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Didier DAENINCKX - Les maisons parachutées

22 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Roman historique

Didier DAENINCKX - Les maisons parachutées

Bien sûr Didier Daeninckx n’a jamais arrêté de nous donner des nouvelles et en 2024 il a  écrit le scénario d’une bande dessinée pour commémorer la panthéonisation de Missak Manouchian. Mais c’est quand même une immense joie de le retrouver auteur d’un roman paru début avril chez Gallimard dans « La Blanche » bien que ce soit un roman noir.

Avec Les Maisons parachutées Didier Daenincks fouille dans l’Histoire. Il cherche pour exhumer les faits oubliés à force d’être cachés. Cette fois il a choisi l’année 1952. Que s’est-il passé cette année-là ? Pour compliquer son travail l’auteur s’intéresse à une région pas banale, le Nivernais. Que s’est-il passé en 1952 dans les petites villes de Nevers, Imphy et Decize. Didier Daeninckx a sans doute consulté des piles entières de journaux, noté de multiples faits divers puis élargi son champ de recherches avant d’ordonner, de regrouper. Il a sans doute élagué, imaginé aussi tout en restant dans le plausible. Il ne se contente pas d’évoquer, il sait quand il faut insister et surtout ne pas simplifier comme dans une investigation journalistique mais pour transmettre ses informations il choisit d’en faire le récit à la manière d’une enquête minutieuse d’un flic ordinaire. Le résultat est un formidable roman noir historique : Didier Daeninckx est un raconteur d’histoires hors pair.

Début de l’été 1952 alors que Nevers est dans l’effervescence des préparatifs de l’arrivée d’une étape du Tour de France, l’inspecteur Philippe Orbec se voit confier une enquête dont il se serait bien passé . Trois cadavres ont été exhumés lors de travaux dans une ferme isolée près d’Imphy. Tout le dérange, le déstabilise et l’inquiète dans cette enquête. Le lieu tout d’abord, c’est tout près de l’endroit où son père est décédé à la Libération dans des circonstances qu’il n’a jamais voulu éclaircir.  Et puis l’assassinat des trois inconnus n’est pas banal, une exécution, une balle dans la tête les mains attachées dans le dos avec du fil de fer.

Orbec n’a qu’un indice, une mystérieuse inscription sur un bracelet porté par une des victimes et une date approximative pour leur exécution, entre 1946 et 1948 d’après le légiste. A l’époque la presse locale a-t-elle parlé de ces trois disparitions ? Orbec lit et relit les journaux de l’époque, épluche les rapports de police. Il découvre les blessures de l’épuration et en profite pour reconstituer une partie du drame vécu par sa famille qu’il a jusqu’à maintenant laissé dans le brouillard. L’inscription sur le bracelet l’oriente vers les rescapés des camps de concentration. Les horreurs du camp de Mauthausen lui sont racontées. Il questionne d’anciens résistants, son regard se porte sur les luttes ouvrières menées dans l’aciérie toute proche d’Imphy et sur les pollutions au voisinage de l'usine chimique Lambiotte à Prémery.

Pour les besoins de son enquête l’inspecteur Orbec voyage beaucoup. Sur la route de Charentes il passe par Déols où des milliers de soldats américains construisent un gigantesque camp militaire. En Val de Seine à Bolbec, l’industrie textile est à son apogée. Pendant ce temps Gabin passe au cinéma, Jack Ralite est chauffeur et dans la banlieue parisienne industrieuse, le PCF procède à des purges.  Rien n’échappe au regard averti de Didier Daeninckx, l’année 1952 se dévoile, série de photos sépias, certaines regardées avec nostalgie, d’autres avec surprise.

Didier Daeninckx ne perd pas de vue ses intrigues, les trois inconnus exécutés et la mort suspecte du père de l’inspecteur Orbec. Ce dernier découvre que dans l’enfer de Mauthausen de la fausse monnaie a été fabriquée, des sommes astronomiques destinées à asphyxier l’économie anglaise et américaine. Ce trésor du Reich a dû attiser bien des convoitises ! Il reçoit les confidences d’un responsable de la Banque de France et d’un chercheur du CNRS. Il retrouve la trace de criminels nazis et découvre des savants allemands ayant travaillé pour l'armée allemande avant d'être réquisitionnés par les industriels français. Didier Daeninckx n’a pas son pareil pour raconter la petite et la grande Histoire sans occulter le passé qui ne passe pas.

Didier DAENINCKX – Les maisons parachutées . Parution le 2 avril 2026, collection Blanche des Éditions Gallimard. ISBN 9782073032218.

Présentation éditeur : En 1952, à Nevers, l'inspecteur Philippe Orbec est chargé d'une enquête qui concerne trois cadavres retrouvés dans un chantier de reconstruction. Orbec, fils d'un policier injustement abattu par la Résistance, va suivre le fil de son enquête, qui le mènera à Mauthausen, ou plus exactement à Redl-Zipf, une annexe du camp d'extermination par le travail. Les trois hommes, liés à des faussaires de grand talent, ont côtoyé à Redl-Zipf un commando juif très spécial, dont le travail consistait à fabriquer de faux billets américains et anglais destinés à déstabiliser les économies alliées. Une partie de ces billets ont circulé en France après la Libération, et Orbec se demande s'ils n'ont pas été détournés par des pseudo-résistants qui ont à cette occasion amassé des fortunes et bâti de belles résidences surnommées depuis "les maisons parachutées". Ce roman de Didier Daeninckx, formidablement documenté et en partie inspiré de l'histoire de sa famille, éclaire d'un jour singulier des opérations secrètes menées par les nazis à partir de camps de concentration et certains aspects méconnus de l'immédiate après-guerre, comme le rôle des savants du IIIème Reich dans la reconstruction de l'aviation et dans le développement de la balistique et du nucléaire.

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Pierre OLIVIER - Gestapo Berger

9 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Espionnage, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Pierre OLIVIER  -  Gestapo Berger

L’auteur Pierre Olivier s’est inscrit dans ma mémoire dès lors qu’il a été le lauréat en 2023 du Prix du roman d’espionnage décerné par l’Amicale des anciens des services spéciaux de la Défense nationale et les Éditions Konfident, pour son excellent roman « Lorsque tous trahiront » ( voir ICI ) avec un personnage principal détestable au possible, ex-lieutenant de la LVF ayant combattu à la fin de la seconde Guerre mondiale sur le front de l’Est aux côtés des nazis avant de rejoindre tout le gratin des collabos français réfugiés dans le Sud de l’Allemagne dans les environs de Sigmaringen. La fin de ce premier opus entrouvrait la porte vers une suite qui vient d’arriver avec un titre énigmatique.

Le lecteur retrouve ce lieutenant ( son nom n’est toujours pas dévoilé ) aux arrêts. Il ne nie rien de son passé, hors de question qu’il trahisse sa haine du communisme. Le contre-espionnage de la 1ère Armée française l’interroge d’abord à Lindau près du lieu de son arrestation puis à Wildbad non loin de Baden-Baden où le QG de la Zone d’Occupation Française a ses quartiers. Finalement le lieutenant s’en sort bien, la vie à Wildbad n’est pas désagréable entre interrogatoires, classements d’archives et traductions jusqu’à ce qu’un certain capitaine Dumont lui propose une bien curieuse mission qu’il ne peut qu’accepter puisqu’elle lui permet d’échapper à une justice française particulièrement sévère envers les collabos à la fin de l’été 1945.

Notre lieutenant collabo participe à la traque d’un criminel nazi nommé Friedrich Berger, agent allemand de sinistre réputation ayant dirigé l’officine gestapiste de la rue de la Pompe à Paris. Berger est en fuite en Italie, sans doute aux mains des anglais. Le lieutenant et son équipe, depuis Milan, montent une opération destinée à attirer Berger dans un piège et le capturer.

Pierre Olivier n’a pas son pareil pour construire des ambiances. Dans le Milan d’après-guerre parfaitement reconstitué, le lieutenant est au travail, s’invente une légende, manipule des connaissances que Berger ne manquera pas d’écouter. Il faut faire preuve de patience, apprivoiser le temps pendant presque un an avec des filatures incertaines, des planques interminables qui ne donnent rien, infiltrer, toucher au but et puis un grain de sable fait tout échouer. Il faut repartir de zéro. J’ai été totalement absorbé par ce récit savoureux où se mêlent espions et gangsters, fiction et Histoire. C’est complexe, il faut être attentif, le lecteur est mis à contribution mais quel régal ! J’ai repéré des changements dans l’état d’esprit du lieutenant. Il s’investit totalement dans SA mission pour SON service comme s’il avait oublié son passé et ses combats d’autrefois.

Le lieutenant est devenu un agent respecté du contre-espionnage français. Une nouvelle ambiance s’installe en même temps qu’un nouveau conflit se profile. La guerre froide commence, l’ennemi n’est plus le même. De nouvelles alliances se font, des rapprochements inattendus s’opèrent. Une nouvelle histoire se profile pour notre lieutenant, une autre aventure commence avec une nouvelle frontière celle tracée par le rideau de fer, Il n’en a pas fini avec Berger même si son passé de gestapiste criminel est peu à peu oublié. Il y aura une suite, dans une autre ambiance, c’est une confidence de Pierre Olivier à la fin de ce deuxième tome. C’est une excellente nouvelle pour les lecteurs qui aiment l’espionnage à la manière de John Le Carré. Le renseignement humain a été supplanté par le renseignement technologique et ne laisse pas beaucoup de place au romanesque qui s’est donc emparé des exploits militaires de services action

Pierre OLIVIER – Gestapo Berger . Parution le 12 mars 2026, Éditions Konfident. ISBN 9782493837097 .

Présentation éditeur : Friedrich Berger : le chef de la Gestapo de la rue de la Pompe, à Paris, pendant l'Occupation.
Friedrich Berger : le responsable du massacre de la cascade du Bois de Boulogne.
Friedrich Berger, le pire des criminels de guerre recherchés par les autorités françaises, a disparu. On a perdu sa trace à Milan en 1945.

Pour le retrouver, le service de contre-espionnage est résolu à tout tenter. Et pour pénétrer les filières d'évasion mises sur pied par le Vatican afin de venir en aide aux nazis, quoi de mieux qu'un collabo, ancien sous-lieutenant sur le front de l'Est, désireux de se racheter une conduite?

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Frank GOLDAMMER - Mille diables

6 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Polar historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Frank GOLDAMMER - Mille diables

Le capitaine Max Heller de la criminelle de Dresde à la fin de la seconde Guerre mondiale est-il en passe de devenir le flic d’un polar historique de série de l’autre côté du rideau de fer ? Cela y ressemble. « Mille diables » fait suite à « L’épouvantail de Dresde » ( voir ICI ). Je peux pas m’empêcher de penser que le véritable déclanchement de l’Histoire de Dresde pendant la Guerre froide s’est produit lors du bombardement de la ville par les alliés occidentaux. Relativement épargnée jusqu’alors, Dresde a pour ainsi dire été rasée en trois jours, du 13 au 15 février 1945. Quelques semaines après, la dictature nazie est remplacée par celle de l’Armée rouge.

Dans ce deuxième roman, Frank Goldammer s’attache avec beaucoup de soins à reconstituer les changements administratifs et politiques imposés par l’occupant soviétique dans cette parte de l’Allemagne qui n’est pas encore la RDA mais seulement une Zone d’Occupation où les soviétiques règnent en maître et imposent le SED ( pour simplifier ce sont les communistes allemands ). L’auteur réussit d’une belle manière sa reconstitution historique et j’ai très apprécié l’assemblage du puzzle qui progressivement dévoile le visage de ce que sera la RDA en octobre 1949. Les changements administratifs sont expliqués et s’accompagnent de la prise en compte des mentalités, domination sans scrupules du côté soviétiques avec des services secrets dont l’action ne diffère pas fondamentalement de la Gestapo, et de l’autre le sentiment de culpabilité d’un peuple allemand désorienté, de nouveau victime d’une dictature provoquée par celle qu’il n’a pas vu venir suite à son vote de 1933.

Parlons un peu de l’intrigue de ce roman et de l’enquête menée par Max Heller dans le froid polaire de février 1947. L’inspecteur n’a pas la tache facile puisque la victime est un militaire soviétique qui a été poignardé sans doute avec une baïonnette. C’est le deuxième officier russe assassiné en quelques jours et il n’y aura pas d’enquête puisque le MVD du colonel Ovtcharov ( police secrète du ministère de l’intérieur de L’URSS ) en a décidé ainsi. Max Heller est opiniâtre et n’abandonne pas ses recherches avec comme point de départ une tête coupée retrouvée dans un sac et qui va l’emmener dans des cabarets louches réservés aux soviétiques et auprès de malheureux orphelins livrés à eux-mêmes. Ce volet polar du roman ne m’a pas totalement convaincu avec des situations et certains personnages rencontrés pas très crédibles. Je me demande si une énigme simple et classique n’aurait pas mieux mis en valeur la reconstitution historique et permis d’enrichir la relation d’Heller avec le Général de division Medvedev. Même si c’est un détail, la traduction est parfois hésitante. Medvedev ( est le général qui ) commande le SMAD de Dresde ( administration militaire soviétique ) et cela ne lui donne pas le grade de Commandant qui lui est parfois attribué. Il est Général ( certes commandant le SMAD ) et le reste depuis le tome 1 où il entre en scène.

« Mille diables » renferme quelques défauts de jeunesse. En langue allemande pas moins de huit romans sont consacrés à Max Heller et je reste curieux à l’idée de découvrir la RDA dont l’Histoire doit bien cacher des noirs secrets. Et puis il y a des jalons laissés par Frank Goldammer qui marquent des pistes à approfondir comme celle des deux fils de Max et de son épouse Karin. Le premier Karl vient de rentrer à Dresde après avoir été prisonnier en URSS et le second Erwin vit à l’Ouest, à Cologne après avoir été libéré par les occidentaux. Tout cela est prometteur et à surveiller, le Masque a toujours caché de bons polars.

Frank GOLDAMMER – Mille diables . Titre original « Tausend Teufel » ( Allemagne 2017 ) traduit de l’allemand par Justine Coquel pour les Éditions du Masque. Parution 14 janvier 2026, ISBN 9782702451144.

Présentation éditeur : Dresde, février 1947. Située dans la zone d’occupation soviétique, la ville n’est qu’un désert de ruines. Au coeur de l’hiver glacial, la vie est rythmée par la maladie et la faim.

Un matin, un homme est retrouvé mort sur les rives de l’Elbe. La victime semble être un soldat de l’Armée rouge, et avant que l’inspecteur Max Heller ne puisse réagir, les militaires russes saisissent le cadavre et lui interdisent de s’en approcher. Il ne reste qu’une mare de sang sur la neige et un sac à dos abandonné. À l’intérieur, l’inspecteur y découvre une tête humaine.

Commence alors pour Heller une enquête éreintante, constamment aux prises avec sa hiérarchie soumise à la pression politique. Malgré le peu de moyens à sa disposition, malgré la population qui se renferme sur elle-même pour survivre, parviendra-t-il à remonter la piste de l’homme décapité ?

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Marin LEDUN - Eiao

2 Avril 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir

Marin LEDUN  -  Eiao

La dernière phrase du roman Henua ( Série Noire – Marin Ledun - voir ICI ) retranscrit une pensée de Tepano Morel pour sa mère : « Morel … se dit que si seulement il le lui avait demandé, Simone Hauata lui aurait peut-être raconté son histoire ». Cette histoire se déroule en partie sur la petite île d’Eiao où Simone alors âgée de 19 ans a été employée comme cuisinière pour l’Arvecom. Nous sommes en juillet 1972, un détachement d’une centaine de personnes, des militaires, des ingénieures venus de métropole et des ouvriers polynésiens sont envoyés sur l’île déserte d’Eiao située à une centaine de kilomètres de Nuku Hiva pour y effectuer des forages miniers bien que l’île soit protégée par l’Unesco pour la richesse de ses habitats naturels. C’est la première fois que la jeune Simone quitte son île natale et ses parents mais c’est aussi sa première chance, son premier emploi son premier salaire et l’inconnu qui s’ouvre devant elle est vite submergé par l’insouciance.  

Simone n’a d’yeux que pour Tahi, un manœuvre. Ils vont s’aimer, en secret. Tout est secret sur Eiao. Un secret atomique. Tout est mensonge sur Eiao, les forages n’ont rien de miniers, ils sont effectués « en vue d’y planter des graines atomiques souterraines » comme à Mururoa et Fangatofa. Simone peine à croire les confidences de Tahi, il raconte et le lecteur (re)découvre l’Histoire des essais nucléaires militaires menés par la France dans le Pacifique. Pour Tahi il n’y a rien de pacifique dans ces essais criminels qui marque d’une nouvelle empreinte tragique le destin colonial et la lente extermination physique, sociale et culturelle de son peuple. Il y a beaucoup de rage dans son constat, l’envi de dénoncer et de résister.

Simone prend conscience des violences du passé, des magouilles et des mensonges du présent et des nuages ( atomiques ) qui menacent le futur. Peu à peu elle épouse la cause de Tahi, entre en résistance et mène des actions clandestines, à son modeste niveau. Elle fait passer en cachette des lettres dénonçant ce qui se prépare en secret à Eiao. Simone résiste pacifiquement alors que Tahi se montre plus radical. Mais il ne s’agit que de luttes illusoires, sans perspective de victoire. Quel scandale que l’Histoire coloniale ! Quelle désillusion et quel gâchis humain racontés par Marin Ledun dans un roman court  dont l’excellence réside dans son écriture tantôt douce comme l’amour entre Simone et Tahi, tantôt âpre comme la vérité noire que recèle l’Histoire.

Eiao  -  Marin Ledun . Parution le 9 janvier 2026, Éditions Au vent des îles ( Tahiti, Polynésie française ). ISBN 9782367346540.

Présentation éditeur : En Polynésie, dans les années 1970, la France mène des essais nucléaires qui meurtrissent la région et mettent en danger ses habitants ainsi que sa faune et sa flore. Quand elle arrive à Eiao en 1972, à 19 ans, Simone pense avoir été embauchée par une compagnie de forage minier, mais l’Arvecom semble cacher ses véritables intentions… Au contact d’autres employés et du mystérieux Tahi, elle s’engage dans une lutte qui la dépasse.                                                    En explorant les îles des Marquises et la jeunesse de la mère du futur lieutenant Morel de son roman Henua, Marin Ledun plonge dans un passé tourmenté et tumultueux, et nous entraîne dans une histoire d’amour radioactive.

Site internet de l’éditeur Au vent des îles : https://auventdesiles.pf/

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Vincent EJARQUE au Festival Quais du Polar

24 Mars 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #roman noir, #Roman historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Bibliographies - Actualités littéraires

Vincent EJARQUE au Festival Quais du Polar

Début avril les best-sellers polars sont à l’honneur. Avec le festival Quai du Polar ( la 22ème édition ouvre ses portes du 3 au 5 avril ) les lecteurs deviennent des fans et peuvent rencontrer des stars internationales et obtenir des autographes ( dédicaces en littérature ) en contrepartie parfois de longues attentes que je n’ai jamais trouvées lassantes car elles permettent d’échanger entre lecteurs passionnés.

Le programme de Quais du Polar est toujours d’une richesse inouïe. Cette année plus de 130 auteurs venus de 4 continents ont été invités pour parler bien sûr polar mais il sera aussi question d’Histoire ( programmation complète ICI ). Il faut prendre le temps de flâner et de fouiller, c’est un plaisir que les lecteurs adorent, ils auraient tort de s’en priver. A Quais du Polar il y en a forcément un livre à dénicher et un auteur à découvrir.

Attardons nous sur Vincent Ejarque publié par Nouveau Monde Éditions dans la jeune collection « Sang-froid » ( elle doit avoir juste 3 ans si je me souviens bien ). « Sang-froid » propose des romans de qualité dans des genres variés et mêlés ( polar, espionnage, Histoire ), des titres récents ou anciens, parfois inédits, le tout au format poche ( ce qui implique un prix modique ) et avec une belle chartre graphique facilement repérable ( site internet de Nouveau Monde éditions ICI ).

Deux romans de Vincent Ejarque figurent au catalogue « Sang-froid ». Le premier intitulé « Un sang d’encre » a été le lauréat 2024 du Prix du Roman Noir Historique attribué dans le cadre des réputés Rendez-Vous de l’Histoire de Blois. Ce roman noir historique mélange les genres. C’est un polar ( présentement un journaliste enquête ) teinté d’Histoire ( en l’occurrence celle des années 1980 avec les conséquences toujours perceptibles de la Guerre d’Algérie ) avec une forte connotation sociale et politique. L’auteur réussit la délicate alchimie de ces thématiques variées.

Le second a pour titre « Les spectres d’Alger » et vient de paraître ( le 11 mars 2026 ). Il raconte les derniers mois de la Guerre d’Algérie, récit d’un conflit qui s’achève dans le chaos, dans la clandestinité pour ceux qui ont une ultime mission à accomplir ou des comptes à régler et parfois même dans le banditisme pour les sans foi ni loi. Alger est un personnage à part entière de ce roman qui mêle amour et violence.

Des liens relient les deux romans de Vincent Ejarque. Tout d’abord c’est écrit avec dextérité. Style fluide, atmosphères d’époque bien reconstituées et intrigues efficaces rendent la lecture addictive. La continuité historique constitue également un fil solide et apporte de la cohérence à l’ensemble ce qui m’incite à conseiller d’acheter ces deux romans et de lire en premier « Les spectres d’Alger »

Vincent Éjarque – Les spectres d’Alger . Parution le 11 mars 2026, Nouveau Monde Éditions. 488 pages, 10.90 €. ISBN 9782380947915.

Vincent Éjarque – Un sang d’encre . Parution avril 2025, Nouveau Monde Éditions. 416 pages, 10.50 €. ISBN 9782380946789.

Mes chroniques détaillées des romans de Vincent Éjarque : voir ICI  et  .

Vincent EJARQUE au Festival Quais du Polar
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L’essor du renseignement moderne : une histoire mondiale de l’espionnage

19 Mars 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Livres d'histoire, #Espionnage

L’essor du renseignement moderne : une histoire mondiale de l’espionnage

J’en suis venu à m’intéresser à l’espionnage grâce au roman. John Le Carré y est pour beaucoup mais des auteurs de mauvais genres y ont aussi contribué, Serge Laforest, plus récemment Tom Clancy en passant par Jean Bruce dont le nom est moins connu que celui de son héros OSS 117.

Revenons à la réalité et à l’Histoire de l’espionnage racontée par Sébastien-Yves Laurent, Peter Jackson ( il est écossais ) et Boris Delagenière. Le terme raconté n’est pas usurpé. Les parcours universitaires du trio d’auteurs pourraient impliquer un exposé magistral et austère. Il n’en est rien, sans trop de détails mais avec l’essentiel, sans notes de bas de pages, la rédaction est simple, directe et abordable. Prenons comme exemple le chapitre 5 - « La Grande Guerre et la naissance du renseignement moderne  », il y règne un air d’aventure et d’action avec des expressions qui ne trompent pas, les deux camps, la course vers la mer, recevoir l’ordre et prendre pour cible, s’ajoutent les références à des personnages entrés dans l’imaginaire populaire, Mata Hari et Marthe Richard en tête, et un soucis de simplicité dans le choix d’un vocabulaire propre à la vulgarisation.

Cet ouvrage commence par d’indispensables définitions. J’ai noté qu’à côté du renseignement externe pour appuyer les politiques économiques, extérieures et de défense d’un État, les auteurs n’occultaient pas la surveillance intérieure qui si elle  a pour but de protéger la sécurité et l’intégrité de L’État, peut aussi avoir pour but de réprimer l’opposition à un régime. Cette dernière utilisation des renseignements est constamment et largement présente depuis l’antiquité. Le passé lointain n’est pas survolé, c’est un point fort de cet ouvrage que d’y consacrer trois chapitres entiers où le lecteur croise Moïse, Alexandre et Marco Polo avant de côtoyer les « comités de sûreté » nés de la Révolution française. Les auteurs situent la naissance du renseignement moderne consécutivement à la La Grande Guerre. A la fin, la table des matière reprend le plan détaillé de cet historique, Elle permettra à l’avenir de s’y référer pour retrouver en un clin d’œil  une époque, de trouver la situation dans une grande puissance à un moment donné ou d’approfondir un contexte particulier, contexte colonial par exemple. Trois longs chapitres sont consacrés à la guerre froide, âge d’or de l’espionnage dont s’est largement inspirée la littérature populaire. Les derniers sujets abordés mettent en avant l’importance croissante du renseignement économique et une collecte par des moyens de plus en plus technologiques.

Chaque chapitre ( il y en a 12 au total ) s’achève par une conclusion utile pour synthétiser mais aussi pour introduire la suite. L’ouvrage a tout pour être une référence et pour à l’avenir y revenir et s’y référer. Je termine par un petit conseil pratique : photocopiez ou détachez les 4 pages listant les sigles et abréviations pour les garder à l’œil en permanence et rendre votre lecture plus fluide et agréable.

L’essor du renseignement moderne : une histoire mondiale de l’espionnage ( ouvrage collectif ). Nouveau monde Éditions et Ministère des Armées. Parution octobre 2025. ISBN 9782380946970 .

Présentation éditeur : Recrutements d’espions à l’étranger, campagnes de désinformation sur les réseaux, exécutions extrajudiciaires, agences techniques procédant à des écoutes dans le monde entier : les déclinaisons du renseignement se multiplient. Ce livre explore les origines du renseignement moderne. Il retrace une histoire mondiale allant de l’Antiquité à nos jours, mettant en exergue les pratiques de l’espionnage, puis leur progressive institutionnalisation, mais aussi les hommes et les femmes qui ont mis en œuvre ces activités singulières. En s’appuyant sur des archives anciennes et contemporaines ainsi que sur une abondante documentation, les auteurs donnent à voir ce qu’a été le renseignement dans la très longue durée, dans une écriture qui conduit jusqu’au temps présent.

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Gwenaël BULTEAU - Maudite soit la guerre

12 Mars 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #Polar historique, #roman noir, #Espionnage

Gwenaël  BULTEAU - Maudite soit la guerre

Gwenaël Bulteau continue d’explorer la France au tournant des 19 et 20èmes siècles, il a parlé des relations sociales du monde ouvrier alors que s’affirme l’ère industrielle et dénoncé les conquêtes coloniales sanglantes. Son premier roman insistait sur les traumatismes de la défaite française dans la guerre de 1870 contre la coalition d’États allemands dirigée par la Prusse.

Voir ICI mes chroniques de lecture des trois premiers romans historiques et sociaux de Gwenaël Bulteau.

Ce quatrième roman de Gwenaël Bulteau se passe pendant la Première Guerre mondiale et il imagine les interactions entre communautés françaises, d’un côté le monde des partisans de la guerre qu’ils soient sur le front ou à l’arrière et de l’autre ceux qui refusent le soutien et la participation aux combats. La galerie de personnages qu’il met en scène raconte la coexistence quasi-impossible de ces deux mondes. Maudite soit la guerre qui tue et divise !

Les familles parisiennes Dorgel et Guynemer sont d’apparence identique. Les pères combattent sur le front, les mères tentent de subvenir aux besoins de leurs enfants alors que tout est rationné. Maxence sera bientôt en âge d’être mobilisé, moment qu’il attend avec impatience et fierté pour suivre les traces de son héros de père. Maxence Dorgel et Jeanne Guynemer s’aiment et vivent leur vie, lui n’hésite pas à commettre des larcins entraîné par un ami, Jeanne refuse la place qui lui a été assignée et s’essaie dans le monde du théâtre.

Paris, début 1917. Un meurtre a été commis. Philippe Ménard un parfait inconnu a été tué d’une balle dans la modeste chambre où il vivait en solitaire. L’expérimenté commissaire Soubielle enquête aidé de l’inspecteur Delmas. Il n’y a pas mieux que les recherches de la Brigade criminelle pour faire découvrir au lecteur un pays en guerre et pour rencontrer des êtres qui aiment, détestent, acceptent ou refusent.

Le commissaire Soubielle est un personnage lisse qui accomplit son travail de flic sans prendre parti. Son passé lui appartient, son présent consiste à enquêter sur la mort de Ménard, accessoirement à traquer les espions, les déserteurs et les réfractaires. C’est avec lui et avec les familles de Jeanne et Maxence que le lecteur croise des soldats fiers de combattre, en permission l’entraide qui règne dans les tranchées vient à leur manquer. D’autres soldats désertent. Des jeunes refusent la conscription d’autres sont fiers de partir au front. Les femmes assurent le travail des hommes notamment dans les usines d’armement. Des gens dénoncent les hommes qui ne sont pas au combat, d’autres les aident. Toute personne à l’arrière vit dans la peur d’apprendre qu’un proche ne revienne pas ou soit mutilé. La haine des allemands est omniprésente y compris vis-à-vis des français qui ont de la famille en Alsace-Lorraine annexée depuis 1871. Gwenaël Bulteau mêle avec lucidité ce chaos de souffrances qui entraînent d’autres souffrances et d’autres morts. J’ai été impressionné par son style d’une parfaite fluidité et sa rigueur que ce soit dans la construction psychologie de ses personnages, la justesse historique, le respect des codes du polar avec ses impasses et ses rebondissements et le dynamisme des scènes d’action liées à la traque d’un espion allemand.

Gwenaël BULTEAU – Maudite soit la guerre . Parution le 5 mars 2026, Éditions La manufacture de livres. ISBN 9782385533113.

Présentation éditeur : 1917. La Grande Guerre a transformé Paris. Les Poilus en permission hantent les rues tandis que les femmes sont mobilisées pour faire fonctionner l’économie du pays. Sentiments patriotiques, peur des espions allemands et traque des déserteurs agitent la ville.
Jeanne, jeune actrice, rêve de scène et d’évasion. Elle aime Maxence, apprenti aux Halles, impatient d’être mobilisé pour accomplir son devoir tout en suivant les traces de son père.
Quand un meurtre frappe leur quartier, le commissaire Soubielle commence à enquêter dans le voisinage. Ce qu’il va découvrir dépasse le banal fait divers : entre secrets de familles enfouis et loyautés déchirées, c’est le poids d’une époque où chaque choix peut dissimuler une trahison. 

Gwenaël Bulteau nous plonge dans une fresque familiale et policière au cœur d’un Paris méconnu et à bout de souffle. Avec Maudite soit la guerre, il confirme une fois de plus son talent pour raconter les tourments humains dans les zones d’ombre de l’Histoire, là où le destin des hommes vacille.

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Romain SLOCOMBE - Les revenants de l'inspecteur Sadorski

20 Février 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #histoire des 19 et 20èmes siècles, #roman noir, #Roman historique

Romain SLOCOMBE - Les revenants de l'inspecteur Sadorski

Inutile de présenter Sadorski, après sept récits dont il est le héros ( huit si on compte le roman épistolaire « Monsieur le Commandant » dans lequel il est évoqué ). Avec Sadorski employer le mot « héros » peut prêter à confusion tellement l’individu est détestable. Il faut reconnaître à Romain Slocombe le mérite d’avoir inventé ce personnage qui rassemble toute les facettes du mal de ceux qui ont collaboré avec l’occupant nazi durant la seconde Guerre mondiale. Il y a donc eu de nombreux Sadorski. Dans « Les revenants de l’inspecteur Sadorski », l’ex inspecteur principal adjoint aux renseignements généraux dans un triste Rayon chargé de traquer les juifs et les terroristes, reste dans son rôle de salaud. Pour échapper à l’épuration il est devenu Jules Réquillard et se dissimule parmi les résistants de la dernière heure.

Chaque récit mettant en scène Sadorski est une prouesse historique. Romain Slocombe a réalisé en amont un travail d’investigations en fouillant les archives administratives, rassemblant les journaux de l’époque pour raconter l’Histoire tout en s’attachant à reconstituer le quotidien des parisiens victimes des privations et vivant sous la menace de l’occupant nazi et des salauds comme Sadorski. Dans chaque opus, Romain Slocombe sait se renouveler alliant soucis du détail et contexte historique connu ou plus rarement évoqué dans la littérature noire.

Les revenants de l’inspecteur Sadorski sont les rescapés du STO et les presque mourants et traumatisés à jamais, libérés des camps de concentration et d’exterminations. Nous sommes en mai 1945, la Paix est revenue mais l’épisode nazi n’en finit pas de dévoiler ses horreurs. C’est la première thématique ( et la première partie ) de ce roman habilement insérée et détaillée par l’auteur dans le quotidien des parisiens encore profondément affecté par les privations. Sadorski/Réquillard est gagné par une peur panique de voir parmi les revenants quelqu’un qu’il aurait arrêté et fait déporter. Tout ce qu’il bâtit méthodiquement pour échapper à l’épuration serait alors anéanti. La peur n’évite pas le calcul chez Sadorski le profiteur, il a aussi le secret espoir de voir revenir la jeune et belle Julie.

Sadorski et sa femme Yvette vivent dans une quasi clandestinité et ont besoin d’argent. Alors l’ex flic devient une sorte de détective privé, embauché par Jaakov Avivsohn, un juif chargé par de riches familles de retrouver des œuvres d’art spoliées par les nazis lors de véritables razzias au profit du Reich ou de dignitaires comme Goering. Dans ce contexte, marchands d’art, galeristes, experts, commissaires-priseurs peu scrupuleux ont détourné à leurs profits des valeurs considérables notamment les oeuvres dites dégénérées, confisquées pour être détruites par les nazis. C’est cet épisode que Romain Slocombe raconte de manière érudite et accessible et bien sûr le salaud Sadorski y voit le moyen de se faire beaucoup de fric, un dernier gros coup qui lui permettrait une fois riche de fuir la France où il a été condamné à mort par contumace.

Romain SLOCOMBE – Les revenants de l’inspecteur Sadorski. Parution le 4 septembre 2025, Éditions Robert Laffont, collection La Bête noire. ISBN 978221280171 .

Présentation éditeur : France, mai 1945 : la paix en Europe est sur le point d'être signée. Libérés en même temps que nos prisonniers de 40, les déportés survivants reviennent des camps d'extermination. N'étant pas des porteurs de bonnes nouvelles, ils sont accueillis en conséquence, c'est-à-dire mal.
L'ex-inspecteur Sadorski, révoqué de la police nationale et recherché, se cache avec sa femme Yvette sous un faux nom. Un revenant totalement inattendu débarque chez eux. Sa visite annonce le début de nouveaux ennuis ; et menace la carrière d'un Sadorski devenu " détective d'art ", au service d'un Polonais exilé aux États-Unis dont la mission à Paris est de traquer les chefs-d'œuvre spoliés des collections juives.
Les cadavres ne vont pas tarder à s'accumuler, dans cette peinture au vitriol de l'immédiat après-guerre et des profiteurs les plus éhontés de la collaboration.

Romain SLOCOMBE, bibliographie série Sadorski, autres chroniques de lecture : voir ICI

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Frédéric PAULIN - Que s'obscurcissent le soleil et la lumière

9 Février 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #roman noir, #Roman historique, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Frédéric PAULIN - Que s'obscurcissent le soleil et la lumière

Le dernier volet de la trilogie libanaise commence le 17 septembre 1986, jour de l’attentat de la rue de Rennes. Chirac est le Premier Ministre gaulliste d’un président socialiste mais rien ne change les terroristes n’ont pas été terrorisés, les otages français sont toujours détenus à Beyrouth et les manifestants descendent dans les rues de France. Cela sent la tragédie. Pendant ce temps, le Liban n’en finit pas de sombrer dans la guerre civile intercommunautaire. La France pensait régler ce conflit à la manière de l’ancienne puissance coloniale qu’elle a été mais les palabres politiques franco-français n’ont fait que l’impliquer de plus en plus dans une violence aux revendications incertaines avec un flou entretenu par les autorités. La violence de groupuscules est-elle plus acceptable que la violence d’un État, Syrie ou Iran ?

Les acteurs principaux de cette tragédie ont pour nom Sandra, Dixneuf, Caillaux, Nada, Zia, Kellermann, Abdul Rasool al-Amine ; Ils aiment, souffrent, doutent, luttent. Les personnages secondaires s’appellent Mitterrand, Chirac, Pasqua, Marchiani, Boulouque. Ils sont nombreux, garants de la raison d’État mais impuissants face à Khomeini ou Hafez el-Hassad, faisant fi du travail des spécialistes qu’ils ont eux-mêmes mis en place : conseillers, négociateurs, 14ème section antiterroriste du parquet de Paris et services de Police.

Frédéric Paulin sait raconter l’Histoire, les faits incontournables. Le romanesque et la fiction lui permettent d’analyser et de donner avec du recul des éléments de compréhension et de souligner les conséquences humaines. L’Histoire n’est pas modifiée, elle est présentée de manière globale pour faire ressortir la vérité parfois dissimulée et des répercussions oubliées.

Comme dans le tome 1, plus que dans le tome 2, le Liban est au cœur du tome 3. La guerre est devenue intracommunautaire avec la Syrie envahisseur et l’Iran manipulateur. La France en tire une victoire de façade, ses otages sont libérés mais au prix de compromissions et d’un aveuglement qui ne pourra empêcher la guerre ouverte entre chrétiens dont elle revendiquait le soutient . La fiction fait écho à ce gâchis, le lecteur voit les personnages fictifs perdre leurs illusions et sombrer, emportés par le suicide ou gagnés par la vengeance. Les femmes libanaises chiites deviennent des êtres de second rang.

Le polar peut-être historique, il peut analyser un contexte politique et social. Il est alors roman noir historique. Cette trilogie libanaise de Frédéric Paulin en est un parfait exemple en même temps qu’une littérature de grande qualité.

Frédéric PAULIN – Que s’obscurcissent le soleil et la lumière. Parution le 11 septembre 2025, Éditions Agullo. ISBN 9782382461372.

Présentation éditeur : Fin d’année 1986, Paris est à feu et à sang. Il faut alors trouver rapidement un coupable pour calmer l’opinion publique. La piste Abdallah, bien que hautement improbable, est choisie, car la raison d’État prévaut souvent sur la vérité, comme le commissaire Caillaux ne le sait que trop bien. À l’international, Michel Nada a fort à faire car les enjeux sont colossaux : la crise des otages qui dure depuis plusieurs années maintenant vient se mêler de manière toujours plus cynique à la course à la présidence de 1988 entre Mitterrand et Chirac. Au Liban, la guerre reprend de plus belle après une brève accalmie, opposant cette fois les chrétiens entre eux, en plus de la lutte fratricide entre chiites, et le pays se retrouve bientôt avec deux gouvernements. Cette macabre comédie cessera-t-elle un jour ? Dans le dernier volet de sa trilogie libanaise, Frédéric Paulin nous emmène jusqu’aux derniers jours d’un conflit long de quinze ans et qui, comme il avait débuté, s’achève dans le chaos, avec, comme toujours, le peuple libanais pour seul véritable perdant.

Bibliographie de Frédéric Paulin, autres lectures : voir ICI   

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Valentine IMHOF - Les abandonnés de l'Île Saint-Paul

5 Février 2026 , Rédigé par mille et une histoires Publié dans #Livres d'histoire, #histoire des 19 et 20èmes siècles

Valentine IMHOF - Les abandonnés de l'Île Saint-Paul

Saluons la naissance d’une nouvelle série auprès des Éditions de l’Aube en collaboration avec RetroNews le site de la BnF dédié à la presse ancienne. Son nom est L’affaire qui … . Michèle Pedinielli l’a créée et la dirige. Voici comment elle présente cette série :

« Parce que les faits divers et leur traitement médiatique sont des indicateurs précis d’une époque, l’Aube noire s’associe à Retronews, le site de presse de la BnF, pour revenir sur des affaires survenues de la fin du xvıııe siècle jusqu’au milieu du xxe. Dans cette série, des autrices et des auteurs de polar ou de roman noir scrutent, chacun dans son style propre, la société française à travers le prisme de la violence. Les ouvrages sont séquencés par une quinzaine d’illustrations (articles et dessins de presse, photos, gravures…) issues des riches fonds iconographiques de la BnF. »

Format réduit, présentation très soignée, illustrations, prix modéré sont les solides atouts de cette série et je pense que le lecteur y croisera des auteur(e)s venant d’autres maisons d’éditions pour raconter des histoires vraies. Valentine Imhof a écrit la première affaire qui s’est passée dans les années 1930.

Le 3 mars 1930, le navire L’Austral quitte l’Île Saint-Paul isolée en plain milieu de l’Océan Indien à plus de trois milles kilomètres de tout continent. La saison de la pêche à la langouste est terminée. Cédant aux promesses d’Henri Fargon le représentant du concessionnaire, sept employés restent sur place pour veiller sur les installations et assurer un démarrage rapide de la conserverie lors de la reprise de la pêche en octobre prochain. Ils sont sept, six hommes et une femme sur le point d’accoucher, pas de TSF, quelques vivres pour attendre un ravitaillement. Mais aucun bateau ne vient, les mois passent et la mort décime les pauvres Robinsons des mers australes. Ce n’est que le 6 décembre 1930 qu’un bateau accoste à l’Île Saint-Paul. Que s’est-il donc passé au Havre pour expliquer l’abandon de sept êtres humains. Pourquoi tant de retard avant d’entamer une nouvelle saison de pêche ?

Le récit de Valentine Imhof imagine avec justesse l’angoisse et la fatalité qui gagnent les abandonnés dans un environnement hostile bien reconstitué. En plus de cette tragédie, l’auteure analyse son traitement médiatique après le retour des survivants et sa mise en perspective avec la politique coloniale française dont la propagande vante les bienfaits. Dans la presse locale et nationale après des récits insistant sur le sensationnel, l’affaire prend tardivement une tournure politique, L’Humanité a lancé l’offensive mais ce n’est qu’en février 1935 que s’ouvre le procès en dommages et intérêts intenté par les survivants de l’Île Saint-Paul et que Valentine Imhof relate avec autant de rage envers des entrepreneurs sans foi ni loi, que d’empathie pour des êtres humains dont l’oubli a été justifié par des raisons économiques.

L’affaire qui fait la une, L’affaire qui est oubliée, est une série littéraire et historique prometteuse. Comme souligné dans les dernières phrases écrites par Valentine Imhof, la vigilance reste de mise face aux obscures mentalités  de politiciens, pour qu’il n’y ait pas L’affaire qui se répète.

Valentine IMHOF – Les abandonnés de l’Île Saint-Paul. Parution le 23 janvier 2026. Série L’affaire qui … de la collection L’Aube noire. Éditions de L’Aube. ISBN 9782815971188 .

Présentation éditeur : Sur cette île où il n’y a rien, il y a un cimetière.
« Ils étaient sept, six hommes et une femme enceinte, six Bretons et un Malgache. En 1930, employés de La Langouste française, ils ont accepté de rester après la saison de pêche pour entretenir les installations de la conserverie sur l’île Saint-Paul, minuscule îlot volcanique au cœur de l’océan Indien. Une sinécure, leur a-t-on assuré?: beaucoup moins de travail pour le même salaire. Presque des vacances?! La relève était attendue au bout de trois mois?: cela en prendra six de plus avant de voir arriver un bateau. Et sur l’île Saint-Paul, il ne reste alors que trois survivants… » Michèle Pedinielli

Lien , site de Retronews, le site de presse de la BnF : voir  ICI  

 

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