Abir MUKHERJEE - l'attaque du Calcutta-Darjeeling
J’ai lu et apprécié ses deux premiers polars, sans les chroniquer puis j’ai négligé les titres qui ont suivi. Abir Mukherjee écrit pourtant d’agréables et instructifs polars de série mêlant l’Histoire de l’Inde colonisée et des énigmes criminelles qu’un policier impérial tente de résoudre. J’ai rencontré Abir Mukherjee en mai dernier à Limoges ( Vins Noirs , Festival international de polar et de vin ) et fait la promesse de (re)lire toute la série Wyndham et Bannerjee qui compte actuellement six titres.
Sa bibliographie , voir ICI
L’attaque du Calcutta-Darjeeling entame brillamment la série. Le capitaine Sam Wyndham à peine arrivé de Grande Bretagne est sur une scène de crime à Calcutta. Nous sommes le 9 avril 1919 dans l’Empire des Indes ou British Raj. Le style méticuleux et alerte d’Abir Mukherjee plante efficacement le décor. La victime a été tué à coups de couteaux, il s’agit d’Alexander MacAuley, administrateur britannique haut placé, un vieux fonctionnaire aux pouvoirs importants mais pas du tout ouvert aux changements. Qui peut bien se cacher derrière l’énigmatique revendication trouvée sur les lieux du crime ? Faut-il voir dans ce meurtre une réaction au Rawland Act adopté quelques jours avant à Delhi et qui donne des pouvoirs quasi illimités à la Police impériale ? Le moins que l’on puisse dire est que l’auteur a choisi le bon moment historique pour lancer son intrigue.
Parlons un peu des personnages sans doute amenés à devenir récurrents. Sam a occupé avec succès plusieurs postes à la Metropolitan Police de Londres. Il a choisi l’Inde par défaut, blessé durant la Grande Guerre, sa jeune épouse Sarah emportée par l’épidémie de grippe espagnole, il a accepté sans réfléchir l’offre de lord Taggart auprès de qui il avait servi dans le contre-espionnage durant la guerre. Lord Taggart est devenu le chef de la police impériale du Bengale. A Calcutta, le capitaine Wyndham a sous ses ordres un duo que tout oppose, l’inspecteur adjoint Digby, un vieux de la vieille, déjà dix ans dans l’Empire des Indes et fermement convaincu de la supériorité des britanniques, et le jeune sergent Sat Banerjee recruté localement, cultivé, instruit et soumis. Sam devine en lui un flic plein d’avenir et perspicace comme le prouvent ses questions pertinentes sur la présence dans un quartier miteux de ce haut fonctionnaire et son assassinat face à un bordel.
Tout est utile dans ce polar historique, très bien documenté et qui pierre après pierre reconstitue une époque et des lieux vieux d’un siècle à l’autre bout du monde. Histoire et intrigues policières s’imbriquent harmonieusement et s’enrichissent mutuellement. Persuadé que la mort de MacAuley est un attentat politique, les services secrets militaires ( notamment la sinistre Section H ) confisquent le dossier et notre trio de flics est dirigé vers l’attaque par des brigands du train postal qui relie Calcutta et le nord du Bengale. Un modeste surveillant a été tué mais rien n’a été volé. Un mystérieux informateur de Digby va permettre à Sam de recueillir ses premiers lauriers lorsqu’il arrête Benoy Sen, héros populaire pour les indigènes et communiste sanguinaire pour les britanniques. Il fait un coupable idéal pour toutes les affaires criminelles en instance.
Mais c’est sans compter sur la ténacité de Sam qui n’a pas l’esprit tranquille tant qu’une zone d’ombre subsiste. Alors il fouille, avec Sat qui peut se fondre dans la population locale. Il est aussi aidé par Annie Grant la jeune et belle secrétaire Anglo-Indienne de MacAuley. En suivant ces méticuleuses vérifications, le lecteur rencontre de riches commerçants britanniques dans des palais, des fonctionnaires corrompus, une administration dominée par l’argent et l’armée, des minorités réduites à une main d’œuvre bon marché, une pauvreté criante et une justice bafouée. Le constat est le même partout, en ville ou dans les campagnes. Il y a place pour un vent de révolte mais pointe aussi une unité indigène derrière la non-violence à laquelle l’armée de Sa Majesté Georges V répond par les massacres d’Amritsar du 13 avril 1919. La grande Histoire rejoint habilement la petite et Sam de perd pas de vue l’assassinat de MacAuley qui s’avère bien plus sordide que politique tout en restant symptomatique de la domination exercée par les colons.
Abir Mukherjee réussit à la perfection ce roman historique aventureux, agréablement polardesque, avec des fusillades et des courses poursuites et tout plein de jalons qui donnent envi d’en savoir plus, sur une situation sociale explosive mais aussi sur la personnalité de Sam un peu trop addict au whisky et à l’opium.
Abir MUKHERJEE – L’attaque du Calcutta-Darjeeling. Titre original « A rising man » ( Royaume Uni – 2017 ), traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez-Batlle pour les Éditions Liana Levy. Parution octobre 2019. ISBN 9791034901906. Réédition au format poche en octobre 2020, Folio Policier n°918. ISBN 9782072914706.
Présentation éditeur : 1919. La Grande Guerre vient de se terminer en Europe. Après cette parenthèse éprouvante, certains Britanniques espèrent retrouver fortune et grandeur dans les lointains pays de l’Empire, et tout particulièrement en Inde. Ancien de Scotland Yard, le capitaine Wyndham débarque à Calcutta et découvre que la ville possède toutes les qualités requises pour tuer un Britannique: chaleur moite, eau frelatée, insectes pernicieux et surtout, bien plus redoutable, la haine croissante des indigènes envers les colons. Est-ce cette haine qui a conduit à l’assassinat d’un haut fonctionnaire dans une ruelle mal famée, à proximité́ d’un bordel? C’est ce que va tenter de découvrir Wyndham, épaulé par un officier indien, le sergent Banerjee. De fumeries d’opium en villas coloniales, du bureau du vice-gouverneur aux wagons d’un train postal, il lui faudra déployer tout son talent de déduction, et avaler quelques couleuvres, avant de réussir à démêler cet imbroglio infernal.
Jean-Christophe PORTES - L'évadée du Temple
Début mai 1793, le capitaine de la Gendarmerie nationale Victor Dauterive est de retour à Paris après un séjour mouvementé dans l’ouest de la France où une révolte populaire ( la guerre de Vendée ) menace la jeune République ( voir ICI « La Conspiration des Royalistes » ). Dans la capitale la situation est explosive, la France est en guerre et mobilise, le peuple a faim et aucune perspective ne laisse présager des jours meilleurs tellement Montagnards et Girondins sont divisés. Les députés tardent à adopter une constitution.
La situation de Victor est tout autant incertaine, une enquête officieuse a mal tourné et il envisage sérieusement de fuir Paris. Le détective privée amateur ne doit son salut qu’à l’intervention de l’incontournable député Charpier qui le charge d’une mission secrète d’inspection de la prison du Temple où est détenue Marie-Antoinette avec ses enfants dont celui qui pourrait prétendre au trône vacant depuis l’exécution de son père et devenir Louis XVII. Leur évasion pour rejoindre les armées étrangères massées aux frontières de la France sonnerait à coup sûr le glas de la Révolution. Dauterive découvre que l’enceinte du Temple n’est pas une forteresse inviolable, complots royalistes et gardiens apitoyés par la détention de l’ex reine de France pourraient faciliter une évasion et les suspects ne manquent pas.
Tout bascule durant l’été 1793. Le récit de Jean-Christophe Portes raconte l’Histoire tourmentée et parfois surprenante de ces journées décisives. La violence s’installe, les Girondins exécutent des Jacobins, Marat est assassiné, la Commune de Paris et les sans-culottes se radicalisent, Olympe de Gouges est arrêtée, des œuvres d’art sont rassemblées en vue de l’ouverture prochaine d’un musée au Louvre. L’auteur n’oublie pas ses personnages fictifs et avec beaucoup de romanesque il les fait évoluer pour notre plus grand plaisir, Victor envisage de se marier avec Marie-Anne Pothron, il souhaite adopter Joseph, le jeune compagnon débrouillard de ses premières enquêtes et l’envoyer au collège pour étudier. Pour l’heure, Joseph prend des leçons particulières auprès d’un certain Bichat, étudiant en médecine. La grande Histoire n’est jamais loin de la fiction pour nourrir l’imaginaire et le chaos ambiant est propice à l’aventure : disparitions suspectes, filatures dans la foule ou dans des ruelles désertes, poursuites en fiacres.
Sans s’en apercevoir, le lecteur tourne les pages emporté par le plaisir mais finalement seules quelques semaines de l’Histoire de la France révolutionnaire ont passé. L’épilogue imaginé Jean-Christophe Portes se situe à la mi-août 1793, il est parfaitement maîtrisé et ouvert vers une nouvelle enquête de Victor Dauterive.
Jean-Christophe PORTES – L’évadée du Temple. Parution le 17 septembre 2025, City Éditions. ISBN 9782824627502.
Présentation éditeur : Mai 1793. La France bascule inexorablement dans la Terreur et la guerre civile. C’est dans ce contexte explosif que le capitaine Victor Dauterive est chargé d’une mission délicate. Danton lui demande d’enquêter à la prison du Temple où est détenue Marie-Antoinette. En effet, des rumeurs affirment que la reine serait sur le point de s’évader, ce qui signerait la fin de la révolution.
Alors qu’il enquête, Dauterive est accusé de meurtre : il aurait assassiné Simon Lebœuf, l’un des meneurs sans-culottes les plus populaires de Paris. Entre complots royalistes et manœuvres révolutionnaires, Victor Dauterive doit naviguer dans les eaux troubles des complots et des jeux de pouvoir tout en prouvant son innocence. Sa loyauté est mise à rude épreuve et il risque d’y perdre son travail, son honneur et, surtout, sa vie…
Bibliographie de Jean-Christophe Portes, autres chroniques de lecteur, voir ICI
Stéphane CHAUMET - L'autre côté de la nuit
Avec ce roman je découvre le parcours singulier de son auteur et ses liens avec l’Amérique latine où il vit. Son travail de traducteur d’œuvres d’auteurs du Mexique jusqu’à l’Argentine et le Chili en passant par la Colombie ne peut qu’attester une connaissance fine de ce continent et explique sans doute un intérêt pour les liens historiques récents qui ont pu se tisser avec l’Europe. Je pense notamment à la fuite de criminels nazis et à leur intégration dans la société locale de pays peu regardant sur leur passé. C’est cette thématique qu’il aborde dans « L’autre côté de la nuit » un récit indéniablement historique mais dont la narration repose sur quelques portraits très fouillés de personnages fictifs, témoins ou acteurs crédibles de mentalités et de traumatismes encrés dans la seconde Guerre mondiale.
Tout commence par l’assassinat en 1965 d’un couple d’allemands, les Grüber, dans une ferme d’allure bavaroise isolée près de La Paz en Bolivie. Gabriel Avendaño est aussitôt sur place, il travaille pour un journal spécialisé dans le fait divers sordide. Ce double crime est fait pour ses lecteurs, les deux cadavres sont atrocement mutilés et une croix gammée a été comme gravée sur le corps de l’homme. Il surprend près de la scène de crime une femme qui se cache. Il ne la dénonce pas. Le lecteur est inévitablement aiguillé sur la piste d’une vengeance envers un ancien tortionnaire nazi. Cette piste est renforcée par un second récit que l’auteur entame très vite, celui retraçant le parcourt criminel de Clara Knecht, collabo et gestapiste de sinistre réputation en Touraine. Très classique et déjà vu me direz-vous ? Et bien non car l’entrée en scène de nouveaux personnages va permettre d’installer et d’approfondir l’ambiance dérangeante et poisseuse, faite de mensonges et de faux semblants dans laquelle des tortionnaires ont pu prospérer en toute impunité.
L’assassinat d’un couple d’allemands en Bolivie n’est pas un fait divers anodin. Hans Laux un flic allemand qui séjournait à Buenos Aires est envoyé à La Paz pour seconder le lieutenant Rivero de la police locale. Rivero est en quelque sorte l’indic de Gabriel, il le met sur les coups sensationnels et morbides qui plaisent à son rédac chef. C’est la seule presse qui survit en Bolivie depuis le coup d’état de 1964 et la dictature militaire qui a suivi. Des bruits de bottes résonnent dans les rues de La Paz. L’affaire du double crime est trop sensible, elle touche le pouvoir et ses affidés allemands de trop près.
Gabriel n’est pas le journaliste que l’on croit. Hans n’est pas à sa place au contact de cette population allemande secrète, riche et influente. Qui se cache derrière les noms d’emprunt comme Altman ? Rivero veut rester flic et en vie, alors il n’a pas d’autre choix que d’obéir aux ordres . Qui étaient vraiment le couple assassiné et à quelle activité se livrait-il dans leur ferme isolée sous couvert de l’accueil de jeunes orphelins ? L’inconnue de la scène de crime est française, elle s’appelle Laure, elle traque Clara Knecht qui a disparu à la fin de la guerre échappant à la justice qui n’a pu la condamner que par contumace. L’auteur dévoile petit-à-petit les portraits de ses personnages, sans jamais perdre de vue une intrigue prenante dans laquelle apparaissent d’horribles personnages historiques .
Stéphane Chaumet en plaçant Histoire en toile de fond, fait se confronter ses personnages fictifs à la fois dissemblables et liés par leurs passés respectifs. C’est une manière habile de réfléchir sur les conséquences de persécutions, les traumatismes familiaux, la vengeance et la posture incurable de la violence.
Stéphane CHAUMET – L’autre côté de la nuit. Parution le 8 avril 2026, Éditions du Rouergue. ISBN 9782812628054.
Présentation éditeur : La Paz, 1965. Gabriel Avendaño doit à un ami d'enfance, le lieutenant Rivero, le privilège de pénétrer sur les scènes de crime en même temps que la police. Une précieuse source d'information pour ce journaliste de La Prensa Libre, un quotidien bolivien.
Un jour sont découverts les corps sauvagement assassinés d'un couple d'Allemands, un pasteur et sa femme qui dirigeaient un orphelinat. Le cadavre de l'homme a été marqué d'une croix gammée. Or, depuis longtemps Gabriel s'intéresse aux Allemands qui se sont installés dans le pays après la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu'il surprend une Française sur les lieux, il décide de n'en rien dire et de mener l'enquête de son côté. Parallèlement, un policier allemand, Hans Laux, est mandaté par sa hiérarchie pour faire la lumière sur l'affaire.
Vingt ans après la chute du régime nazi, Stéphane Chaumet fait s'entrecroiser dans les rues de La Paz une poignée de personnages qui tous, pour des raisons fort différentes, sont hantés par la guerre. Mais quels secrets cachaient vraiment Eva et Werner Grüber ? Et quels sont ceux de la mystérieuse Laure ?
Abir MUKHERJEE
J’ai lu et apprécié ses deux premiers polars, sans les chroniquer puis j’ai négligé les titres qui ont suivi. Abir Mukherjee écrit pourtant d’agréables et instructifs polars de série mêlant l’Histoire de l’Inde colonisée et des énigmes criminelles qu’un policier impérial tente de résoudre. L’auteur a choisi les années 1920 qui précèdent l’indépendance et la fin de l’Empire britannique des Indes. C’est une période de basculement que je trouve propice au roman, fini la domination sans partage, des voix s’élèvent, des questions se posent et même si l’heure d’un bilan ne se pose pas encore, il est intéressant de s’interroger : Pourquoi ? Comment ? Qui ? Plus intéressant qu’un bilan, l’immersion sur les lieux en compagnie de l’Histoire permet de comprendre grâce à une reconstitution. Celle rédigée par Abir Mukherjee est réussie comme l’attestent les nombreux prix et nominations récompensant les récits historiques. Et qui de mieux pour explorer et guider le lecteur dans une époque et des lieux éloignés qu’un policier pour chercher en ville et à la campagne, dans les milieux aisés comme les plus défavorisés. Et puis la période est propice à l’aventure, aux chevauchées comme dans l’excellent film « Les trois lanciers du Bengale ».
Les parents d’Abir Mukherjee sont originaires de Calcutta en Inde qu’ils ont quitté pour le Royaume Uni. Abir est né en 1974 et a grandi en Écosse. La série Sam Wyndham a commencé à être publiée en 2017, le premier tome « A rising man » est aussi son premier roman, en France elle est publié chez Liana Levi.
J’ai rencontré Abir Mukherjee en mai dernier à Limoges ( Vins Noirs ‘ Festival international de polar et de vin ) et fait la promesse de (re)lire toute la série Wyndham et Bannerjee qui compte actuellement six titres. Abir va effectuer plusieurs visites en France en 2026 ( site Liana Levi ICI ).
Série Sam Wyndham :
- L’Attaque du Calcutta-Darjeeling ( Liana Levi 2019 ) voir ICI
- Les Princes de Sambalpur ( Liana Levi 2020 )
- Avec la permission de Gandhi ( Liana Levi 2022 )
- Le Soleil rouge de l’Assam ( Liana Levi 2023 )
- Les Ombres de Bombay ( Liana Levi 2024 )
- Les Bûchers de Calcutta ( Liana Levi 2026 )
Pour toujours les camarades ! Recueil de nouvelles
Tous les deux ans les Éditions du Caïman publient un recueil de nouvelles noires. Les thématiques retenues sont historiques et engagées, le millésime 2026 parle du Front populaire de 1936. Patrick Amand qui dirige cette collection n’a pas son pareil pour réunir une palette incroyable d’artistes et pour assembler harmonieusement le travail de ces talents. Pour ouvrir le bal et aussi la liesse populaire qui accueille la victoire de la Gauche aux élections des 26 avril et 3 mai 1936, la préface de Pierre Caillaud-Croizat contextualise la naissance du Front populaire dans une Europe fascisante bientôt entraînée dans une guerre totale qui malgré tout n’arrêtera pas l’élan social de 1936 comme le rappelle le nom de Croizat : le préfacier est le petit-fils d’Ambroise Croizat député communiste du Front populaire en 1936 et ministre bâtisseur de la Sécurité Sociale dix ans plus tard. Les luttes et la justice sociale, c’est pour toujours les camarades ( la formule emprunté à Robert Desnos ).
Ce recueil est de la bonne littérature avec 25 auteurs contemporains qui parlent de la grande et de la petite Histoire, de personnages célèbres ( pas seulement politiques ou syndicalistes ) et d’anonymes, d’hommes et de femmes ( qui n’avaient pas le droit de vote à l’époque ) de France mais aussi d’Espagne ( l’Espagne a eu son Frente Popular début 1936 ) ou d’Algérie. On y parle grève dans le Paris industrieux et de la France rurale et paysanne. Un poème de Jacques Prévert met en scène les ouvriers grévistes de chez Citroën.
Ce recueil est de la belle littérature avec des illustrations nombreuses, dessinateurs contemporains, dessins d’autrefois, photos du passé ( certaines inédites, attention surprise ! ), reproduction d’articles de presse. C’est l’occasion de sourire face à des caricatures et c’est aussi source de réflexion sur le traitement médiatique des évènements de 1936.
Dans cette chronique je ne parlerai que d’un seul auteur ( une autrice en l’occurrence ) pour sa magnifique nouvelle graphique, beaucoup de dessins évocateurs et quelques phrases avec des mots judicieusement choisis pour faire le portrait d’une époque et d’un couple ayant passé sa vie à faire connaître la vérité.
1936 – 2026, ne ratez pas l’anniversaire du Front populaire ,
Et rendez-vous en 2028 pour d’autres nouvelles noires avec le Caïman.
Ce recueil est le 8ème de la série. Pour découvrir les autres titres, voir le site des Éditions du Caïman ICI
Pour toujours les camarades ! Recueil de nouvelles, Éditions du Caïman. Parution mars 2026. ISBN 9782493739742.
Présentation éditeur : Mai 1936, c’est le choc pour la bourgeoisie : la coalition de gauche composée des communistes, socialistes et radicaux remporte les élections législatives. C’est l’espoir dans la classe ouvrière héritière des grandes luttes sociales, inspirées par la Commune de Paris, qui compte bien pousser le gouvernement modéré de Léon Blum à instaurer des réformes sociales de rupture. La grève en sera le principal outil, soutenu par un mouvement populaire sans précédent.
Dans la lutte et dans la joie, les conquêtes sociales seront arrachées au patronat : semaine de quarante heures et congés payés.
Dans le même temps, l’Espagne se dotant elle aussi d’un gouvernement de Frente Popular sera poussée à la guerre par un coup d’État auquel la classe ouvrière française répondra par un envoi massif de volontaires au sein des Brigades Internationales.
Le sort de l’Europe et du monde se joue ici et là face à la montée des fascismes.
« L’embellie » du Front Populaire durera deux années et reste aujourd’hui un marqueur pour la gauche, dont les conquêtes sociales issues du Conseil national de la Résistance en sont la continuité.
Pour toujours les camarades ! rend hommage aux militants du Front populaire et aux grèves, revient sur la guerre d’Espagne, s’attarde sur des figures féminines telles Louise Weiss, Gerda Taro ou Martha Desrumaux, prend le pouls des patrons, vous plonge dans une usine de soie et une imprimerie, revient sur des acteurs de cette période, de Marceau Pivert à Léon Blum et Maurice Thorez.
Ce recueil, richement illustré d’une centaine de dessins et documents souvent originaux, est un nouveau pavé de la collection Noires Nouvelles !
Sommaire :
- Le cercle ( Gérard Mordillat )
- La grande casse ( Marion Chemin )
- Tributs à l’enchantement ( Pierre Dharréville )
- Les mains noires et le cœur rouge ( Sylvain David )
- Le grand argentier ( Ludivine Bantigny )
- Pas de fuite rue de Varenne ( Marcus Malte )
- L’Espagne au cœur ( Rachel Mazuy )
- Le coulonneux ( Sylvie Callet )
- Un été de peur et de lâcheté ( ( Frédéric Paulin )
- Gerda Taro die Sternschnuppe ( Laurence Biberfeld )
- Le drapeau ( Ahmed Tiab )
- Le rabcor de Saint-Ouen ( Didier Daeninckx )
- Campagne d’une suffragiste ( Mathilde Larrère )
- Les renoncements ( Eloïse Dreure )
- La Marseillaise de la Capelette ( Maurice Gouiran )
- Faut-il savoir terminer une grève ? ( Laurent Mely-Dumortier )
- Ma blonde, entends-tu… ( Renault Poulain-Argiolas )
- La soie du pauvre ( Paola Pigani )
- Henri et le Front populaire ( Morgan Poggioli )
- Citroën ( Jacques Prévert † )
- Un écrivain à Paris ( Thomas Cantaloube )
- D’un jeudi à l’autre ( Alexandre Courban )
- « Tout est possible » ( Marek Corbel )
- Dix ans ( Emmanuel Defouloy )
- La gloire de Nénesse ( Patrick Amand )
- Fronts de fraternité ( Serge Utgé-Roy )
Alexandre COURBAN - Place de la Victoire, 1936
En 2024 les Éditions Agullo commençaient la publication d’une fresque historique dans le Paris industrieux des années 1930 propice au portrait social d’un monde ouvrier dominant en nombre mais dominé par un capitalisme triomphant. Les ouvriers peinent à faire entendre leurs souffrances et un avenir encore plus sombre se profile avec la montée du fascisme ailleurs en Europe. « Passage de l’Avenir » est le premier titre de cette série et a pour cadre principal en 1934 et la raffinerie sucrière de la Jamaïque ( voir ICI ). Puis est arrivé « Rue de l’Espérance » avec le portrait en 1935 des usines aéronautiques Gnome et Rhône ( voir ICI ). La victoire tant attendue se produit en 1936 avec l’arrivée au pouvoir du Front populaire suite aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936.
Les romans d’Alexandre Courban se situent sur des frontières. La période historique qu’il explore est une époque charnière avec les premières avancées sociales majeures encore en vigueur aujourd’hui et les dernières années de Paix avant que des armées ne violent les frontières. Les romans d’Alexandre Courban sont également à la frontière de plusieurs littératures. Roman historique, roman social, roman noir, roman policier historique, il y a un peu de tout cela avec cet autyeur et le résultat est aussi plaisant qu’instructif.
Alexandre Courban maitrise l’Histoire ouvrière des années 1930, c’est le fruit de ses recherches sur le journal L’Humanité. Ses personnages fictifs sont habilement choisis et contribuent à la réussite romanesque de ses récits. Bornec le flic et Funel le journaliste enquêtent efficacement dans leurs domaines respectifs. La jeune et dynamique Camille ancienne sucrière de la Jamaïque devenue photographe est l’actrice de charme de la difficile conditions des femmes.
Ces trois personnages récurrents jalonnent le récit des journées de fin mai à fin juin 1936 suivant la victoire électorale du Front populaire. Le récit de l’auteur met l’accent sur les grèves, l’occasion de revenir dans les usines évoquées dans les deux premiers tomes de sa série ainsi que dans la Doyenne, usine automobile Panhard & Levassor. Les grèves sont menées pour signifier que les promesses électorales doivent être mises en œuvre tant par le gouvernement que par le patronat. Rien ne manque à ce tableau historique et social, les syndicats, les partis politiques, le patronat, la presse de tous bords, l’antisémitisme envers Léon Blum, l’activisme d’extrême droite jusqu’à ce fameux moment où il faut bien arrêter une grève.
Le commissaire Bornec a un rôle que je qualifierait d’effacé, sa personnalité taciturne y est pour beaucoup. Il obéit aux ordres, sans broncher. Mais ses connaissances des criminels l’incitent à ne pas perdre de vue la mort du gardien de nuit de la Doyenne causée par une chute mortelle, accident ou meurtre ? Il fouille dans le passé de la victime convaincu que la solution s’y trouve. Le fil ténu de cette enquête se révèle finalement indispensable pour la cohésion de la fresque historique et le final enrichit le tableau des mentalités de l’époque.
Alexandre COURBAN – Place de la Victoire, 1936. Parution le 5 mars 2026, Éditions Agullo. ISBN 9782382461556 .
Présentation éditeur : Paris, 25 mai 1936. Gabriel Funel, journaliste à L’Humanité, se réveille pour la première fois dans l’appartement de la photographe Camille Dubois. La veille, ils ont couvert le rassemblement historique de plus d’un demi-million de personnes réunies place de la Nation à l’initiative du Front populaire.
Quelques jours plus tard, alors que les grèves massives se multiplient, un drame frappe la plus ancienne usine automobile parisienne : Pierre Augustin, l’étrange et solitaire gardien de la Doyenne, est retrouvé mort au pied des ateliers de la Porte d’Ivry.
Chargé de l’affaire, le commissaire Bornec se heurte à un mur : 2000 métallos de la Doyenne en grève interdisent toute présence policière. Aux côtés de son nouvel adjoint, l’inspecteur principal Béziat, il avance en terrain miné, tandis que Funel et Camille circulent librement dans l’usine occupée, menant leur propre enquête.
Dans un climat politique et social tendu où les passions se font de plus en plus explosives, chacun joue sa partie et il est plus difficile que jamais de dire où se cache la vérité.
Pietro SPIRITO - La nuit sur la frontière
Parfois c’est le titre, ou l’auteur, ou l’éditeur, ou l’image de couverture. Parfois c’est le hasard. Cette fois-ci c’est la présentation de l’éditeur ( bravo aux Éditions Métailié ) qui m’a convaincu de lire le premier roman traduit en français de l’auteur italien Pietro Spirito. Avec tant de mots clés prometteurs dans ce résumé, difficile de résister à la tentation de lire ce roman et je n’ai pas été déçu.
Nid d’espions est le bon mot. Ettore Salassi en est un sous couvert de journalisme. Et il y en a d’autres c’est sûr, tout le monde a un comportement suspect et pendant la guerre froide cela ne pardonne pas. Pour preuve le jeune militaire dont le cadavre a été repêché en mer tué d’un coup de pistolet travaillait pour le renseignement de la défense italienne. Salassi est chargé d’éclaircir cet assassinat. Trieste une ville perpétuellement ballotée d’un côté à l’autre d’une frontière a toujours vécu dans une sorte de conflit larvé. Loin de stabiliser la situation, le Rideau de fer ne fait ici qu’exacerber les tensions avec d’un côté l’Occident, de l’autre la Yougoslavie que de nombreux slovènes fuient. Parmi les réfugiés, la jeune et belle Maja qu’Ettore voudrait bien séduire. Mais Maja est peut-être une espionne à la solde de Tito et infiltrée parmi les réfugiés ?
Ettore Salassi est un journaliste doué et un bon agent de renseignements. Ses investigations sur la mort du jeune soldat le mènent sur des pistes intéressantes, trafics crapuleux avec la Yougoslavie en Mer Adriatique, agissements de l’extrême droite italienne au sein des casernes. Mais aucune n’aboutit. Le temps passe. Il faut être patient.
Intéressons-nous à Ettore Salassi. Au fil des pages, son comportement devient de plus en plus suspect. Son passé n’est pas clair, la part de clandestinité qu’implique l’espionnage est pratique pour dissimuler. De quel côté a-t-il été pendant la période mussolinienne ? Et puis sa manie de voler des livres dans les librairies laisse planer toute sorte de suppositions.
Pietro Spirito n’a pas son pareil pour faire douter le lecteur et parfois le tromper. Tout contribue à l’égarer, à le semer comme lors d’une filature qui finit mal, ou bien. Cela dépend du camp pour lequel on travaille. Les saisons défilent sans que l’on sache clairement de quelle année. Il y a aussi des retours en arrière, c’est pratique pour expliquer un évènement mais c’est également propice à faire naître une nouvelle énigme.
Pietro Spirito surprend par les qualités de son roman d’espionnage à la John Le Carré. Son récit est un véritable puzzle que le lecteur reconstitue avec de subtiles indices. Il crée et entretient une ambiance où la frontière entre vérité et mensonges est constamment floue. Il fait également appel à un contexte historique propice au complot et à la tension géopolitique, l’ensemble est soigneusement inséré à Trieste, une ville que je n’imaginais pas cristalliser autant de tensions pendant la guerre froide ( je vous laisse découvrir la date exacte dans cette passionnante lecture ainsi que de nombreux épisodes méconnus survenus dans ce coin d’Europe ).
Pietro SPIRITO – La nuit sur la frontière. Titre original « È notte sul confine » ( Italie 2025 ). Traduite de l’italien par Anne Echenoz et Serge Quadruppani pour les Éditions Métailié. Parution le 13 mars 2026. ISBN 9791022615228 .
Présentation éditeur : Trieste, nid d’espions ? Entre le brouillard et les ombres de la guerre froide, un journaliste hanté découvre que la frontière la plus dangereuse n’est pas celle entre les pays, mais celle entre vérité et mensonge. Après la guerre, le rideau de fer coupe l’Europe en deux et les frontières deviennent des zones périlleuses et mystérieuses, en particulier celle qui sépare l’Italie de la Yougoslavie tout près de Trieste, sur la mer Adriatique. Dans le décor rare et fascinant de cette cité à la croisée de trois mondes, le journaliste Ettore Salassi, héros complexe et inoubliable rongé par la culpabilité, se trouve compromis dans la recherche d’informations secrètes pour un énigmatique service de renseignements. Sans le vouloir, Salassi se retrouve au milieu d’une affaire qui mêle une tentative de coup d’État et la disparition d’un jeune militaire. Entre le brouillard et les ombres de la guerre froide, un grand roman noir historique, mêlant thriller politique et récit d’espionnage, nostalgie et suspense.
Gabriel KATZ - L'assassin de Pigalle
L’inspecteur Max Weber inspecteur débutant à la Crime parisienne aurait pu plus mal tombé pour sa première enquête : septembre 1944 Antoine Moray a été assassiné et le coupable évident est arrêté sur les lieux du crime. L’assassin de Pigalle, un certain Mendel Jankovic n’a pas la volonté de se battre, muré dans le silence, son passé semble se limiter à sa détention à Auschwitz d’où il a été récemment libéré. Mais c’était sans compter avec Augustine Derval, jeune avocate commise d’office de Jankovic. L’assassiné de Pigalle était un ancien collabo, s’il est prouvé que Jankovic a été sa victime le juge pourrait faire preuve de clémence. Le temps est compté, Weber a tout juste un mois avant le procès pour fouiller dans le passé de Moray, gestapiste de la sinistre Carlingue, officine qui depuis la rue Lauriston a terrorisé Paris occupé par les nazis. Oui mais voilà les archives de la Carlingue ont été détruites, ses chefs condamnés à mort et exécutés. Aucun témoin de cette période ne se souvient de rien.
Weber et Augustine Derval se perdent dans des impasses. Habilement l’auteur ouvre une page sombre de l’Histoire de la seconde Guerre mondiale. Il fait raconter à Antoine Moray son passé de petit antiquaire véreux, arrêté et emprisonné à Fresne avant d’être réquisitionné en juillet 1940 par Henri Lafont. Dès lors Moray va participer aux vols en tout genre perpétrés au profit de l’occupant allemand sans oublier de se servir grassement au passage. Son implication dans les violences et plus nuancée. L’épopée sanglante de la Carlingue est racontée dans le détail, c’est Moray qui parle avec son vocabulaire et son parlé de truand. La reconstitution de Gabriel Katz est une bonne prestation historique. Le parcours de la Carlingue est une suite d’horreurs, au début vols le jour et cabarets la nuit où se produisent les célébrités de l’époque, Suzy Delair ou Tino Rossi, en feignant d’ignorer les agissements criminels de leur public à la fortune spoliée. Toute l’histoire sinistre de la Carlingue défile, vols suivis de tortures et de traques manu militari en véritable milice contre la Résistance avec comme point d’orgue les exactions de Tulle en mars 1944.
Poser des questions peut se révéler dangereux. Weber l’apprend à ses dépens. Mais c’est un ancien combattant de la 101ème aéroporté, il sait se défendre à défaut d’être un enquêteur perspicace. S’intéresser à la Carlingue et à la collaboration après la guerre peut compromettre les nouvelles vies de pseudo résistants de la dernière heure et désormais intégrés dans la France en reconstruction. Le taciturne Weber et la dynamique Augustine ne sont pas au bout de leurs surprises et le lecteur également puisque Gabriel Katz a concocté un final bluffant.
Gabriel KATZ – L’assassin de Pigalle. Parution le 8 avrils 2026, City Éditions. ISBN 9782824625782 .
Présentation éditeur : Paris, 1945. Alors que la guerre vient tout juste de se terminer, un cadavre est découvert dans un hôtel borgne de Pigalle. L’assassin, arrêté sur les lieux, est un vagabond, dont la dernière adresse était le camp d’Auschwitz.
L’homme qu’il a tué d’une balle dans la tête était un antiquaire véreux, un petit escroc sans envergure qui aurait été membre de « la Carlingue », la Gestapo française. C’est en tout cas ce que son assassin affirme. Mais rien ne le prouve, si ce n’est sa parole…
L’affaire est confiée à Max Weber, un flic désabusé que sa hiérarchie pousse à classer l’affaire. Personne n’a envie que ce fait-divers ravive les blessures de la guerre. Personne sauf Weber, que cette cause perdue sort de sa torpeur. Il va creuser. Et ce qu’il va découvrir est au-delà de l’imaginable…
Didier DAENINCKX - Les maisons parachutées
Bien sûr Didier Daeninckx n’a jamais arrêté de nous donner des nouvelles et en 2024 il a écrit le scénario d’une bande dessinée pour commémorer la panthéonisation de Missak Manouchian. Mais c’est quand même une immense joie de le retrouver auteur d’un roman paru début avril chez Gallimard dans « La Blanche » bien que ce soit un roman noir.
Avec Les Maisons parachutées Didier Daenincks fouille dans l’Histoire. Il cherche pour exhumer les faits oubliés à force d’être cachés. Cette fois il a choisi l’année 1952. Que s’est-il passé cette année-là ? Pour compliquer son travail l’auteur s’intéresse à une région pas banale, le Nivernais. Que s’est-il passé en 1952 dans les petites villes de Nevers, Imphy et Decize. Didier Daeninckx a sans doute consulté des piles entières de journaux, noté de multiples faits divers puis élargi son champ de recherches avant d’ordonner, de regrouper. Il a sans doute élagué, imaginé aussi tout en restant dans le plausible. Il ne se contente pas d’évoquer, il sait quand il faut insister et surtout ne pas simplifier comme dans une investigation journalistique mais pour transmettre ses informations il choisit d’en faire le récit à la manière d’une enquête minutieuse d’un flic ordinaire. Le résultat est un formidable roman noir historique : Didier Daeninckx est un raconteur d’histoires hors pair.
Début de l’été 1952 alors que Nevers est dans l’effervescence des préparatifs de l’arrivée d’une étape du Tour de France, l’inspecteur Philippe Orbec se voit confier une enquête dont il se serait bien passé . Trois cadavres ont été exhumés lors de travaux dans une ferme isolée près d’Imphy. Tout le dérange, le déstabilise et l’inquiète dans cette enquête. Le lieu tout d’abord, c’est tout près de l’endroit où son père est décédé à la Libération dans des circonstances qu’il n’a jamais voulu éclaircir. Et puis l’assassinat des trois inconnus n’est pas banal, une exécution, une balle dans la tête les mains attachées dans le dos avec du fil de fer.
Orbec n’a qu’un indice, une mystérieuse inscription sur un bracelet porté par une des victimes et une date approximative pour leur exécution, entre 1946 et 1948 d’après le légiste. A l’époque la presse locale a-t-elle parlé de ces trois disparitions ? Orbec lit et relit les journaux de l’époque, épluche les rapports de police. Il découvre les blessures de l’épuration et en profite pour reconstituer une partie du drame vécu par sa famille qu’il a jusqu’à maintenant laissé dans le brouillard. L’inscription sur le bracelet l’oriente vers les rescapés des camps de concentration. Les horreurs du camp de Mauthausen lui sont racontées. Il questionne d’anciens résistants, son regard se porte sur les luttes ouvrières menées dans l’aciérie toute proche d’Imphy et sur les pollutions au voisinage de l'usine chimique Lambiotte à Prémery.
Pour les besoins de son enquête l’inspecteur Orbec voyage beaucoup. Sur la route de Charentes il passe par Déols où des milliers de soldats américains construisent un gigantesque camp militaire. En Val de Seine à Bolbec, l’industrie textile est à son apogée. Pendant ce temps Gabin passe au cinéma, Jack Ralite est chauffeur et dans la banlieue parisienne industrieuse, le PCF procède à des purges. Rien n’échappe au regard averti de Didier Daeninckx, l’année 1952 se dévoile, série de photos sépias, certaines regardées avec nostalgie, d’autres avec surprise.
Didier Daeninckx ne perd pas de vue ses intrigues, les trois inconnus exécutés et la mort suspecte du père de l’inspecteur Orbec. Ce dernier découvre que dans l’enfer de Mauthausen de la fausse monnaie a été fabriquée, des sommes astronomiques destinées à asphyxier l’économie anglaise et américaine. Ce trésor du Reich a dû attiser bien des convoitises ! Il reçoit les confidences d’un responsable de la Banque de France et d’un chercheur du CNRS. Il retrouve la trace de criminels nazis et découvre des savants allemands ayant travaillé pour l'armée allemande avant d'être réquisitionnés par les industriels français. Didier Daeninckx n’a pas son pareil pour raconter la petite et la grande Histoire sans occulter le passé qui ne passe pas.
Didier DAENINCKX – Les maisons parachutées . Parution le 2 avril 2026, collection Blanche des Éditions Gallimard. ISBN 9782073032218.
Présentation éditeur : En 1952, à Nevers, l'inspecteur Philippe Orbec est chargé d'une enquête qui concerne trois cadavres retrouvés dans un chantier de reconstruction. Orbec, fils d'un policier injustement abattu par la Résistance, va suivre le fil de son enquête, qui le mènera à Mauthausen, ou plus exactement à Redl-Zipf, une annexe du camp d'extermination par le travail. Les trois hommes, liés à des faussaires de grand talent, ont côtoyé à Redl-Zipf un commando juif très spécial, dont le travail consistait à fabriquer de faux billets américains et anglais destinés à déstabiliser les économies alliées. Une partie de ces billets ont circulé en France après la Libération, et Orbec se demande s'ils n'ont pas été détournés par des pseudo-résistants qui ont à cette occasion amassé des fortunes et bâti de belles résidences surnommées depuis "les maisons parachutées". Ce roman de Didier Daeninckx, formidablement documenté et en partie inspiré de l'histoire de sa famille, éclaire d'un jour singulier des opérations secrètes menées par les nazis à partir de camps de concentration et certains aspects méconnus de l'immédiate après-guerre, comme le rôle des savants du IIIème Reich dans la reconstruction de l'aviation et dans le développement de la balistique et du nucléaire.
Pierre OLIVIER - Gestapo Berger
L’auteur Pierre Olivier s’est inscrit dans ma mémoire dès lors qu’il a été le lauréat en 2023 du Prix du roman d’espionnage décerné par l’Amicale des anciens des services spéciaux de la Défense nationale et les Éditions Konfident, pour son excellent roman « Lorsque tous trahiront » ( voir ICI ) avec un personnage principal détestable au possible, ex-lieutenant de la LVF ayant combattu à la fin de la seconde Guerre mondiale sur le front de l’Est aux côtés des nazis avant de rejoindre tout le gratin des collabos français réfugiés dans le Sud de l’Allemagne dans les environs de Sigmaringen. La fin de ce premier opus entrouvrait la porte vers une suite qui vient d’arriver avec un titre énigmatique.
Le lecteur retrouve ce lieutenant ( son nom n’est toujours pas dévoilé ) aux arrêts. Il ne nie rien de son passé, hors de question qu’il trahisse sa haine du communisme. Le contre-espionnage de la 1ère Armée française l’interroge d’abord à Lindau près du lieu de son arrestation puis à Wildbad non loin de Baden-Baden où le QG de la Zone d’Occupation Française a ses quartiers. Finalement le lieutenant s’en sort bien, la vie à Wildbad n’est pas désagréable entre interrogatoires, classements d’archives et traductions jusqu’à ce qu’un certain capitaine Dumont lui propose une bien curieuse mission qu’il ne peut qu’accepter puisqu’elle lui permet d’échapper à une justice française particulièrement sévère envers les collabos à la fin de l’été 1945.
Notre lieutenant collabo participe à la traque d’un criminel nazi nommé Friedrich Berger, agent allemand de sinistre réputation ayant dirigé l’officine gestapiste de la rue de la Pompe à Paris. Berger est en fuite en Italie, sans doute aux mains des anglais. Le lieutenant et son équipe, depuis Milan, montent une opération destinée à attirer Berger dans un piège et le capturer.
Pierre Olivier n’a pas son pareil pour construire des ambiances. Dans le Milan d’après-guerre parfaitement reconstitué, le lieutenant est au travail, s’invente une légende, manipule des connaissances que Berger ne manquera pas d’écouter. Il faut faire preuve de patience, apprivoiser le temps pendant presque un an avec des filatures incertaines, des planques interminables qui ne donnent rien, infiltrer, toucher au but et puis un grain de sable fait tout échouer. Il faut repartir de zéro. J’ai été totalement absorbé par ce récit savoureux où se mêlent espions et gangsters, fiction et Histoire. C’est complexe, il faut être attentif, le lecteur est mis à contribution mais quel régal ! J’ai repéré des changements dans l’état d’esprit du lieutenant. Il s’investit totalement dans SA mission pour SON service comme s’il avait oublié son passé et ses combats d’autrefois.
Le lieutenant est devenu un agent respecté du contre-espionnage français. Une nouvelle ambiance s’installe en même temps qu’un nouveau conflit se profile. La guerre froide commence, l’ennemi n’est plus le même. De nouvelles alliances se font, des rapprochements inattendus s’opèrent. Une nouvelle histoire se profile pour notre lieutenant, une autre aventure commence avec une nouvelle frontière celle tracée par le rideau de fer, Il n’en a pas fini avec Berger même si son passé de gestapiste criminel est peu à peu oublié. Il y aura une suite, dans une autre ambiance, c’est une confidence de Pierre Olivier à la fin de ce deuxième tome. C’est une excellente nouvelle pour les lecteurs qui aiment l’espionnage à la manière de John Le Carré. Le renseignement humain a été supplanté par le renseignement technologique et ne laisse pas beaucoup de place au romanesque qui s’est donc emparé des exploits militaires de services action
Pierre OLIVIER – Gestapo Berger . Parution le 12 mars 2026, Éditions Konfident. ISBN 9782493837097 .
Présentation éditeur : Friedrich Berger : le chef de la Gestapo de la rue de la Pompe, à Paris, pendant l'Occupation.
Friedrich Berger : le responsable du massacre de la cascade du Bois de Boulogne.
Friedrich Berger, le pire des criminels de guerre recherchés par les autorités françaises, a disparu. On a perdu sa trace à Milan en 1945.
Pour le retrouver, le service de contre-espionnage est résolu à tout tenter. Et pour pénétrer les filières d'évasion mises sur pied par le Vatican afin de venir en aide aux nazis, quoi de mieux qu'un collabo, ancien sous-lieutenant sur le front de l'Est, désireux de se racheter une conduite?
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