leur quête du bien et de la Liberté.

Merci la Résistance ! Parution mars 2024, Éditions du Caïman, collection Noires nouvelles. ISBN 9782493739148 .

Présentation éditeur : À l’occasion du 80e anniversaire de la Libération de Paris, les Éditions du Caïman se souviennent de l’année 1944, de la Résistance, des résistances.
Si le 25 août 1944 reste la date symbolique d’un « Paris outragé, martyrisé mais libéré », la Résistance sur le sol français est un état d’esprit, un cheminement, une lutte construite dès 1940. Du graffiti sur un mur à la lutte armée, la Résistance est multiple de 1940 à 1944. Antifascistes et internationalistes de la première heure, résistantes et résistants des villes et maquis, résistances de la classe ouvrière et de la paysannerie, libérateurs de 1944 ...
Des maquis de la Lozère et du Morvan à la grève insurrectionnelle des cheminots, de la Libération de Marseille et de Pontarlier à l’entrée de la Nueve dans Paris, la Résistance est abordée sous toutes ses formes, de faits historiques peu connus à des personnalités marquantes. Il se conclut par un épisode inédit de la jeunesse de Missak Manouchian à Paris en 1934. 

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Pascal CHABAUD - La guerre et le crime

1 Octobre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique, #roman noir

Pascal CHABAUD  -  La guerre et le crime

C’est la troisième enquête de Joseph Dumont, désormais commissaire à la Brigade régionale mobile de Police judiciaire de Clermont-Ferrand. Il participe au dispositif de sécurité du procès qui s’ouvre le 19 février 1942 à la Cour suprême de justice de Riom et grâce auquel le maréchal Pétain et le régime de Vichy souhaitent démontrer la culpabilité des personnalités politiques qu’ils accusent d’être responsables de la défaite de juin 1940. Léon Blum et Édouard Daladier font partie des accusés.

L’Histoire est un fil conducteur solide des romans de Pascal Chabaud, avec le procès de Riom il choisit de mettre en avant une parodie de justice, un peu oubliée peut-être parce qu’elle n’a abouti à rien. Le régime de Vichy avait pourtant souhaité donner un retentissement mondial à ce procès destiné à asseoir sa légitimité après avoir succédé à la IIIème République et tout en évitant de nuire à l’Allemagne nazie. Des journalistes du monde entier assistent à l’évènement. La censure de Vichy est particulièrement active. Dans ce contexte propice aux rivalités et complots politiques l’auteur imagine une fiction crédible : John McNee, journaliste anglais au Guardian, disparaît.

Cette disparition permet de mettre en avant les qualités de détective de Joseph Dumont aidé par le très efficace Nestor, unique représentant local d’une police scientifique à ses débuts. L’action est au rendez-vous, expéditions nocturnes et fusillades. Les personnages secondaires, fictifs ou réels, enrichissent le volet polar historique de ce roman efficace et  fertile en rebondissements. Les acteurs récurrents sont bien mis en scène, avec concision et suffisamment de précision pour les situer dans le scénario. Le lecteur n’a pas besoin d’avoir lu les deux premières enquêtes de Joseph Dumont pour apprécier pleinement ce troisième roman qui au fil des pages s’affirme de plus en plus comme un roman noir historique.

 Diego le frère du défunt mari de la sœur de Joseph fait une entrée en scène plausible et prétexte à développer un pan tragique de notre Histoire. Il a existé en France des camps de détention construits et administrés par des français et où dans des conditions concentrationnaires indignes et criminelles étaient regroupés des réfugiés espagnols ( hommes, femmes et enfants ) fuyant le franquisme. L’intrigue se déplace dans le Béarn au camp de Gurs qui après l’emprisonnement des réfugiés de la Retirada  a servi d’étape vers la déportation pour les camps d’Europe de l’Est.

Cet épisode des enquête de Joseph Dumont ( et de notre Histoire ) s’achève fin avril 1942, après quelques semaines riches en rappels ou révélations historiques et porté par un suspense policier efficace. Pascal Chabaud a également laissé de nombreux jalons pouvant servir de trame à une suite que j’attends avec impatience.

Pascal Chabaud – La guerre et le crime . Parution le 5 juin 2024, Éditions Christine Bonneton. ISBN 9-782384-871407 .

Présentation éditeur : Saint-Germain-des Fossés, Allier, février 1942. Le corps du journaliste britannique John McNee est retrouvé dans un wagon de marchandises à destination de l'Allemagne. Au même moment, deux journalistes de La Montagne qui font passer des informations à la BBC, interdite en France, sont séquestrés. Tous trois couvraient le procès de Riom, qui juge les « responsables de la défaite » de juin 1940. Procès sous haute tension, où le régime de Vichy joue sa survie, face à une Allemagne qui pousse au retour de Pierre Laval pour une « collaboration » plus efficace. Le commissaire Joseph Dumont, aidé de Nestor Bondu, responsable de la police scientifique de Clermont, plonge à nouveau dans les aspects les plus sombres de l'âme humaine, tandis que sa soeur Irène traverse la zone sud jusqu'au camp de Gurs, où elle apprend la vérité sur le père de son fils, républicain espagnol, et découvre les atrocités commises pendant la guerre d'Espagne.

Les enquêtes de Joseph Dumont,  tome 1 "Mort d'un sénateur" : voir ICI 

Les enquêtes de Joseph Dumont, tome 2 "Tuer Pétain" : voir ICI 

 

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Gérard STREIFF - Nitchevo !

24 Septembre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles

Gérard STREIFF  -  Nitchevo !

Novembre 2022, Chloé Bourgeade se voit confier un travail inhabituel par sa patronne de l’Agence de détectives AuSémaphore. Chloé a accepté de représenter la fille d’un défunt afin de régler la succession. Serge Chapochnikov, ancien journaliste à Moscou devenu archiviste à Paris et mémoire de la Russie tsariste et de l’URSS, a été trouvé mort chez lui, étouffé lors d’une crise d’asthme aigue. Sa secrétaire Olga ne croit pas à la version officielle, pour elle Chapochnikov n’est pas décédé de mort naturelle. Il n’en faut pas plus pour attiser la curiosité de la détective Chloé Bourgeade.

Il flotte un air de nostalgie sur l’enquête de la sympathique Chloé qui va être promenée de lieux de l’Histoire russe en lieux de l'Histoire soviétique situés à Paris, depuis les immeubles de la Petite Russie construits en 1912 pour des émigrés russes, jusqu’à la librairie Le Globe vitrine culturelle de l’URSS du temps de sa splendeur et en passant par l’appartement occupé par Lénine au 4 rue Marie – Rose pendant trois ans avant la première Guerre mondiale. Nostalgie … que l’on pourrait ponctuer par l’idiome russe Nitchevo ! « C’est un mot ambigu et doux, désabusé et joyeux, comme un rire avec des larmes. C’est entre « bof » et « c’est cool » mais à la slave ».

La série des enquêtes de Chloé Bourgeade est un délice à lire, des romans courts, non dénués d’humour, très bien documentés. Le style alerte de Gérard Streiff tient en haleine. Il mêle habilement Histoire et actualité comme dans ce récit où l’ombre des groupes mafieux russes plane autant que les épisodes du passé russe et soviétique de Paris.

Gérard STREIFF  -  Nitchevo ! Parution le 20 octobre 2022 , Éditions La Déviation. ISBN 9-791096-373499.

Présentation éditeur : L’archiviste Serge Chapochnikov est retrouvé mort à son bureau. Il était connu pour être la mémoire russe de Paris. La détective Chloé Bourgeade de l’agence « Le Sémaphore » est chargée de l’enquête.
Elle se trouve prise dans un carrousel tragi-comique entre Paris d’aujourd’hui et Moscou d’hier, affairistes, popes, nostalgiques déjantés, maîtres chanteurs et autres mafieux.
Il y est question de la piscine de Staline, de l’appart de Lénine, de « famille » pas très catholique, une vraie salade russe.
Mais comme dirait Chloé, Nitchevo !

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Gildas GUYOT - Vindicte

16 Septembre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir

Gildas GUYOT  -  Vindicte

Cette novella est publiée dans la collection FACTION des éditions In8. FACTION s’adresse prioritairement aux grands ados et jeunes adultes.

Une foule enragée qui ne réfléchit plus, qui ne juge qu’avec haine, fait face à la narratrice qui raconte la violence qu’on lui inflige. Il y a les coups mais aussi les insultes et l’humiliation. Elle a été tondue. C’est l’épuration sauvage qui a suivi la Libération de la France à la fin de la seconde Guerre mondiale.

La narratrice se souvient des moments passés avec Hannes, un allemand. Elle repense aussi à sa famille, à ses proches mais aussi à ceux qui l’ont trahie. Elle imagine une dernière lettre à son mari Bertille.

La narratrice se révolte contre Dieu et les Hommes. Elle s’interroge sur le crime dont on l’accuse. Face à elle il n’y a pas de Justice mais une foule qui ne veut pas comprendre et encore moins faire preuve de clémence. Elle est face à des gens ordinaires devenus bourreaux, une foule folle de rage et qui exige toujours plus de violence. Elle s’émerveille face à la beauté de la nature. Elle est forte et veut rester maîtresse de son destin.

Le récit de Gildas Guyot est violent pour mieux dénoncer les ravages de la colère des foules lorsqu’elles s’arrogent le droit de rendre la Justice. « Une justice expéditive, sans procès, sans juge, sans avocat, sans plaidoirie, sans preuve, sans circonstance atténuante. La justice des mâles basée sur des ouï-dire et sur le qu’en-dira-t-on ». Ces propos ne sont pas seulement réservés à la jeunesse, tout être humain doit se les approprier.

Vindicte – Gildas GUYOT . Parution le 15 mars 2024 , Éditions In8 , collection FACTION . ISBN 978-2-494730-14-4 .

Présentation éditeur  :  Ma robe est déchirée. Mes cheveux sont tondus. Tout à l’heure, on nous promènera à travers la ville. On nous crachera dessus. La France est libérée, mais la paix n’est pas pour tout le monde. C’est la vindicte qui est devenue populaire. Et jamais ils ne sauront que moi, Arsinoé Ouvrard, Hannes, je l’aimais.

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