histoire des 19 et 20emes siecles
Laurent GUILLAUME - Les Dames de guerre : Opium Lady
Nous avions quitté Elisabeth Cole journaliste photographe de Life Magazine à Saïgon au crépuscule de l’empire français colonial d’Indochine. Les financements liés aux trafics d’opium n’ont pas suffis, début mai 1954 Dien Bien Phu a capitulé. Elisabeth poursuit ses reportages et nous la retrouvons accompagnant le para Louis Bremond et le commando Joseph Bonardi, tous les deux déserteurs et qui participent à la protection d’un convoi transportant plus d’une tonne d’opium en marche vers Mong Hsat dans l’État shan à l’est de la fédération birmane. A la tête de ce convoi, une énigmatique jeune femme que certains considèrent comme une princesse et qu’Elisabeth a déjà entrevue dans des opérations similaires de contrebande ( voir ICI , Les dames de guerre 1 : Saïgon ).
Cette Dame de guerre se nomme Olive Yang et elle a existé. Tout au long du roman, Olive est la narratrice de son histoire, depuis sa plus tendre enfance jusqu’aux années 1950 pendant lesquelles elle a été une figure de la résistance à la Chine communiste en soutenant les nationalistes du Kuomintang à la tête de ses Olive’s Boys. Olive est issue d’une longue dynastie de princes régnant sur les shan. Enfant rebelle, insatisfaite de son statut féminin et farouchement opposée aux traditions visant à étouffer toute émancipation des femmes. Elle est devenue une pionnière bousculant les normes de genre, une redoutable femme d’affaires du Triangle d’or et une incontournable figure du trafic d’opium. Laurent Guillaume ne limite pas le portrait à des éléments biographiques, il mêle romanesque, romance et aventure pour finalement entourer Olive d’une aura légendaire.
Lorsqu’il est question de résistance au communiste, la CIA est en coulisse. Dans toute l’Asie du sud-est, les pilotes d’Air America, compagnie aérienne affiliée à la CIA, aux commandes de leurs Curtiss Commando ont été des acteurs du soutien au Kuomintang et de son financement par le trafic d’opium. Je n’ai pas été surpris de croiser le pilote Art Wilson, personnage haut en couleur dont la personnalité rappelle le film « Air America ».
Elisabeth Cole participe au convoyage de 17 tonnes d’opium, opération de tous les dangers : aventures dans la jungle, trahisons, scènes de guerre, incursion clandestine en Chine communiste, redoutable tribu de coupeurs de têtes, bombardements de MIG 15 avions parmi les plus modernes de l’époque. Tous les ingrédients qui ont contribué au succès du tome 1, sont de nouveau réunis pour un nouvel excellent moment de lecture.
Laurent GUILLAUME – Les Dames de guerre : Opium Lady. Parution le 2 octobre 2025, Éditions Robert Laffont, collection La Bête noire. ISBN 9782221269794 .
Présentation éditeur : Indochine, années 1950. Elizabeth Cole, reporter de guerre pour Life Magazine , réussit l'impossible : entrer en contact avec la reine de l'opium, la mystérieuse princesse shan Olive Yang, qui accepte de lui dévoiler une partie de ses secrets. Mais l'acheminement d'une immense cargaison de drogue à Bangkok va modifier leurs plans et emporter la princesse et la photographe dans un tourbillon d'aventures au coeur du Triangle d'or. Face aux dangers, entre la Birmanie, la Thaïlande et la Chine, les deux femmes vont nouer un lien singulier, qui va changer leur destin.
Ulrich EFFENHAUSER - Le fantôme de Mexico
D’abord historien, Ulrich Effenhauser a choisi pour sa carrière de romancier le polar et le roman noir afin de dévoiler des épisodes de l’Histoire de l’Allemagne d’après la Seconde guerre mondiale, une période délicate à assimiler par un peuple traumatisé par les conséquences des voies empruntées par ses dirigeants dans les années 1930. Dans son premier roman ( « Je vis la bête surgir de la mer » voir ICI ) j’avais remarqué qu’Ulrich Effenhauser n’accordait qu’une rigueur très limitée aux procédures policières avec un résultat qui fait la part belle à l’Histoire et un roman proche de la retranscription d’investigations historiques. Cette impression est confirmée dans son deuxième roman.
Alwin Haller est remis en scène à travers un dossier qu’il n’avait pas divulgué et découvert par son successeur en 2013. Tout a commencé fin novembre 1985 ( les dates sont importantes ! ), Heller voit son escale à Mexico se prolonger, conséquence d’un tremblement de terre. Il va accompagner officieusement un collègue local confronté à l’énigme d’un inconnu tué d’une balle et dont le cadavre a été découvert dans les décombres de Mexico.
En octobre 1992 après la chute du mur de Berlin, dans un documentaire, Haller identifie le cadavre de Mexico comme étant celui d’un physicien soviétique d’origine ukrainienne photographié aux côtés d’Andreï Sakharov, père de la bombe H soviétique, la Tsar Bomba dont le premier test réel a lieu en 1962. L’affaire du cadavre de Mexico étant classée et comme il n’y a pas de dossier en Allemagne pour justifier une enquête, Alwin Haller commence d’officieuses recherches qui vont le mener à Kiev encore traumatisé par la catastrophe de Tchernobyl du 26 avril 1986. L’auteur reconstitue l’histoire du nucléaire civil soviétique commencé au lendemain de la Seconde guerre mondiale avec la « réquisition » de savants ayant travaillé pour les Nazis, l’exploitation de l’uranium en RDA dans les mines des monts Métallifères jusqu’à l’ambiance de fin de Guerre froide où les USA sont prêts à tout pour précipiter la chute du communisme chancelant. Le récit se teinte d’espionnage avec le KGB et la CIA en première ligne.
Haller n’est pas très à cheval sur les procédures, adepte des identités d’emprunt, il endosse celle d’un inspecteur de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique et poursuit ses investigations dans la centrale de Three Mile Island en Pennsylvanie aux USA où un grave accident nucléaire est survenu le 28 mars 1979. Elles se poursuivent dans une mystérieuse usine à Tula près de la capitale du Mexique. La boucle avec le cadavre fantôme de Mexico est ainsi bouclée, nous sommes alors fin 1992 mais les conséquences des découvertes de Haller n’ont pas fini de se faire sentir.
Ce roman d’Ulrich Effenhauser est complexe et demande une lecture attentive pour en déceler la logique. Le dénouement fait froid dans le dos. Cependant j’ai regretté l’absence de références historiques. Le début de l’intrigue repose sur des faits faciles à vérifier mais on ne sait pas de quoi est fait le final, imagination ou réalité.
Ulrich EFFENHAUSER – Le fantôme de Mexico. Titre original « Brand » ( Allemagne 2016 ). Traduit de l’allemand par Carole Fily pour les Éditions Actes Sud. Parution février 2025. ISBN 9782330200701.
Présentation éditeur : Il y a plus de trente ans, à la veille de la catastrophe de Tchernobyl, un meurtre a lieu à Mexico. La victime, un inconnu d’une soixantaine d’années, est probablement originaire du bloc de l’Est. Pourquoi l’homme était-il au Mexique à ce moment-là ? Et quel est le rapport entre l’accident du réacteur nucléaire et son assassinat ? Celui-ci est-il le fait du KGB ? Ou, peut-être, des responsables de l’industrie nucléaire américaine ?
Le commissaire Heller devra attendre quelques années après la chute du Mur pour trouver des réponses (surprenantes)… à Kiev, Munich et Harrisburg (Pennsylvanie).
Benjamin DIERSTEIN - L'étendard sanglant est levé
Après la lecture de « Bleus, Blancs, Rouges » voir ICI, j’étais prévenu mais j’ai été encore sacrément surpris, impressionné même par ce style qui submerge le fait historique dans une déferlante romanesque parfaitement maîtrisée. Ce roman noir est le témoin de l’Histoire de janvier 1980 à juin 1982 que j’ai vécues et les personnages et les évènements racontés ressortent de ma mémoire, souvenirs précis ou vagues, avant de s’assembler avec logique grâce à la fiction. Le génie de l’auteur réside dans l’art de raconter, de mêler fiction et réalité, humour et tragédie et de valoriser une documentation considérable ( voir ses sources en fin d’ouvrage ). Pour l’aider Benjamin Dierstein fait appel à quelques personnages fictifs et pour explorer l’Histoire politique et criminelle de la France rien de mieux que des flics et quelques truands. Jacquie et Marco continuent leur parcours de méchants même s’ils sont censés représenter l’ordre. Vauthier louvoie entre banditisme et espionnage, un as des faux semblant dévoué à l’argent et aux coups tordus. Khadidja et un revenant remplacent Geronimo. Ces personnages se croisent, trahissent, collaborent, se déchirent. Ils aiment aussi, personne n’est totalement mauvais.
« Rien de ce qui suit ne s’est passé de cette façon. Tout aurait pu se passer de cette façon. Et pourtant, rien ». Cette phrase citée en exergue est à la fois un dédouanement de l’auteur qui caricature nombre de célébrités mais sous-entend que les faits racontés ont vraiment eu lieu comme le prouve la chronologie historique établie dans les revues de presse citant les unes de journaux de l’époque. La fiction fait le reste en créant un liant efficace et crédible. Une ambiance sympathique, un brin nostalgique, s’installe, rythmée par des refrains musicaux de l’époque.
La fin du règne de Giscard et l’état de grâce qui a suivi s’inscrivent sous le signe de la violence qui explose, conséquence d’une politique extérieure française irréfléchie notamment en Afrique et au Proche Orient, ou qui couve à cause d’un climat intérieur délétère. Les politiques décident à la godille, au petit bonheur la chance, influencés par des hommes de l’ombre. C’est l’alternance, les fonctionnaires traficotent pour garder leur poste ou pour progresser dans la hiérarchie. Les temps changent, les gens aussi. C’est la guerre des polices, le temps des amnisties, des purges et des règlements de comptes. Pour dédramatiser Benjamin Dierstein imagine d’irrésistibles transcriptions d’écoutes téléphoniques, des échanges hilarants qu’on pourrait croire tout droit venus du Bébête Show.
Difficile d’enfermer dans quelques phrases cette tragi-comédie en 4 actes foisonnants et sans temps morts. L’inspiration Ellroyenne est certaine et revendiquée. Loin d’une pâle copie, Benjamin Dierstein s’approprie un style compliqué et réussit un amalgame à la française entre récit historique, roman noir et polar.
Benjamin DIERSTEIN – L’étendard sanglant est levé . Parution le 24 septembre 2025, Éditions Flammarion. ISBN 9782080470768.
Présentation éditeur : Janvier 1980. Alors que la France s'enfonce dans la crise économique, les services de police sont déterminés à mettre un visage sur ceux qui importent le terrorisme révolutionnaire dans le pays. Infiltré auprès d'Action directe, le brigadier Jean-Louis Gourvennec approche un marchand d'armes formé par les services libyens qui affole Beauvau et répond au surnom de Geronimo. Jacquie Lienard, son officier traitant aux RG, tout comme Marco Paolini, un jeune flic tourmenté de la BRI, sont prêts à tout pour localiser et identifier le trafiquant. Les deux inspecteurs concurrents vont rapidement faire face à Robert Vauthier, un mercenaire reconverti en proxénète qui enflamme les nuits de la jet-set parisienne et s'apprête à prendre le chemin du Tchad pour traquer Geronimo. La campagne présidentielle et le retour de Carlos sur le devant de la scène vont plonger ces quatre personnages dans un déchaînement de coups bas, de corruption et de violence dont personne ne sortira indemne. Le deuxième tome d'une saga historique entre satire politique, roman noir et tragédie mondaine, dont les personnages secondaires ont pour nom Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Charles Pasqua, Tany Zampa, François de Grossouvre, Carlos ou Gaston Defferre.
Maria P. MISCHITELLI - Les anges n'habitent pas tous au paradis
Les maisons d’édition indépendantes accomplissent un travail formidable dans un contexte économique difficile que des géants survitaminés par la finance peuvent traverser sans encombre en imposant une littérature lisse bercée par le suspense domestique, la douceur de la campagne à peine secouée par le crime ou une grande Histoire édulcorée au profit d’histoires à l’eau de rose. Heureusement il reste des maisons d’édition indépendantes qui inlassablement proposent une littérature de genre encrée dans un contexte social et politique qui s’il n’est pas ouvertement critiqué donne néanmoins au lecteur les clés de réflexion et de compréhension. Les Éditions du Caïman sont de celles-là, obligées de lutter pour survivre mais passionnées pour continuer à proposer une littérature méritante, militante et bien sûr distrayante : voir leur site ICI .
Le polar de Maria Mischitelli explore le passé. Il raconte l’Histoire avec des faits connus ou non, qui surprennent et qui permettent de mieux comprendre le présent. Elle emmène le lecteur à Los Angeles en 1939, âge d’or du roman noir américain que Chandler et Hammett avaient rendu populaire dans les années 20. Le décor est planté dés les premières lignes « … parmi son gros million d’habitants, derrière toutes ses façades et malgré son nom, cette ville ne comptait aucun ange ». Deux détectives privées guident le lecteur dans cette ville gagnée par le crime où la police officielle n’est pas fiable, Ezra une hard boiled et Lana une débutante. Le duo que tout oppose fonctionne à la perfection et agrémente le récit d’une agréable note d’humour.
Le polar de Maria Mischitelli est aussi un roman noir et Los Angeles à de la fin des années 30 ( et sans doute plus largement l’ensemble des USA ) présente un visage très proche de celui que nous connaissons aujourd’hui. Déjà à l’époque le manque d’eau laisse entrevoir une situation écologique problématique. D’un point de vue social, la main d’œuvre étrangère et tout particulièrement celle d’origine mexicaine est exploitée ou renvoyée en vertu d’un Repatriation Act qui préfigure un America First très contemporain. Racisme, antisémitisme et complots fascistes complètent ce tableau noir de l’Amérique. Le portrait politique et social de Los Angeles est érudit et fourmille d’anecdotes qui font bons ménages avec la fiction et une enquête dangereuse, pas toujours facile à suivre mais ce n’est pas grave car le plaisir reste intact à chaque page, vif comme une rasade de mezcal.
Maria P. MISCHITELLI – Les anges n’habitent pas tous au paradis . Parution le xx 2025, Éditions du Caïman . ISBN 9782493739230 .
Présentation éditeur : 1939, Los Angeles. Dans leur luxueuse propriété de Beverly Hills, Madame Müller découvre sa domestique mexicaine – Gloria Marquez – sauvagement assassinée. Son corps est mutilé selon un ancien rite aztèque ; sur son visage, on a dessiné au couteau un masque sanglant représentant la Santa Muerte. Lana Monterey, une jeune détective privée est chargée de l’enquête. Accompagnée de sa complice, une cinquantenaire gay, iconoclaste, désabusée, haute en couleurs et gouailleuse, Lana plonge dans cette enquête complexe confrontant ces femmes détectives aux interdits d’une société patriarcale, dans un Los Angeles obsédé par son expansion où sévissent les guerres de l’eau et du pouvoir. En rendant hommage aux auteurs de polars harboiled, l’auteure s’amuse à multiplier les pistes dans un Los Angeles multiculturel et interlope des années d’avant-guerre, mêlant l’humour aux problématiques sociales : racisme, antisémitisme, patriarcat, corruption, menaces écologiques, qui rappellent étrangement celles de notre monde actuel.
Macha SÉRY - Patriotic School
J’aime toute la grande famille du polar y compris sa branche espionnage. Le récit d’espionnage se nourrit du réel, de la géopolitique et des conflits actuels et passés. L’espionnage fait bon ménage avec l’Histoire qui comme le crime avec le polar fourmille de faits que la littérature peut raconter, expliquer et parfois dévoiler.
Raconter, expliquer, dévoiler, ces trois mots définissent parfaitement le roman de Macha Séry qui avec une habile dose de romanesque construit à partir d’un épisode de la seconde Guerre mondiale un récit aux multiples facettes.
Ces facettes scintillent l’une après l’autre selon un rythme aussi rapide que cohérent et garantissent beaucoup de surprises sans perdre l’idée de départ qui consiste à raconter le travail et les succès du contre-espionnage instauré par les anglais à partir de janvier 1941 pour démasquer d’éventuels espions cachés parmi ceux et celles ( « une Patriotic School » a existé par ailleurs pour les femmes ) qui gagnaient l’Angleterre parfois dans des conditions rocambolesques, réfugiés fuyant la guerre sur le continent ou résistants rejoignant les alliés pour participer aux combats.
Le charme du récit de Macha Séry réside dans un savant mélange entre Histoire et fiction. La mise en place de la structure d’accueil ( avec de durs soucis d’approvisionnements en ces temps de rationnement ), la structuration des techniques d’interrogatoires, l’archivage d’une multitude de renseignements collectés, les débuts de Patriotic School sont instructifs et agrémentés par des portraits savamment dressés, on sent les personnages historiques dans la présentation de la hiérarchie de la structure et on devine ceux créés par l’auteure : Peter l’homme à la moto, Mary l’infirmière tourmentée.
Les présentations défilent rapidement, Macha Séry approfondit ensuite la vie à Patriotic School durant le mois de novembre 1942, les interrogatoires succèdent aux interrogatoires. Des hollandais, des norvégiens, des français. Des suspects sont rapidement blanchis, d’autres séjournent longuement dans une prison qui ne porte pas son nom où les pensionnaires jouent au Monopoly mais sans contact avec l’extérieur. Les britanniques interrogent inlassablement avec la crainte de se tromper face à des fausses pistes. L’attente est parfois longue dans l’attente d’une preuve formelle. Le suspense est digne d’un polar mais c’est de l’espionnage avec des encres sympathiques et des textes codés. L’Histoire est bien présente, en novembre 1942 le sud de la France est occupé par l’armée allemande et l’opération Torch marque le début de la contre-attaque alliée. La fiction romanesque entraîne Mary à moto avec Peter. Il en faut du talent pour qu’un récit érudit soit plaisant à lire !
Macha Séry raconte une drôle de guerre : l’Histoire comme source d’inspiration et le quotidien de personnages plus vrais que nature où le lecteur a parfois du mal à démêler le vrai du faux, normal c’est de l’espionnage.
Macha SÉRY - Patriotic School . Parution le 11 septembre 2025, Série Noire des Éditions Gallimard. ISBN 978073035158.
Présentation éditeur : Patriotic School, filtre à espions sophistiqué, a opéré de janvier 1941 à fin mai 1945, dans un vaste manoir victorien au sud de Londres. Tout étranger mettant le pied au Royaume-Uni, clandestinement ou avec une mission légale, y était enfermé jusqu’à ce que le MI5 ait établi s’il était de bonne foi ou s’il s’agissait d’un espion camouflé.
Officiers interrogateurs, archivistes, analystes et secrétaires du renseignement y ont côtoyé des « pensionnaires » venus de tous horizons. Joseph Kessel et Maurice Druon, Jean Moulin, François Mitterrand et Jean-Pierre Melville y ont séjourné.
La réalité historique, tirée des archives britanniques, se mêle avec précision et humour à la fiction dans cette fresque du quotidien des uns, obsédés par la crainte de relâcher un ennemi, et des autres, mus par la seule idée de sortir de là.
Serge RAFFY - L'odeur de la sardine
Automne 2023, Charles Bayard est mort d’une balle tirée dans la nuque, un assassinat qui ressemble à une exécution alors que ce vieillard se promenait seul un soir sur les quais de Seine près du pont Alexandre III à Paris. Le meurtre de Bayard provoque un véritable séisme. Bayard a été un grand flic, au parcours mêlant gloire et coups tordus. « Il avait traversé toutes les présidences de la Cinquième République, en laissant toujours derrière lui un goût de secrets. Et une tonne de secrets ». Une cellule spéciale d’enquête est créée à l’Élysée, elle est dirigée par l’expérimenté commissaire Julien Sarda.
Charles Bayard faisait le récit de sa vie au journaliste Sébastien Rochas en vue d’en faire un livre. Bayard était un solitaire, même les liens avec sa fille vivant aux USA semblaient rompus. Le journaliste Rochas constitue la première piste sérieuse explorée par les enquêteurs à laquelle s’ajoute celle de l’inattendue Jeanne Obadia ingénieure géologue bordelaise retrouvée parmi les rares contacts téléphoniques du défunt.
Sarda et son équipe reconstituent dans le détail le passé et les derniers mois de la vie de Charles Bayard. Révélations du journaliste Rochas, texte écrits par Bayard, confidences de la fille de Bayard et souvenirs familiaux de Jeanne Obadia éloignent l’enquête policière promise au profit d’un récit historique sur la guerre d’Algérie, ses répercussions tragiques au sein de la société franco-algérienne et ses conséquences politiques parfois inavouables. C'est dans ce conflit que se trouve l'explication du titre. Ce roman est aussi un récit de guerre mais se disperse lorsqu’il évoque Francisco de Goya ou le Royaume de Siam.
Ce roman de Serge Raffy est incontestablement érudit, le lecteur y découvre ( ou pas ) des faits historiques mais reste un peu sur sa faim face à des pistes qui auraient mérité d’être approfondies ( le trésor de l’OAS par exemple ). Des mots bien choisis apportent de la véracité dans l’énoncé des faits et retranscrivent toutes les nuances des sentiments des personnages en mêlant habilement violence, émotion, regret et culpabilité.
Serge Raffy imagine une fin bien maîtrisée en renouant avec les codes d’une enquête policière classique source de suspense et de rebondissements sans perdre de vue tous les traumatismes qu’il a mis en évidence dans les rappels historiques.
Serge RAFFY – l’odeur de la sardine . Parution le 3 septembre 2025, Éditions Fayard. ISBN 9782213731353 .
Présentation éditeur : Voyage au cœur de la haine et du remord. Un vieil homme, ex-patron de la PJ, est exécuté au cours d’une de ses promenades nocturnes sur les quais de la Seine, à Paris. Simple crime crapuleux ? Ou explosive affaire d’État ? Porteur d’un secret qui le hantait, l’homme s’apprêtait à tout révéler de son passé. A-t-on voulu le faire taire ? Et pourquoi ? Les enquêteurs plongent alors dans un labyrinthe de fausses pistes, se perdent dans les méandres de la mémoire du conflit franco-algérien, d’une guerre jamais finie entre Alger et Paris, révélant la face sombre du gaullisme.
Thomas MULLEN - Le jeu de la rumeur
Avec ce roman je découvre Thomas Mullen, auteur américain réputé pour ses romans noirs historiques se déroulant aux États-Unis dans la première moitié du 20ème siècle jusque dans les années 1950. « Le jeu de la rumeur » se déroule en 1943 à Boston, port et capitale du Massachusetts, située à trois cents kilomètres au nord-est de New York.
Anne Lemire est une jeune journaliste au Boston Star et s’exprime dans une bien curieuse rubrique : « La Clinique des Rumeurs ». Son travail consiste à identifier et dénoncer les rumeurs malintentionnées, certaines diffusées délibérément par la propagande de l’Axe et pouvant nuire à l’effort de guerre mis en œuvre aux USA depuis son entrée en guerre fin 1941. Elle est en partie rémunérée par le Gouvernement Fédéral. C’est un surprenant travail pas aussi facile qu’il n’y parait car elle doit bien sûr prouver la fausseté de ce qu’on appelle de nos jours des fake news.
« Non, une éruption de douleurs abdominales à Quincy n’était pas due au fait que les sous-marins nazis empoisonnaient les homards de la côte du Maine ».
« Les jeunes femmes engagées à Fort Gillem ne sont pas toutes tombées enceintes et n’ont pas toutes avorté des mains d’un docteur de la base ».
Devon Mulvey est un jeune agent de l’antenne de Boston du FBI qu’il a rejoint en 1940 après un diplôme de droit. Sa mission consiste à surveiller toute personne suspectée d’activisme au profit de l’Axe et à enquêter dés qu’un délit ou un crime concerne de près ou de loin l’industrie d’armement. Pour l’heure il enquête sur un homme poignardé, c’était un employé d’une usine de fusils militaires, immigré juif allemand dont le cadavre a été découvert avec dans une poche une croix gammée dessinée sur une serviette en papier.
Thomas Mullen a habilement choisi ses deux personnages principaux. Anne est juive, venant du Canada et d’origine française. Devon est un catholique irlandais ( une communauté très représentée à Boston ), une origine qui n’inspire pas confiance à Hoover le patron du FBI. Anne et le coureur de jupons Devon vont bien sûr se rencontrer mais le lecteur doit être patient, l’auteur n’est pas un adepte du hasard et il va auparavant approfondir le contexte social et idéologique d’une ville où la population ne subit pas directement les combats mais dont on exige une mobilisation totale . Thomas Mullen prend son temps. Il détaille, approfondit et progressivement dévoile un portrait précis et sans complaisance de ce coin des USA. Racisme anti-juif, suspicion constante vis-à-vis des immigrés récents et discrimination des femmes hantent quotidiennement une bonne partie de la population jusqu’à provoquer des violences commises dans l’anonymat. La peur d’être espionné et la crainte des sabotages tournent à la paranoïa. La corruption règne au sein des policiers municipaux et la mafia plutôt que traquée est enrôlée pour briser toute velléité de grève : il faut produire de l’armement coûte que coûte. Les privations matérielles sont quotidiennes pour la population et favorisent les trafics en tout genre comme celui des tickets de rationnement.
Thomas Mullen mêle habilement la description du contexte historique bostonien de l’époque et les recherches de Anne et Devon. Il est facile de retrouver des ressemblances dans les mentalités de l’époque avec celles d’aujourd’hui. Les excès américains actuels ont des racines anciennes. « Le jeu de la rumeur » est un excellent polar avec son lot de filatures, d’expéditions nocturnes et de vérifications interminables, des secrets de famille bien cachés ajoutent de la complexité. En remarquable conteur, avec un style fait de phrases courtes et incisives, Thomas Mullen assemble le tout dans un bon récit, cohérent et prenant.
Thomas MULLEN – Le jeu de la rumeur. Titre original « The rumor game » ( USA 2024 ). Traduction de Pierre Bondil pour le Éditions Rivages Noir. Parution février 2025 .
Présentation éditeur : Boston, 1943. La journaliste Anne Lemire rédige la « Clinique des rumeurs » , une rubrique qui réfute les nombreux on-dit circulant en ville, qu’ils soient des mensonges propagés par des espions de l’Axe ou de simples ragots nés de la peur et de l’ignorance. L’agent spécial Devon Mulvey, l’un dés rares catholiques du FBI, passe ses semaines à prévenir le sabotage industriel et ses dimanches à débusquer les ecclésiastiques à la loyauté suspecte. Lorsque l’histoire d’Anne sur la propagande nazie croise l’enquête de Devon sur la mort d’un ouvrier, les voilà entraînés sur une piste dangereuse mêlant espionnage, crime organisé et fascisme.
Frédéric PAULIN - Rares ceux qui échappèrent à la guerre
Le 23 octobre 1983 à l’aube, l’attentat du Drakkar tuait 58 parachutistes français en clôture du premier volet de l’Histoire récente du Liban et des relations franco-libanaises ( « Nul ennemi comme un frère » voir ICI ). Cette tragédie n’est que le début comme le raconte la deuxième époque couvrant les années1983 à 1986 et marquée par des vagues particulièrement meurtrières d’attentats terroristes sur le territoire français. La France paie le prix d’alliances hasardeuses et de trahisons sournoises au Moyen Orient et ses dirigeants aveuglés par les luttes de pouvoir sont incapables de faire front commun. Les personnages principaux du tome 1 continuent de vivre de l’intérieur tous ces évènements.
Le fils de Kellermann est parmi les victimes du Drakkar. Au père effondré succède rapidement le conseiller élyséen spécialiste du Liban fou de travail. Michel Nada, franco-libanais, poursuit son ascension politique au sein du RPR chiraquien. Son épouse Josiane est enceinte. Sandra Gagliago est enceinte et son compagnon Nicolas Caillaux commissaire à la section antiterroriste des RG constate impuissant la vague d’attentats sur le sol français alors que son travail consiste à prévoir et anticiper. Aux attentats, s’ajoutent les enlèvements de personnalités et journalistes français. Ils sont détenus par les chiites libanais avec parmi leurs geôliers, Abdul Rasool al-Amine. Zia al-Faqîh est active dans ces actions terroristes, la reconnaissance qu’elle reçoit se compte en coups et humiliations. Zia est une femme, tout comme Sandra qui reste dans l’ombre des juges antiterroristes. Le Hezbollah détient les otages français, mais quelle faction, quel groupuscule ? Qui donne les ordres, quelle tendance politique iranienne tire les ficelles ? Avec qui négocier une libération ? Quel rôle peut jouer la Syrie dans les négociations ? Le Liban est un imbroglio inaudible « dévasté par la guerre entre chrétiens, Palestiniens, musulmans, il est désormais la proie de violences intracommunautaires ». Les syriens et les israéliens gardent le doigt sur la gâchette.
En France, le journal télévisé annonce : « Aujourd’hui, … date … , les otages français détenus au Liban, Marcel Carton, Marcel Fontaine, Michel Seurat, Jean-Paul Kaufmann, et l’équipe d’Antenne 2, Philippe Rochot, Geaorges Hansen, Jean-Louis Normandin et Aurel Cornea n’ont toujours pas été libérés ».
Le lecteur doit être attentif, Frédéric Paulin offre au lecteur un récit détaillé sans indications temporelles précises, seulement des évènements de politique intérieure et internationale pour expliquer l’ambiance angoissante et incertaine de l’époque. Pour illustrer le quotidien, des refrains, Purple Rain, « Je rêvais d’une autre Terre … » ou L’Aziza, pendant ce temps Le Pen monte au front. Pas de chapitre, les faits s’enchainent, l’auteur fait un état des lieux complet de trois années de violences et d’incertitudes. C’est un travail journalistique pour raconter l’Histoire. Pour documenter cette reconstitution, des personnages fictifs, Nada, Kellermann, Sandra Gagliaco, Caillaux de la section antiterroriste des RG, bien insérés, bien à leur place auprès de figures au nom familier, Pasqua, Védrine sont de ceux-là au milieu de tout un aéropage dont la mémoire a retenu les bons mots « Terroriser les terroristes ». Au plus près du pouvoir, les dossiers compromettant n’épargnent aucun camp politique. Eurodif, Luchère ont un goût amère celui de l’argent puis celui du sang du crime d'État. La France est à feu et à sang, sous les bombes d’une mouvance terroriste impossible à identifier, seulement reliée au Moyen-Orient par des revendications floues. Comble de la complexité, Action Directe reprend périodiquement les armes. Comble de l’impuissance, les service secrets français perdent leur efficacité lorsque les politiques les impliquent dans d’inutiles combats. Le Rainbow Warrior a été coulé. Le commandant Dixneuf de la DGSE a été démissionné, la France est un peu plus aveugle au Moyen Orient. Difficile de ne pas faire un parallèle entre le destin de ce militaire d’action connaisseur du Liban avec celui de Tedj Benlazar et l’Algérie ( voir ICI ).
Ce deuxième tome sur l’Histoire libano-française moderne est d’une richesse exceptionnelle avec les faits, tous les faits, insérés dans un contexte le plus large possible. C’est aussi un récit militant avec par exemple la place réduite réservée aux femmes quel que soit le pays, la religion ou l’engagement. Frédéric Paulin cite Manchette « le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique sont les deux mâchoires du même piège à cons ». Le nom de famille Nada pour un personnage principal n’est certainement pas un hasard.
Frédéric PAULIN - Rares ceux qui échappèrent à la guerre . Parution le 27 février 2025, Éditions Agullo Noir . ISBN 9782382461297 .
Présentation éditeur : Beyrouth, 23 octobre 1983. Un attentat visant le poste Drakkar fait près de soixante victimes françaises parmi lesquelles pourrait se trouver le fils du diplomate Philippe Kellermann. La France, directement visée, est désormais en guerre et le commandant Dixneuf se retrouve en première ligne.
Entre Beyrouth et Téhéran, après plusieurs nouvelles tentatives déjouées, Abdul Rasool al-Amine et les chefs du Hezbollah décident de changer de tactique, inaugurant une crise des otages qui occupera le paysage médiatique français pendant tout le reste des années 1980.
Mais alors que le pays n’en finit pas d’être endeuillé et que le monde politique se déchire quant à la conduite à tenir, les attentats signés Action directe se multiplient à Paris et en province.
Deuxième partie de l’ambitieuse trilogie de Frédéric Paulin consacrée à la guerre du Liban, Rares ceux qui échappèrent à la guerre se concentre sur une période de 1983 à 1986, charnière du conflit. La France prend conscience, de la plus dure des manières, des dangers qui la menacent tandis que le Liban s’enfonce chaque jour un peu plus dans la guerre…
Bibliographie de Frédéric Paulin, autres lectures : voir ICI
Frédéric POTIER - La taupe de l'Élysée
Depuis 1953, la rumeur n’a fait qu’augmenter. La presse se fait ouvertement l’écho de secrets d’état auxquels le PCF aurait accès. Juillet 1954, Pierre Mendes-France tout nouveau président du Conseil, en prend conscience après que des décisions secrètes du Comité de défense nationale concernant la Guerre d’Indochine et engageant la sécurité nationale circulent dans la presse et au sein de l’opposition politique. Mettre un coup d’arrêt à ses fuites au plus haut sommet de l’état est la mission prioritaire confiée à la DST et à son directeur Roger Wybot. Wybot est un spécialiste du renseignement, il a acquis son expérience durant la seconde Guerre mondiale. C'est aussi un homme de confiance pour cette mission délicate, il va devoir entre autre enquêter sur son supérieur hiérarchique, le ministre de l’Intérieur. Ce ministre se nomme François Mitterrand.
L’affaire des fuites a vraiment existé. Pour la raconter Frédéric Pottier aurait pu choisir le roman noir avec en toile de fond une affaire d’espionnage et une possible trahison d’un haut fonctionnaire voire d’un membre du gouvernement de l’époque. L’auteur a opté pour le récit historique mais loin d’être magistral et encore moins austère, ce sont les personnages historiques eux-mêmes qui sont seuls mis en scène et le résultat est réussi comme un roman d’espionnage à la John le Carré et passionnant comme un épisode de la Guerre froide. Le récit est scindé en quatre parties, la première présente le contexte de l’époque et la mise en évidence de faits d’espionnage. Puis Wybot va traquer la taupe de l’Élysée, des dialogues animés, des interrogatoires, la recherche de micros, des arrestations, la deuxième partie est de loin la plus riche en suspense et rebondissements. Dans la troisième partie, l’enquête approche du but. La confusion et l’incertitude . L’auteur fait preuve de pédagogie. Il met en évidence ce qui a été rumeur et insiste sur les réelles conséquences nationales et internationales, enfin il décortique les conclusions qui ont permis de disculper des suspects ( parmi eux Mitterrand ) avant de mettre l’accent sur les accusés que la mémoire collective n’a pas forcément retenue. Puis il y a un procès au printemps 1956. J’ai beaucoup apprécié le regard porté sur cet épisode par une jeune journaliste de l’Express, Françoise Giroud.
En 1956 le verdict peut laisser sur sa faim avec des culpabilités limitées, des soupçons effacés, des condamnations légères et des retours en grâce. Mais espionnage et Guerre froide font bon ménage et provoquent un ultime rebondissement avec les révélations mises au grand jour lors de l’ouverture des archives services secrets des pays du bloc communiste.
Le travail de Frédéric Potier peut être qualifié de vulgarisateur. Son récit est vivant et agréable à lire et cela suppose bien sûr un véritable travail d’historien pour rassembler les faits mais aussi une parfaite connaissance des personnalités de l’époque, qu’elles soient publiques ou politiques ou de l’ombre ( Roger Wybot par exemple ). Cela lui permet de les mettre en scène de manière crédible, de les faire vivre dans leur quotidien, de les faire réagir dans toute la diversité de leur personnalité.
Frédéric POTIER – La taupe de l’Élysée. Parution mai 2025, Éditions de l’aube. ISBN 9782815966528 .
Présentation éditeur : Juillet 1954. Le gouvernement de Pierre Mendès France fait face à une crise inédite : des informations sensibles auraient fuité du dernier conseil de défense, mettant ainsi en péril l’opération militaire en Indochine et, plus généralement, la sécurité de l’État. Roger Wybot, directeur de la Surveillance du Territoire, est chargé de débusquer la taupe qui se terre à l’Élysée. C’est dans un contexte ultrasensible de paranoïa et de peur face à la montée du communisme que Wybot va traquer ce traître qui, selon certains, pourrait bien être le ministre de l’Intérieur lui-même, un certain François Mitterrand… Cette fiction, inspirée de faits réels, retrace l’histoire d’une affaire qui a secoué et passionné la France des années 1950, et marqué au fer rouge les personnalités qui y ont été mêlées.
Harald GILBERS - L'Écho des ruines
L’auteur d’un roman policier historique doit conjuguer deux talents, celui de romancier et celui d’historien. Harald Gilbers est un maître en la matière pour reconstituer la période d’après seconde Guerre mondiale à Berlin, une époque où une administration allemande en lambeau est partagée entre des blocs ennemis dans une ville avec des armées d’occupation de plusieurs nationalités, n’a certainement pas laissé des archives très simples à consulter. De cette période Harald Gilbers a su en retenir bien sûr les évènements structurant la reconstruction de l’Allemagne mais aussi suffisamment de faits divers du quotidien pour offrir au lecteur de la série des enquêtes de Richard Oppenheimer des récits aussi plaisants à lire qu’instructifs et crédibles.
Février 1949. Il existe un Berlin Ouest et un Berlin Est, sans mur séparant la zone soviétique du secteur occupé par la France, la Grande Bretagne et les États-Unis. Une ligne de métro fait encore fi de la frontière mais les contrôles de l’armée soviétique rendent les voyages à l’Est dangereux, comme en empruntant les voies de communication en surface qui sont coupées par les tristement célèbres checkpoints de la Guerre froide.
Février 1949, Berlin Ouest est une enclave assiégée au milieu du bloc communiste et sa population survit grâce à un pont aérien incessant qui dure depuis sept mois. Tout arrive par les airs, les vivres jusqu’au charbon. La vie quotidienne reste faite de privations mais lentement la situation s’améliore. La reconstruction d’une administration allemande avance, en témoigne la réorganisation d’une police indépendante de l’Est avec des services spécialisés et des moyens matériels certes encore insuffisants mais le peu dont elle dispose permet de gagner en efficacité. A ce titre l’expérimenté commissaire Oppenheimer de la Brigade criminelle ( la Kripo ) et ses deux adjoints le prometteur aspirant-inspecteur Kubelik et Wenzel récemment nommé commissaire, bénéficient de locaux au Praesidium et occasionnellement utilisent une voiture ce qui remplace avantageusement la vieille bicyclette d’Oppenheimer.
Berlin manque encore de tout mais tout s’achète et se vend. Le marché noir règne, le trafic d’œuvres d’art est florissant ( l’occupant américain en est un principal profiteur ) et la criminalité est de nouveau au travail. La vie nocturne a repris ( Ed le Mastard a son night-club mais il semble retiré des affaires ) et le trafic de stups est en plein essor : les stocks de Pervitin semblent inépuisables ! Le crime renait notamment sous l’impulsion de jeunes chefs de gangs qui ambitionnent de devenir Roi de la pègre. Jo est de ceux-là, violent et maître chanteur pour assurer une main mise totale sur tous les trafics, il jalonne son sillage de cadavres et réussit à échapper à la Kripo, à la Brigade des mœurs et à la Brigade de répression du banditisme en anticipant leurs actions.
L’écho des ruines raconte la traque délicate et dangereuse de Jo et sa bande de gangsters qui ne reculent devant rien surtout avec les gains promis par l’arrivée du nouveau Deutsche Mark. Filatures, portraits-robots, indics, flics corrompus, trafic de stups, perceurs de coffres blindés, braquages, prostitution et presse à scandale mais aussi industrie cinématographique renaissante. Dans le polar historique, l’Histoire rejoint et enrichit la fiction.
Harald GILBERS – L’écho des ruines . Titre original « Trümmertote » ( 2023 ) . Traduction de Joël Falcoz , Éditions Calmann-Lévy , parution juin 2025. ISBN 9782702190869.
Présentation éditeur : février 1949 : le pont aérien se poursuit, Berlin est divisée et deux polices s’affrontent désormais dans les bureaux comme sur le terrain. Dans ce contexte électrique, le commissaire Oppenheimer, qui a rejoint la police de Berlin-Ouest, est appelé dans une décharge : les corps de plusieurs hommes, froidement exécutés, y ont été ensevelis.
Oppenheimer se lance alors sur la piste d’un gang de jeunes voyous qui tente de faire main basse sur la ville. Leur leader cherche à s’imposer comme le nouveau roi du crime, sur le modèle d’Al Capone. Mais quiconque se met en travers de sa route ou de celle de sa bande est condamné…
Ce polar captivant explore les conséquences dévastatrices de la guerre sur la société allemande et met en lumière la montée de la criminalité et la lutte pour la survie dans un environnement chaotique.
Bibliographie de Harald Gilbers, série commissaire Oppenheimer : voir ICI
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