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Découvrir l'Histoire en lisant

roman historique

Jean-Christophe PORTES - Emma, la reine de fer

29 Août 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Roman historique, #histoire des 10 - 11 et 12èmes siècles

Jean-Christophe PORTES  -  Emma, la reine de fer

Parler de l’auteur Jean-Christophe Portes passe inévitablement par l’évocation de son héros Victor Dauterive enquêteur de gendarmerie dans la France révolutionnaire et personnage récurrent de polars historiques sériels dont le succès est au rendez-vous à chaque parution. Le polar historique n’est pas un genre facile pour les écrivains qui doivent allier le travail rigoureux de l’historien et imagination d’un scénario crédible incéré dans des évènements réels au milieu de personnages historiques. Avec neuf titres en dix ans,  un dixième en préparation, il réussit à ne pas seulement penser et vivre Révolution française. Pour se ressourcer, en guise de break, il écrit, des fictions et des documents, parle de la seconde Guerre mondiale. Voir ICI la bibliographie de Jean-Christophe Portes et d’autres chroniques de lecture.

Le dernier roman de Jean-Christophe Portes surprend. S’il reste fidèle au récit historique la période qu’il nous fait visiter sort de l’ordinaire. Qu’a-t-il trouvé à raconter du début des années 1000 ? Et en Angleterre de surcroit ? D’ailleurs à cette époque, il est plus juste de parler de l’île des Angles et des Saxons. Ceci étant, le destin de la belle Emma mérite d’être sorti de l’oubli. Les archives fiables du haut Moyen Âge sont rares, seuls les grands évènements sont répertoriés pour parler des personnages célèbres ( à l’époque ) bons ou mauvais. Pour simplifier, disons que dans l’histoire d’Emma, la reine de fer racontée par Jean-Christophe Portes, tout est authentique mais tout ne s’est peut-être pas passé comme il le raconte …

Emma de Normandie a épousé le roi d’Angleterre Æthelred en l’an 1002 à l’âge de seize ans, cette union scelle un accord de bon voisinage. En fait Emma est la victime d’un arrangement et pour elle commence une période d’isolement dans un pays inconnu, dont elle ne connait pas la langue. Son entourage, époux y compris, au mieux l’ignore, parfois la dédaigne et au pire complote pour qu’elle ne puisse exercer les prérogatives de son rang. La reine mère Alfrida devient ainsi son ennemie personnelle.

Le récit de Jean-Christophe Portes n’est pas une biographie austère. Le romanesque est omniprésent, les dialogues alertes et les situations aventureuses ne manquent pas. Entre deux banquets plantureux, le roi chasse, voyage en permanence depuis son vieux palais de Londres vers d’autres demeures fortifiées et champêtres, pour visiter et renforcer ses possessions, il fait pendre des voleurs et trancher des têtes à la hache. Pendant ce temps Emma, patiemment, habilement construit la place revenant à une reine. Elle échappe à des empoisonnement, ses rares allié(e)-e-s sont assassiné-e-s. Le haut Moyen Âge est fait de cruauté, de piété, de malédictions prophétiques et parfois d’amour. Emma offre au roi Æthelred un héritier mâle, Édouard né fin 1003. Cet héritier s’ajoute à une longue liste de prétendants.

Pour intéresser ( et même passionner ) l’auteur se glisse dans la peau d’un chroniqueur de l’époque. Il interpelle le lecteur, le prend comme témoin « Vous qui suivez ce récit … ». Raconter des histoires est un art que Jean-Christophe Portes maîtrise à la perfection. Il glisse quelques mots de l’époque pour faire vrai mais préfère le plus souvent remplacer les noms imprononçables de certains personnage par leurs surnoms imagés : Le Voleur, Côtes-de-Fer, Sven à la Barbe Fourchue ( qui désigne le roi du Danemark ).

La guerre fait partie du quotidien au début des années 1000. Il y a toujours un voisin belliqueux à combattre. Le roi doit alors lever l’Ost et il n’est pas facile d’enrôler de force les pauvres paysans de la campagne. La trahison surprise d’alliés sur qui l’on comptait est chose commune. Le roman de Jean-Christophe Portes raconte des batailles, des chevauchées et des complots. Le roi Æthelred Le Malavisé est violent, implacable, craint mais pas aimé. Emma est tout le contraire, elle reste ignorée dans la gouvernance mais elle est respectée par nombre d’alliés notamment le clergé. Nous sommes alors à la Noël 1013 et un danger menace le royaume d’Angleterre. Les vikings de Barbe Fourchue, le roi des Danes, ne se contentent plus de raids sporadiques sur les côtes. Ils ont débarqué pour envahir l’Angleterre. Face à eux une armée faible et des divisions. Mais ceci est une autre histoire, à venir et attendue avec impatience.

Emma, la reine de fer – Jean-Christophe PORTES . Parution le 15 avril 2026, City Éditions. ISBN 9782824625775 .

Présentation éditeur : À seulement 16 ans, Emma de Normandie traverse la Manche et s’apprête à devenir reine d’Angleterre lors d’un mariage arrangé. En cette année 1002, le pays est riche mais reste divisé et instable, ravagé depuis des décennies par les raids vikings.

Très vite, la jeune femme découvre qu’elle n’est pas la bienvenue à la cour de son époux Æthelred. Le souverain est un homme sombre et torturé, dominé par une mère cruelle et rongé par la culpabilité, car il a accédé au trône après l’assassinat de son frère.

Pour la jeune Emma, il est bien difficile de survivre dans cette cour aux mille dangers où la corruption règne. Pourtant, la jeune reine parvient à se faire une place dans ce monde d’hommes. Habile stratège, elle se bat pour être respectée et imposer ses choix. Emma ne le sait pas encore, mais la vie lui réserve un extraordinaire destin…

Bibliographie de Jean-Christophe Portes, autres chroniques de lecture : voir ICI 

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Didier DAENINCKX - Les maisons parachutées

22 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Roman historique

Didier DAENINCKX - Les maisons parachutées

Bien sûr Didier Daeninckx n’a jamais arrêté de nous donner des nouvelles et en 2024 il a  écrit le scénario d’une bande dessinée pour commémorer la panthéonisation de Missak Manouchian. Mais c’est quand même une immense joie de le retrouver auteur d’un roman paru début avril chez Gallimard dans « La Blanche » bien que ce soit un roman noir.

Avec Les Maisons parachutées Didier Daenincks fouille dans l’Histoire. Il cherche pour exhumer les faits oubliés à force d’être cachés. Cette fois il a choisi l’année 1952. Que s’est-il passé cette année-là ? Pour compliquer son travail l’auteur s’intéresse à une région pas banale, le Nivernais. Que s’est-il passé en 1952 dans les petites villes de Nevers, Imphy et Decize. Didier Daeninckx a sans doute consulté des piles entières de journaux, noté de multiples faits divers puis élargi son champ de recherches avant d’ordonner, de regrouper. Il a sans doute élagué, imaginé aussi tout en restant dans le plausible. Il ne se contente pas d’évoquer, il sait quand il faut insister et surtout ne pas simplifier comme dans une investigation journalistique mais pour transmettre ses informations il choisit d’en faire le récit à la manière d’une enquête minutieuse d’un flic ordinaire. Le résultat est un formidable roman noir historique : Didier Daeninckx est un raconteur d’histoires hors pair.

Début de l’été 1952 alors que Nevers est dans l’effervescence des préparatifs de l’arrivée d’une étape du Tour de France, l’inspecteur Philippe Orbec se voit confier une enquête dont il se serait bien passé . Trois cadavres ont été exhumés lors de travaux dans une ferme isolée près d’Imphy. Tout le dérange, le déstabilise et l’inquiète dans cette enquête. Le lieu tout d’abord, c’est tout près de l’endroit où son père est décédé à la Libération dans des circonstances qu’il n’a jamais voulu éclaircir.  Et puis l’assassinat des trois inconnus n’est pas banal, une exécution, une balle dans la tête les mains attachées dans le dos avec du fil de fer.

Orbec n’a qu’un indice, une mystérieuse inscription sur un bracelet porté par une des victimes et une date approximative pour leur exécution, entre 1946 et 1948 d’après le légiste. A l’époque la presse locale a-t-elle parlé de ces trois disparitions ? Orbec lit et relit les journaux de l’époque, épluche les rapports de police. Il découvre les blessures de l’épuration et en profite pour reconstituer une partie du drame vécu par sa famille qu’il a jusqu’à maintenant laissé dans le brouillard. L’inscription sur le bracelet l’oriente vers les rescapés des camps de concentration. Les horreurs du camp de Mauthausen lui sont racontées. Il questionne d’anciens résistants, son regard se porte sur les luttes ouvrières menées dans l’aciérie toute proche d’Imphy et sur les pollutions au voisinage de l'usine chimique Lambiotte à Prémery.

Pour les besoins de son enquête l’inspecteur Orbec voyage beaucoup. Sur la route de Charentes il passe par Déols où des milliers de soldats américains construisent un gigantesque camp militaire. En Val de Seine à Bolbec, l’industrie textile est à son apogée. Pendant ce temps Gabin passe au cinéma, Jack Ralite est chauffeur et dans la banlieue parisienne industrieuse, le PCF procède à des purges.  Rien n’échappe au regard averti de Didier Daeninckx, l’année 1952 se dévoile, série de photos sépias, certaines regardées avec nostalgie, d’autres avec surprise.

Didier Daeninckx ne perd pas de vue ses intrigues, les trois inconnus exécutés et la mort suspecte du père de l’inspecteur Orbec. Ce dernier découvre que dans l’enfer de Mauthausen de la fausse monnaie a été fabriquée, des sommes astronomiques destinées à asphyxier l’économie anglaise et américaine. Ce trésor du Reich a dû attiser bien des convoitises ! Il reçoit les confidences d’un responsable de la Banque de France et d’un chercheur du CNRS. Il retrouve la trace de criminels nazis et découvre des savants allemands ayant travaillé pour l'armée allemande avant d'être réquisitionnés par les industriels français. Didier Daeninckx n’a pas son pareil pour raconter la petite et la grande Histoire sans occulter le passé qui ne passe pas.

Didier DAENINCKX – Les maisons parachutées . Parution le 2 avril 2026, collection Blanche des Éditions Gallimard. ISBN 9782073032218.

Présentation éditeur : En 1952, à Nevers, l'inspecteur Philippe Orbec est chargé d'une enquête qui concerne trois cadavres retrouvés dans un chantier de reconstruction. Orbec, fils d'un policier injustement abattu par la Résistance, va suivre le fil de son enquête, qui le mènera à Mauthausen, ou plus exactement à Redl-Zipf, une annexe du camp d'extermination par le travail. Les trois hommes, liés à des faussaires de grand talent, ont côtoyé à Redl-Zipf un commando juif très spécial, dont le travail consistait à fabriquer de faux billets américains et anglais destinés à déstabiliser les économies alliées. Une partie de ces billets ont circulé en France après la Libération, et Orbec se demande s'ils n'ont pas été détournés par des pseudo-résistants qui ont à cette occasion amassé des fortunes et bâti de belles résidences surnommées depuis "les maisons parachutées". Ce roman de Didier Daeninckx, formidablement documenté et en partie inspiré de l'histoire de sa famille, éclaire d'un jour singulier des opérations secrètes menées par les nazis à partir de camps de concentration et certains aspects méconnus de l'immédiate après-guerre, comme le rôle des savants du IIIème Reich dans la reconstruction de l'aviation et dans le développement de la balistique et du nucléaire.

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Vincent EJARQUE au Festival Quais du Polar

24 Mars 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #roman noir, #Roman historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Bibliographies - Actualités littéraires

Vincent EJARQUE au Festival Quais du Polar

Début avril les best-sellers polars sont à l’honneur. Avec le festival Quai du Polar ( la 22ème édition ouvre ses portes du 3 au 5 avril ) les lecteurs deviennent des fans et peuvent rencontrer des stars internationales et obtenir des autographes ( dédicaces en littérature ) en contrepartie parfois de longues attentes que je n’ai jamais trouvées lassantes car elles permettent d’échanger entre lecteurs passionnés.

Le programme de Quais du Polar est toujours d’une richesse inouïe. Cette année plus de 130 auteurs venus de 4 continents ont été invités pour parler bien sûr polar mais il sera aussi question d’Histoire ( programmation complète ICI ). Il faut prendre le temps de flâner et de fouiller, c’est un plaisir que les lecteurs adorent, ils auraient tort de s’en priver. A Quais du Polar il y en a forcément un livre à dénicher et un auteur à découvrir.

Attardons nous sur Vincent Ejarque publié par Nouveau Monde Éditions dans la jeune collection « Sang-froid » ( elle doit avoir juste 3 ans si je me souviens bien ). « Sang-froid » propose des romans de qualité dans des genres variés et mêlés ( polar, espionnage, Histoire ), des titres récents ou anciens, parfois inédits, le tout au format poche ( ce qui implique un prix modique ) et avec une belle chartre graphique facilement repérable ( site internet de Nouveau Monde éditions ICI ).

Deux romans de Vincent Ejarque figurent au catalogue « Sang-froid ». Le premier intitulé « Un sang d’encre » a été le lauréat 2024 du Prix du Roman Noir Historique attribué dans le cadre des réputés Rendez-Vous de l’Histoire de Blois. Ce roman noir historique mélange les genres. C’est un polar ( présentement un journaliste enquête ) teinté d’Histoire ( en l’occurrence celle des années 1980 avec les conséquences toujours perceptibles de la Guerre d’Algérie ) avec une forte connotation sociale et politique. L’auteur réussit la délicate alchimie de ces thématiques variées.

Le second a pour titre « Les spectres d’Alger » et vient de paraître ( le 11 mars 2026 ). Il raconte les derniers mois de la Guerre d’Algérie, récit d’un conflit qui s’achève dans le chaos, dans la clandestinité pour ceux qui ont une ultime mission à accomplir ou des comptes à régler et parfois même dans le banditisme pour les sans foi ni loi. Alger est un personnage à part entière de ce roman qui mêle amour et violence.

Des liens relient les deux romans de Vincent Ejarque. Tout d’abord c’est écrit avec dextérité. Style fluide, atmosphères d’époque bien reconstituées et intrigues efficaces rendent la lecture addictive. La continuité historique constitue également un fil solide et apporte de la cohérence à l’ensemble ce qui m’incite à conseiller d’acheter ces deux romans et de lire en premier « Les spectres d’Alger »

Vincent Éjarque – Les spectres d’Alger . Parution le 11 mars 2026, Nouveau Monde Éditions. 488 pages, 10.90 €. ISBN 9782380947915.

Vincent Éjarque – Un sang d’encre . Parution avril 2025, Nouveau Monde Éditions. 416 pages, 10.50 €. ISBN 9782380946789.

Mes chroniques détaillées des romans de Vincent Éjarque : voir ICI  et  .

Vincent EJARQUE au Festival Quais du Polar
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Romain SLOCOMBE - Les revenants de l'inspecteur Sadorski

20 Février 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Roman historique

Romain SLOCOMBE - Les revenants de l'inspecteur Sadorski

Inutile de présenter Sadorski, après sept récits dont il est le héros ( huit si on compte le roman épistolaire « Monsieur le Commandant » dans lequel il est évoqué ). Avec Sadorski employer le mot « héros » peut prêter à confusion tellement l’individu est détestable. Il faut reconnaître à Romain Slocombe le mérite d’avoir inventé ce personnage qui rassemble toute les facettes du mal de ceux qui ont collaboré avec l’occupant nazi durant la seconde Guerre mondiale. Il y a donc eu de nombreux Sadorski. Dans « Les revenants de l’inspecteur Sadorski », l’ex inspecteur principal adjoint aux renseignements généraux dans un triste Rayon chargé de traquer les juifs et les terroristes, reste dans son rôle de salaud. Pour échapper à l’épuration il est devenu Jules Réquillard et se dissimule parmi les résistants de la dernière heure.

Chaque récit mettant en scène Sadorski est une prouesse historique. Romain Slocombe a réalisé en amont un travail d’investigations en fouillant les archives administratives, rassemblant les journaux de l’époque pour raconter l’Histoire tout en s’attachant à reconstituer le quotidien des parisiens victimes des privations et vivant sous la menace de l’occupant nazi et des salauds comme Sadorski. Dans chaque opus, Romain Slocombe sait se renouveler alliant soucis du détail et contexte historique connu ou plus rarement évoqué dans la littérature noire.

Les revenants de l’inspecteur Sadorski sont les rescapés du STO et les presque mourants et traumatisés à jamais, libérés des camps de concentration et d’exterminations. Nous sommes en mai 1945, la Paix est revenue mais l’épisode nazi n’en finit pas de dévoiler ses horreurs. C’est la première thématique ( et la première partie ) de ce roman habilement insérée et détaillée par l’auteur dans le quotidien des parisiens encore profondément affecté par les privations. Sadorski/Réquillard est gagné par une peur panique de voir parmi les revenants quelqu’un qu’il aurait arrêté et fait déporter. Tout ce qu’il bâtit méthodiquement pour échapper à l’épuration serait alors anéanti. La peur n’évite pas le calcul chez Sadorski le profiteur, il a aussi le secret espoir de voir revenir la jeune et belle Julie.

Sadorski et sa femme Yvette vivent dans une quasi clandestinité et ont besoin d’argent. Alors l’ex flic devient une sorte de détective privé, embauché par Jaakov Avivsohn, un juif chargé par de riches familles de retrouver des œuvres d’art spoliées par les nazis lors de véritables razzias au profit du Reich ou de dignitaires comme Goering. Dans ce contexte, marchands d’art, galeristes, experts, commissaires-priseurs peu scrupuleux ont détourné à leurs profits des valeurs considérables notamment les oeuvres dites dégénérées, confisquées pour être détruites par les nazis. C’est cet épisode que Romain Slocombe raconte de manière érudite et accessible et bien sûr le salaud Sadorski y voit le moyen de se faire beaucoup de fric, un dernier gros coup qui lui permettrait une fois riche de fuir la France où il a été condamné à mort par contumace.

Romain SLOCOMBE – Les revenants de l’inspecteur Sadorski. Parution le 4 septembre 2025, Éditions Robert Laffont, collection La Bête noire. ISBN 978221280171 .

Présentation éditeur : France, mai 1945 : la paix en Europe est sur le point d'être signée. Libérés en même temps que nos prisonniers de 40, les déportés survivants reviennent des camps d'extermination. N'étant pas des porteurs de bonnes nouvelles, ils sont accueillis en conséquence, c'est-à-dire mal.
L'ex-inspecteur Sadorski, révoqué de la police nationale et recherché, se cache avec sa femme Yvette sous un faux nom. Un revenant totalement inattendu débarque chez eux. Sa visite annonce le début de nouveaux ennuis ; et menace la carrière d'un Sadorski devenu " détective d'art ", au service d'un Polonais exilé aux États-Unis dont la mission à Paris est de traquer les chefs-d'œuvre spoliés des collections juives.
Les cadavres ne vont pas tarder à s'accumuler, dans cette peinture au vitriol de l'immédiat après-guerre et des profiteurs les plus éhontés de la collaboration.

Romain SLOCOMBE, bibliographie série Sadorski, autres chroniques de lecture : voir ICI

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Frédéric PAULIN - Que s'obscurcissent le soleil et la lumière

9 Février 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #roman noir, #Roman historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Frédéric PAULIN - Que s'obscurcissent le soleil et la lumière

Le dernier volet de la trilogie libanaise commence le 17 septembre 1986, jour de l’attentat de la rue de Rennes. Chirac est le Premier Ministre gaulliste d’un président socialiste mais rien ne change les terroristes n’ont pas été terrorisés, les otages français sont toujours détenus à Beyrouth et les manifestants descendent dans les rues de France. Cela sent la tragédie. Pendant ce temps, le Liban n’en finit pas de sombrer dans la guerre civile intercommunautaire. La France pensait régler ce conflit à la manière de l’ancienne puissance coloniale qu’elle a été mais les palabres politiques franco-français n’ont fait que l’impliquer de plus en plus dans une violence aux revendications incertaines avec un flou entretenu par les autorités. La violence de groupuscules est-elle plus acceptable que la violence d’un État, Syrie ou Iran ?

Les acteurs principaux de cette tragédie ont pour nom Sandra, Dixneuf, Caillaux, Nada, Zia, Kellermann, Abdul Rasool al-Amine ; Ils aiment, souffrent, doutent, luttent. Les personnages secondaires s’appellent Mitterrand, Chirac, Pasqua, Marchiani, Boulouque. Ils sont nombreux, garants de la raison d’État mais impuissants face à Khomeini ou Hafez el-Hassad, faisant fi du travail des spécialistes qu’ils ont eux-mêmes mis en place : conseillers, négociateurs, 14ème section antiterroriste du parquet de Paris et services de Police.

Frédéric Paulin sait raconter l’Histoire, les faits incontournables. Le romanesque et la fiction lui permettent d’analyser et de donner avec du recul des éléments de compréhension et de souligner les conséquences humaines. L’Histoire n’est pas modifiée, elle est présentée de manière globale pour faire ressortir la vérité parfois dissimulée et des répercussions oubliées.

Comme dans le tome 1, plus que dans le tome 2, le Liban est au cœur du tome 3. La guerre est devenue intracommunautaire avec la Syrie envahisseur et l’Iran manipulateur. La France en tire une victoire de façade, ses otages sont libérés mais au prix de compromissions et d’un aveuglement qui ne pourra empêcher la guerre ouverte entre chrétiens dont elle revendiquait le soutient . La fiction fait écho à ce gâchis, le lecteur voit les personnages fictifs perdre leurs illusions et sombrer, emportés par le suicide ou gagnés par la vengeance. Les femmes libanaises chiites deviennent des êtres de second rang.

Le polar peut-être historique, il peut analyser un contexte politique et social. Il est alors roman noir historique. Cette trilogie libanaise de Frédéric Paulin en est un parfait exemple en même temps qu’une littérature de grande qualité.

Frédéric PAULIN – Que s’obscurcissent le soleil et la lumière. Parution le 11 septembre 2025, Éditions Agullo. ISBN 9782382461372.

Présentation éditeur : Fin d’année 1986, Paris est à feu et à sang. Il faut alors trouver rapidement un coupable pour calmer l’opinion publique. La piste Abdallah, bien que hautement improbable, est choisie, car la raison d’État prévaut souvent sur la vérité, comme le commissaire Caillaux ne le sait que trop bien. À l’international, Michel Nada a fort à faire car les enjeux sont colossaux : la crise des otages qui dure depuis plusieurs années maintenant vient se mêler de manière toujours plus cynique à la course à la présidence de 1988 entre Mitterrand et Chirac. Au Liban, la guerre reprend de plus belle après une brève accalmie, opposant cette fois les chrétiens entre eux, en plus de la lutte fratricide entre chiites, et le pays se retrouve bientôt avec deux gouvernements. Cette macabre comédie cessera-t-elle un jour ? Dans le dernier volet de sa trilogie libanaise, Frédéric Paulin nous emmène jusqu’aux derniers jours d’un conflit long de quinze ans et qui, comme il avait débuté, s’achève dans le chaos, avec, comme toujours, le peuple libanais pour seul véritable perdant.

Bibliographie de Frédéric Paulin, autres lectures : voir ICI   

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Benjamin DIERSTEIN - 14 Juillet

2 Février 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Roman historique

Benjamin DIERSTEIN  -  14 Juillet

14 juillet 1982, Garden Party de l’Élysée. Mitterrand est Président de la République depuis un an. La chasse aux sorcières et les purges sont terminées, le gouvernement socialiste a mis en place ses pions dans tous les rouages censés assurer la sécurité de la France. Pas un service n’a été épargné, les lois ont évolué, chaque fonctionnaire a désormais une à accomplir, des comptes à rendre.  L’inspectrice Jackie Lienard de la DCRG a un job à l’Elysée, directement sous les ordres du conseiller Grossouvre. Elle doit prévenir le chantage, couvrir, protéger dans des histoires de cul à la con.

Rien ne s’est peut-être passé de cette façon mais la trame historique qu’utilise Benjamin Dierstein est bien réelle. Certes Mitterrand n’a peut-être pas joué au golf et à la pétanque comme raconté d’une manière hilarante mais il a bien fallu cacher Mazarine et lorsque les attentats se multiplient, la cellule antiterroriste de l’Elysée a bien vue le jour. L’auteur ne change rien à sa manière de raconter l’Histoire et des histoires. Et c’est tant mieux, il y a toujours autant de précision dans les mots, autant d’action, d’humour et surtout de cohérence pour assembler grâce à la fiction des faits historiques foisonnants et au passage souligne des décisions sans logique. Avec la reprise des attentats, la traque d’Action Directe recommence après la grâce présidentielle de ses membres. Chasser le naturel, il revient au galop, la guerre des polices est de retour et les rivalités entre les ministres font autant de dégâts que les manœuvres en coulisse de l’opposition politique gaulliste pour mettre des bâtons dans les roues du gouvernement socialiste. Alors tout s’effondre.

Ce polar racontant une page de l’Histoire politique de la France est une réussite inouïe, d’inspiration ellroyenne, avec un panache incomparable grâce à des personnages récurrents minutieusement et habilement inventés. Ils sont au bon endroit ( en Corse, à Beyrouth ou dans une boîte de nuit parisienne ) au bon moment pour ne rien rater de cette page d’Histoire et ils croisent les célébrités de l’époque bien dans leur rôle et dont les portraits caricaturaux font plus vrais que nature. Rien n’échappe au regard acéré et un brin espiègle de Benjamin Dierstein, il n’oublie aucun refrain chanté à la radio, ni aucune série de la télé, ni aucune friandise chocolatée que Jackie engloutie convulsivement lors de ses planques. Jackie crève l’écran dans cet épisode alors que tout s’effondre autour d’elle en même temps que les socialistes déçoivent les immenses espoirs qu’avaient faits  naître leur élection. L’Histoire devient tragédie avec son lot de morts violentes, de règlements de compte et de vengeances. Le sida brise les festivités parisiennes, les répercussions de la guerre au Liban et du conflit Iran-Irak résonnent jusqu’en France, une crise sociale et économique sans précédent devient le terreau de l’extrême droite.

Tout au long des 2500 pages de cette trilogie ( c’est bien que les Éditions Flammarion aient fait le choix d’une publication resserrée sur une année ) jamais Benjamin Dierstein ne perd de vue son idée de départ, une explosion mortelle en mai 1968 ( racontée dans le prologue du tome 1 ) relayée par un traquenard sanglant au fin fond de l’Afrique ( prologue du tome 2 ) et expliquée à la toute fin de son extraordinaire aventure politique et sociale en puisant sa logique dans les heures sombres de la collaboration durant l’Occupation et qui fait écho à la montée de l’extrême droite lepéniste contemporaine de la fin de ce roman.

Benjamin DIERSTEIN – 14 Juillet – Parution le 7 janvier 2026, Édition Flammarion. ISBN 9782080470775.

Présentation éditeur : Juillet 1982. Les attentats à répétition opérés par Carlos et les services syriens sur le sol français poussent François Mitterrand à s'entourer d'une cellule anti-terroriste composée des plus fins limiers du GIGN, de la PJ et des RG. L'inspectrice Jacquie Lienard va profiter de cette opportunité pour grimper dans la hiérarchie auprès de l'Élysée et s'assurer une place de choix au sein de la lutte contre les groupuscules pro-palestiniens, Action directe et le FLNC. Tout comme Marco Paolini depuis la DST et Robert Vauthier depuis la DGSE, elle traque une ancienne moudjahida du FLN qui répond au nom de Khadidja Ben Bouazza et qui n'est autre que la supérieure directe de l'ex-policier Jean-Louis Gourvennec, devenu convoyeur d'explosifs pour l'extrême gauche révolutionnaire. Au gré des scandales qui secouent la Mitterrandie, des crises successives au sein de Beauvau et de la montée fulgurante de l'extrême droite, tous se dirigent vers un seul point de mire qui leur permettra enfin de découvrir la vérité sur Geronimo et Khadidja Ben Bouazza : Beyrouth. Ce chemin de croix sera aussi celui de la perte de leurs dernières illusions. Le troisième tome d'une saga historique entre satire politique, roman noir et tragédie mondaine, dont les personnages secondaires ont pour nom François Mitterrand, Christian Prouteau, Paul Barril, Charles Pasqua, Gaston Defferre, Jean-Marie Le Pen, Alain Orsoni, Carlos et Jacques Vergès.

Tome 1 "Bleus, blancs, rouges" : voir ICI  

Tome 2 "L'Étendard sanglant est levé" : voir ICI 

 

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Macha SÉRY - Patriotic School

7 Octobre 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Espionnage, #Roman historique

Macha SÉRY  -  Patriotic School

J’aime toute la grande famille du polar y compris sa branche espionnage. Le récit d’espionnage se nourrit du réel, de la géopolitique et des conflits actuels et passés. L’espionnage fait bon ménage avec l’Histoire qui comme le crime avec le polar fourmille de faits que la littérature peut raconter, expliquer et parfois dévoiler.

Raconter, expliquer, dévoiler, ces trois mots définissent parfaitement le roman de Macha Séry qui avec une habile dose de romanesque construit à partir d’un épisode de la seconde Guerre mondiale un récit aux multiples facettes.

Ces facettes scintillent l’une après l’autre selon un rythme aussi rapide que cohérent et garantissent beaucoup de surprises sans perdre l’idée de départ qui consiste à raconter le travail et les succès du contre-espionnage instauré par les anglais à partir de janvier 1941 pour démasquer d’éventuels espions cachés parmi ceux et celles ( « une Patriotic School » a existé par ailleurs pour les femmes ) qui gagnaient l’Angleterre parfois dans des conditions rocambolesques, réfugiés fuyant la guerre sur le continent ou résistants rejoignant les alliés pour participer aux combats.

Le charme du récit de Macha Séry réside dans un savant mélange entre Histoire et fiction. La mise en place de la structure d’accueil ( avec de durs soucis d’approvisionnements en ces temps de rationnement ), la structuration des techniques d’interrogatoires, l’archivage d’une multitude de renseignements collectés, les débuts de Patriotic School sont instructifs et agrémentés par des portraits savamment dressés, on sent les personnages historiques dans la présentation de la hiérarchie de la structure et on devine ceux créés par l’auteure : Peter l’homme à la moto, Mary l’infirmière tourmentée.

Les présentations défilent rapidement, Macha Séry approfondit ensuite la vie à Patriotic School durant le mois de novembre 1942, les interrogatoires succèdent aux interrogatoires. Des hollandais, des norvégiens, des français. Des suspects sont rapidement blanchis, d’autres séjournent longuement dans une prison qui ne porte pas son nom où les pensionnaires jouent au Monopoly mais sans contact avec l’extérieur. Les britanniques interrogent inlassablement avec la crainte de se tromper face à des fausses pistes. L’attente est parfois longue dans l’attente d’une preuve formelle. Le suspense est digne d’un polar mais c’est de l’espionnage avec des encres sympathiques et des textes codés. L’Histoire est bien présente, en novembre 1942 le sud de la France est occupé par l’armée allemande et l’opération Torch marque le début de la contre-attaque alliée. La fiction romanesque entraîne Mary à moto avec Peter. Il en faut du talent pour qu’un récit érudit soit plaisant à lire !

Macha Séry raconte une drôle de guerre : l’Histoire comme source d’inspiration et le quotidien de personnages plus vrais que nature où le lecteur a parfois du mal à démêler le vrai du faux, normal c’est de l’espionnage.

Macha SÉRY  -  Patriotic School . Parution le 11 septembre 2025, Série Noire des Éditions Gallimard. ISBN 978073035158.

Présentation éditeur : Patriotic School, filtre à espions sophistiqué, a opéré de janvier 1941 à fin mai 1945, dans un vaste manoir victorien au sud de Londres. Tout étranger mettant le pied au Royaume-Uni, clandestinement ou avec une mission légale, y était enfermé jusqu’à ce que le MI5 ait établi s’il était de bonne foi ou s’il s’agissait d’un espion camouflé.
Officiers interrogateurs, archivistes, analystes et secrétaires du renseignement y ont côtoyé des « pensionnaires » venus de tous horizons. Joseph Kessel et Maurice Druon, Jean Moulin, François Mitterrand et Jean-Pierre Melville y ont séjourné.
La réalité historique, tirée des archives britanniques, se mêle avec précision et humour à la fiction dans cette fresque du quotidien des uns, obsédés par la crainte de relâcher un ennemi, et des autres, mus par la seule idée de sortir de là.

 

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Serge RAFFY - L'odeur de la sardine

2 Octobre 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Roman historique, #Polar historique

Serge RAFFY - L'odeur de la sardine

Automne 2023, Charles Bayard est mort d’une balle tirée dans la nuque, un assassinat qui ressemble à une exécution alors que ce vieillard se promenait seul un soir sur les quais de Seine près du pont Alexandre III à Paris. Le meurtre de Bayard provoque un véritable séisme. Bayard a été un grand flic, au parcours mêlant gloire et coups tordus. « Il avait traversé toutes les présidences de la Cinquième République, en laissant toujours derrière lui un goût de secrets. Et une tonne de secrets ». Une cellule spéciale d’enquête est créée à l’Élysée, elle est dirigée par l’expérimenté commissaire Julien Sarda.

Charles Bayard faisait le récit de sa vie au journaliste Sébastien Rochas en vue d’en faire un livre. Bayard était un solitaire, même les liens avec sa fille vivant aux USA semblaient rompus. Le journaliste Rochas constitue la première piste sérieuse explorée par les enquêteurs à laquelle s’ajoute celle de l’inattendue Jeanne Obadia ingénieure géologue bordelaise retrouvée parmi les rares contacts téléphoniques du défunt.

Sarda et son équipe reconstituent dans le détail le passé et les derniers mois de la vie de Charles Bayard. Révélations du journaliste Rochas, texte écrits par Bayard, confidences de la fille de Bayard et souvenirs familiaux de Jeanne Obadia éloignent l’enquête policière promise au profit d’un récit historique sur la guerre d’Algérie, ses répercussions tragiques au sein de la société franco-algérienne et ses conséquences politiques parfois inavouables. C'est dans ce conflit que se trouve l'explication du titre. Ce roman est aussi un récit de guerre mais se disperse lorsqu’il évoque Francisco de Goya ou le Royaume de Siam.

Ce roman de Serge Raffy est incontestablement érudit, le lecteur y découvre ( ou pas ) des faits historiques mais reste un peu sur sa faim face à des pistes qui auraient mérité d’être approfondies ( le trésor de l’OAS par exemple ). Des mots bien choisis  apportent de la véracité dans l’énoncé des faits et retranscrivent toutes les nuances des sentiments des personnages en mêlant habilement violence, émotion, regret et culpabilité.

Serge Raffy imagine une fin bien maîtrisée en renouant avec les codes d’une enquête policière classique source de suspense et de rebondissements sans perdre de vue tous les traumatismes qu’il a mis en évidence dans les rappels historiques.

Serge RAFFY – l’odeur de la sardine . Parution le 3 septembre 2025, Éditions Fayard. ISBN 9782213731353 .

Présentation éditeur :  Voyage au cœur de la haine et du remord. Un vieil homme, ex-patron de la PJ, est exécuté au cours d’une de ses promenades nocturnes sur les quais de la Seine, à Paris. Simple crime crapuleux ? Ou explosive affaire d’État ? Porteur d’un secret qui le hantait, l’homme s’apprêtait à tout révéler de son passé. A-t-on voulu le faire taire ? Et pourquoi ? Les enquêteurs plongent alors dans un labyrinthe de fausses pistes, se perdent dans les méandres de la mémoire du conflit franco-algérien, d’une guerre jamais finie entre Alger et Paris, révélant la face sombre du gaullisme.
 

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Frédéric PAULIN - Rares ceux qui échappèrent à la guerre

8 Septembre 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #roman noir, #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Roman historique

Frédéric PAULIN - Rares ceux qui échappèrent à la guerre

Le 23 octobre 1983 à l’aube, l’attentat du Drakkar tuait 58 parachutistes français en clôture du premier volet de l’Histoire récente du Liban et des relations franco-libanaises ( « Nul ennemi comme un frère » voir ICI ). Cette tragédie n’est que le début comme le raconte la deuxième époque couvrant les années1983 à 1986 et marquée par des vagues particulièrement meurtrières d’attentats terroristes sur le territoire français. La France paie le prix d’alliances hasardeuses et de trahisons sournoises au Moyen Orient et ses dirigeants aveuglés par les luttes de pouvoir sont incapables de faire front commun. Les personnages principaux du tome 1 continuent de vivre de l’intérieur tous ces évènements.

Le fils de Kellermann est parmi les victimes du Drakkar. Au père effondré succède rapidement le conseiller élyséen spécialiste du Liban fou de travail. Michel Nada, franco-libanais, poursuit son ascension politique au sein du RPR chiraquien. Son épouse Josiane est enceinte. Sandra Gagliago est enceinte et son compagnon Nicolas Caillaux commissaire à la section antiterroriste des RG constate impuissant la vague d’attentats sur le sol français alors que son travail consiste à prévoir et anticiper. Aux attentats, s’ajoutent les enlèvements de personnalités et journalistes français. Ils sont détenus par les chiites libanais avec parmi leurs geôliers, Abdul Rasool al-Amine. Zia al-Faqîh est active dans ces actions terroristes, la reconnaissance qu’elle reçoit se compte en coups et humiliations. Zia est une femme, tout comme Sandra qui reste dans l’ombre des juges antiterroristes. Le Hezbollah détient les otages français, mais quelle faction, quel groupuscule ? Qui donne les ordres, quelle tendance politique iranienne tire les ficelles ? Avec qui négocier une libération ? Quel rôle peut jouer la Syrie dans les négociations ? Le Liban est un imbroglio inaudible « dévasté par la guerre entre chrétiens, Palestiniens, musulmans, il est désormais la proie de violences intracommunautaires ». Les syriens et les israéliens gardent le doigt sur la gâchette.

En France, le journal télévisé annonce : « Aujourd’hui, … date … , les otages français détenus au Liban, Marcel Carton, Marcel Fontaine, Michel Seurat, Jean-Paul Kaufmann, et l’équipe d’Antenne 2, Philippe Rochot, Geaorges Hansen, Jean-Louis Normandin et Aurel Cornea n’ont toujours pas été libérés ».

Le lecteur doit être attentif, Frédéric Paulin offre au lecteur un récit détaillé sans indications temporelles précises, seulement des évènements de politique intérieure et internationale pour expliquer l’ambiance angoissante et incertaine de l’époque. Pour illustrer le quotidien, des refrains, Purple Rain, « Je rêvais d’une autre Terre … » ou L’Aziza, pendant ce temps Le Pen monte au front. Pas de chapitre, les faits s’enchainent, l’auteur fait un état des lieux complet de trois années de violences et d’incertitudes. C’est un travail journalistique pour raconter l’Histoire. Pour documenter cette reconstitution, des personnages fictifs, Nada, Kellermann, Sandra Gagliaco, Caillaux de la section antiterroriste des RG, bien insérés, bien à leur place auprès de figures au nom familier, Pasqua, Védrine sont de ceux-là au milieu de tout un aéropage dont la mémoire a retenu les bons mots « Terroriser les terroristes ». Au plus près du pouvoir, les dossiers compromettant n’épargnent aucun camp politique. Eurodif, Luchère ont un goût amère celui de l’argent puis celui du sang du crime d'État. La France est à feu et à sang, sous les bombes d’une mouvance terroriste impossible à identifier, seulement reliée au Moyen-Orient par des revendications floues. Comble de la complexité, Action Directe reprend périodiquement les armes. Comble de l’impuissance, les service secrets français perdent leur efficacité lorsque les politiques les impliquent dans d’inutiles combats. Le Rainbow Warrior a été coulé. Le commandant Dixneuf de la DGSE a été démissionné, la France est un peu plus aveugle au Moyen Orient. Difficile de ne pas faire un parallèle entre le destin de ce militaire d’action connaisseur du Liban avec celui de Tedj Benlazar et l’Algérie ( voir ICI ).

Ce deuxième tome sur l’Histoire libano-française moderne est d’une richesse exceptionnelle avec les faits, tous les faits, insérés dans un contexte le plus large possible. C’est aussi un récit militant avec par exemple la place réduite réservée aux femmes quel que soit le pays, la religion ou l’engagement. Frédéric Paulin cite Manchette « le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique sont les deux mâchoires du même piège à cons ». Le nom de famille Nada pour un personnage principal n’est certainement pas un hasard.

Frédéric PAULIN - Rares ceux qui échappèrent à la guerre . Parution le 27 février 2025, Éditions Agullo Noir . ISBN 9782382461297 .

Présentation éditeur : Beyrouth, 23 octobre 1983. Un attentat visant le poste Drakkar fait près de soixante victimes françaises parmi lesquelles pourrait se trouver le fils du diplomate Philippe Kellermann. La France, directement visée, est désormais en guerre et le commandant Dixneuf se retrouve en première ligne.

Entre Beyrouth et Téhéran, après plusieurs nouvelles tentatives déjouées, Abdul Rasool al-Amine et les chefs du Hezbollah décident de changer de tactique, inaugurant une crise des otages qui occupera le paysage médiatique français pendant tout le reste des années 1980.

Mais alors que le pays n’en finit pas d’être endeuillé et que le monde politique se déchire quant à la conduite à tenir, les attentats signés Action directe se multiplient à Paris et en province.

Deuxième partie de l’ambitieuse trilogie de Frédéric Paulin consacrée à la guerre du Liban, Rares ceux qui échappèrent à la guerre se concentre sur une période de 1983 à 1986, charnière du conflit. La France prend conscience, de la plus dure des manières, des dangers qui la menacent tandis que le Liban s’enfonce chaque jour un peu plus dans la guerre…

Bibliographie de Frédéric Paulin, autres lectures : voir ICI 

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Frédéric POTIER - La taupe de l'Élysée

1 Septembre 2025 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Roman historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Espionnage

Frédéric POTIER - La taupe de l'Élysée

Depuis 1953, la rumeur n’a fait qu’augmenter. La presse se fait ouvertement l’écho de secrets d’état auxquels le PCF aurait accès. Juillet 1954, Pierre Mendes-France tout nouveau président du Conseil, en prend conscience après que des décisions secrètes du Comité de défense nationale concernant la Guerre d’Indochine et engageant la sécurité nationale circulent dans la presse et au sein de l’opposition politique. Mettre un coup d’arrêt à ses fuites au plus haut sommet de l’état est la mission prioritaire confiée à la DST et à son directeur Roger Wybot. Wybot est un spécialiste du renseignement, il a acquis son expérience durant la seconde Guerre mondiale. C'est aussi un homme de confiance pour cette mission délicate, il va devoir entre autre enquêter sur son supérieur hiérarchique, le ministre de l’Intérieur. Ce ministre se nomme François Mitterrand.

L’affaire des fuites a vraiment existé. Pour la raconter Frédéric Pottier aurait pu choisir le roman noir avec en toile de fond une affaire d’espionnage et une possible trahison d’un haut fonctionnaire voire d’un membre du gouvernement de l’époque. L’auteur a opté pour le récit historique mais loin d’être magistral et encore moins austère, ce sont les personnages historiques eux-mêmes qui sont seuls mis en scène et le résultat est réussi comme un roman d’espionnage à la John le Carré et passionnant comme un épisode de la Guerre froide. Le récit est scindé en quatre parties, la première présente le contexte de l’époque et la mise en évidence de faits d’espionnage. Puis Wybot va traquer la taupe de l’Élysée, des dialogues animés, des interrogatoires, la recherche de micros, des arrestations, la deuxième partie est de loin la plus riche en suspense et rebondissements. Dans la troisième partie, l’enquête approche du but. La confusion et l’incertitude . L’auteur fait preuve de pédagogie. Il met en évidence ce qui a été rumeur et insiste sur les réelles conséquences nationales et internationales, enfin il décortique les conclusions qui ont permis de disculper des suspects ( parmi eux Mitterrand ) avant de mettre l’accent sur les accusés que la mémoire collective n’a pas forcément retenue. Puis il y a un procès au printemps 1956. J’ai beaucoup apprécié le regard porté sur cet épisode par une jeune journaliste de l’Express, Françoise Giroud.

En 1956 le verdict peut laisser sur sa faim avec des culpabilités limitées, des soupçons effacés, des condamnations légères et des retours en grâce. Mais espionnage et Guerre froide font bon ménage et provoquent un ultime rebondissement avec les révélations mises au grand jour lors de l’ouverture des archives services secrets des pays du bloc communiste.

Le travail de Frédéric Potier peut être qualifié de vulgarisateur. Son récit est vivant et agréable à lire et cela suppose bien sûr un véritable travail d’historien  pour rassembler les faits mais aussi une parfaite connaissance des personnalités de l’époque, qu’elles soient publiques ou politiques ou de l’ombre ( Roger Wybot par exemple ). Cela lui permet de les mettre en scène de manière crédible, de les faire vivre dans leur quotidien, de les faire réagir dans toute la diversité de leur personnalité.

Frédéric POTIER – La taupe de l’Élysée. Parution mai 2025, Éditions de l’aube. ISBN 9782815966528 .

Présentation éditeur : Juillet 1954. Le gouvernement de Pierre Mendès France fait face à une crise inédite: des informations sensibles auraient fuité du dernier conseil de défense, mettant ainsi en péril lopération militaire en Indochine et, plus généralement, la sécurité de l’État. Roger Wybot, directeur de la Surveillance du Territoire, est chargé de ­débusquer la taupe qui se terre à l’Élysée. Cest dans un contexte ultrasensible de paranoïa et de peur face à la montée du communisme que Wybot va traquer ce traître qui, selon certains, pourrait bien être le ministre de l’Intérieur lui-même, un certain François Mitterrand… Cette fiction, inspirée de faits réels, retrace l’histoire d’une affaire qui a secoué et passionné la France des années 1950, et marqué au fer rouge les personnalités qui y ont été mêlées.

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