Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Découvrir l'Histoire en lisant

livres d'histoire

L’essor du renseignement moderne : une histoire mondiale de l’espionnage

19 Mars 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Livres d'histoire, #Espionnage

L’essor du renseignement moderne : une histoire mondiale de l’espionnage

J’en suis venu à m’intéresser à l’espionnage grâce au roman. John Le Carré y est pour beaucoup mais des auteurs de mauvais genres y ont aussi contribué, Serge Laforest, plus récemment Tom Clancy en passant par Jean Bruce dont le nom est moins connu que celui de son héros OSS 117.

Revenons à la réalité et à l’Histoire de l’espionnage racontée par Sébastien-Yves Laurent, Peter Jackson ( il est écossais ) et Boris Delagenière. Le terme raconté n’est pas usurpé. Les parcours universitaires du trio d’auteurs pourraient impliquer un exposé magistral et austère. Il n’en est rien, sans trop de détails mais avec l’essentiel, sans notes de bas de pages, la rédaction est simple, directe et abordable. Prenons comme exemple le chapitre 5 - « La Grande Guerre et la naissance du renseignement moderne  », il y règne un air d’aventure et d’action avec des expressions qui ne trompent pas, les deux camps, la course vers la mer, recevoir l’ordre et prendre pour cible, s’ajoutent les références à des personnages entrés dans l’imaginaire populaire, Mata Hari et Marthe Richard en tête, et un soucis de simplicité dans le choix d’un vocabulaire propre à la vulgarisation.

Cet ouvrage commence par d’indispensables définitions. J’ai noté qu’à côté du renseignement externe pour appuyer les politiques économiques, extérieures et de défense d’un État, les auteurs n’occultaient pas la surveillance intérieure qui si elle  a pour but de protéger la sécurité et l’intégrité de L’État, peut aussi avoir pour but de réprimer l’opposition à un régime. Cette dernière utilisation des renseignements est constamment et largement présente depuis l’antiquité. Le passé lointain n’est pas survolé, c’est un point fort de cet ouvrage que d’y consacrer trois chapitres entiers où le lecteur croise Moïse, Alexandre et Marco Polo avant de côtoyer les « comités de sûreté » nés de la Révolution française. Les auteurs situent la naissance du renseignement moderne consécutivement à la La Grande Guerre. A la fin, la table des matière reprend le plan détaillé de cet historique, Elle permettra à l’avenir de s’y référer pour retrouver en un clin d’œil  une époque, de trouver la situation dans une grande puissance à un moment donné ou d’approfondir un contexte particulier, contexte colonial par exemple. Trois longs chapitres sont consacrés à la guerre froide, âge d’or de l’espionnage dont s’est largement inspirée la littérature populaire. Les derniers sujets abordés mettent en avant l’importance croissante du renseignement économique et une collecte par des moyens de plus en plus technologiques.

Chaque chapitre ( il y en a 12 au total ) s’achève par une conclusion utile pour synthétiser mais aussi pour introduire la suite. L’ouvrage a tout pour être une référence et pour à l’avenir y revenir et s’y référer. Je termine par un petit conseil pratique : photocopiez ou détachez les 4 pages listant les sigles et abréviations pour les garder à l’œil en permanence et rendre votre lecture plus fluide et agréable.

L’essor du renseignement moderne : une histoire mondiale de l’espionnage ( ouvrage collectif ). Nouveau monde Éditions et Ministère des Armées. Parution octobre 2025. ISBN 9782380946970 .

Présentation éditeur : Recrutements d’espions à l’étranger, campagnes de désinformation sur les réseaux, exécutions extrajudiciaires, agences techniques procédant à des écoutes dans le monde entier : les déclinaisons du renseignement se multiplient. Ce livre explore les origines du renseignement moderne. Il retrace une histoire mondiale allant de l’Antiquité à nos jours, mettant en exergue les pratiques de l’espionnage, puis leur progressive institutionnalisation, mais aussi les hommes et les femmes qui ont mis en œuvre ces activités singulières. En s’appuyant sur des archives anciennes et contemporaines ainsi que sur une abondante documentation, les auteurs donnent à voir ce qu’a été le renseignement dans la très longue durée, dans une écriture qui conduit jusqu’au temps présent.

Lire la suite
Publicité

Valentine IMHOF - Les abandonnés de l'Île Saint-Paul

5 Février 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Livres d'histoire, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Valentine IMHOF - Les abandonnés de l'Île Saint-Paul

Saluons la naissance d’une nouvelle série auprès des Éditions de l’Aube en collaboration avec RetroNews le site de la BnF dédié à la presse ancienne. Son nom est L’affaire qui … . Michèle Pedinielli l’a créée et la dirige. Voici comment elle présente cette série :

« Parce que les faits divers et leur traitement médiatique sont des indicateurs précis d’une époque, l’Aube noire s’associe à Retronews, le site de presse de la BnF, pour revenir sur des affaires survenues de la fin du xvıııe siècle jusqu’au milieu du xxe. Dans cette série, des autrices et des auteurs de polar ou de roman noir scrutent, chacun dans son style propre, la société française à travers le prisme de la violence. Les ouvrages sont séquencés par une quinzaine d’illustrations (articles et dessins de presse, photos, gravures…) issues des riches fonds iconographiques de la BnF. »

Format réduit, présentation très soignée, illustrations, prix modéré sont les solides atouts de cette série et je pense que le lecteur y croisera des auteur(e)s venant d’autres maisons d’éditions pour raconter des histoires vraies. Valentine Imhof a écrit la première affaire qui s’est passée dans les années 1930.

Le 3 mars 1930, le navire L’Austral quitte l’Île Saint-Paul isolée en plain milieu de l’Océan Indien à plus de trois milles kilomètres de tout continent. La saison de la pêche à la langouste est terminée. Cédant aux promesses d’Henri Fargon le représentant du concessionnaire, sept employés restent sur place pour veiller sur les installations et assurer un démarrage rapide de la conserverie lors de la reprise de la pêche en octobre prochain. Ils sont sept, six hommes et une femme sur le point d’accoucher, pas de TSF, quelques vivres pour attendre un ravitaillement. Mais aucun bateau ne vient, les mois passent et la mort décime les pauvres Robinsons des mers australes. Ce n’est que le 6 décembre 1930 qu’un bateau accoste à l’Île Saint-Paul. Que s’est-il donc passé au Havre pour expliquer l’abandon de sept êtres humains. Pourquoi tant de retard avant d’entamer une nouvelle saison de pêche ?

Le récit de Valentine Imhof imagine avec justesse l’angoisse et la fatalité qui gagnent les abandonnés dans un environnement hostile bien reconstitué. En plus de cette tragédie, l’auteure analyse son traitement médiatique après le retour des survivants et sa mise en perspective avec la politique coloniale française dont la propagande vante les bienfaits. Dans la presse locale et nationale après des récits insistant sur le sensationnel, l’affaire prend tardivement une tournure politique, L’Humanité a lancé l’offensive mais ce n’est qu’en février 1935 que s’ouvre le procès en dommages et intérêts intenté par les survivants de l’Île Saint-Paul et que Valentine Imhof relate avec autant de rage envers des entrepreneurs sans foi ni loi, que d’empathie pour des êtres humains dont l’oubli a été justifié par des raisons économiques.

L’affaire qui fait la une, L’affaire qui est oubliée, est une série littéraire et historique prometteuse. Comme souligné dans les dernières phrases écrites par Valentine Imhof, la vigilance reste de mise face aux obscures mentalités  de politiciens, pour qu’il n’y ait pas L’affaire qui se répète.

Valentine IMHOF – Les abandonnés de l’Île Saint-Paul. Parution le 23 janvier 2026. Série L’affaire qui … de la collection L’Aube noire. Éditions de L’Aube. ISBN 9782815971188 .

Présentation éditeur : Sur cette île où il n’y a rien, il y a un cimetière.
« Ils étaient sept, six hommes et une femme enceinte, six Bretons et un Malgache. En 1930, employés de La Langouste française, ils ont accepté de rester après la saison de pêche pour entretenir les installations de la conserverie sur l’île Saint-Paul, minuscule îlot volcanique au cœur de l’océan Indien. Une sinécure, leur a-t-on assuré?: beaucoup moins de travail pour le même salaire. Presque des vacances?! La relève était attendue au bout de trois mois?: cela en prendra six de plus avant de voir arriver un bateau. Et sur l’île Saint-Paul, il ne reste alors que trois survivants… » Michèle Pedinielli

Lien , site de Retronews, le site de presse de la BnF : voir  ICI  

 

Lire la suite

Gendarmerie Mobile et maintien de l'ordre - XIXe - XXIe siècle

15 Juillet 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Livres d'histoire

Gendarmerie Mobile et maintien de l'ordre - XIXe - XXIe siècle

J’aime bien comprendre et pour se faire il faut  connaître surtout lorsqu’il s’agit de maintien de l’ordre publique ( que je considère nécessaire ) et que ce concept est parfois associé à des « violences policières » indéniables.  Cet ouvrage fait de manière approfondie le point non seulement d’un point de vue historique mais également sur les enjeux de respect du droit lors de l’emploi des forces mobiles de la Gendarmerie.

Il est important de faire la distinction entre Gendarmerie Mobile créée en 1921  et les Compagnies Républicaines de Sécurité de la Police Nationale créées en 1944 et placées sous l’autorité du ministre de l’Intérieur. Les unités de Gendarmerie Mobiles dépendent des actuelles sept Zones de défense nationales et ont pour unité de base l’escadron ( 116 de nos jours ). Même si les missions de ces escadrons se sont diversifiées, leur raison d’être est le maintien de l’ordre, une spécialisation voulue en 1921 pour éviter l’emploi de l’armée. Ces escadrons sont projetables notamment outre-mer et peuvent participer à des opérations.

Trois auteurs historiens dirigent dix neuf autres historiens.iennes ( parfois anciens gendarmes ) pour retracer le passé de la Gendarmerie Mobile jusqu’à son état actuel. Parmi eux j’ai reconnu Jean-Marc Berlière spécialiste de l’histoire des polices et qui traite « La reconstitution et recomposition des forces de l’ordre après la libération ». Les exposés sont très complets qu’il s’agisse de l’organisation, de la formation et des équipements notamment ceux s’apparentant à de l’armement. La mise en page est claire, aérée avec un plan détaillée pour se repérer. Des tableaux apportent d’utiles synthèses et une chronologie du maintien de l’ordre remontant à 1790 permet une vue d’ensemble.

Le maintien de l’ordre a tout d’abord été confiée à l’armée ( infanterie et cavalerie ) pour annihiler les mouvements sociaux du début de l’ère industrielle, elle se taille dans ce domaine une réputation de brutalité. La prise en charge d’un maintien de l’ordre de plus en plus républicain s’affirme en même temps que s’affirme la République. Des unités spécialement formées voient le jour au sein de la Gendarmerie. C’est le 22 juillet 1921 qu’une loi finalise le premier organigramme de ce qui est alors appelé Garde Républicaine Mobile. Son organisation se consolide en même temps que son savoir faire ( elle est notamment engagée dans l’occupation de la Ruhr ) mais elle n’échappe pas aux tiraillement entre résistance et collaboration durant le second conflit mondial.

Recréée et réorganisée sous le nom de Garde Républicaine en septembre 1944 avant d’être appelée Gendarmerie Mobile en 1954, elle est un élément majeur du maintien de l’ordre colonial avant d’être engagée au combat ( Indochine ) et dans la répression ( Algérie  ) en passant par la formation au profit du Maroc indépendant. L’époque post-coloniale ne limite pas la Gendarmerie Mobile au territoire national, elle a été engagée par exemple au Kosovo ( années 1990 ), en côte d’Ivoire ( années 2000 ) et en Afghanistan ( 2009 – 2013 ).

Le maintien de l’ordre est indissociable de la protestation collective qui a profondément changé, elle s’est aussi diversifiée. Depuis une bonne cinquantaine d’années, face à de nouvelles formes de contestation, les gouvernements qui dessinent la doctrine d’emploi des forces de maintien de l’ordre, n’ont eu comme seule réponse que l’emploi d’une force toujours plus vive tant d’un point de vue psychologique que physique oubliant de « caler le degrés de force qu’ils engagent sur le niveau de violence des manifestants ». A ce titre l’intervention de Patrick Bruneteau ( chercheur spécialisé en sociologie politique ) intitulée « Quand le LBD s’invite au maintien de l’ordre : les failles de l’Etat » est édifiante.

Gendarmerie Mobile et maintien de l’ordre. XIXème – XXIème siècle . Ouvrage collectif sous la direction de É. EBEL, L. LÓPEZ et J.N. LUC. Parution mars 2025, Éditions Sorbonne Université Presse. ISBN 9791023108033 .

Présentation éditeur : Plongez au cœur de l’histoire méconnue de la gendarmerie mobile, premier corps spécialisé du maintien de l’ordre en France. Entre crises majeures, évolutions stratégiques et mutations des formes de contestation, cet ouvrage croise histoire, droit et science politique pour éclairer la construction d’un modèle français entre force, régulation et adaptation.

Depuis longtemps, le maintien de l’ordre se retrouve régulièrement à la Une de l’actualité, en raison notamment du débat récurrent sur sa professionnalisation et sur la « violence policière ». Cet ouvrage revisite l’exercice de cette prérogative de l’État en métropole et en Outre-mer, depuis le xixe siècle, à travers l’intervention d’un acteur-témoin original, la gendarmerie mobile, créée en 1921 et dont l’histoire est mal connue. Pour la première fois, la France se dote d’un corps spécialisé permanent dans le maintien de l’ordre, avant l’organisation des CRS à partir de 1944. Et ce nouveau corps, bien que militaire, contribue, par étapes, à l’avènement du « maintien de l’ordre à la française », soucieux de réguler l’emploi de la force et de réduire surtout ses retombées létales.

Cette histoire inédite est complétée ici par les regards de spécialistes d’autres disciplines (droit, sociologie, science politique) et de responsables du maintien de l’ordre. Ainsi l’ouvrage peut-il associer des introductions panoramiques, garantes de la continuité du récit, des coups de projecteurs sur l’action policière et combattante des gendarmes mobiles pendant des périodes clés (guerre de 1939-1945, Occupation, Libération, guerre d’Indochine, guerre d’Algérie), des études de cas sur des événements emblématiques (6 février 1934, Mai 68, indépendance du Maroc, émeutes de Pointe-à-Pitre en 1967, attaque des nationalistes corses à Aléria) et des analyses du passé proche (OPEX, mutation de la protestation collective, durcissement du maintien de l’ordre, schéma national du maintien de l’ordre).

Lire la suite

Rémi CARAYOL - Mayotte. Département colonie

10 Mars 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Livres d'histoire, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Rémi CARAYOL - Mayotte. Département colonie

Le plus jeune département français fait parler de lui et j’ai souhaité en savoir un peu plus, comprendre la situation actuelle. Ce livre de Rémi Carayol est très complet d’un point de vue historique et socio-économique mais il aurait mérité un plan plus détaillé pour gagner en clarté et pour retenir les points essentiels. Rémi Carayol est critique sur le statut actuel de Mayotte alors que le reste de l’archipel des Comores est indépendant.

J’ai retenu deux grandes étapes historiques de Mayotte ( l’auteur emploie « Maore » le nom comorien de cette île ). Elle fait partie d’un petit archipel de quatre îles situées entre Madagascar et le Mozambique. D’après les sources reconnues, son peuplement venu d’Afrique puis l’islamisation datent des 8ème et 11ème siècles. La France prend possession de Maore en 1841 puis de l’ensemble de l’archipel en 1904 qui devient en 1946 officiellement un Territoire d’Outre-Mer français. Il est facile de suivre cette longue période, évolution classique du peuplement insulaire de territoires éloignés de l’Ancien Monde puis incorporation dans un empire colonial bâti sans logique autre que la rivalité entre puissance.

L’époque moderne est bien plus complexe et cela se ressent sur le récit de l’auteur qui peine à ressortir une idée directrice autre que la concrétisation d’une toute puissance coloniale au détriment du colonisé dominé. La position des politiques métropolitains a été clivante et changeante : je retiens la vision de Giscard d’Estaing avec les Comores unies et un lobby gaulliste nostalgique d’un vaste empire coloniale français. A la même époque, la France est expulsée de Madagascar, cela va faire grandir l’intérêt stratégique et militaire pour ces îles et tout particulièrement Maore. D’un point de vue politique la confusion règne autant au niveau métropolitain que localement où aucun consensus fédérateur n’émerge. Les actes de l’aventurier-mercenaire Bob Denard ne contribuent pas à la stabilité de l’archipel tout comme son utilisation par la France comme base-étape pour la vente d’armes au régime d’apartheid de l’Afrique du Sud alors sous embargo. Actuellement l’ONU n’a toujours pas reconnu officiellement la partition de l’archipel.

Maore est le 101ème département français depuis 2011, une date très tardive par rapport à d’autres départements d’Outre-Mer. Cela explique un retard économique et social source de grande pauvreté et d’inégalités expliquant les tensions et divisions locales actuelles.

L’état des lieux dressé par Rémi Carayol est très complet mais souffre de passages historiques confus. La situation sociale actuelle est par contre très bien exposée.

Rémi CARAYOL – Mayotte. Département colonie . Parution octobre 2024, La fabrique éditions. ISBN 9782358722858.

Présentation éditeur : Il y a cinquante ans, la population de l’archipel des Comores était invitée à se prononcer sur le statut de son territoire. Si trois des quatre îles votèrent massivement pour l’indépendance, Mayotte (Maore), où un courant sécessionniste animé par l’élite créole exerçait un puissant lobbying, vota contre, tandis qu’à Paris l’armée et le « parti colonial » encore très puissant ne voulaient pas perdre cette position stratégique dans l’océan Indien. La France accorda donc l’indépendance aux Comores mais conserva Mayotte, devenue en 2011 le 101e département français à l’issue d’un processus unique de « colonisation consentie ».

Tout renvoie à la colonie sur cette île : les ghettos de Blancs, la hiérarchisation raciale au travail comme dans la vie quotidienne, la dépendance économique envers la « métropole », les défaillances des infrastructures mises en lumière par les récentes pénuries d’eau… Entre des Mahorais reniant leur passé pour être « français à tout prix », dont la dérive vers l’extrême droite semble sans fin, des « métros » qui se comportent en terrain conquis et cultivent l’entre-soi, et des Comoriens devenus « étrangers » par l’effet d’une politique d’État délibérée, la violence à Mayotte est le résultat d’un double processus de dislocation et de colonisation. Ce livre raconte les principaux épisodes de cette histoire et dresse un portrait sans concession de « Mayotte française » et du présent colonial qui continue de l’animer.

Merci à La fabrique éditions .

Lire la suite
Publicité

Mathieu BIDAUX - L'affaire Vitel

11 Novembre 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Livres d'histoire

Mathieu BIDAUX - L'affaire Vitel

C’est le sous-titre de ce récit qui a attiré mon attention : « La peine de mort à 17 ans ». Ma curiosité n’a pas été déçue. Les résultats des recherches de l’auteur constituent un point historique précis sur le système judiciaire, les procédures policières et le traitement par la presse d’une fait divers tragique survenu au Havre et remontant à 1938.

Dans l’après-midi du 8 juin 1938, Alice Vitel est assassinée à son domicile de plusieurs coups de fer à repasser sur la tête et son jeune fils âgé de quelques semaines meurt étouffé. De l’argent a été dérobée. Le commissaire Léon Solinhac effectue des constatations minutieuses sur la scène de crime. Il procède à des interrogatoires lors de l’enquête de proximité qui permettent d’identifier un suspect en la personne d’André Vitel âgé de 17 ans, le beau-frère de la victime. Dans son récit, l’auteur cite des extraits des procès-verbaux rédigés à l’époque des faits.

André Vitel est arrêté le 9 juin au matin. Il avoue aussitôt le double meurtre ainsi que le vol de la somme de 1000 Francs. Les interrogatoires de l’accusé et les renseignements recueillis la veille permettent d’en dresser un portrait peu flatteur suite à une enfance malheureuse. L’enquête se poursuit sous la direction du juge d’instruction Olivier Cravin : perquisition chez André Vitel, reconstitution des meurtres, nouveaux interrogatoires de témoins pour découvrir un mobile et recueillir des renseignements sur Alice et son mari employé de la Compagnie générale transatlantique. Une expertise psychiatrique est ordonnée, l’auteur souligne son caractère empirique parfois même inspiré de données phrénologiques. André Vitel est considéré comme responsable de ses actes.

Pendant toute la durée de l’instruction, la presse locale et nationale se passionne pour l’affaire Vitel, titre sur « l’ignoble assassin du Havre » et s’étonne de l’attitude apathique de l’accusé. Le procès d’André Vitel a lieu le 17 février 1939, sur une seule journée, il est reconnu coupable et condamné à mort. Son pourvoi en cassation est rejeté, sa peine ne pourra pas bénéficier d’une commutation. « Individu dangereux pour la population » , « Individu doué des pires instincts » , « Attitude non susceptible d’amendement ». Avant son exécution en place publique de Rouen le 2 mai 1939, la foule crie « A mort ». Ce jour-là, un adolescent, un « monstre », a pleuré.

Le récit de Mathieu Bidaux est concis, étayé de citations puisées dans les dossiers de la cour d’assises de Seine-Inférieure. Le lecteur s’interroge sur les exagérations de la presse et ses prises de position : « Personne n’admettrait que le monstrueux assassin ne payât de sa tête » , « Une grâce soulèverait très certainement un tollé général ». Le point de vue de la société est influencé et le verdict apparait comme une réponse à l’opinion publique. Les examens psychiatriques de l’époque n’ont pas permis de cerner la personnalité d’un coupable qui n’était encore qu’un adolescent.

Le récit de « L’affaire Vitel » de Mathieu Bidaux s’inscrit dans le genre true crime avec matière à s’interroger sur la justices des mineurs. Il donne envi de lire ou relire Truman Capote et son roman « De sang-froid ».

L’affaire Vitel – Mathieu BIDAUX . Parution août 2024 , Éditions des Falaises . ISBN 978-2-84811-656-3 .

Présentation éditeur : Le Havre, 8 juin 1938. André Vitel est un jeune homme de 17 ans employé comme garçon de sonnerie sur les paquebots de la Compagnie générale transatlantique. Il est accusé d’avoir tué sa belle-sœur à coups de couteau et d’avoir étouffé son petit neveu, âgé de quelques semaines seulement, pour une somme modique. La scène de crime horrifie les autorités. L’attitude du meurtrier choque la population. Est-il un « monstre » n’exprimant pas le moindre sentiment ou bien la presse exagère-t-elle pour vendre ses journaux ? 
Mathieu Bidaux fait le récit de cette affaire qui a frappé la presse nationale et normande ainsi que la population à l’été 1938. André Vitel est le dernier mineur condamné à mort en place publique en France.

Lire la suite

Natacha LEVET - Le roman noir, une histoire française

11 Avril 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Bibliographies - Actualités littéraires, #roman noir, #Livres d'histoire, #Coups de coeur

Natacha LEVET - Le roman noir, une histoire française

Et si le roman noir était une embarcation ? D’abord sans nom elle aurait cherché la flotte d’où elle venait. Roman naturaliste, prolétarien, western, récit criminel ? La barque avance à la godille et puis un jour est aspirée dans le sillage hardboiled des pulps qui traversent l’Océan, de l’Amérique du Nord vers le vieux Continent. Un vaisseau qui deviendra prestigieux, la « Série noire », va l’adopter et contribue à lui donner le nom de « roman noir ». Mais le roman noir n’a pas de pavillon et progresse toujours à la godille, surfe sur la vague de la pop culture. Le roman noir apprend de ses explorations autant qu’il influence les côtes qu’il approche. Le roman noir se reconstruit, innove et gagne en autonomie. Il devient critique un peu comme un bateau pirate. Le roman noir a eu des équipages prestigieux, d’abord masculins puis féminins. Le roman noir vogue toujours. Il a acquis une riche expérience, il connait les secrets de l’Histoire et se projette dans l’avenir. Il a traversé sans naufrage tellement de tempêtes qu’il n’est pas près de jeter l’encre.

Natacha Levet raconte l’histoire française du roman noir de manière érudite mais son propos reste simple. Consulter la table des matières est une manière efficace de rentrer dans son récit même lorsqu’il devient essai. Ce livre n’est pas seulement destiné à être lu d’une traite, il sert aussi à être consulté et pour s’y référer. L’histoire du roman noir de Natacha Levet deviendra une référence, c’est certain.

Le fil conducteur est chronologique, un récit de quelques siècles jusqu’à nos jours, en mettant l’accent sur le XXème. Cela sous-entend un véritable travail d’historien avec son lot de mises au point, d’éclaircissements, d’analyses et de découvertes. C’est aussi d’innombrables écrivains évoqués, tout le monde y trouvera des auteurs déjà lus et sera tenté par de nouveaux noms. L’auteure cite également des titres qui constituent une bibliographie d’une richesse étonnante, presque patrimoniale, une PAL inépuisable dans laquelle piocher en gardant sous le coude l’histoire française du roman noir, pour s’y référer.

Natacha LEVET – Le roman noir, une histoire française . Parution le 21 février 2024, Presses Universitaires de France. ISBN 978-2-13-084198-2 .

Présentation éditeur

Le roman noir français est généralement considéré comme un héritier du récit hardboiled américain, né dans les années 1920. Pourtant, il est aussi le résultat d’une histoire française, d’influences littéraires diverses et de pratiques éditoriales qui ont « inventé » le roman noir. Après Mai 68, le roman noir français cultive en effet sa singularité et reconvertit le genre en acte critique, idéologiquement investi : parce qu’il se veut une radiographie critique et politique de la société, de ses institutions, voire un instrument d’intervention sociale, il remet résolument en cause le « roman national », donnant voix aux invisibles du temps présent et offrant un tombeau aux victimes muettes du passé.

Lire la suite

Fabrice RICEPUTI - Le Pen et la torture . Alger 1957, l'histoire contre l'oubli

21 Mars 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Livres d'histoire

Fabrice RICEPUTI - Le Pen et la torture . Alger 1957, l'histoire contre l'oubli

Dans ce livre l’historien Fabrice Riceputi fait la synthèse des recherches historiques et journalistiques sur le passé tortionnaire de Jean-Marie Le Pen durant la Guerre d’Algérie. A son retour d’Alger, Le Pen légitime l’emploi de la torture pour lutter contre des actes terroristes. Des mesures d’amnistie prises par l’Etat français à la fin de la guerre en mars 1962 renforcent cette impunité. L’ascension politique de Le Pen va le conduire à nier les faits de torture et à plaider la diffamation alors que le général Massu exprime des regrets et qu’Aussaresses avoue. Pour autant, aucune reconnaissance officielle de cette sombre page du passé colonialiste de la France n’est encore faite. 

Fabrice Riceputi poursuit son récit en reconstituant le séjour de Le Pen à Alger entre le 28 décembre 1956 et le 31 mars 1957. A l’époque Le Pen est député poujadiste, réserviste ( il a servi en Indochine ) et volontaire pour rejoindre l’Algérie comme lieutenant au 1er Régiment Étranger de Parachutistes en pleine bataille d’Alger. Il occupe la fonction d’officier de renseignement. Fabrice Riceputi reconstitue pas-à-pas le séjour de Le Pen à Alger, la chronologie est rigoureuse, les faits qui la jalonnent proviennent de documents et archives officielles. C’est un travail d’historien complété par des investigations journalistiques à Alger pour de nos jours questionner des témoins directs. Ces témoins étaient jeunes à l’époque, aujourd’hui âgés ils se souviennent. Ce travail journalistique permet de reconstituer une carte des lieux d’arrestation principalement dans la Casbah et des centres de détention et de tortures situés dans les quartiers où est affecté le 1er REP, le Régiment du lieutenant Le Pen.

Fabrice Riceputi a questionné des témoins, il a également étudié les plaintes déposées auprès de la Préfecture de Police par des familles ayant assisté à une arrestation par des militaires puis restées sans nouvelles des disparus. Cette collecte de témoignages sur des disparus algériens se poursuit avec le site internet https://1000autres.org/ animé par Malika Rahal et Fabrice Riceputi .  Le Pen a été confronté aux témoignages de ses victimes algériennes et a systématiquement remis en cause la véracité de ces récits. A la fin de son livre, Fabrice Riceputi démonte l’argumentaire des cinq principales dénégations de Le Pen.

Ce livre est le résultat d’un long travail d’historien enrichi par une minutieux travail journalistique. Fabrice Riceputi ne manque pas de rappeler d’autres travaux de recherches sur le passé colonial de la France, parmi eux ceux de Pierre Vidal-Naquet et Jean-Luc Einaudi que François Gèze a contribué à faire connaître.

Fabrice RICEPUTI – Le Pen et la torture . Alger 1957, l’histoire contre l’oubli . Parution le 19 janvier 2024, Éditions le passager clandestin en collaboration avec Mediapart. ISBN 978-2-36935-386-7 .

Merci à l'éditeur, le passager clandestin , voir ICI  

 

Lire la suite

Alexandre COURBAN - Passage de l'Avenir, 1934

29 Janvier 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Livres d'histoire, #Polar historique, #roman noir

Alexandre COURBAN  - Passage de l'Avenir, 1934

Pour bien rentrer dans l’histoire, j’ai effectué quelques recherches sur l’époque et les lieux choisis par l’auteur comme cadre de son premier roman.  En 1934 le Front populaire n’est pas encore élu mais l’union est en marche et tout particulièrement lors des manifestations dans le sud-est du 13ème arrondissement de Paris dont l’Histoire se confond avec la ville d’Ivry. La plus grande pauvreté règne dans la Cité Jeanne d’Arc et ses immeubles insalubres où des familles vivent dans le plus grand dénuement. Le secteur est un bastion communiste. Sur une vieille carte j’ai situé le passage de l’Avenir, non loin d’une immense sucrerie, la raffinerie de la Jamaïque ou raffinerie Say. Dans l’Histoire de cette raffinerie, il y a un directeur dont le prénom est Ernest. Le vrai Ernest a été en poste jusqu’en 1905 et son destin est identique à celui du directeur de 1934 imaginé par Alexandre Courban. J’adore lorsque l’Histoire sociale et humaine est le fil conducteur d’un récit. Avec Passage de l’Avenir, 1934 j’ai été comblé. L’Histoire permet de sublimer le polar et le roman noir.

Février 1934, le corps d’une jeune femme est repêché de la Seine. La thèse de la mort accidentelle ne convainc pas le taciturne commissaire Roger Bornec mais pour progresser dans son enquête il lui faudrait identifier la victime ce qui s’avère quasi impossible, le quartier Jeanne d’Arc accueille une population anonyme venue de France et d’Europe, main d’œuvre exploitée dans les usines du secteur. Bornec a fait passer des articles dans les journaux mais la victime reste inconnue. Un avis de recherche a été publié dans l’Humanité où travaille Gabriel Funel, depuis dix ans journaliste, il est le responsable de la rubrique social du quotidien communiste.

L’enquête sur la noyée de la Seine est dans une impasse. Pendant ce temps les manifestations se multiplient. Les revendications sont multiples que ce soit dans le domaine social ou pour combattre le fascisme attisé par la situation en Allemagne. Gabriel Funel est en première ligne, en temps que militant et comme journaliste. Bornec mène la police lors de perquisitions et procède à des arrestations. Le peuple est dans la rue et chante La Jeune Garde. Cette situation caractérisée par une  violence d’Etat implacable entre février et juin 1934 est très bien mise en valeur par l’auteur.

Bornec est un flic opiniâtre qui n’abandonne pas ses investigations sur la noyée de la Seine. Deux clochards ont vu des choses. Un accident du travail survenu parmi le personnel va l’amener à s’intéresser à la raffinerie de la Jamaïque. Le journaliste Funel a mis le doigt sur une affaire de spéculation et d’enrichissement personnel, un scandale va agiter la raffinerie de la Jamaïque. Les enquêtes de Bornec et Funel se rejoignent. Entre temps le lecteur a croisé un sinistre militant des Croix-de-Feu et la jeune et belle militante Camille que l’on espère revoir dans une suite.

Ce roman est d’une richesse exceptionnelle. Histoire et polar y font bon ménage. C’est aussi un retour sur les luttes sociales annonçant le Front populaire, à ma connaissance une période peu explorée par le roman noir. C’est aussi un hommage à la presse écrite de l’époque, l’Huma en tête mais d’autres titres sont évoqués pour traduire la diversité des opinions. C’est un roman érudit, très bien écrit avec des dialogues teintés de mots d’argot bien choisis. Des personnages fictifs attachants côtoient des personnages historiques pour faire vrai. Ernest le directeur de la raffinerie de la Jamaïque personnalise à lui seul la face noire d’une société capitaliste qui aujourd’hui n’a pas complètement changé.

Alexandre COURBAN – Passage de l’Avenir, 1934 . Parution le 25 janvier 2024, Édition Agullo, collection Agullo Noir. ISBN 978-2-38246-105-1 . Réédition format poche le 09/02/2025, Folio policier n° 1038 .

© Plan de Paris par arrondissement ; Bois de Boulogne , Métropolitain, édition L. Guilmain à Paris

© Plan de Paris par arrondissement ; Bois de Boulogne , Métropolitain, édition L. Guilmain à Paris

Alexandre COURBAN  - Passage de l'Avenir, 1934
Lire la suite
Publicité

Julien DONADILLE - La paix paresseuse

27 Janvier 2024 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Livres d'histoire

Julien DONADILLE  -  La paix paresseuse

Il y a foule à Stresa en avril 1935, au bord du lac Majeur, face aux îles Borromées et leurs palais. Mussolini a bien fait les choses pour accueillir les délégations françaises et anglaises. Ces trois pays veulent conforter les dispositions du traité de Versailles qu’Hitler bafoue en réarmant l’Allemagne devenue le Troisième Reich. Il est également question de consolider les accords de Locarno devant garantir les frontières du centre de l’Europe alors que le Troisième Reich menace l’indépendance de l’Autriche.

Julien Donadille fait le récit de cette conférence de Stresa à travers le regard de Pierre-Marie Franceschi un diplomate du Quai d’Orsay qui ne participe pas aux débats officiels mais finalement j’ai trouvé tout aussi intéressant de participer avec lui aux discussions informelles qui se sont tenues lors de luxueuses réceptions. En marge de ces mondanités Pierre-Marie va sauver de la noyade une belle et mystérieuse inconnue. Marlène se dit comédienne et parle allemand. Son prénom s’avère être Ester, elle est soi-disant la maîtresse d’un autrichien. Lorsqu’elle lui dérobe des documents de travail, Pierre-Marie l’imagine espionne.

La délégation italienne est conduite par le Duce en personne. On y trouve aussi son gendre Ciano. La délégation britannique est emmenée par le Premier ministre MacDonald. La France est représentée par le président du Conseil et par Pierre Laval le ministre des Affaires étrangères. Dans leurs sillages suivent ambassadeurs et leurs épouses, attachés militaires, diplomates comme Pierre-Marie Franceschi et journalistes.

La romance teintée d’espionnage entre Ester et Pierre-Marie ne tient pas en haleine. Par contre les discussions informelles et les négociations d’antichambre sont passionnantes. Il est évoqué une réussite économique allemande bonne pour les affaires. Des militaires sont partisans d’une intervention armée en Allemagne. Le caractère dangereux et raciste du fascisme est âprement discuté. Il est question d’égalité vis-à-vis de l’Allemagne face à l’Italie qui s’arme à tout va. Il est exclu de voir l’Italie et l’Allemagne s’allier quitte à officialiser l’hégémonie italienne sur l’Abyssinie. Les intérêts à préserver sont multiples et privilégient "une paix paresseuse" plutôt qu’une "paix constructive". Dans un discours Pierre Laval affirme le contraire, l'Histoire prouvera son erreur de jugement.

J’ai d’autant plus apprécié ce roman historique que j’avais en tête un excellent roman parlant du traité de Versailles et de l’attitude odieuse de Clemenceau : voir ICI , Jean-Paul Mahoux « Paix sur la guerre ». Et puis il y a le roman qui parle du cataclysme qui a suivi , Éric Vuillard « L’ordre du jour » voir ICI

Julien DONADILLE – La paix paresseuse . Parution le 17 janvier 2024, Éditions du Rocher. ISBN 9782268109947 

Lire la suite

Christos MARKOGIANNAKIS - Scènes de crimes au Louvre

28 Décembre 2023 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Livres d'histoire, #Polar historique, #Coups de coeur, #Bibliographies - Actualités littéraires

Christos MARKOGIANNAKIS - Scènes de crimes au Louvre

Les représentations de scènes de crime dans l’art ne manquent pas. Christos Markogiannakis a appliqué ses connaissances en criminologie dans l’étude de scènes de crime figurant sur des œuvres d’art exposées au Louvre . La première œuvre étudiée ( une stèle mésopotamienne datée de la période 1792-1750 Av JC ) sert d’avertissement ( aux assassins ! ) car elle représente un des plus anciens codes règlementaires connu. Tout crime sera puni, à l’époque il est appliqué la loi du talion ( lex talionis ) « œil pour œil , dent pour dent ». Il s’en suit une étude de 26 crimes représentés par des sculptures ( 2 ),  des vases ( 4 ) et des peintures sur toile ou autres supports.

La premier intérêt de cet ouvrage qui sort vraiment de l’ordinaire, incite le lecteur à examiner dans le détail les belles photos sur papier glacé et le plus souvent en couleur de ces œuvres. Néophyte, j’ai adoré être guidé par l’érudition de l’auteur mais aussi par ses commentaires simples. Chaque texte explicatif d’une œuvre est court, en général 3, 4 ou 5 pages. Des caractéristiques bien choisies, quelques mots sur le contexte historique, c’est suffisant pour regarder d’un autre œil ces œuvres d’art.

Le second intérêt est bien sûr criminalistique et l’amateur de roman policier, d’enquêtes  et de procédures retrouve ses marques lorsque l’auteur fait parler les indices, ose un mobile, met en évidence des témoins et identifie un coupable parfois en distinguant le meurtrier et le commanditaire. Il est question de vengeance, de préméditation, de crime politique, de crime de masse,  d’infanticide. Il pose une question inattendue : Thésée était-il un tueur en série ?

L’auteur parle bien sûr de « Marat assassiné » ( 1794 – atelier de Jacques-Louis David ) mais le peintre David n’a pas représenté le coupable dont le nom est cependant bien connu. Charlotte Cordet est représentée sur des toiles plus récentes ( Paul Baudry en 1860 ou Edvard Munch en 1907 ).

J’ai éprouvé un intérêt particulier à l’étude du tableau de Paul Delaroche « Les enfants d’Édouard (1931) représentant Édouard V, roi mineur d’Angleterre et Richard duc d’York, son frère puîné. Ces deux enfants ont disparu, peut-être assassiné par Richard III qui va régner à la place de son neveu Édouard V. De nos jours pour aider à progresser dans la résolution de cette énigme historique, des analyses ADN pourraient être conduites sur des ossements mais aucune autorisation n’a été accordée. A qui profite ce régicide ? C’est une autre histoire, très controversée. Shakespeare en a écrit une version. Une autre est l’oeuvre  de Joséphine Tey et a pour titre « La fille du temps » , un formidable polar dont je parle ICI  .

Les récits de Christos Markogiannakis sont passionnants et instructif dans un domaine artistique peu exploré dans la littérature policière. Une approche inédite. 27 œuvres – 27 chapitres qu’il est facile de lire et intéressant de relire, aujourd’hui ou demain ou dans longtemps. De magnifiques photos à voir et revoir et à graver dans sa mémoire.

Scènes de crimes au Louvre – Christos MARKOGIANNAKIS . Éditions Le Passage ( 2017 – réédité en 2022 ). ISBN 9-782847-424928.

Christos Markogiannakis a récidivé en publiant en 2018 « Scène de crime à Orsay »

Christos MARKOGIANNAKIS - Scènes de crimes au Louvre
Lire la suite
1 2 3 4 > >>